PRISE D'ARRAS
portance delà place d'Arras et sur les opérations stratégiques au moyen desquelles on pouvait s'en emparer, Richelieu, esprit net et pratique, lui demanda avant tout de faire recueillir et contrôler sur place les éléments d'informations dont ils avaient besoin pour ne rien livrer au hasard. « Je donnerais cent mille écus, dit le cardinal, pour avoir sur ce point tous les éclaircissements qu'il nous faut. Trouvez-moi, à tout prix, un homme capable de les apporter. — Cet homme est tout trouvé, répondit Fabert; c'est moi ; seulement je vous servirai gratis. » Le ministre eut beaucoup de peine à accepter cet acte de dévouement désintéressé ; il mit en avant tous les périls qu'il ne manquerait pas de courir en l'accomplissant, et alla jusqu'à lui dire que pour le roi et pour lui nulle conquête ne valait un serviteur de son prix. Mais Fabert trouva réponse à tout : il expliqua dans les moindres détails la manière dont il comptait procéder, et finit par obtenir l'assentiment du cardinal, dont il emporta toutes les instructions.
Il part pour l'Artois, se déguise en paysan, charge sur ses épaules une hotte pleine de carottes, et, pénétrant dans Arras, circule à travers les rues en débitant sa marchandise. Il va sans dire que le voisinage des fortifications et des casernes est surtout l'objet de son attention. Son œil exercé n'a pas de peine à recueillir les principales indications qu'il lui faut. Il revient à la cour avec de nouvelles preuves à l'appui de sa proposition, et c'est ainsi qu'il obtient qu'elle soit adoptée sans retard.
Arras était investi par vingt-trois mille hommes d'infanterie et neuf mille cavaliers. Une vive attaque de Lamboy avait été repoussée, et, en un mois, tous les grands travaux préliminaires du siège, circonvallation de cinq lieues, contrevallation, forts et redoutes, étaient achevés, et la tranchée ouverte.
Cependant le cardinal-infant se tenait à Lille, où il réunissait une armée considérable. Avec les renforts de Lamboy et du duc de Lorraine, elle dépassait un effectif de trente-deux mille hommes. Le 9 juillet, il l'amenait devant Arras, qu'il était décidé à sauver à tout prix, et s'établissait à deux lieues de là, sur le mont Saint-Éloi. Il n'osa pas cependant attaquer de vive force les ouvrages des Français, et prit le parti de les affamer en coupant les routes et en interceptant les convois, ce que lui rendait facile la forte proportion de cavalerie dont il disposait.
Le roi, établi à Amiens, se préoccupait avec ardeur de la situation de son armée ; il désirait, tout en préparant des convois fortement organisés , savoir jusqu'à quel point leur envoi était urgent. C'est encore Fabert qui s'offre à traverser les troupes espagnoles pour remplir cette importante mission. Sous un déguisement de paysan, il réussit à pénétrer jusque dans les lignes françaises, où la disette commençait à sévir ; car un des deux premiers convois expédiés par le roi n'avait
pu arriver, et l'autre n'avait pu échapper qu'en partie aux attaques de l'ennemi.
La division régnait entre les deux maréchaux. La Meilleraye voulait sortir des lignes et attaquer les Espagnols ; Châtillon prétendait que c'était s'exposer à lever le siège, et déclarait que, pour sa part, il ne bougerait pas sans l'ordre du roi.
Mis au courant de la situation , Fabert s'engage à rapporter sous peu la décision de la cour, et en même temps à faire organiser un convoi tel que son arrivée soit certaine. Il repasse parle périlleux chemin qu'il a suivi avec le même bonheur que la première fois, et vient rendre compte au roi de l'état des choses.
Le cardinal se trouvait fort en peine d'avoir à prendre un parti au sujet de la meilleure résolution à imposer aux maréchaux. Sur l'avis de Fabert il prend un moyen dilatoire, fort correct, d'ailleurs, en ce qu'il respectait l'initiative des chefs d'armée et leur laissait en même temps toute la responsabilité de leurs actes.
« Lorsque le roi vous donne, leur écrit-il, le commandement de ses armées, c'est qu'il vous en juge capables. Il lui importe peu que vous sorties ou non des lignes ; mais, si vous manquez de prendre Arras, vous en répondrez sur vos têtes. »
Fabert revêt de nouveau son déguisement et repasse à travers les ennemis pour aller porter celte réponse aux chefs de l'armée ; mais il avait à leur annoncer en même temps une nouvelle plus positive et plus satisfaisante, c'était le départ de deux convois, l'un de cinq mille chariots, l'autre de trois, escortés par des troupes, au nombre de dix-huit mille hommes, sous le commandement du maréchal du Hallier et du comte de la Ferté. Ces secours allaient arriver sous peu, et ce qu'il y avait à faire c'était d'occuper l'ennemi dans une direction opposée à celle qu'ils devaient suivre.
Or, le jour même où la Meilleraye, à la tête de six mille hommes, partait pour aller au-devant du convoi, les Espagnols, avec toutes leurs forces, livraient aux lignes de Châtillon une furieuse attaque. Le bruit du canon l'apprend aux Français au moment où leur jonction vient de s'opérer. Gassion, détaché par la Meilleraye à la tète de mille cavaliers d'élite, va porter aux troupes de siège, exténuées mais résistant encore avec une invincible ténacité, la nouvelle que le salut et la victoire leur arrivent. L'indomptable résolution de Rantzau a tenu en échec les forces supérieures du duc de Lorraine. Les ennemis reculent : l'arrivée de la Meilleraye les force à battre en retraite , et, si l'extrême fatigue des troupes de du Hallier ne les avait empêchées de les poursuivre, la retraite se changeait en une complète déroute.
Sept jours après, une mine ouvrait une large brèche dans le corps de la place, et les assiégés demandaient à capituler. Le 9 août la gar-