Propriété du maréchal Ney
mal était fait. La princesse est très accablée. Le père soutient son malheur avec plus de fermeté, ou plutôt, je crois que ses organes affaiblis et ses souffrances ont rendu la blessure plus profonde ; le temps seul pourra le consoler ; mais c'est une si triste consolation que le temps! Voilà la vie; c'est le rêve d'une ombre, a dit Pindare : tout est dans ce mot.
» Je voudrais donner quelques nouvelles à la reine; mais il n'y a pas moyen; on ne peut que pleurer, que s'attrister à côté du malheur; on ne sait quoi lui écrire, surtout quand il ne faut pas toucher à la plaie. Je voudrais bien que nous eussions la paix dans un mois, mais j'y compte peu; nous aurions peut-être un vilain été et un automne plus triste. 11 faut se résigner ; le printemps est passé, nous ne le re verrons plus.
» Adieu, mademoiselle, je verrai madame Mollien ce soir ; je lui parlerai de vous.
» Mille tendres hommages.
» L A V A LETTK .
» Mes amitiés à M. d'Arjuzon. »
m Par cette lettre, j'appris une chose qui me désola.
» Au milieu du trouble où l'avait jetée le premier moment d'un si vif chagrin, la reine avait pourtant pensé à celui qu'éprouveraient les sœurs de madame de Broc; elle craignait que quelques journaux, en
leur tombant sous la main, ne leur apprissent sans précaution, la perte d'une sœur si tendrement aimée.
» — Écris tout de suite, m'avait-elle dit, et envoie ta lettre à quelqu'un qui puisse se charger de les préparer à leur affreux malheur.
8 Quelques jours après, elle leur écrivit elle-même, ainsi qu'à madame Campan.
» Il y avait déjà plus de deux mois que cet épouvantable accident était arrivé, et la reine continuait son genre de vie triste et solitaire. Elle avait chargé M. Finot de faire exécuter un petit monument à l'endroit même où le malheur était arrivé ; elle voulut qu'il servit en même temps de pont pour protéger les curieux qui voudraient encore aller voir cette cascade, et, pour engager à la prudence, on inscrivit sur le monument, ces paroles :
MADAME LA BARONNE DE BROC ÂGÉE DE 25 ANS, A PÉRI LE 18 JUIN 1813 0 VOUS
qui visitez ces lieux n'avancez qu'avec prudence sur ces