‹ Le maréchal Ney d'après les documents authentiquesChapitre 6 sur 39 · Thiers, Comulat etUmpire, tome XIX, pages 172 et suiv · texte numérisé non relu

Thiers, Comulat etUmpire, tome XIX, pages 172 et suiv

trouvé dans ses généraux d'énergiques conseillers qui lui I eussent montré les dangers d'une capitulation quelconque, Ney eût sans doute hésité 1 Sa grande et illustre mémoire I n'est cependant pas atteinte par cette heure de faiblesse J qu'il a payée si cher ! Faiblesse dont les conséquences | furent d'ailleurs nulles, quant au maintien du pouvoir royal, I et dont le châtiment fut tellement excessif qu'il a plutôt J servi à l'atténuer qu'à la grandir ! J

Dans la nuit du 14 mars, le maréchal partit pour Dôle I avec ses troupes, et le 17 il arrivait à Dijon où il croyait J trouver l'Empereur qui, ce jour-là même, faisait son entrée I à Auxerre. C'est là que le maréchal le rencontra le 19, dans I les salons de la préfecture, dont M. Gamot, son beau-frère» alors préfet de l'Yonne, faisait les honneurs à Napoléon. I Ney se présentait avec un manifeste à la main, où il expli- I quait sa conduite, faisant en quelque sorte ses conditions, et j ses réserves. Mais Napoléon ne lui laissa pas le temps de I parler ; il ouvrit les bras, Ney s ? y précipita aussitôt et l'acr I Gord entre eux fut conclu dans cet embrassement.

Le Moniteur du jeudi 23 mars contient, en cinq grandes 1 colonnes, le récit de la rentrée de l'Empereur en France, et j jour par jour, l'histoire des vingt journées qui ont précédé 1 son retour à Paris. La part faite au maréchal Ney, dans ce j long exposé, est des plus minimes; il y est en quelque < sorte passé sous silence et comme oublié : « Avant de partir d' Auxerre, l'Empereur fut rejoint par le prince de la Moskowa. Ce maréchal avait fait arborer la cocarde tricolore dans tout son gouvernement. »

Après la rentrée de Napoléon à Paris, Ney est nommé inspecteur général de toutes les troupes cantonnées aux frontières du Nord, depuis Lille jusqu'à Landau. U accomplit rapidement sa mission, puis il retourne, comme en toute hâte, et sous d'assez tristes impressions dans sa terre des Coudreaux où il reste sans fonctions nouvelles, jusqu'à la solennité du champ de Mai. Le maréchal revient à Paris pour assister à cette fête nationale 1 , et quelques jours après il

1. Le détail de la fête tient six colonnes au Moniteur du 2 juin.

lait partie de la nouvelle Chambre des pairs que Napoléon vient de créer par décret du S juin. Il figure au quatre-vingt quatrième rang sur la liste de 119 noms, dressée par ordre alphabétique et publiée dans le Moniteur 1 . Mais on peut dire qu'il fut pair de France pour la forme seulement, dans cette Chambre éphémère, où il ne siégea guère qu'au jour même de son installation. L'Empereur lui donna presque en même temps qu'il l'appelait à la pairie nouvelle, le commandement de l'aile gauche dans l'armée qui allait envahir h Belgique, et décider une fois encore les destins de l'empire du monde et de l'Empire lui-même.

L'armée confiée à Ney était de 38000 hommes et de 96 canons. Je ne veux pas m'étendre sur les opérations dont «De fut chargée et sur la part qu'elle prit à la triste et dernière campagne des Gent-Jours. Je n'ai pas à examiner si Ney y fut ou n'y fut pas à la hauteur de sa mission, s'il mit ou ne mit point à l'enlèvement de la position des Quatre- Bras, une lenteur fatale au résultat de la funeste bataille de Waterloo. Ce qu'on peut dire, et en quelques mots, c'est que Ney montra son courage et son intrépidité ordinaires, que jusqu'à la fin, au milieu du désastre, et pied à terre, ayant en successivement cinq chevaux tués sous lui, il combattit fipée à la main, non plus seulement en général mais en soldat, et un peu aussi en homme désespéré qui sent, même an milieu du péril de tous, son propre péril et sa haute responsabilité ; en homme qui peut voir déjà, même du champ de bataille, à l'heure où la victoire chèrement achetée vient détourner subitement en effroyable déroute, le$ vengeances et les châtiments qui attendent et qui vont poursuivre les vaincus I

N'est-ce point ce même esprit d'aveuglement et d'erreur qui le pousse, quelques jours plus tard, à tenir à la Chambre des pairs *, un discours aussi violent qu'inexact sur la

1. Numéro du 6 juin, dans la compte rendu de la séance d'ouverture de la Chambre des pairs.

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