Après avoir déclaré qu'il n'y avait pas eu attentat
« La Chambre, après en avoir délibéré, attendu qu'il résulte de l'instruction et des débats que le maréchal Ney, prince de la Moskowa, est convaincu d'avoir, dans la nuit du 13 au 14 mars '815, accueilli des émissaires de l'usurpateur; d'avoir, ledit jour 14 mars 1815, lu sur la place publique de Lons-le-Saulnier, département du Jura, à la tête de son armée, une proclamation tendante à l'exciter à la rébellion et à la désertion à l'ennemi; d* avoir immédiatement donné l'ordre à ses troupes de se réunir à l'usurpateur, et d'avoir lui-même à leur tête effectué cette réunion ;
« D'avoir ainsi commis un crime de haute trahison et d'attentat à la sûreté de l'État, dont, le but était de détruire ou de changer le gouvernement et l'ordre légitime de successibilité au trône ;
« Le déclare coupable des crimes prévus par les articles 77, 87, 68 et 102 du Gode pénal, etc , etc.;
« En conséquence, faisant application desdits articles :
« Condamne Michel Ney, maréchal de France, duc d'Elchingen, prince de la Moskowa, ex-pair de France, à la peine de mort; le condamne pareillement aux frais du procès ;
« Ordonne que l'exécution aura lieu dans la forme prescrite par le décret du 12 mai 1793, et ce, k la diligence des commissaires du roi. »
Après le jugement, M. le procureur général a requis que, conformément à la loi du 24 ventôse an xn, le condamné fût dégradé de la Légion d'honneur.
M. le président a prononcé que le maréchal Ney avait manqué à l'honneur, et a déclaré, au nom de la Légion d'honneur, qu'il avait cessé d'en être membre 1 ,
1. Rayé alors de l'effectif des membres de l'ordre, son nom y fut rétabli par ordonnance royale du 26 août 1830.
l'exécution.
Cependant le maréchal avait été reconduit dans sa prison ; il avait *dîné et s'était couché, ne connaissant pas encore son sort. C'était le lendemain matin de ce jour même où fut prononcé l'arrêt que son exécution devait avoir lieu !
Depuis trois jours Ney avait été transféré de la Conciergerie daas une petite chambre située daus les combles du palais du Luxembourg. Le 7, à trois heures du matin, la garde du maréchal fut remise au général comte de Rochechouart, commandant de la place de Paris, et chargé, en cette qualité, de surveiller jusqu'à la fin tous les détails de la sanglante cérémonie.
A trois heures et demie, le chevalier Cauchy, secrétaire archiviste de la Chambre des pairs, remplissant les fonctions de greffier, se présenta dans la prison du maréchal, qui dormait profondément, pour lui lire son arrêt. Le maréchal fut réveillé par ses gardiens, et, en voyant M. Cauchy, il comprit aussitôt, à la mine altérée de son visage, la nature du message qu'il venait remplir. Le courage de l'illustre soldat se retrouva alors tout entier; il redevint lui-même, le
Neyj des grands jours, l'intrépide et inaltérable soldat qui avait gravi sans crainte les redoutes de la Moskowa et les mamelons de la Haie-Sainte! Il se leva avec un triste sourire, salua le greffier et déclara qu'il était prêt à l'entendre. Lorsque le chevalier Cauchy en vint à la lecture des titres, honneurs et qualités du maréchal : « C'est bien, monsieur, lui dit-il, passez, passez, dites Michel Ney et bientôt un peu de poussière. »
La lecture terminée, Ney demanda qu'on lui fît connaître l'heure à laquelle avait été fixé son supplice.
« A neuf heures, lui répondit-on.
— C'est bien, répliqua-t-il. Je désire faire mes adieux à ma femme et à mes enfants; puis-je les recevoir entre six et sept heures du matin ? »
On lui répondit affirmativement.
« Qu'on les prévienne alors, mais qu'on se garde bien de les informer du sort qui m'attend; c'est à moi seul qu'il appartient de leur en apprendre la nouvelle. »
Le greffier s'étant retiré, le maréchal se jeta tout habillé sur son lit, où il ne tarda pas h s'endormir. À six heures et demie, il fut réveillé de nouveau par l'arrivée de la maréchale 1 , devançant l'heure indiquée et suivie par ses quatre fils 2 et par sa sœur, Mme Gamot. En entrant dans la chambre de son mari, la maréchale tomba roide sur le plancher