‹ Le Maréchal FabertChapitre 42 sur 54 · LUTTE AVEC LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

LUTTE AVEC LE PARLEMENT

Au mois de mai 1661, une nouvelle douloureuse était venue surprendre le maréchal : par un édit daté de Fontainebleau le roi, étendant le ressort de la juridiction du parlement de Metz, supprimait le conseil souverain ainsi que le bailliage de Sedan, pour y substituer un siège présidial, dont l'autorité, rendue subalterne, devait ressortir à ce parlement. Les jugements de première instance, tant au civil qu'au criminel, lui étaient seuls réservés.

Les Sedanais furent d'autant plus sensibles à ce coup que rien ne paraissait le motiver; le conseil souverain s'était toujours montré aussi loyal que consciencieux, et les termes des lettres patentes de Rueil, en 1644, étaient si formels, qu'il ne semblait pas qu'eljps pussent jamais être déchirées sans une raison bien grave. Mais ce fut Fabert qui éprouva ce chagrin de la façon la plus rude. Son honneur même lui paraissait atteint par la violation des engagements pris par lui vis-àvis de la population.

Il adressa au roi ses protestations et celles du conseil au point de vue de la justice et des droits acquis, et en même temps vint lui présenter des explications fort sérieuses sur le lien qui, à Sedan, rattachait la question religieuse à la question politi(jue, et sur les causes de désaffection suscitées par cette mesure parmi la population protestante, qu'elle menaçait d'une complète déchéance.

La cour fut inflexible dans sa résolution de maintenir l'édit ; seulement , pour donner au maréchal une preuve de déférence et d'estime, on décida que le ressort du présidial serait étendu; qu'une charge de grand sénéchal serait créée, aux appointements de quatre mille livres, et attachée à la dignité de gouverneur, et qu'enfin ce dernier recevrait une charge de conseiller honoraire avec séance au parlement de Metz , pour lui et les aînés de ses héritiers à perpétuité.

Fabert ne pouvait être que sensible à un procédé si flatteur, mais son intérêt personnel le touchait moins que l'intérêt public ; il repoussa les offres que lui avait transmises le procureur général, et demanda seulement qu'on n'appliquât l'édit à la principauté que lorsque la génération qui avait vécu sous les anciens princes aurait disparu.

Il n'était pas dans la pensée du ministère qu'il fût jamais possible d'accorder un tel délai , mais on ne voulait pas non plus contrister ce grand cœur par une sorte de parti pris de refus sans compensation. Le roi lui accorda donc, par des lettres patentes du 25 août, pour lui et son fils, « le droit de nomination et finance des offices créés par l'édit du mois de mai dernier au siège présidial de Sedan , ne se réservant, Sa Majesté, que la provision desdits officiers sur ladite nomination et la première finance d'iceux. »

Cette dernière condition parut à Fabert de la plus criante injustice, appliquée à des titulaires depuis longtemps possesseurs de leurs charges. Il demanda que les emplois fussent accordés à titre gratuit, et ne dissimula pas à Colbert que, s'il ne l'obtenait pas et qu'on persistât à exiger la finance, ce serait sur ses propres deniers qu'elle serait payée au trésor. Sur ces entrefaites , il apprit que les partisans avaient déjà offert d'avancer le montant des charges de judicature. Il écrivit aussitôt pour offrir le même prix et demander la préférence. Le roi , touché d'une telle générosité , se désista de son droit de finance et lui laissa l'entière disposition des places du présidial. Il voulut même ajouter à cette faveur celle d'une gratification de vingt mille livres. ' . 1

L'édit de Fontainebleau fut enregistré au mois de novembre et re- ' çut, au mois de janvier 1662, son application. Ce fut alors que com- ■! mencèrent les grandes difficultés du gouverneur. "J

Résolu à satisfaire avant tout, dans ses choix, aux exigences d'une .^

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