V. En date 4u 12 novembre
« Cet attentat a frappe la France d'indignation, et l'Europe entière de stupeur.
« Soit qu'on examine les circonstances dont il fut entouré, soit qu'on apprécie les conséquences qu'il a produites, il est impossible de ne pas éprouver un sentiment d'horreur.
« Les circonstances ! Les narrer en détail, ce serait les affaiblir. Un seul mot réveille l'idée générale du crime du maréchal Ney , et suffit à caractériser tous les genres de perfidie et de haute trahison qu'il recèle. Chargé par le roi de prendre un commandement de troupes pour résister à la détestable entreprise de l'ennemi de la France et du genre humain, le maréchal Ney, accepte ce commandement. Le 7 mars dernier, après avoir baisé la main du roi, après lui avoir juré, dans un mouvement d'indignation factice, dont l'âme élevée du monarque ne lui aurait suggéré ni la pensée particulière, ni l'expression, de lui ramener Bonaparte dans une cage de fer, il part de Paris, et le 14 du même mois , sept jours après , il lit à ses troupes un manifeste rebelle , proclame Bonaparte son empereur et le leur, et passe à l'ennemi avec son armée, entraînée presque tout entière par l'audace de son chef.
« Les conséquences ! La douleur et l'honneur national se refusent également à les tracer. Bornons-nous à comparer la situation où se trou ait la France avant cette éphémère usurpation, à laquelle seule a pu donner de la consistance la défection inouïe de quelques chefs, avec celle où elle se trouve aujourd'hui; et, sans nous appesantir sur cette idée trop cruelle, contentons-nous de dire que les désastres de la patrie sont le résultat de la trahison du maféchal Ney et du petit nombre de ses complices : en sorte que c'est lui, et que ce sont eux seuls que chaque Français peut justement rendre responsables des maux publics ou domestiques qu'il a soufferts et qu'il souffre encore.
« Un si atroce forfait doit être puni; il doit l'être sans dé- |i. L'impunité ne fut déjà que trop longue.
« L'accusé, d'ailleurs, n'ose pas nier son crime. Il le con-
fessa. O cherche à l'atténuer seulement; il l'explique. La Chambre entendra ses explications. Quand l'évidence est complète, l'excès des preuves ne sert plus qu'à la curiosité publique, et oe n'est pas ici ce frivole sentiment qu'il s'agit de satisfaire. »
Le réquisitoire conclut naturellement à ce qu'il soit procédé sans délai à l'audition des témoins et au jugement.
Le chancelier président de la Chambre des pairs) 4 délègue l'on de ses membres, M. le baron Séguier, pour procéder sur-le-champ à la nouvelle instruction de la procédure, et la Chambre s'ajourne au mardi 21 novembre pour l'interrogatoire de l'accusé et la comparution des témoins 1 .
Dans l'intervalle, le maréchal Ney fit distribuer à ses juges deux mémoires relatifs à sa défense :
1° Première requête présentée à la Chambre des pairs le 13 novembre t à une heure après midi, par le maréchal Ney. Six pages in-8, datées du 1 1 novembre, au soir.
2° Requête présentée à la Chambre des pairs, le jeudi 16 novembre 1815 avant midi, par le maréchal Ney. Huit pages in-8.
Requêtes relatives aux formes à employer dans le jugement et aux droits du maréchal.
Puis viennent plusieurs pièces curieuses à citer, et publiées avant ou pendant le procès, soit pour, soit contre le maréchal :
1° Le maréchal prince de la Moskowa aux ambassadeurs des quatre grandes puissances alliées.
Lettre de quatre pages in-8 dans laquelle le maréchal invoque en sa faveur l'article 12 de la convention du 3 juillet et demande aux ambassadeurs d'intercéder pour que cet article soit respecté en ce qui le concerne.