IV. LE GENERALISSIME
a) La défensive. — La situation était si difficile qu'un chef d'une autre trempe l'eût probablement estimée désespérée. Toutes les décisions à prendre étaient handicapées par une double menace dont le succès eût été décisif : menace sur les ports de la Manche, dont la réalisation pouvait jeter l'armée anglaise à la mer; menace sur Paris, dont le succès pouvait ruiner le moral de la nation française et acculer le Gouvernement à la paix.
Le jeu des réserves — lesquelles étaient déjà très faibles — ne pouvait donc pas s'exercer libre-
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ment. Il fallait disposer ces réserves de manière à enrayer toute avance inquiétante des Allemands vers la côte et à leur interdire tout progrès vers Paris.
Déjà l'armée de Below est à 12 kilomètres d'Amiens tenant sous le feu de son artillerie lourde la seule voie ferrée directe qui permette de communiquer avec la partie nord du front, et l'armée de Hutier se rue encore une fois, le 3o mars, vers Paris, dans une puissante tentative de percée.
Installé à Sarcus, village perdu de la Picardie, avec un état-major très réduit, le vainqueur de Saint-Gond et de l'Yser estime, lui, que si la situation est évidemment sérieuse, elle n'est nullement désespérée et que volonté, activité, énergie et intelligence doivent triompher de toutes les difficultés.
Pour constituer des réserves, des prélèvements sont faits sur les parties du front non menacées. Le général Pershing met noblement à la disposition du général Foch la petite armée américaine qui, aux termes des traités, n'aurait dû être engagé sur les champs de bataille que beaucoup plus tard. Ses divisions relèvent tout de suite, dans des secteurs tranquilles, des divisions françaises aguerries qui viennent au feu.
Un nouveau groupe d'armées franco-britannique, créé sous le général Fayolle, réussit à a colmater » la brèche largement ouverte sur Paris et grâce à des prodiges d'héroïsme, à des sacrifices douloureux aussi, maintient la liaison entre Anglais et
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Français et arrête net la puissante offensive de Hutier.
Or, l'arrêt paraît bien définitif de ce côté : sur les 90 divisions allemandes qui se trouvaient dans cette région, 83 au moins ont été engagées et durement éprouvées. Rien n'étaie plus les colonnes d'assaut; l'offensive allemande est à bout de souffle : elle a échoué. Humbert et Mangin ont sauvé Paris.
Le haut commandement allemand en vient alors à une conception plus modeste, exactement proportionnée à l'importance de ses ressources. Paris est décidément trop inaccessible et 80 kilomètres constituent un front trop étendu pour des réserves appauvries. Amiens va être le nouvel objectif, et le front d'attaque ne sera plus que de l\o kilomètres.
Ce nouvel effort se produit entre le 4 et le 8 avril et il est enrayé comme le précédent, après des combats furieux. Comme celle de Paris, la route d'Amiens est barrée ; les réserves allemandes s'épuisent : plus de 100 divisions ont déjà plus ou moins fondu dans la fournaise.
Hindenburg ne se lasse pas... Amiens est inaccessible ; on ne peut plus attaquer sur 4o kilomètres. On va foncer avec 20 divisions sur le front de 25 kilomètres qui s'étend d'Ypres à La Bassée. Objectifs : Calais et Dunkerque, c'est-à-dire refoulement de la gauche anglaise et isolement de l'armée belge.
Le g avril, une division portugaise est bousculée
et entraîne dans sa retraite les cinq divisions de la Ire armée britannique. L'ennemi franchit la Lys et pousse jusqu'au pied du mont Kemmel.
Mais le déplacement méthodique des objectifs allemands vers le nord a déjà depuis longtemps orienté le général Foch, dont l'esprit alerte évolue avec plus de souplesse. Goutte à goutte, parce que la voie ferrée à' Amiens est sous le canon de l'ennemi, des réserves françaises ont été acheminées depuis longtemps vers le Nord, et déjà le détachement d'armée du général de Mitry étaie l'armée anglaise.
Ce sont des combats acharnés. A la fin d'avril, les armées allemandes du Nord, qui ont jeté dans la bataille un minimum de i5o divisions dont 5o ont été engagées deux ou trois fois, qui ont subi de lourdes pertes et chez qui des signes non équivoques de fatigue morale commencent à se manifester, cessent leurs assauts. Malheureusement, l'armée britannique, de son côté, est trop épuisée et trop réduite pour pouvoir passer à l'offensive. D'autre part, les réserves françaises sont appauvries et l'affaiblissement de l'armée anglaise oblige le général Foch à en maintenir une partie dans le Nord ; en outre, les communications trop précaires rendent les manœuvres difficiles. L'armée américaine grossit rapidement, il est vrai, et tous les jours 6.000 à 8.000 hommes débarquent dans nos ports, mais ce ne sont pas là des soldats. De son côté, l'Italie, qui déclare avoir encore besoin des
deux divisions françaises que nous avons chez elle,
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