‹ Le maréchal NeÿChapitre 24 sur 102 · BATAILLE DE WATERLOO · texte numérisé non relu

BATAILLE DE WATERLOO

Page 85 : « La victoire ne paraissait pas douteuse, » et avec cette victoire on pouvait espérer la destruc- » tion de Tannée anglaise par la position qu'elle avait » prise. — A la pointe du jour, l'Empereur, en déjeu- » nant, dit :

» — Sur cent chances, nous en avons quatre-vingts » pour nous.

» En ce moment arrivait le maréchal Ney, qui » venait de visiter la ligne, et qui dit :

» — Sans doute, Sire, si Wellington était assez » simple pour rester là, mais je viens vous annoncer » que la retraite est prononcée, et que, si vous ne » vous hâtez de les attaquer, ils vont nous échapper.

» L'Empereur n'attacha pas une grande impor- » tance à ce rapport.

» L'auteur de cet ouvrage cherche toujours quelque occasion de faire parler le maréchal, comme un homme qui a de*- aberrations d'esprit, qui balbutie des excuses,

ou qui fait des rapports niais, auxquels on n'attache aucune importance. Il va jusqu'à lui donner un protégé qui est connu comme un de ses mortels ennemis. Ces attaques réitérées faites contre la tombe d'un vieux général, dont la gloire ne peut recevoir d'atteinte, me portent à croire que cet écrit n'est pas fait par un jeune militaire français. Un jeune soldat aime les vieux guerriers; son àme s élève aux récits de leurs hauts faits ; il les respecte et défend leur mémoire au lieu de les attaquer.

» On a vu que le maréchal Ney n'a pas écrasé les Anglais aux Quatre-Bras pour ne pas s'être servi de la cavalerie de la Garde et du corps du comte d'Erlon. On va voir qu'il sera une des causes de la perte de la bataille de Waterloo, parce qu'il aura engagé prématurément 2 000 hommes de cavalerie. — Il faut convenir qu'on ne peut avancer avec plus d'assurance, plus d'apparence de bonne foi, des faits plus évidemment faux.

Page 87 : « L'armée française (dit l'auteur) fut » placée dans l'ordre suivant: Le général Keille avec » le 2e corps, sa droite à la chaussée de Charleroy » à Bruxelles, sa gauche à celle de Nivelles, ayant » vis-à-vis d'elle le bois d'Hougouinont, et sa cavaw lerie légère au delà de la chaussée. — Le général » d'Erlon, sa gauche à la chaussée de Charleroy et » sa droite à la hauteur de la gauche des Anglais, » vis-à-vis le village de Lahaie; sa cavalerie légère » sur la droite, jetant ses partis sur la Dyle. — Le » corps de cuirassiers du général Kellermann, en

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» seconde ligne, derrière le 2e corps. — Celui du » général Milhaut derrière le Ier corps. Le 6e corps » (comte Lobau) se forma en colonnes serrées sur » la droite de la chaussée de Charleroy. Il se trou- » vait ainsi en réserve derrière la gauche du Ier corps, » et en potence derrière le centre de la première ligne. » La Garde impériale, en troisième ligne, formait » une réserve générale, ayant l'infanterie au centre, » la division de cavalerie du général Lefebvre- » Desnouëttes à la droite, la division des grenadiers » à cheval et dragons à la gauche. »

Page 91 : « Il (l'Empereur) se plaça sur une » éminence près de la ferme de la Belle-Alliance, d'où » il apercevait tout, les ailes ennemies aussi bien que » celles françaises. »

» Suite de la citation de la page 87 et de la page 88.

« Ces dispositions indiquaient le projet de l'Kmpe- » reur, qui était de percer le centre de l'armée » anglaise, de le pousser sur la chaussée et. arrivant » sur le débouché de la foret, de couper la retraite » à la droite et à la gauche de la ligne. — Le succès » complet de cette attaque devait rendre toute retraite » impossible, entraîner la destruction de l'armée » anglaise, et, dans tous les cas, la séparer de l'armée » prussienne.

Page 92 : « Il était midi. Quatre-vingts pièces » de canon commencèrent leur feu. »

» J'ai dans les mains un ordre écrit en entier de la main du duc de Dalmatie, sur le champ de bataille du Mont-Saint-Jean ; le voici :

« Une fois que toute l'armée ser arangée en bataille, » à peu près à une heure après-midi, au moment où » l'Empereur en donnera l'ordre au maréchal Ney, » l'attaque commencera par s'emparer du village du » Mont-Saint-Jean, où est l'intersection des routes. » A cet effet, les batteries de 12 du 2e corps et celles » du 6e se réuniront à celles du 1er corps. Ces vingt- » quatre bouches à feu tireront sur les troupes du » Mont-Saint-Jean, et le comte d'Erlon commencera » l'attaque, en portant en avant sa division de gauche, » et la soutenant, selon les circonstances, par les » divisions du i" corps.

m Le 2e corps s'avancera à mesure pour garder la » hauteur du comte d'Erlon. Les compagnies de » sapeurs du lPr corps seront prêtes pour se barri- » cader sur le champ à Mont-Saint-Jean. »

Derrière, est écrit :

« Ordres dictés par l'Empereur sur le champ de bataille du Mont-Saint-Jean le 10, vers onze heures du matin, et écrits par le maréchal duc de Dalmatie, major général.

» Paris, lo >i juin 1815.

» Signé : le maréchal ney. »

» C'est donc vers une heure que la bataille a dù commencer, et il faut bien se ressouvenir que le 2e corps devait s'avancer à mesure pour se tenir à la hauteur du premier.

» Poursuivons la narration :

Page 93 : « L'ennemi attachait une grande impor- » tance au poste d'Hougoumonl sur sa droite. Il » envoya de nouvelles forces pour soutenir la bat- » terie des gardes. De son côté, le général Reille fit » soutenir l'attaque de la division Jérôme par la » division Foy. Les ohusiers avaient mis le feu au » château, et l'avaient détruit presque en entier; les » trois quarts des bois et des vergers étaient en notre » pouvoir : ce champ de bataille était couvert «les m gardes anglaises. 1 élite de l'armée ennemie. Il était » quatre heures et demie. Le feu le plus vif régnait » de tous côtés. »

» Le général Reille devait se tenir à la hauteur du lPr corps; mais pour attaquer plus vivement le poste de Hougoumont, et répondre aux nouvelles forces qui lui étaient opposées, il a dù resserrer son aile droite vers son centre, et laisser conséquemment un intervalle entre lui et la gauche du comte d'Erlon ; c'est cet intervalle qui bientôt sera occupé par la cavalerie.

» Mais n'allons pas plus vite que la narration :

Page 94 : « Il était quatre heures et demie. En cet » instant, lç général Domont fit prévenir Sa Majesté » que le corps de Bulow. qu'il observait, se mettait » en mouvement, et qu'une division de 8 à 10 000 » Prussiens débouchait des bois de Frischenois; qu'on » n'avait aucune nouvelle du maréchal Grouchy ; que » les reconnaissances qu'il avait envoyées dans les » directions par où il devait venir, n'avaient pas ren-

» contré un seul de ses coureurs. Le corps du comte » de Lohau se porta en trois colonnes dans les posi- » lions qu'il avait reconnues. Par ce mouvement, ce » corps se trouvait avoir fait un changement de front, » et était placé en potence sur l'extrémité de notre » droite. La première brigade prussienne, abordée » franchement, fut bientôt mise en déroute; elle fut » aussitôt soutenue par la seconde brigade, et une » demi-heure après, tout le reste du corps de Biilow » arriva, et se forma, en débordant toujours la droite » du comte de Lohau ; de sorte que Biilow, quoiqu'il » ne gagnât pas du terrain sur ce dernier, prolongeait » toujours son feu sur nos derrières. Le 6e corps » était rangé en bataille, parallèlement à la chaussée, » à la hauteur de la Belle-Alliance, et à la distance » d'une portée de fusil de celle-ci. Les boulets prus- » siens arrivaient sur cette chaussée, qui servait à » tous les mouvements de l'armée, et plus loin, dans » le groupe de l'Empereur. »

» C'est ici que le sort de la bataille commence à devenir douteux ; le corps de Biilow n'était point attendu. Pour s'opposer à ses progrès, il fallut dégarnir le centre. On envoya à sa rencontre 3 000 chevaux du général Domont et du général Suberwick ; 7 000 hommes du comte «le Lohau durent bientôt les appuyer.

o Voilà donc 14 000 et quelques cents hommes dirigés contre le corps de Biilow, c/est-à-dire, presque le quart des forces disponibles opposées à l'armée anglo-hollandaise.

» Celle-ci, au contraire, au lieu de s'affaiblir, dispose de différents corps de cavalerie qui protégeaient sa gauche. Son moral se relève quand le notre s'inquiète. Notre position devient défensive, d'offensive qu'elle était. Nous étions déjà fatigués par quatre heures de bataille, quand, pour nous soutenir, nous avions besoin de doubler nos efforts.

» Il faut, encore savoir, ce que ne dit pas la narration, c'est que la division Gérard avait été oubliée à Fleurus ; et. ce que la narration ne fait qu'indiquer (page 1)3), c'est que la charge de cavalerie faite par les Anglais au commencement de la bataille avait détruit une batterie considérable de canons et non seulement culbuté le flanc droit d'une des colonnes du 1er corps, mais même avait mis une de ses divisions hors de combat : de sorte qu'il y avait relativement peu d'infanterie en ligne de bataille.

» Ce fut à peu près dans ce temps que le maréchal Ney, voyant que le resserrement de l'aile droite du 2e corps laissait libre un assez grand espace de terrain, et pouvait donner à l'ennemi le moyen de percer notre ligne, ce fut. dis-je, dans ce temps qu'il envoya à Napoléon son premier aide de camp, le colonel Heymès, pour demander quelques troupes d'infanterie pour lier ces deux corps. Napoléon répondit qu'il n'en avait pas de disponible : alors la cavalerie de Milhaut dut se porter en avant.

» Continuons la narration.

Page 06 : « Une demi-heure après, sur les cinq » heures, au moment où ces derniers (les Prussiens)

LE MARKCHAL NEY

)> nous attaquaient le plus vivement, les Anglais cher- » chèrent à reprendre Lahaie-Sainte. Ils furent vigou- » reusement repoussés par le feu de notre infanterie » et par une charge de la cavalerie ; mais le maréchal » Ney, emporté par trop d'ardeur, oublia Tordre qu'il » avait reçu. Il déboucha sur le plateau, qui fut » immédiatement couronné par les deux divisions de » cuirassiers de Milhaut et par la cavalerie légère de » la garde. Tous les officiers qui entouraient l'Empe- » reur, voyant ce mouvement, le succès des charges, » la retraite de plusieurs carrés anglais, et la cessa- » tion du feu d'une partie des batteries ennemies, » chantèrent victoire, et se livrèrent à la joie. L'Em- » pereur n'en jugea pas ainsi. »

» Le maréchal Ney ne s'est point laissé emporter par trop d'ardeur; mais n'ayant pas d'infanterie à mettre en ligne, il a fallu que la cavalerie la remplaçât. Elle a débouché sur le plateau avec impétuosité. Elle a fait, sans doute, le plus grand mal à l'ennemi ; mais cependant elle n'a point forcé ses lignes d'infanterie.

» Quant à la cavalerie de la Garde qui a été engagée, ce n'a point été par le maréchal Ney : Napoléon seul la faisait mouvoir, et il ne s'est pas cru probablement obligé de dire à M. Gourgaud qu'il lui en avait donné l'ordre, pas plus qu'il ne lui a contié que deux jours auparavant il avait ordonné le mouvement du comte d'Erlon sur Saint-Amand.

» Au surplus, si l'engagement de ces 2 000 hommes de la Garde contrariait Napoléon, pourquoi ne les rap-

pelait-il pas? Ils n'étaient pas engagés de manière à ne pouvoir les retirer. Ils couronnaient le plateau : on pouvait leur faire faire un mouvement rétrograde avec d'autant moins de risque, que la cavalerie de Kellermann appuya depuis celle de Milhaut, et qu'au dire des officiers présents, il y avait sur ce point plus de cavalerie qu'il n'en fallait. Napoléon commandait; il voyait tout; il a sans doute jugé que ce point était important à défendre et qu'il devait y employer ces forces.

» Au reste cette manœuvre, dont on se plaint, a été, si l'on en doit croire les généraux et officiers respectables qui ont bien voulu m'aider de leurs lumières, et qui étaient présents sur le terrain, la plus belle de la journée, et pouvait être décisive?, si Napoléon s'était déterminé alors à lancer l'infanterie de sa Garde. Les masses d'infanterie ennemie eussent été probablement ébranlées et l'on aurait eu des ebances de succès.

» Ce qui est remarquable, c'est que cette manœuvre a été jugée bonne jusqu'à sept heures et demie, comme on va le voir par la suite du récit .

Relation, page 98 : « Notre cavalerie se soutenait » sur le plateau, malgré tout le feu auquel elle était » exposée. Elle avait enfoncé plusieurs carrés, enlevé » trois drapeaux, désorganisé un grand nombre de » batteries, dont les pièces, sans avant-trains, étaient » en notre pouvoir. L'épouvante et la stupeur » régnaient dans toute la ligne ennemie ; les fuyards » gagnaient déjà Bruxelles ; toute retraite en ordre

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» devenait impossible, et l'armée entière allait être » perdue. Depuis une demi-heure, la situation des » Français é tait bien changée. L'ennemi n'était mena- » çant nulle part ; nous étions maîtres d'une partie » de son champ de bataille, en position offensive sur » son centre. Nous étions victorieux, non seulement » de l'armée anglo-hollandaise de 85 000 hommes, » mais encore du corps de Bulow, de 30 000 Prus- » siens. Nous n'avions pas de nouvelles «le Grouchy. » Ainsi, 65 à 08 000 Français avaient battu 1 13 000 » Anglais, Belges, Prussiens, etc. »

» Qui avait causé ce grand changement de choses"? La manœuvre ordonnée par le maréchal Ney. On disait alors que l'armée ennemie était battue; qu'avec 63 000 hommes, on avait triomphé de Ho 000. Pourquoi donc ensuite a-t-on été rechercher ces 2 000 hommes de cavalerie d'élite soi-disant engagés malgré Napoléon, pour les rendre une des causes de la perte de la bataille? Si Napoléon avait eu à blâmer le maréchal, lui aurait-il lui-même, à la fin de la journée, remis les bataillons de sa Garde, pour les conduire à l'ennemi et tenter un dernier effort?

» L'auteur, après avoir dit que l'armée anglohollandaise avait été informée de l'arrivée «lu corps «le Blùeher ; que trois bataillons d'infanterie de la deuxième ligne de notre droite s'étaient mis en retraite, et ensuite étaient retournés à leur poste; que la cavalerie qui se trouvait sur le plateau fit un mouvement d'hésitation; que, pour relever son moral, Napoléon envoya dire que le maréchal Grouchy arri-

vait; qu'on même temps il remit au maréchal Ney les quatre bataillons île lu Garde pour se porter en avant et conserver la position <ln plateau; que les huit autres bataillons arrivèrent bientôt et que le général Reille, à l'extrême gauche, réunit tout son corps et aborda la position ennemie, l'auteur, dis-je, continue.

Page 103 : « Il était de sept heures et demie à » huit heures. Un cri d'alarme se fit entendre à la » droite. Rlucher, avec tout le corps de Ziethen, » aborda le village de Lahaie, qui fut aussitôt enlevé. » Un mouvement général s'ensuivit dans toute notre » droite. Par là, nous nous trouvions coupés du corps » du comte de Lobau. Les traîtres et les malveillants » qui se trouvaient dans l'armée, et ceux qui avaient » déserté, profitèrent habilement de cette occasion » pour augmenter le désordre, qui se propagea avec m la plus gl ande célérité sur toute la ligne. Les huit » bataillons de la Garde, parmi lesquels étaient ceux » de la vieille Garde, au lieu de se porter en avant » pour soutenir les quatre bataillons engagés, durent » faire un mouvement sur la droite pour servir de » réserve et rallier les troupes qui venaient d'être » chassées de Lahaie. Ils barrèrent tout le champ de » bataille, en se formant en carrés par bataillon. Toute » l'extrémité de notre droite pouvait encore se rallier » derrière eux. Le soleil était couché. Rien n'était » désespéré, lorsque les deux brigades de cavalerie » ennemie, qui n'avaient pas encore donné, péné- » trèrent entre Lahaie-Sainte et le corps du général

» Reille. Elles auraient pu être arrêtées par les huit » carrés de la Garde ; mais voyant le grand désordre » qui régnait à droite, elles les tournèrent.

» Ces 3 000 chevaux frais empêchèrent tout ral- » Lieraient. L'Empereur ordonna à ses quatre esca- » (Irons de service de les charger. Ces escadrons » étaient trop peu nombreux ; il aurait fallu là toute » la division de cavalerie de réserve de la Garde; » mais, par un malheur qui tenait à la fatalité du » jour, cette division de 2 000 grenadiers à cheval » et dragons, tous gens d élite, s'était engagée sur » le plateau sans l'ordre de l'Empereur. Il n'y eut » plus alors aucun moyen de rallier les troupes : les » quatre escadrons culbutés, la confusion ne fit » qu'augmenter. »

» Le corps de Biilow avait rendu le sort de la bataille plus que douteux. Celui de Bliieher, qu'on n'attendait pas davantage, décida sa perte. Il commença par jeter le désordre dans notre droite. Les huit bataillons de la Garde ne pouvant soutenir les quatre premiers bataillons engagés, les troupes anglohollandaises marchèrent en avant et forcèrent nos positions. Les soldats étaient épuisés de fatigue; les munitions manquaient, il fallut se retirer. En vain l'on regrette ces 2 000 cavaliers d'élite engagés sur le plateau, soi-disant malgré les ordres de Napoléon. Ils n'auraient pu empêcher que le corps entier de Bulow ne pénétrât par la droite de Planehenoit, et qu'il ne portât la confusion dans nos rangs, à tel point que tout ralliement devînt impossible. En sup-

posant qu'ils eussent pu arrêter momentanément les deux brigades de cavalerie anglaise dont il est parlé, ils n'auraient pu empêcher le corps de Bliïcher d'enfoncer nos lignes; ils n'auraient point remédié à la confusion que les ténèbres de la nuit ne firent qu'augmenter. Les 60 000 Prussiens arrivés sans qu'on l'ait prévu ont fait perdre la bataille. Il a fallu céder à l'immense supériorité du nombre. On a succombé devant des forces triples. Tout a été perdu, fors l'honneur.

» Cependant, que faisait le maréchal Ney dans ces terribles circonstances? 11 ne pouvait se décider à reculer. Il était encore sur la crête du plateau qu'il avait défendu pendant si longtemps. Il semblait menacer encore l'ennemi et ne vouloir pas céder à la fortune. Que lui était-il réservé pour prix de si courageux efforts?

» Un homme arrive d'un point du globe, d'une île dont le nom se rattache à de grands souvenirs. Il a une narration à la main :

» — Cessez vos discussions, dit-il; voici la vérité que je vous apporte.

» On s'empresse, on lit : Que trouve-t-on dans cette narration? Une suite de faits controuvés, d'explications forcées, de traits perfides ou haineux! Cet homme semble avoir traversé les mers pour s'attacher surtout aux pas du maréchal. Il ne le quitte point.

» Il l'attaque sans cesse, tantôt avec l'arme de la calomnie, tantôt avec celle du ridicule.

» Il Le présente comme un insensé; il dit qu'il est la première cause de nos revers; qu'il faut regretter d'avoir employé ses services.

» 0 honte!

» Relevez- vous, soldats de Waterloo, qui êtes tombés à ses côtés ! Dites comment, après avoir eu cinq chevaux tués sous lui, il est resté Le dernier sur le champ de bataille; comme ses vêtements ont été criblés de mitraille et de balles ; comme il a combattu à pied, jusqu'à la nuit, à la lueur du feu des canons ennemis, entouré de vos cadavres entassés qu'il ne voulait pas abandonner ; indignez-vous qu'on ose exhumer ses cendres encore fumantes pour les livrer à la haine et au mépris !

» Et vous tous qui avez partagé ses glorieux travaux depuis les bords du Tage jusqu'au delà des rives de la Moskowa, protégez sa tombe î ne souffrez pas qu'on vienne ternir la mémoire d'un guerrier qui pendant vingt-cinq ans a versé son sang pour sa patrie, et dont le dernier vœu et le dernier soupir ont été pour le bonheur de la France ! »

l'arrestation du maréchal

De tous les maréchaux, Ney était celui dont Louis XVIII, sur la terre d'exil, avait le plus souvent entendu raconter les exploits ; il n'est donc pas étonnant que ce soit le premier dont il ait désiré s'assurer le concours. « Dès le lendemain de son arrivée à Compiègne, Louis XVIII ayant fait venir le maréchal Ncy, à son lever, lui avait demandé ce qu il pouvait faire de mieux pour affermir son trône. Avec sa brusque franchise, Ney lui répondit : « Sire, un seul mot : faites que la Garde impériale s'appelle la garde royale et votre trône est inébranlable 1 . »

Ney accompagna à leur entrée dans Paris le comte d'Artois d'abord, et Louis XVIII ensuite. Ce dernier le nomma chevalier de Saint-Louis, commandant

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