‹ Le maréchal NeÿChapitre 35 sur 102 · DEUXIÈME INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME INTERROGATOIRE

Le 22 août 1815, à la Conciergerie.

Par devant nous, Élie de Gazes, Préfet de police, est comparu M. le maréchal Ney, qualifié dans son précédent interrogatoire, auquel nous avons fait les interpellations suivantes :

D. — Reconnaissez-vous la pièce que nous vous présentons, pour être une copie des instructions que le maréchal Soult. ministre de la guerre, vous avait adressée à Besançon, et que vous y avez trouvée à votre arrivée ?

R. — Oui. Elle ne disait rien, comme vous le pouvez voir. Je vois du moins que c'est la copie de ces instructions. C'en est du moins le sens ; il sera facile de s'en assurer en la rapprochant de l'original. Elles semblent me donner des troupes à commander et elles ne m'en donnent pas ; toutes celles de mon gouvernement ayant été mises à la disposition de M. le comte d'Artois.

D. — Je vous fais observer que ces troupes n'étaient point hors de votre gouvernement, que vous

en avez bien eu le commandement, puisque vous les avez passées en revue, sur la route, à Lons-le- Saulnier; et qu'enfin vous leur avez fait dans cette dernière ville, la proclamation par laquelle vous les avez provoquées à la défection.

R. — Les troupes étaient en marche d'après les ordres du comte d'Artois. C'est S. A. R. ou le maréchal Magdonald (sic) qui était avec lui, à ce que je crois, qui a fait toutes les dispositions. D'ailleurs, Bourmont avait re<;u, avant mon arrivée, le duplicata des instructions du ministre. Je sentis la nécessité de réunir les troupes, afin de les mettre à la disposition de M. le comte d'Artois et je donnai les ordres en conséquence.

D. — Affirmez-vous que, jusqu'au moment de votre arrivée à Lons-le-Saulnier, vous n'avez pas eu la pensée et n'avez-vous pas formé le complot de déserter la cause du roi ?

R. — Non, bien certainement. Je n'avais aucune connaissance de ce que le comte d'Erlon. Lefèvre- Desnouëttes et les autres, ont pu faire. On peut demandera Golhert, àSégurct à Lefèvre-Desnouëttes ce que je leur ai dit, avant de partir de Paris, et si je ne les ai pas engagés à rester fidèles au roi.

D. — Si vous n'avez pas formé, avant votre arrivée à Lons-le-Saulnier, le projet de joindre Bonaparte avec vos troupes et de reconnaître ses ordres, comment avez-vous pu vous déterminer si promptement à changer de conduite et de sentiments?

R. — On peut dire que c'est une digue renversée.

Di

Je conviens que cela est difficile à expliquer. C'est l'effet de toutes les assertions des agents de Bonaparte. Je vous ai parlé de la terreur que m'avait manifestée le préfet de Bourg. Tout paraissait perdu, mais je n'ai changé néanmoins qu'au moment où j'ai lu la proclamation aux troupes. Je n'avais reçu aucune dépêche, ni aucun émissaire de Bonaparte, avant la nuit du 13 au 14 ; je n'étais en relation avec qui que ce soit, je n'ai rien su de ce qui s'était passé auparavant. J'ai eu tort sans doute de lire la proclamation, mais j'ai été entraîné par les événements. La preuve que, le 13 même, j'étais encore fidèle au roi, résulte des lettres que j'ai écrites ce jour-là au maréchal Suchet et au maréchal Oudinot; celle écrite à ce dernier l'a été le soir et elle doit en faire mention. Je crois bien que d'autres généraux ont reçu des lettres de Bertrand, mais qu'ils n'ont pas osé les montrer.

D. — N'en avez-vous pas reçu vous-même, ou ne vous a-t-on pas communiqué celles reçues par les généraux? Ne vous en a-t-on pas du moins communiqué le contenu ?

K. — Non. On ne m'a communiqué aucune lettre. J'ai reçu des lettres de Bertrand, dans la nuit du 13 au 14, avec des proclamations. Je crois que d'autres en ont reçu aussi, mais je ne les ai pas vues. Bourmont en a reçu une, lui-même, dans laquelle on lui ordonnait de se porter sur Màcon. Je crois qu'elles étaient écrites de Tournus, sous la date du 13 ou du 14.

D. — Que contenait la lettre que vous avez reçue de Bertrand?

R. — L'envoi pur et simple de la proclamation et l'invitation de la répandre et de diriger mes troupes sur Dijon.

D. — N'avez-vous pas reçu aussi et avant le 13, une lettre de Bonaparle?

R. — Je n'ai reçu de lettre de lui, que dans la nuit du 13 au 14 ; elle doit être dans mes papiers. Il m'y donnait Tordre de marcher sur Màcon ou Dijon et de faire suivre beaucoup d'artillerie. 11 me disait aussi : « Vous devez avoir cent pièces de canon. Si vous en manquez, j'en ai trouvé cinq cents à Grenoble. »ll ne me parlait aucunement du roi, il me donnait des ordres, comme il l'aurait fait un an auparavant, et comme si notre position respective n'avait jamais changé. Ses agents me disaient qu'il aurait pu faire arrêter à Paris, s'il l'avait voulu, le roi et la famille royale, d'après ce que lui mandaient ses partisans, et lui-même me l'a répété à notre première entrevue. Il m'a même chargé, à Dijon, d'écrire à Marel, qu'il était inutile de rien faire à Paris, que son succès était inévitable, et j'ai envoyé à cet effet à Maret, duc de Bassano, un de ses parents, habitant Dijon, qui était dans la Garde nationale, autant que je puis me le rappeler, et inspecteur des droits réunis ou de l'enregistrement. C'est la seule lettre que j'aie écrite à Maret, et c'est par ordre.

1). — N'en avez- vous pas reçu vous-même une de cet ancien ministre?

R. — Non ; je n'écrivis à Maret que sur l'ordre que m'en donna rEmpercur,dans une lettre qu'il m'adressa lui-même à Dijon. Il était déjà en avant et même, je crois, à Fontainebleau.

D. — Gomment se fait-il, qu êtant beaucoup plus prés de Paris que vous, il vous ait chargé d'écrire à Maret? Votre lettre n'a dû arriver à Paris qu'après lui.

R. — Je présume qu'il lui a écrit de son coté. Il ne m'en chargeait que pour plus de sûreté. Ma lettre a dû arriver avant lui, il n'avait qu'une marche devant moi.

1). — Savez-vous où il a reçu les premières dépèches qui lui sont arrivées de Paris? R. — Non.

1). — Savary n'était-il pas déjà auprès de lui, lorsque vous l'avez rejoint ?

R. — Non; d'après ce? que j'ai ouï dire. Savary était resté déguisé aux environs de Paris, et courait dans les campagnes. Je crois qu'il n'a rejoint Bonaparte qu'à Paris.

D. — Bonaparle ne vous a-t-il pas fait part des complots qui avaient préparé ou facilité son retour?

R. — Il m'a parlé de son entrevue avec le général Kohler et de son dîner à bord d'un vaisseau anglais. Nous étions une quinzaine à sa table : Cambronne, La Bédoyère, Bertrand, Drouot, Braver, un colonel d'artillerie qui commandait celle de la Garde. Il annonça que son affaire était une affaire de longue combinaison. Il nous parla avec détails de ce qui s'était

138 LE MARÉCHAL XEY

passé à Paris pendant son absence et s'entretint des plus grandes choses comme des plus petites. Il savait, par exemple, ce qui s'était passé au dîner du roi à l'hôtel de ville, me faisant remarquer que les maréchaux n'y avaient pas eu de place. Il m'a dit même que ma femme n'y avait pas été invitée, ce qui était inexact. Il est vrai qu'elle n'y était pas allée, parce que l'invitation lui était parvenue à la campagne. Il me demanda des nouvelles de beaucoup de personnes. Je crois même que t e fut lui qui me fit connaître la disgrâce de Soult et la remise de son épée au roi. Il était extrêmement bien informé de tout ce qui se passait ou s'était passé à Paris. Il cita plusieurs femmes de maréchaux comme n'ayant pas été invitées au dîner de l'hôtel de ville. Il parla de la cérémonie funèbre du 21 janvier. Il me demanda ce que faisait Soult. Il me demanda pourquoi Soult avait coupé les divisions militaires en deux, en envoyant deux lieutenants-généraux dans chaque division, de manière que chacun d'eux correspondait directement avec le ministre. Cette disposition parut singulière à beaucoup de monde. Soult avait placé des généraux à lui dans ces divisions; ils correspondaient directement avec le ministre qui, de cette manière, avait des gens qui étaient à lui et d'autres qui étaient au roi. Ainsi, en arrivant à Besançon, je trouvai le général Menuet qui partageait à mon insu depuis vingt jours le commandement de la division avec Bourmont : Mermet était placé à Lons-le-Saulnier, Bourmont à Besancon.

D. — Bonaparte ne vous rappelait-il pas dans sa lettre du 13 vos anciennes liaisons, et ne vous tutoyait-il pas?

R. — Non. Je n'ai jamais été tutoyé par lui. Il me parlait seulement de mes campagnes; il me disait qu'il se rappelait toujours avec plaisir mes actions, je crois qu'il m'y appelait le brave des braves, ainsi qu'il le faisait quelquefois.

D. — D'après ce que vous m'avez déclaré dans votre premier interrogatoire, il paraîtrait que vous avez conservé, jusqu'au 13 au soir, l'espérance de faire marcher vos troupes contre Bonaparte, et que vous n'avez eu à punir aucune rébellion de leur part?

R. — Je n'ai eu à punir qu'un officier, ainsi que je vous l'ai raconté. Le bouleversement n'a eu lieu que le 14 au matin ; auparavant, il n'y avait que de la fermentation. Le préfet vint me déclarer, après la publication de la proclamation, qu'ayant prêté serment au roi, il voulait rester fidèle et qu'il se retirait. Je l'autorisai à se retirer à la campagne. On peut lui demander si je cherchai à le détourner de cette résolution. Il fut le seul, avec le colonel Dubalen, qui me fit des observations et me montra de l'opposition.

Lecture faite, il a déclaré ses réponses contenir vérité et y a persisté. Avant de signer, il a ajouté : « Je voudrais que vous puissiez annuler ce que j'ai dit dans mon dernier interrogatoire à l'égard de Gérard, de Bourmont et de Friant. Ce que j'ai rapporté

de ce dernier n'est qu'un on dit, je ne veux dénoncer personne. Je ne désire que prouver au roi que je n'ai pas eu l'intention de le trahir. Lorsque je l'ai quitté, je suis parti avec l'intention de sacrifier ma vie pour lui. Ce que j'ai fait est un grand malheur, j'ai perdu la tète. Je n'ai jamais formé le complot de trahir le roi. J'aurais pu passer aux États-Unis; je ne suis resté que pour sauver l'honneur de mes enfants; j'avais annoncé en partant de Paris que j'étais prêt à me mettre à la disposition du roi. Je ne tiens pas à la vie; je ne tiens qu'à l'honneur de mes enfants. »

Et lecture faite, il a déclaré persister et a signé avec nous.

(19 mots étant rayés comme nuls.)

Tous les points que le procès du maréchal pouvait offrir à la discussion se trouvent condensés dans ces deux interrogatoires.

On a longtemps répété qu'il avait été perdu par les funestes conseils de ses trois défenseurs, qui n'auraient eu qu'un but : celui de chercher devant la Chambre des pairs, pour leur éloquence, un plus vaste théâtre et plus de retentissement qu'elle n'en pouvait espérer dans l'enceinte d'un conseil de guerre. Nous venons de voir que cette pensée lui appartenait en propre, au moment précis de son arrestation, alors qu'il était au secret et n'avait reçu

lit

aucune impression du dehors. Cette résolution est infiniment regrettable, sans doute, mais elle lui appartient en propre, et il était dans son droit.

Ce qu'il se proposait, c'était de gagner du temps, chose si importante dans les affaires politiques ; nous verrons bientôt que la justice des pairs lui en laissa bien moins que ne l'avait fait celle du conseil de guerre.

Il résulte encore de ces deux interrogatoires, que Ney était parti de Paris avec la ferme résolution de remplir son devoir envers Louis XVIII: qu'il quitta ce prince les mains vides d'aucune faveur pécuniaire; que, soit à Besançon, soit à Lons-le-Saulnier, il ne reçut ni instructions ni concours, soit du comte d'Artois, soit du ministre de la guerre, soit des autres maréchaux. Qu'il fut entraîné par les dispositions dans lesquelles il voyait ses troupes; qu'il eut pu se faire massacrer, mais non les mener efficacement contre Napoléon ; qu'il ne céda que devant une crainte, celle d'allumer la guerre civile.

La preuve que Ney fut fidèle au roi jusqu'au 14 mars ressort de ses lettres au ministre «le la guerre; je ne citerai que la dernière :

Lons-le-Saulnier, 13 mars 1815, cinq heures du soir.

A monsieur le Ministre de la guerre.

« Monsieur le maréchal,

» J'ai Thonneur de vous mettre sous les yeux, des extraits des rapports qui me sont parvenus.

» M. le lieutenant général comte Heudelet m'ayant mandé par sa lettre du 12, que les 23e et 36e régiments de ligne, ainsi que quelques détachements d'artillerie, étaient en marche sur Moulins, je lui ai prescrit de rappeler ces troupes et de les réunir à Chalon, où je l'engage à se rendre de sa personne. Je l'invite aussi à visiter Auxonne et à s'assurer si cette place est, autant que possible, en état de défense. J'y envoie le 6e de hussards.

» M. le baron Gapelle, préfet de l'Ain, «à Bourg, mande que le 11 au matin une avant-garde de Bonaparte s'est dirigée sur Villefranche, et que les nouvelles qu'il a de cette dernière ville le portent à croire que l'ennemi a du y arriver hier au soir 12 et marche sur Màeon.

m M. Tissof. major du 76° régiment de ligne, resté avec quelques troupes à Bourg, dont il a le commandement, rend compte, par sa lettre du 12, qu'on dit publiquement dans la ville qu'il doit y arriver incessamment un officier de l'Empereur, qui doit prendre en son nom le commandement du département. M. le major Tissot ajoute que, si cela arrivait, il se trouverait fort embarrassé, parce qu'il ne faut pas compter sur les soldats, dont l'esprit est travaillé par les habitants.

» Un bourgeois qui arrive en ce moment même de Chalon-sur-Saône annonce que dix-huit pièces d'artillerie sorties d'Auxonne et qui se dirigeaient sur Lyon, ont été arrêtées hier par la populace, à leur passage par Chalon-sur-Saône ; les affûts ont été jetés dans le

canal, et le peuple criant : « Vive l'empereur 1 » disait que c'était un cadeau qu'il voulait faire au petit caporal, à son arrivée dans cette ville. 11 paraîtrait, d'après ce que m'a dit cet homme, que les 3es bataillons des 23e et 36e régiments de ligne, qui allaient rejoindre S. À. R. Monsieur, venaient heureusement de partir pour Dijon.

» Je vous renouvelle, monsieur le maréchal, l'assurance de ma haute considération.

» Le maréchal prince de la Moskowa, pair de France,

» NE Y

a P. -S. — Au moment où j'allais fermer ma lettre, je reçois cette lettre de M. le comte Germain, qui confirme la nouvelle précédente 1 :

Extrait de la lettre de M. le comte Germain.

Chalon, 12 mars 1815.

« Il est très important que monsieur le maréchal sache qu'il est arrivé à Chalon vingt bouches à feu environ et autant de caissons chargés, que les habitants ne veulent pas laisser diriger sur la Loire, ni rétrograder sur Dijon. M. le général commandant le département et moi avons épuisé tous les moyens

l . M. le comte Germain était préfet de Suône-et-Loire.

lit

pour obtenir la restitution de ces pièces. Nous n'avons à Chalon qu'un bataillon de dépôt du 36e, environ cent cinquante hommes, que MM. les officiers trouvent insuffisant pour s'opposer à une pareille émeute.

» La gendarmerie du département agit par une influence étrangère; on porte publiquement dans Chalon la cocarde tricolore; notre situation ne diffère guère de celle de Lyon. Je prévois que je serai obligé de quitter une ville où l'autorité de la loi et celle du roi sont méconnues: j'emporterai le regret bien vif d'y laisser, quoiqu'il ne soit pas confié à ma garde, l'important dépôt d'artillerie et de munitions qui y est retenu. »

Ainsi, telle était la position du maréchal Ney, le 13 au soir; il ne pouvait compter sur les troupes réunies à Lons-le-Saulnier ; celles de Villefranche, de Bourg, de Chalon. de Màcon étaient en pleine insurrection, partout les bourgeois et les paysans faisaient cause commune avec l'armée; dans les villes, non encore occupées au nom de l'Empereur, la gendarmerie laissait arborer publiquement la cocarde tricolore. Ney avait été fidèle aussi longtemps qu'il l'avait pu à la cause des Bourbons, et ne l'abandonna que quand ceux-ci V eurent abandonnée eux-mêmes. Qu'on se rappelle qu'il avait été placé sous les ordres du comte d'Artois et que ce prince ne lui en faisait tenir aucun.

Voici doux lettres qui le prouvent :

Lons-le-Saulnier, le 12 mars 1815, cinq heures du malin.

A monsieur le maréchal duc de Heggio.

« Mon cher maréchal,

» M. le maréchal Macdonald s'est replié sur Moulins. Je n'ai pas encore de nouvelles positives sur la direction que Bonaparte voudra prendre en débouchant de Lyon, où l'on dit qu'il a dû entrer hier. Il est fâcheux que Monsieur ne se soit pas porté sur Grenoble pour l'y attaquer avec vigueur et le poursuivre sans relâche.

» Quoi qu'il en soit, ce qui est très important en ce moment, c'est que, conformément aux ordres que le ministre m'annonce vous avoir donnés, vous vouliez bien, mon cher maréchal, faire diriger sur Dijon et Lons-le-Saulnier les troupes dont vous pouvez disposer, et surtout de l'artillerie bien attelée.

» Je forme des miennes deux divisions avec lesquelles je vais occuper Bourg et Màcon. Je vous prie, mon cher maréchal, de vouloir bien me prévenir des ordres que vous avez donnés dans cette circonstance pressante pour me faire seconder.

» Agréez l'assurance nouvelle de ma haute considération.

» Le maréchal prince de la Moskowa, pair de France,

» NE Y

Lons-le-Saulnier, le 43 mars 1815.

A monsieur le maréchal duc de Reggio.

(( Monsieur le maréchal,

» Je viens d'expédier M. le marquis de Soran auprès de Monsieur pour avoir de ses nouvelles et de celles de M. le maréchal Magdonald (sic). Je le crois toujours à Moulins. Bonaparte a fait son entrée à Lyon à sept heures du soir. Le 11, il a passé en revue les troupes provenant de la défection de la 7e division militaire, savoir : les 5e, 7e et 11e régiments d'infanterie de ligne, le 4e de hussards et une partie du 13e dragons.

» Deux détachements sont sortis le même jour de Lyon pour se diriger sur Villefranche et sur Roanne. Je ne connais pas la marche de M. le prince d'Essling qui, cependant, a du se diriger de Valence à Grenoble. Je suis en mesure de marcher sur Lyon, aussitôt que je saurai d'une manière positive la direction que prendra Bonaparte. Dans la circonstance, il est bien important de hâter l'arrivée des troupes dont me parle le ministre de la guerre.

» Nous sommes à la veille d'une grande révolution et ce n'est qu'en coupant le mal dans sa racine qu'on pourrait encore espérer de l'éviter. Il faudrait faire arriver les troupes en poste, c'est-à-dire inviter les préfets à préparer dans tous les lieux d'étape des relais de voitures de pays et pouvoir ainsi faire par-

courir aux troupes quatre à cinq étapes par jour. Car il n'y a qua la vitesse de la marche de Bonaparte qu'il faut attribuer ses premiers succès. Tout le monde est étourdi de cette rapidité, et, malheureusement, la classe du peuple l'a servi en divers lieux de son passage. La contagion est à craindre parmi le soldat; les officiers se conduisent généralement bien et les autorités civiles montrent du dévouement au roi. 9

» J'espère, mon cher maréchal, que nous verrons bientôt la fin de cette folle entreprise, surtout si nous mettons beaucoup de célérité et d'ensemble dans la marche des troupes.

» Recevez, mon cher maréchal, l'assurance de mon attachement et de ma haute considération.

» Le maréchal prince de la Moskowa, pair de France,

» NE Y

Après avoir lu aux troupes la trop fameuse proclamation et avoir donné les ordres pour leur mise en marche, le maréchal adressa au préfet la lettre suivante, dans laquelle on ne trouve pas la moindre trace d'enthousiasme pour la cause de Napoléon, non plus que la moindre insulte pour celle des Bourbons, mais seulement des pensées de conciliation et de paix.

LE MARÉCHAL -NBÏ

Lons-lc-Saulnicr, le 14 mars 1815.

« Monsieur le préfet,

» Je vous invile à prendre toutes les dispositions de votre compétence pour le maintien du bon ordre dans votre département. Vous ordonnerez que personne ne soit inquiété pour cause de ses opinions, et ferez relâcher celles qui seraient détenues pour cette raison; les personnes et les propriétés doivent être respectées. Tout vrai Français ne doit connaître et ne connaîtra jamais que les ennemis de la patrie. Vous mettrez à exécution tous les ordres qui vous seront transmis au nom de l'Empereur, notre auguste souverain, en ce qui concerne votre administration.

» Veuillez, monsieur, faire imprimer et afficher la présente et m'en accuser réception.

» Le maréchal prince de la Moskowa.

Page 1