A la séance du 22 juin, au Moniteur du
situation de l'armée après Waterloo? Discours qui donne lieu à une scène pénible au sein même de la haute Assemblée, entre le maréchal et le général Drouot rectifiant amèrement ses inexactitudes 1 . En effet le maréchal croyant tout perdu niait toute défense possible, alors qu'avec le corps de Grouchy, à peu près intact, et le reste des troupes demeurées valides, l'armée possédait 80 000 hommes environ, en état de tenir tête aux Prussiens et aux Anglais si cruellement épuisés et affaiblis, «.l'ai vu le désordre, disait-il, l'esprit encore tout agité de la bataille et du sauve qui peut! qui l'avait suivie, l'ennemi peut entrer quand il voudra; le seul moyen de sauver la patrie est d'ouvrir des négociations '! »
Au sortir de cette séance, si fatale au pouvoir impérial, Ney fut entouré par la plupart des pairs, blâmant le découragement de ses paroles. «Eh messieurs, leur répondit le maréchal, j'ai dû parler en faveur de mon pays ! ne sais-je pas que si Louis XVITI revient, je serai fusillé ! »
D'ailleurs il fut presque aussitôt, et h la suite de cette séance, en butte à des attaques et à des calomnies qui lui furent on ne peut plus douloureuses et sensibles, et contre lesquelles il protesta, dans une lettre adressée au duc d'Otrante, alors président du Gouvernement provisoire, laquelle lettre fut aussitôt rendue publique par tous les journaux. Dans cette curieuse épître, peu connue de nos jours, le maréchal raconte, naturellement à son point de vue et soiis l'impression du moment , tous les faits relatifs à Waterloo avec un accent de vérité et d'impartialité qui donne à ce document une certaine importance. Nous le reproduisois non comme pièce d'une très-sérieuse valeur, mais seulement à titre de curiosité historique. Un récit de la campagne de 1815, fait par l'un des principaux acteurs, huit jours seulement après sa funeste issue, est une pièce singulièrement précieuse et bonne à mettre en regard des récits historiques
1 . A la séance du 23 ; au Moniteur du 24. Il faut remarquer que It discours de Ney est analysé en quelques lignes seulement, tandis qui celui de Drouot est donné tout au long.