‹ Le Maréchal FochChapitre 4 sur 7 · BATAILLE DE L YSER · texte numérisé non relu

BATAILLE DE L YSER

donne l'idée d'inonder le pays. L'inondation a sauvé la Hollande à une autre époque ; elle sauvera

bien la Belgique! On n'y avait pas songé. On tiendra tant bien que mal jusqu'à ce que le pays soit inondé.

D'ailleurs, voici la 42e division, celle des marais de Saint-Gond. Elle contre-attaque, et la ligne allemande, est de nouveau fixée. Pour marquer sa volonté inébranlable de forcer la victoire, le général installe, le 2^ octobre, son quartier général à CasseL

Dès le 28, la plaine à Test de l'Yser, les tranchées et les batteries allemandes, tout commence à disparaître sous une nappe d'eau. L'ennemi va se retirer, mais auparavant il veut essayer un suprême effort contre cette armée qu'il sent à bout de souffle et dont la mise hors de cause lui donnera la côte tant convoitée.

Le 3oy en colonnes profondes, il se rue encore contre le centre belge qu'il a préalablement écrasé par l'artillerie lourde.

Ramscappelle est enlevé; le centre est percé; la victoire paraît assurée..., mais la 42e division est encore là!... Une brillante charge à la baïonnette a raison des colonnes disloquées et réduites de l'ennemi qui recule pour ne plus revenir, cette fois. C'est dans l'eau que s'opère sa retraite ; il perd ses gros canons enlisés dans la boue; à peine peut-il retirer du bourbier ses pièces de campagne. L'armée belge est sauvée.

Ce même 3o octobre, le ier corps anglais est violemment attaqué devant Dixmude par des effec-

LE MARÉCHAL FOCH 4l

tifs considérables. Ecrasé par la grosse artillerie, submergé par le flot des assaillants, il faiblit. Or, sa retraite va découvrir la gauche de notre 9e corps.

Le général Dubois envoie au secours de nos alliés les faibles ressources dont il peut disposer et il demande des renforts.

Foch accourt à Saint-Omer où est le quartier général du maréchal French.

Il est i heure du matin : le maréchal vient de se coucher. On le réveille.

— Monsieur le Maréchal, votre ligne est percée...

— Oui.

— Avez-vous des disponibilités?

— Non.

— Je vous amène les miennes. Le général Joffre m'envoie huit bataillons. Prenez-les et en avant !

Très ému, le maréchal serre les mains du général Foch :

— Merci, lui dit-il.

Et, dès l'aube, le combat, alimenté par ce sang nouveau, reprenait, acharné.

Mais ce même jour, 3i octobre, l'ennemi, grâce à son écrasante supériorité numérique, enlève Gheluvelt et menace Hooge. Les dernières réserves anglaises, décimées, épuisées, plient encore à 2 heures de l'après-midi. C'est la fin.

Le général Dubois, dont le corps d'armée va être entraîné dans le désastre, accourt à Vlamertinghe, poste de commandement du général d'Urbal. Le

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général Foch s'y trouve. La situation est terrible, mais nette. Il faut tenir vingt-quatre heures, le temps nécessaire au 16e et au 32e corps de débarquer.

Un hasard providentiel veut que l'automobile du maréchal French passe à ce moment-là. Un officier de l'Etat-major général, le commandant Jamet, se précipite. Informé de la présence du général Foch, le maréchal consent à s'arrêter.

Cette fois, il est désespéré. Ses dernières réserves ont fondu dans la fournaise ; ses divisions sont épuisées, décimées, disloquées; elles sont incapables d'une plus longue résistance; il n'y a plus qu'à mourir.

— Non, Monsieur le Maréchal, répond vivement Foch. Il faut tenir d'abord, tenir à tout prix. Il sera temps de mourir ensuite. Tenez jusqu'à ce soir, je viens à votre aide.

Et tout en parlant, comme French comprend mal le français, le général écrit au verso de l'ordre de retraite déjà rédigé par l'Etat-major britannique, ce qu'il y aurait lieu de faire pour prolonger la résistance. Il tend cette feuille au maréchal, mais celui-ci n'est pas convaincu ; il demeure irréductible...

Alors Foch s'anime :

— Si la vieille infanterie de Wellington ne peut plus tenir aujourd'hui derrière des tranchées, il faudra bien que mes « gosses » y aillent !...

French s'est redressé.

— Elle tiendra, dit-il.

Saisissant son ordre de retraite, il le barre d'une grande croix, le retourne et écrit ces simples mots qu'il signe, au bas de la note de Foch : « Exécutez l'ordre du général Foch. »

Du reste, la journée n'est pas encore terminée qu'une brigade française entre en ligne et enraie les progrès de l'ennemi.

Et c'est ainsi partout. L'inébranlable volonté, la foi communicative du général raniment tous les courages et décuplent toutes les énergies, tandis que son coup d'œil clair et sûr, son don de divination parent au danger à l'instant même où tout semblait perdu ; chacun a l'impression que les réserves sortent de terre au moment et à l'endroit précis où leur intervention est indispensable.

Le ier novembre, le Ier corps bavarois s'est emparé de Messines; tout de suite un détachement d'une brigade de cavalerie et d'artillerie se forme sous le général Mazel et accourt...

Le 2 novembre, c'est entre Dixmude et la Lys que la bataille s'allume. Les Allemands finissent par où ils auraient dû commencer et, jusqu'au i5 novembre, c'est contre un mur désormais assez solide pour ne pas être ébranlé parleur bélier qu'ils lancent les épaisses colonnes des IIe, XIIIe, XVe, XVII* corps, un corps bavarois et une division de la Garde...

Le J, attaque furieuse sur Ypres. Accouru en automobile, le 20e corps est là ; l'attaque est enrayée.

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La semaine qui suit est une semaine de tueries. La lutte la plus sauvage ne s'arrête ni jour ni nuit. Les fusiliers marins, la 89e division territoriale, des unités de cavalerie, des cyclistes, le 32e corps récemment débarqué, disputent âprement et dans des conditions difficiles Dixmude, le château de Woumen, Merckem, Bixchoote, aux XIIe et XIIIe corps de réserve allemands. Même, le /er novembre, une tentative désespérée, qui lui coûte des pertes effroyables, permet à l'ennemi, après un combat de rues des plus acharnés, d'arracher Dixmude à l'héroïsme de nos fusiliers marins. En même temps Bixchoote, écrasée de bombes, est enlevée... Le saillant d'Ypres, devant lequel notre 16e corps tient en respect le XXVIe corps allemand, va être pris à revers... Mais Foch veille. Napoléon faisait la guerre avec les jambes de ses soldats ; le brillant manœuvrier utilise avec une aisance égale les moyens rapides de transport dont il dispose. La 22e brigade, l'une des brigades de la célèbre division de fer, est ici, avec deux corps de cavalerie. Encore une fois frustré de sa victoire, l'ennemi reflue.

C'est la fin. Leurs folles tentatives ont coûté 3oo.ooo hommes aux Allemands; ils ne les renouvelleront plus. Le général Foch sait bien que sa victoire est négative ; que la victoire veut la mise hors de cause de l'ennemi par une poursuite acharnée ; mais ses effectifs sont par trop inférieurs à ceux de l'adversaire et, surtout, il a trop peu

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d'artillerie lourde pour répondre à ses gros canons. C'est une victoire négative, mais c'est une victoire tout de même, et une grande victoire, puisque, malgré le formidable déploiement de onze corps d'armée et les sacrifices incalculables consentis, l'ennemi n'a pu ni déborder notre flanc gauche, ni atteindre Calais, ni percer notre ligne à peine cristallisée. Le général Foch, par son activité, son coup d'œil merveilleux, son indomptable énergie et son ascendant moral sur nos alliés, vient d'assurer brillamment et d'une manière définitive les résultats de la victoire d'arrêt de la Marne.

cl) L'Artois. La Somme. — À peine se sont éteints les derniers échos des coups de canon de l'Yser, que la situation s'est profondément modifiée sur l'ensemble de notre front. L'ennemi, qui a décidé de porter ses efforts en Russie, se terre en Flandre et en Artois, comme il s'est déjà terré dans la Somme, en Champagne, en Argonne et en Lorraine. Sa supériorité numérique étant encore incontestable et son matériel incomparablement plus puissant que le nôtre, nous sommes obligés de creuser des tranchées, nous aussi, pour nous mettre à l'abri d'une nouvelle ruée et pouvoir, avec quelque tranquillité, refaire nos forces en vue d'une reprise de l'offensive.

L'hiver 1914-1915 est donc, pour le général Foch et pour ses états-majors, une période de labeur intense et ingrate, destinée à assurer le transport

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et l'accumulation de moyens matériels tels que Ton n'en avait jamais eu l'idée jusque-là. Sans discontinuer, une quantité invraisemblable de trains sillonnent les voies ferrées, charroyant des montagnes de matériel de construction (rondins, tôles ondulées, plaques de blindage, rouleaux de fil de fer, lisse et barbelé, arbres transformés en pieux...), du matériel de guerre (canons de calibres variés, par milliers, pyramides d'obus, munitions de toutes sortes, dont les opérations dernières avaient nécessité une consommation effroyable, outils de terrassiers par millions), enfin, des approvisionnements en vivres, en vêtements, en charbon, que réclamait l'hiver déjà commencé.

Période extrêmement pénible aussi pour les troupes obligées de creuser nuit et jour des tranchées dans la boue glacée, souvent dans l'eau jusqu'aux genoux, en dépit des intempéries et de l'artillerie lourde ennemie, qui détruisait en quelques minutes le résultat du travail acharné de plusieurs journées.

Il y eut également quelques rudes combats, dont le but était de fixer l'ennemi sur notre front pour l'empêcher de porter toutes ses forces contre nos alliés russes, et de maintenir chez nos troupes le mordant et l'esprit d'offensive indispensables pour des opérations actives.

Les noms de ces épisodes héroïques, qui rappellent à toutes les mémoires des pages de gloire, sont : Saint-Georges, la Maison du Passeur, le Ca-

bar et Korteker, Dixmude et Y près encore, VermelleSy Carency, Andechy. Ce furent nos passes d'armes de novembre et de décembre igi4-

Nos alliés britanniques prirent, eux aussi, leur part de ces luttes, grâce à l'influence personnelle du général Foch, et malgré la notoire insuffisance de leurs moyens. Le 26 janvier igi5, ils livraient un glorieux combat à Givenchy ; le 10 mars, ils s'emparaient de Neuve-Chapelle.

Malgré tout, l'infériorité de notre outillage était telle que les opérations de l'hiver ne purent empêcher l'ennemi, confiant dans l'inviolabilité de ses organisations défensives, de retirer i5o. 000 hommes du front occidental, et d'infliger à l'armée russe une grave défaite aux lacs de Mazurie.

Mais au printemps, les résultats de nos travaux deviennent appréciables, et, quand le haut commandement russe annonce qu'il va exécuter une offensive en Galicie, nous sommes à peu près en mesure de l'appuyer efficacement; le général Foch peut songer à organiser une attaque en Artois.

Il transporte son quartier général de Gassel à Frévent, sur la route de Saint-Pol à Doullens, pour se trouver au centre de son théâtre d'opérations, car il a décidé de prendre comme objectif les derniers contreforts des collines de l'Artois qui séparent Arras des plaines du Nord. Au delà, il y a Lens, ses mines et son nœud de voies ferrées, Lille et Douai; c'est un point vital pour Fennemi.

Cependant, les moyens mis à la disposition du

général sont encore bien faibles. Il se refuse à calculer l'étendue de son front d'attaque d'après le nombre des soldats qu'il peut mettre en ligne ; il ne veut accepter comme base de calcul que le nombre des canons lourds qu'on lui donne. Or, de ces canons monstres, malgré tous les efforts consentis, nous en avons encore peu, tandis que l'ennemi en a beaucoup, et, pour obtenir dans une zone la supériorité d'artillerie que le général estime nécessaire à la victoire, cette zone doit être restreinte. On n'attaquera donc que sur un front de 10 kilomètres, entre Neuville-Saint-Vaast et Notre- Dame-de-Lorette.

Le g mai, une préparation d'artillerie formidable réduit à néant les puissantes organisations de l'ennemi et ouvre la voie à nos vagues d'assaut. Les Allemands concentrent leur défense dans de solides points d'appui : Ablain-Saint-Nazaire, Carency, La Targette, Neuville-Saint-Vaast et le célèbre Labyrinthe, réseau compliqué et inextricable de tranchées, de réduits bétonnés, de réseaux de fil de fer... Malgré l'aide constante de l'artillerie qui consomme plusieurs centaines de milliers d'obus par jour et dont les tirs sont minutieusement orientés par nos aviateurs, les progrès sont lents à travers ces souterrains et cette lande bouleversée où chaque obstacle cache un piège infernal... Le i g juin, les objectifs assignés par le général Foch sont atteints; nous sommes maîtres de Neuville- Saint- Vaast, du Labyrinthe, de Carency, de Sou-

chez, de l'éperon de Notre-Dame-de-Lorette. Sur les 10 kilomètres du front d'attaque, nous avions progressé de 3 kilomètres, nous avions capturé

Kvwlfou/ette

■ nim» . . d°. .. le 19 Juin

BATAILLE d'aRTOIS (l()l5)

8.000 prisonniers, pris une vingtaine de canons et fixé pendant deux mois 16 divisions allemandes. C'était une victoire, mais malgré toute la science^ tous les efforts et tout l'héroïsme déployés, elle n'avait rien de décisif. Si elle faisait disparaître un

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saillant de la ligne allemande, la porte ouverte était trop étroite pour pouvoir y engager des effectifs suffisants qui auraient bien vite été pris à revers s'ils s'étaient aventurés dans la plaine. Ce glorieux épisode comportait donc de précieux enseignements. Tout d'abord, il apparaissait avec évidence que des offensives locales réduites étaient impuissantes à procurer la victoire. Pour obtenir un résultat appréciable, il fallait pouvoir donner un plus grand développement aux secteurs d'attaque ; et, comme l'étendue des secteurs d'attaque était fonction des canons mis en ligne, il fallait intensifier encore la fabrication du matériel et des munitions.

En outre, on ne devait pas laisser l'ennemi libre du jeu de ses réserves, liberté qui, grâce à sa position centrale, lui permettait d'être toujours supérieur à l'assaillant : d'où la nécessité de réaliser simultanément d'importantes offensives sur tous les fronts et, par suite, d'obtenir de nos alliés une intensification de leur effort, en attendant de pouvoir réaliser l'unité de direction de la guerre.

Le 7 juillet, la première conférence de Chantilly réunit au Grand Quartier général français, sous la présidence du général Joffre, des représentants de toutes les armées de l'Entente. Il y fut décidé que, pour dégager le front russe, des offensives seraient tentées sur le front occidental, auxquelles participeraient les armées anglaise et belge.

Ces offensives se produisirent le 25 septembre, en Champagne et en Artois. Le front de Cham-

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pagne avait été dégarni par l'ennemi, au profit du front russe. Les Allemands éprouvèrent là une défaite qui leur coûta 20.000 prisonniers et qui eût pu être décisive si nos moyens eussent été plus considérables.

En Artois, l'attaque se produisit à peu près sur le même terrain qu'en mai, avec le même objectif : les derniers contreforts des collines de l'Artois, sur lesquels nous tenions déjà Notre-Dame-de-Lorette et qui dominaient la plaine de Lens. Le haut commandement allemand préparait peut-être une offensive dans cette région, car il y avait accumulé des réserves et des moyens supérieurs aux nôtres. Après un premier succès pour nos troupes à Souches, pour les Anglais à Loos et à Halluch, il fallut s'arrêter, devant de puissantes contreattaques et un formidable déploiement d'artillerie lourde ennemie. Grâce à la concordance exacte des efforts, le but cherché était cependant atteint, cette fois : l'offensive allemande, déclenchée en Russie, s'était arrêtée et la situation de nos alliés s'était rétablie en Galicie.

Ces opérations, malgré la faiblesse de leurs résultats, avaient donc prouvé qu'il était possible de coordonner efficacement les efforts de tous les alliés. Pour entraîner l'opinion, le Gouvernement français fit un mouvement : le 2 décembre, le général Joffre était nommé généralissime des armées françaises sur tous les théâtres d'opérations et le général de Castelnau, chef d'État-major général.

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Cette mesure renforça le commandement français, mais ne produisit pas sur nos alliés l'effet attendu. Les conclusions de nouvelles conférences qui eurent lieu à Chantilly, les 6, 7 et 8 décembre, et dont le but était de fixer le programme des opérations à exécuter en 1916, demeurèrent assez vagues. Il fut question d'une offensive générale à déclencher sur tous les fronts dès que cela serait possible, et en attendant, de simples offensives locales menées surtout par les armées anglaise, italienne, russe, moins éprouvées que l'armée française.

Le travail de réflexion, d'étude, de préparation du front en vue de l'offensive projetée, que fournit le général Foch au cours de cette période ingrate, ne saurait être envisagé dans cette étude. On verra plus tard le résultat de ces travaux et de ces réflexions et comment le général trouvera le moyen, quand son heure sera venue, de mettre en application l'art napoléonien, fait d'activité et de coup d'œil, en dépit du triomphe momentané de la matière brute.

Cependant, en exécution des dispositions prises à Chantilly, les préparatifs de l'Entente se poursuivent activement; l'effort anglais s'intensifie; quelques unités russes paraissent même sur le front occidental. Par des réductions opérées sur les effectifs en ligne, le haut commandement français constitue une masse de manœuvre de 37 divisions.

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Finalement, c'est la Somme qui est choisie comme théâtre de la grande offensive prévue. Le général Foch, qui a transporté en septembre son quartier général à Dury, la préparc depuis longtemps dans tous ses détails. On mettra à sa disposition 4o divisions françaises et 20 divisions anglaises. Son plan d'attaque est approuvé le i£ février igi6. L'offensive se produira au nord et au sud de la Somme, sur 25 kilomètres entre Chaulnes et Gomécourt. La date seule reste à fixer par le haut commandement : elle doit coïncider avec des offensives russe et italienne, avec le rappel d'Egypte de troupes britanniques... toutes conditions compliquées... En attendant, le 21 février, les Allemands se ruent sur Verdun, avec des moyens formidables, et ruinent en cinq jours toutes les défenses du nord du camp retranché. Les jours suivants, ils développent et intensifient avec la dernière vigueur leur offensive qui prend tous les jours les allures d'une opération décisive.

Une nouvelle conférence interalliée, réunie le 12 mars, estime qu'il est nécessaire, pour dégager Verdun, de hâter l'exécution des offensives décidées. Donc, l'armée russe se mettra en mesure d'attaquer, le i5 mai, et les Anglo-Français et les Italiens le 1er Juin,

Mais Verdun absorbe peu à peu toutes nos réserves. Le i5 avril, le général Foch est averti qu'au lieu de [\o divisions françaises promises pour sa bataille, il ne doit plus compter que sur 3o...

Le i5 mai on ne lui en accorde plus que 26. Heureusement, des renforts britanniques sont arrivés et le général disposera de 26 divisions anglaises au lieu de 20.

Le /er juin, nos alliés ne sont pas prêts; on recule l'opération jusqu'au 2g, car Verdun peut tenir encore, malgré les efforts de toute l'armée allemande.

Sur ces entrefaites, le haut commandement italien, menacé d'une attaque autrichienne qu'il craint de ne pouvoir repousser, a réclamé de la Russie une offensive de dégagement. La bataille qui continue à faire rage à Verdun s'allume donc à la fois sur le front italien et sur le front russe. L'occasion est unique de réaliser, par une grande offensive sur la Somme, le maximum de coordination d'efforts qui ait jamais été obtenu au cours de cette guerre.

Le /er juillet , après un effroyable bombardement qui nivelle les tranchées allemandes, une vigoureuse attaque se déclenche entre Frise et Estrées, face à Péronne, sur un front de 6 kilomètres. Du premier élan, la première position ennemie est conquise et nos soldats ramènent 5. 000 prisonniers.

L'effort continue les jours suivants, toujours soigneusement préparé et se développant comme un mécanisme d'horlogerie. Le 2, la deuxième position est ébréchée par la prise de Frise et de Herbecourt; le 3> Buscourt, Flaucourt, Assevillers tombent ; le 4, c'est Barleux, Belloy-en-Santerre

et Estrées... Le io, le nombre des prisonniers s'élève à 10.000; on a pris 75 canons et, de Biaches, on domine la plaine de Péronne, tandis que l'important nœud de voies ferrées de Roisel est sous notre canon à 10 kilomètres.

Le i4 juillet, conformément au programme, après un bombardement qui dure depuis le 11, c'est l'armée britannique qui se porte en avant, à son tour, sur un front de 6 kilomètres. Elle enlève d'un bel élan Bazentin, Longueval, le bois des Trônes , le bois Delville, en brisant la résistance des première et deuxième lignes allemandes; elle capture 2.000 prisonniers. Le ij, nos alliés qui combattent dans la troisième position ennemie, dénombrent 11.000 prisonniers. Mais, à cette date, les Allemands ont pu faire intervenir de puissants renforts parmi lesquels la Garde prussienne : les Anglais perdent le bois Delville et comme, d'autre part, la charnière de Thiepval tient solidement, l'offensive britannique ne peut plus progresser.

Heureusement, comme sur l'Yser, le général Foch surveille l'exécution de sa manœuvre. Dès le 20, nos troupes reprennent leurs attaques, d'abord au nord de la Somme, sur un front de 3.5oo mètres entre Hardaumont et Feuillères, puis au sud de la rivière entre Barleux et Soyécourt sur un front de 4 kilomètres. Ces opérations nous procurent 3.ooo prisonniers et fixent les réserves allemandes. Dégagés, les Britanniques enlèvent Pozières et chassent l'ennemi du bois Delville.

Les résultats de ce mois de juillet sont brillants, mais la consommation des munitions a été si considérable, et le terrain de la bataille est tellement raviné par les obus que les opérations doivent être ralenties dès les premiers jours d'août, pour permettre le ravitaillement des canons. En outre, l'armée anglaise dont l'organisation et les moyens ne sont pas encore à la hauteur des nécessités de la guerre, est fatiguée par les efforts fournis. C'est pourquoi, le mois d'août ne voit d'autre opération importante que la prise de Maure pas par nos troupes.

Au début de septembre, les approvisionnements sont à peu près reconstitués et, tout de suite, le général Foch reprend une nouvelle série d'offensives combinées, en direction de Bapaume, de Péronne et de Nesle. Le 3 septembre, au sud de la Somme, les armées Fayolle et Micheler emportent Berni/y Vermandovillers , Chilly et font 3.ooo prisonniers ; e6> 1 elles dépassent Belloij et Chaalnes; le 12, elles conquièrent Bouchauesnes.

Les Anglais se mettent à leur tour en mouvement le i5. Ils inaugurent de monstrueux chars d'assaut, les « caterpillars » ou « tanks », machines invulnérables pour les fusils et qui ouvrent la marche de l'infanterie, écrasant les réseaux de fils de fer, renversant les murs peu élevés, nivelant les parapets des ouvrages les plus solides, ruinant les abris bétonnés... Le moral de l'ennemi est fortement ébranlé par l'apparition de ces engins. Les

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BATAILLE DE LA SOMME (iQîÔ)

Allemands perdent Ginchy avec 4«ooo prisonniers, puis sont encore refoulés sur toute la ligne entre Bouchavesnes et Thiepval où ils laissent 5.ooo des leurs entre les mains de nos alliés.

Mais, déjà, Papproche de la mauvaise saison rend les opérations très pénibles; en outre, cellesci coûtent des hommes et une quantité prodigieuse de munitions dont on peut se faire une idée en songeant qu'une seule journée avait vu tirer autant de coups de canon que les sept mois de la guerre de 1870-187 1. Dans ces conditions, le haut commandement, craignant de fatiguer le pays et de dépasser le rendement de nos usines de guerre, prescrivit d'arrêter les grandes opérations.

On se contente donc, au cours des mois à' octobre et de novembre, de compléter et d'assurer par l'occupation d'importants points d'appui {Ablaincourt, Saillisel, Pressoir e) les résultats déjà obtenus et de s'emparer d'observatoires d'artillerie, comme Sailli), d'où l'ennemi pouvait surveiller nos lignes et rendre inhabitables au cours de l'hiver nos cantonnements de repos.

A ce début d'octobre, si les résultats tactiques de la bataille de la Somme restent à compléter, ses résultats stratégiques sont définitivement acquis, et des plus brillants. Quarante divisions allemandes ont fondu dans ces champs de carnage que Ton a appelés (( le charnier de l'Europe » et, comme conséquence, les Allemands ont dû cesser leurs attaques sur Verdun.

LE MARÉCHAL FOGH 5g

Le Kronprinz allemand comptait établir sa réputation de général sur la prise de la grande forteresse française. Rendu responsable de la défaite, le général Falkenhayn, chef du Grand État-major allemand, est disgracié le 5 septembre et remplacé par le maréchal Hindenburg. Sur l'autre front, l'offensive russe, en l'absence des réserves allemandes, a progressé de nouveau dans les Karpathes; l'offensive italienne est victorieuse dans la région de Gorizia; enfin, la Roumanie, entrevoyant la victoire définitive, s'est décidée, le 18 août, à entrer dans la coalition.

Ces événements, dus en grande partie à la vigoureuse opération de dégagement de la Somme, et par suite au mordant, à l'esprit d'offensive et à l'activité du général Foch, il eût été peu politique de les souligner. Ils étaient cependant bien autrement importants que la conquête de 25 villages ruinés, de 35.ooo prisonniers et de i5o canons allemands, glorieux butin qu'un ordre du jour du 25 septembre reconnaissait être l'actif du groupe des armées du Nord.

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