LE PRINCE DE LA MOSKOWA
ItKPONSK DK M* DUPIN
« Mon cher prince, je sais mieux que personne toute la sollicitude et les efforts persévérants que vous avez apportés à provoquer non certes la réhabilitation de la mémoire de votre illustre père (elle n'en avait pas besoin), mais la revision d'un procès où toutes les formes ont été violées, où la défense n'a pas été libre, où la condamnation a été demandée ouvertement au nom de l'étranger, et prononcée au mépris d'une convention qui interdisait toute poursuite, et qui seule avait décidé la retraite de cent mille Français ayant encore les armes à la main ! ! !
» Toujours votre conseil et votre ami. j'ai été heureux de m'associer à tous vos actes, soit en rédigeant la requête en revision, soit en appuyant à plusieurs reprises, à la tribune de la Chambre des députés, des pétitions qui n'ont jamais manqué d'exciter dans son sein les plus vives sympathies.
» Il y avait tout lieu d'espérer que Terreur de la Pairie de 1815 serait réparée par celle de 1830, puisque ce sont deux Chambres différentes, et que l'identité de quelques noms propres restés en petit nombre n'empêcherait pas qu'en réalité il n'y eût absence de solidarité entre la nouvelle Pairie et les actes de l'ancienne.
» Cependant vos efforts, ceux de votre famille et
LK MAKKOHAL NKY
de vos amis, ont été vains; l'appui même oV la maison royale n'a pu vous servir; vous rappelez vous-même les termes par lesquels M. le Garde des sceaux, en refusant d'ouvrir la voie de revision, a néanmoins flétri la poursuite et l'arrêt.
» Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis la date de cette douloureuse condamnation ! Dix ans se sont écoulés depuis que vous avez été nommé par le Roi, membre de la nouvelle Chambre des pairs 1 Pendant ces dix ans que vous avez supercédé à votre réception, vous les avez employés en demandes réitérées; vous avez épuisé tous les moyens de droit, de pétition et de sollicitation ; vous avez satisfait autant qu'il était en vous un devoir sacré de la piété filiale.
» Maintenant, resterez-vous toute votre vie inutile à vous-même et à votre patrie? Après avoir rempli vos devoirs comme fils, n'en avez-vous pas d'autres encore à remplir comme citoyen ? Telle est la question que vous m'adressez, après vous l'être faite à vous-même.
» Ce n'est pas moi, membre du Parlement, qui vous détournera d'entrer dans une Chambre dont le concours éclairé et l'action parfois énergique sont si essentiels à l'équilibre de nos institutions.
» Suivez votre destinée, allez grossir les rangs de la pairie de 1830; apportez-y dans la défense de nos intérêts nationaux quoique reflet de cette énergie qui a si glorieusement distingué votre père sur les champs de bataille, et prêt, s'il le fallait, à verser votre sang pour la patrie, armez-vous aussi de ce
courage civil toujours si rare, et qui devient de plus en plus nécessaire aux hommes publics.
» Recevez, etc.,