EXTRAIT DE L'HISTOIRE DE LA RESTAURATION DE A. DE LAMARTINE
(Partie relative au maréchal Ney.)
Les passions de cour dans ce moment à Paris étaient implacables. La vie accordée au héros de le Bérésina semblait un larcin fait au droit des représailles. On s'ameutait dans les salons de l'aristocratie autour des ministres du roi, pour demander ce sang comme pour arracher une faveur personnelle. Des femmes du plus haut rang, jeunes, belles, riches, comblées de dons, de faveurs, de titres, de dignités parla cour, quittaient leurs familles, leurs plaisirs, leur mollesse, leurs amours, sortaient dès l'aurore, couraient tout le jour, intriguaient toute la nuit, pour enlever parmi les juges une voix à l'indulgence, pour en conquérir une au supplice, pour maudire et inculper d'avance œux dont la lâcheté ou la perfidie disputerait cette condamnation à leur opinion. Nous avons vu, nous-même, avec étonnement et tristesse, les courses, les supplications, les mains jointes, les sourires de ces femmes mendier des concessions qu'elles imploraient pour la sa-