JOURNÉE DU 4 7 AVRIL
Page 72 : « L'Empereur ne rentra à Fleuras, où » était son quartier général, qu'à onze heures du soir. » Il reçut le rapport de ce qui s'était passé à la » gauche, dans l'attaque des Quatre-Bras ; il expédia » sur-le-champ l'ordre au maréchal Ney d'avoir ses » troupes sous les armes, à la pointe du jour, et de. » poursuivre vivement l'armée anglaise, aussitôt » qu'elle commencerait sa retraite, que nécessitait la
» perte de la bataille de Ligny, par les Prussiens. » L'Empereur faisait connaître à ce maréchal, qu'il m déboucherait sur la position des Quatre-Bras, par » la chaussée de Namur, et que si le duc dr Wel- » lington avait continué à occuper cette position, son « armée se trouverait ainsi attaquée de front, et m débordée sur son liane gauche. »
» On verra par la lettre que je vais transcrire, que l'auteur de la narration a entendu parler des ordres du 17, mais qu'il en a oublié une grande partie; qu'il en a dénaturé l'ensemble; qu'il a changé les heures; enfin, qu'il les présente dans un sens tout à fait différent de celui qui leur appartient.
Flounis. lo 17 juin 1815.
« Monsieur le maréchal. Le général Flahaut, qui arrive à l'instant, fait connaître que vous êtes dans l'incertitude sur les résultats de la journée d'hier. Je crois cependant vous avoir prévenu de la victoire que l'Empereur a remportée. L'armée prussienne a été mise en déroute. Le générai Pajol est à sa poursuite sur les routes de Namur et de Liège.
» Nous avons déjà plusieurs milliers de prisonniers et trente pièces de canon. Nos troupes se sont bien conduites. Une charge de six bataillons de la Garde, des escadrons de service et de la division de cavalerie du général Delort, a percé la ligne ennemie, porté le plus grand désordre dans ses rangs et enlevé la position.
» L'Empereur se rend au moulin de Bry, où passe la grande route qui conduit de Namur aux Quatre- Bras ; il n'est donc pas possible que L'armée anglaise puisse agir devant vous. Si cela était, l'Empereur marcherait directement sur elle, par la route des Quatre-Bras, tandis que vous l'attaqueriez de front avec vos divisions, qui à présent doivent être réunies (nouvelle preuve que Napoléon était instruit du mouvement rétrograde fait la veille par le comte d'Erlon) et cette armée serait dans un instant détruite. Ainsi, instruisez Sa Majesté de la position exacte des divisions, et de tout ce qui se passe devant vous.
» L'Empereur espère et désire que vos sept divisions d'infanterie et la cavalerie soient réunies et formées, et qu'ensemble elles n'occupent pas une lieue de terrain, pour les avoir bien dans votre main, et les employer au besoin.
» L'intention de S. M. est que vous preniez position aux Quatre-Bras, ainsi que l'ordre vous en a été donné ; mais si, par impossible, cela ne peut avoir lieu, rendez-en compte sur-le-champ avec détail, et l'Empereur s'y portera, ainsi que je vous l'ai dit. Si, au contraire, il n'y a qu'une arrière-garde, attaquezla, et prenez position.
» La journée d'aujourd'hui est nécessaire pour terminer cette opération, et pour compléter les munitions, rallier les militaires isolés, et faire rentrer les détachements. Donnez des ordres en conséquence, et assurez-vous que tous les blessés sont pansés et transportés sur les derrières.
» On s'est plaint que les ambulances n'avaient pas fait leur devoir.
» Le fameux partisan Lutzow, qui a été pris, disait que l'armée prussienne était p«?rdue, et que Bliicher avait exposé une deuxième fois la monarchie prussienne.
» Le Maréchal a" Empire, Major-f/énérai,
» DUC DE DALMATIE
» On jugera d'après cette lettre que l'ordre avait été donné au maréchal de se porter aux Quatre-Bras (je n'ai point cet ordre), qu'il a observé que les Prussiens pourraient déborder sa droite; qu'on lui a répondu en lui donnant le détail de la bataille de Fleurus, et en lui disant que s'il ne croyait pas pouvoir marcher en avant, Napoléon se porterait vers lui.
» La fin de la lettre surtout est remarquable. Il fallait la journée pour terminer cette opération, et pour compléter les munitions et rallier les isolés, faire rentrer les détachements, panser les blessés.
» Le maréchal s'était battu pendant la journée du 16 avec 17 000 hommes contre 50 000. Ses troupes étaient fatiguées. Il avait besoin de se rendre compte des pertes qu'il avait faites, et enfin de s'occuper des objets très essentiels qui lui étaient recommandés par la lettre qui vient d'être citée. Le temps était pluvieux ; ce qui devait retarder les opérations.
LE MARÉCHAL XEY
» D'ailleurs Tannée anglaise n'avait point quitté sa position. Il était possible qu'elle se fût renforcée. Il n était donc ni prudent, ni utile de recommencer un combat pour la forcer à rétrograder, quand La seule approche de Tannée de Napoléon devait déterminer sa retraite.
» M. Gourgaud dit :
Page 16 : « Vers les onze heures, les coureurs » du 6e corps ayant rencontré la cavalerie anglaise, » ce corps prit position au delà de Marbois.
» L'Empereur y accourut sur-le-champ (on passe » une rencontre de vivandière qui ne savait rien). » Bientôt nos tirailleurs s'engagèrent avec ceux des » Anglais. Sur notre flanc gauche, on tiraillait égale- » ment; ce qui paraissait singulier; mais on ne tarda m pas à reconnaître que nos hussards s'étaient engagés » par erreur avec ceux du maréchal Ney. — On » marcha en avant. Le corps de cavalerie anglaise » apercevant de la hauteur des Quatre-Bras toute la » route de Namur couverte de troupes, se mit aussitôt » en retraite. L'Empereur arriva au galop aux Quatre » Bras. La pluie tombait par torrents. — Il se hâta » de faire mettre en batterie douze pièces d'artillerie » à cheval pour canonner Tarrière-garde ennemie. »
» Ainsi donc l'Empereur devait être à onze heures et demie aux Quatre-Bras, puisqu'il arrivait au galop. Voici un ordre qui doit tenir un peu en défiance la mémoire de M. Gourgaud.
En avant de Ligny, le 17, à midi.
« Monsieur le maréchal, l'Empereur vient de faire prendre position en avant de Marbois à un corps d'infanterie et à la Garde impériale. — Sa Majesté me charge de vous dire que son intention est que vous attaquiez les ennemis aux Quatre-Bras, pour les chasser de leur position ; et que le corps qui est à Marbois secondera vos opérations. Sa Majesté va se rendre à Marbois et elle attend vos rapports avec impatience.
w Le Maréchal (F Empire, Major-général,
» DUC DE DALMATIK. »
» Certes, Napoléon ne pouvait être aux Quatre- Bras à onze heures et demie, quand il était encore à Ligny à plus de midi. La pluie tombait à torrents. Il avait ordonné à un corps d'infanterie et à la Garde impériale de prendre position en avant de Marbois.
» Il lui fallait le temps d'ordonner des dispositions et d'arriver. — Le fait est que, quand il arriva vers une heure, le corps du comte d'Erlon défilait aux Quatre-Bras.
Page 77 : « L'étonnement de l'Empereur fut m grand en voyant que le corps du maréchal Ney était » encore dans ses bivouacs en avant de Frasne. » Impatienté de ce retard, il prit le parti d'envoyer » directement aux troupes Tordre de se mettre en » marche et de le venir joindre. Il fallut les attendre
» près d'une heure ; enfin, le corps du comte d'Erlon » défila aux Quatre-Bras. Le 6e corps, qui venait par » la chaussée de Namur, fit halte, et le premier prit » l'avant-garde, soutenu par l'artillerie à cheval de » la garde et la cavalerie du 6e corps.
» Le maréchal Ney parut. L'Empereur lui témoigna » sa surprise de la non exécution de ses ordres. » Il halhutia quelques excuses, disant qu'il avait cru » que toute l'armée anglo-hollandaise était encore » aux Quatre-Bras, appuyée à sa gauche par toute » l'armée prussienne, que de faux rapports lui avaient » annoncée victorieuse à Ligny. »
» Je conçois que l'étonnement de Napoléon aurait dù être Grand s'il avait trouvé le maréchal dans ses hivouacs à une heure, quand il était question de marcher. — On voit que les heures sont mal classées dans la mémoire de M. Gourgaud. ïl a entendu parler de l'explication sur la bataille de Fleurus, qui avait été donnée dès le matin, el il dit que le maréchal, paraissant devant Napoléon à une heure, halhutia une excuse qui devait faire croire qu'il ne connaissait point encore la victoire de la veille. Le maréchal n'avait pas l'habitude de balbutier, et il n'y avait point d'excuse à donner. Les choses marchaient comme on l'avait prévu. L'armée anglaise se retirait; on inquiétait son arrière-garde, comme on le fait ordinairement, et on arriva le soir vis-à-vis le débouché de la forêt de Soigne, où il fallut s'arrêter.
» II paraîC que le maréchal n'attacha pas grande importance à cette journée du 17: car, dans sa lettre,
té.
écrite le 26 juin au président du gouvernement provisoire, il dit seulement : le 17, l'armée marcha dans la direction du Mont-Saint-Jean.