CAMPAGNE DE ROUSSILLON
Ce qui résulta des méditations de Richelieu et de son conseiller fut une modification des plans généraux, imposée par la lourdeur des charges que ces plans créaient au pays. L'impôt fut réduit d'un quart, et, au lieu de combattre en conquérants sur tous les points à la fois, on résolut de passer à la défensive, sauf sur la frontière des Pyrénées; car on était décidé cette fois à frapper l'ennemi « non plus aux pieds ni aux bras, mais au cœur ».
La Catalogne révoltée avait livré à la France ses meilleures places, et reconnaissait l'autorité d'un vice-roi français. Mais entre cette province et le royaume existait une barrière : c'était le Roussillon, domaine de l'Espagne. Cette barrière, il fallait avant tout l'abattre. Cs fut vers le Roussillon que Louis XIII porta ses armes.
Le 3 février, le roi, accompagné du ministre, partait de Fontainebleau à la tête de vingt mille hommes d'excellentes troupes , que celles du Languedoc et du Dauphiné devaient rejoindre à Narbonne. La Meilleraye était à leur tête avec Turenne pour lieutenant général. Perpignan, but naturel des efforts de l'armée, venait malheureusement d'être ravitaillée par un corps espagnol débarqué à Collioures. Fabert fit observer au cardinal que ce fait pourrait se renouveler pendant le siège qu'il préparait, et qu'il y avait urgence à fermer aux ennemis le chemin de la mer en s'emparant au préalable du port qui leur donnait accès.
L'attaque de Collioures fut résolue, et la flotte du Levant fut appelée è en faire le blocus par mer, tandis que la Meilleraye en dirigerait le siège du côté de la terre. Fabert, à la tête du premier bataillon des gardes, se trouvait employé à cette opération. La situation délicate que lui avaient faite ses anciens démêlés avec la Meilleraye durait toujours, et même on peut dire que la position de haute confiance qu'il occupait à la cour n'avait fait que rendre le maréchal plus malveillant encore à son égard. Il ne faut pas chercher ailleurs l'explication de ce fait étrange que, bien qu'en possession du grade de maréchal de camp, on le voie ainsi réduit à servir en sous-ordre.