LUTTE AVEC LE PARLEMENT
impartiale justice, il n'hésita pas à donner à ceux qui s'étaient montrés bons magistrats dans le bailliage et le conseil souverain des charges équivalentes dans le présidial , sans s'arrêter à la religion qu'ils professaient. C'est ainsi que les magistrats du parquet, nommés par lui , se trouvèrent être des calvinistes. Or le parlement avait décidé que les « gens du roi » appartiendraient exclusivement à la religion catholique. Il ordonna qu'une députation composée de trois de ses membres se rendrait immédiatement à Sedan pour signifier au conseil souverain sa suppression et organiser le service de la justice, en attendant que le gouverneur eût fait des propositions de nature à être agréées.
Lorsque les députés se présentèrent devant Fabert, il leur demanda, avant tout, de lui présenter les lettres du roi qui les autorisaient à faire leur démarche. Ils répondirent qu'ils n'avaient que la com^ mission du parlement et l'édit de Fontainebleau, mais que cela suf'^ fisait.
« Pas pour moi. Messieurs, dit Fabert; je suis accoutumé à Ce que les ordres du roi me soient signifiés directement par Sa Majesté, et non par l'intermédiaire des parlements. Vous pouvez donc vous retirer. »
Rentrés à Metz, les députés y firent leur rapport. Le parlement ne voulut pas avoir le dessous. Il rendit un arrêt par lequel les conseillers Foës et Chapenay étaient chargés, dans toutes les formes, d'aller à Sedan mettre fin à l'exécution du pouvoir judiciaire jusque-là conservé par le conseil souverain. Ces conseillers jugèrent que leur dignité serait compromise s'il leur fallait se réclamer d'une autre autorité que de celle du grand corps auquel ils appartenaient ; ils partirent donc pour Sedan avec cet arrêt et l' allèrent signifier à qui de droit. Mais le conseil souverain, indigné, rendit de son côté un autre arrêt, portant que « les sieurs Foës et Chapenay seraient chassés du territoire, et que, s'ils y rentraient, ils seraient châtiés exemplairement, comme perturbateurs du repos public; que, du reste, le roi allait être informé de cet attentat, et que lui seul en jugerait ». Et en même temps deux huissiers envoyés par le conseil, prenant par la bride les chevaux du carrosse qui avait amené les conseillers messins , leur faisaient repasser la Meuse et les conduisaient à la limite du territoire sedanais.
Cet arrêt, accompagné d'un mémoire explicatif, fut, dès le lendemain, envoyé à la cour par les mains de M. de Termes, du chanoine Morel et de l'échevin David, représentant respectivement le maréchal, le conseil souverain et le corps municipal. Dans ce mémoire Fabert suppliait le roi de l'autoriser à maintenir dans les charges du présidial les protestants qu'il avait nommés et dont il avait pu apprécier le mérite au conseil souverain, de ne pas exiger d'eux un
nouveau serment, comme s'ils eussent débuté dans les fonctions publiques, et d'envoyer un maître des requêtes pour établir définitivement le siège présidial à l'exclusion de toute intervention du parlement de Metz.
De son côté, cette compagnie ne restait pas inactive; elle avait envoyé au roi une députation pour le prier, dans l'intérêt de la religion catholique, d'exclure les religionnaires du nouveau présidial et de défendre particulièrement au maréchal d'en établir dans les charges de président, de procureur du roi et de lieutenant civil et criminel. Or, c'étaient justement là les nominations qui formaient le fond du débat. Elles avaient été faites en faveur de MM. d'Ozanne, de Beaulieu, de Moranvillé et de Chadirac, et les excellents services de ces quatre magistrats plaidaient énergiquement en faveur de leur maintien.
Le chancelier et Golbert parurent d'abord incliner du côté du parlement, et la confirmation des propositions du gouverneur resta quelques jours suspendue ; mais les raisons par lesquelles elles furent appuyées par M. Voisin et le P. Adam lui-même, firent définitivement pencher la balance en leur faveur. Le conseil souverain ne fit que subir une transformation, et les lettres que les magistrats de Metz demandaient pour le faire casser furent définitivement refusées.
Cette lutte , dans laquelle le maréchal avait obtenu gain de cause contre un grand corps judiciaire, excita contre lui de très vives inimitiés : tout ce qui était parlementaire se sentit blessé, et dans le monde religieux on trouva également fort coupable le zèle extrême qu'il avait déployé en faveur des protestants. Les exaltés du parti le représentèrent comme « un destructeur des choses saintes, un homme sans religion, un fauteur d'hérésie qui cherchait à s'assurer des huguenots en leur accordant tout ce que le roi défendait ».
Mais on alla plus loin encore : on ramassa dans le ruisseau de misérables inventions par lesquelles quelques méchants avaient, déjà depuis longtemps, cherché à expliquer le constant bonheur de sa carrière, au moyen de pratiques surnaturelles. On répéta qu'en effet il fallait bien quelque chose de semblable pour que toutes ses entreprises réussissent ainsi. On en fit un enchanteur et un magicien ayant reçu du diable le pouvoir d'ensorceler tous ceux qui avaient affaire à lui.
On ne lui laissa pas ignorer les étranges soupçons dont il était l'objet ; mais il s'en consola par la pensée que l'intérêt de la justice et celui de la religion avaient été ses seuls mobiles. Tout ce qu'il faisait n'avait, en effet, d'autre objet que de rendre moins difficile l'œuvre, devenue le but unique de sa vie, du retour des calvinistes de Sedan à l'unité catholique.
« Je sais, écrivait-il au P. Adam, tout ce que l'on dit de moi; mais je consens à passer pour hypocrite et pour enchgnteur, comme mes