‹ Le maréchal NeÿChapitre 80 sur 102 · RÉPONSE DE M. LE PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE M. LE PRÉSIDENT

m. le président. — Pénétré comme je dois l'être de l'honneur que j'ai de présider celte Chambre depuis longtemps, je me suis toujours imposé et je m'imposerai toujours le devoir d'être gardien fidèle de tout ce qui peut importer à la considération qui lui est personnellement due, comme aussi au maintien de l'humble harmonie que j'ai toujours vue régner depuis qu'il m'a été donné de siéger dans son sein.

w Pour la circonstance présente, je dirai avec franchise au Pair qui vient de prendre la parole, qu'en ayant pour les sentiments qui l'animent tous les égards auxquels ils ont droit, et qui, je dois l'ajouter, ne lui ont pas été refusés hier, qu'en allant pour ces sentiments jusqu'au respect que peut commander la piété filiale, il m'est impossible de ne pas lui faire

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observer qu'il doit les mêmes égards à des sentiments non moins respectables qu'il risque très injustement de blesser, et que très certainement il répond mal à ceux qui régnent dans cette Chambre, quand il veut y renouveler des souvenirs qui ne peuvent que lui être infiniment pénibles; quand il vient, comme il l'a fait tout à l'heure, tenter une division entre ses membres; quand il se permet de dire qu'une partie de cette Assemblée en pourrait désavouer et répudier une autre partie. C'est là une supposition entièrement inadmissible, et que tout doit faire repousser.

» Je l'avertis comme président, comme homme d'âge et d'expérience que pour lui, pour le rôle qu'il doit désirer jouer dans cette enceinte, ce ne sont pas là les auspices sous lesquels il lui serait plus avantageux d'y prendre place.

» Je souhaite que cet avertissement soit pris par lui en bonne pari, el j'aime à espérer qu'il pourra lui être profitable.

m. le piu NCR de la moskowa. — Monsieur le président, en prononçant les paroles que vous venez de m'adresser. vous avez cru faire votre devoir.... J'ai rempli le mien.... le pays jugera.

Le procès-verbal est mis aux voix et adopté.

LETTRES DE MADAME LA MARECHALE NE Y A SON FILS EDGARD INAUGURATION DE LA STATUE DU MARÉCHAL

Voici plusieurs fragments de lettres de Madame la maréchale Ney, écrites en 1848, à son fils Edgard, alors commandant au 1er hussards, h. Verdun, se rapportant au Gouvernement provisoire, au mouvement sympathique du peuple pour le maréchal et à cette époque troublée de notre histoire.

Paris, mars 1848.

« Tous les jours tu me manques davantage, cher fils, quoique tu ne fusses pas beaucoup avec moi, je t'en sentais près, nous avions nos petites causeries du matin, pas gaies il est vrai, mais chez nous la

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tristesse est plus ancienne que la révolution, surtout pour moi, el parler de ses maux en console, selon une vieille chanson...

» Je ne t'ai pas dit que j'avais demandé une audience à M. de Lamartine, pour le remercier de la part qu'il avait prise dans la résolution du gouvernement, à ériger un monument à ton malheureux père, et qu'il était venu dimanche matin, au lieu de me donner rendez-vous chez lui ; j'y étais heureusement, il a été fort poli et je l'ai beaucoup remercié de la peine qu'il prenait en se dérangeant pour moi, au milieu de ses grandes occupations. Je lui ai exprimé le désir de retarder l'érection de ce monument à des temps meilleurs, plus calmes, plus prospères, mais viendront-ils et quand ?

» Nous passons notre temps, comme tu le sais, pas gaiement et avec la crainte de le voir encore plus triste, d'ici à 1 Assemblée nationale ; il sera même bien difficile, mais rassure-toi au moins pour nous, et si tu trouves une héritière, je te permets de lui faire la cour ! Dis-moi si les trois cents franos du club sont pour l'année échue, ou pour la pr)chaine, car personne ne paye en ce moment et u pourrais bien faire de même, en prévenant M. Gran 1homine, que vu les circonstances, tu demandes i n délai de trois mois, car je ne saurais où avoir ( ît argent en ce moment. Le voilà le vrai revers de la médaille, il est bien triste... »

Paris, avril 1848.

« Ce n'est jamais moi qui larde à écrire, comme tu vois, cher fils, et à peine ta lettre reçue, j'y réponds, quoique avec la plus détestable encre, et la plus détestable plume qui existent. Ne te tourmente donc pas pour nous, jamais nom ne fut plus populaire que celui de ta famille, et nous en avons journellement des preuves. Hier, tes frères ont reçu de braves gens du peuple qui sont venus avec un drapeau, sur lequel était rappelé la gloire de ton père et l'infamie des réactions de 1815, envers lui. Ils l'ont déposé aux pieds du grand portrait. Léon et Aloys leur ont très bien parlé. Ils ont établi un service volontaire au triste lieu où doit être élevé le monument, et y en ont, dit-on, élevé un provisoire orné de fleurs.

» Ils sont vingt-quatre qui s'y relayent. Dimanche dernier, en revenant de l'Hôtel de Ville, ils y ont planté l'arbre de la Liberté ! Comme on a dit à cette députation d'hier, que j'étais souffrante, ils se sont abstenus de venir chez moi et m'ont envoyé un petit cadre contenant une gravure de votre père, avec des vers au bas... Tu vois, cher ami, que pour nous surtout, il y a un bien beau côté à cette révolution, relève-toi donc à cette idée et fais des vœux pour que tout cela aille bien ; le pis pour tout le monde, est la question financière et pour moi en ce moment plus que pour tout autre ; aussi, je gémis en pensant

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comme tu l'as traitée légèrement jusqu'à cette heure. J'hésite encore à vendre mon argenterie, parce que je sais que je n'aurai jamais le moyen de la remplacer, mais il faut payer ce qu'on mange après tout ; je ne dis pas que je n'espère pas dans l'avenir, mais qui oserait parler de soi, dans un moment où les plus pauvres offrent la moitié de ce qu'ils ont, pour venir en aide à la patrie... »>

Paris, mai 1848.

» Quoique j'aie chargé ta petite nièce de l'écrire à ma place» cher fils, je pense qu'après les journées qui viennent de se passer, tu seras bien aise d'avoir de mes nouvelles ! On a été bien près d'horribles choses, et cette fois sans le dévouement de la garde nationale, je ne sais où nous en serions ; du reste on s'aguerrit à la longue, et maintenant nous supportons très bien l'émeute; il est vrai que jusqu'à présent, notre quartier a été privilégié et, excepté l'empressement de tous ces bons bourgeois à prendre les armes, nous n'avons été témoins d'aucune collision. Résigny venait justement d'arriver, et il a passé ces deux jours près de nous, ce qui lui a donné une légère idée de la manière agréable dont on passe son temps à Paris, depuis la Révolution. Il venait de quitter Chartres, pour aller prendre le commandement de quatorze places fortes, du département des Ardennes, et il est parti hier pour Mézières, qui sera

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sa principale résidence, j'avoue que j'aimerais mieux qu'il fût plus près de moi, mais on n'a pas le choix, et chacun doit s'oublier pour le bien général, dans le temps où nous sommes... »

Paris, juin 1848.

K Quelles cruelles journées j'ai passées! et comme l'Ame reste triste après une telle victoire ! Dans nos amis, Dieu merci, personne n'a été tué. Depuis que la circulation est possible, j'ai envoyé chez toutes les personnes qui m'intéressaient, dans la garde nationale, pour avoir de leurs nouvelles ; les de l'Espée père et fils ont été constamment dans tous ces dangers et tant d'autres, mon Dieu ! Quelle horrible chose que la mort du général Bréa1, ami deMocquard, Léon l'avait beaucoup connu aussi à Mantes. J'étais bien inquiète d'Aloys, il est venu un instant hier soir, harassé de fatigue. Tu sais qu'il est à Stains, et là, ils ont organisé un service de sûreté contre les insurgés, qui errent aux environs de Paris. Me voilà à présent très incertaine sur ce que je ferai, car on sera peut-être plus en sûreté à Paris, qu'à Saint-Germain ; pourtant comme la caserne de cavalerie est juste vis-à-vis la maison que j'ai louée, je pense qu'au besoin, nous y trouverons des défenseurs.

» Tout le temps qu'ont duré ces horribles combats,

L Le général Bréa fut assassiné par les insurgés en 1848.

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je n'ai cessé de penser aux inquiétudes que tous mes absents allaient éprouver, et eela redoublait mes angoisses. Laisse-moi me réjouir, cher fils, qu'aucun de vous ne vous v sovez trouvés. Ne faisons pas de politique dans nos lettres, et mettons notre confiance dans ceux qui ont en ce moment la rude tâche île nous gouverner , et qui nous ont sauvés î »

Enfin, le 7 décembre 1853, jour anniversaire de l'exécution de 1 arrêt du o décembre 1815, après trente-huit ans d'incessantes réclamations, la statue du maréchal Ney, décrétée le 18 mars 1848, par le gouvernement provisoire, et exécutée avec des fonds volés par l'Assemblée législative, fut solennellement inaugurée sous le règne de Napoléon III.

Celle inauguration eut lieu à une heure.

Nous reproduisons le récit du Constitutionnel, de beaucoup le plus complut.

<( Des tribunes, décorées d'aigles et de drapeaux, ont été disposées sur les trois côtés d'un carré, à vingt mètres environ de remplacement où tomba la victime. Le quatrième côté est vide, et s'ouvre sur la chaussée, où sont rangés des détachements de toutes armes. On remarque, sur le point le plus rapproché de 1 enceinte, un peloton d'invalides. La statue, enveloppée de toiles, s élève au centre du

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carré, sur un piédestal de marbre, où l'on a inscrit des noms et des dates de batailles.

» En avant des tribunes couvertes, trois rangées de banquettes reçoivent des officiers de divers régiments. Sur le sol, devant la statue, est étendu un tapis de velours noir portant dessinée à son centre, une grande croix blanche.

» A une beure. toutes les tribunes sont encombrées, et un temps propice, quoiqu'un peu voilé par le brouillard, favorise la cérémonie. Aux deux extrémités de l'enceinte, dans des tribunes drapées de rideaux de velours, nous voyons MM. les ministres, les présidents des trois grands corps de l'État, les marécbaux, les amiraux et de nombreux généraux. Les membres du Sénat, du Corps législatif et du Conseil d'Etat sont présents en grand nombre. L'autorité municipale est représentée par les deux préfets de la Seine et de police et par plusieurs maires et adjoints Dans la tribune de gaucbe, des places ont été réservées pour la famille de l'illustre marécbal. Se trouvaient dans cette tribune, les trois fils du marécbal : Léon, prince de la Moskowa, Aloys, duc d'Elchingen, et Edgard Ney. M. Monnier, le baron de l'Épée et M. Partiot, neveux du marécbal.

» M. Henri de l'Épée, ingénieur des mines, et M. Gaétan Partiot, attacbé au ministère des affaires étrangères (aujourd'bui ministre plénipotentiaire en retraite), petits-neveux.

» Un jeune turco, M. de Boyne (tué depuis à Sol-

férino). Le général de Résigny, ancien aide de camp du maréchal, etc.. 1

» Son Altesse Impérial»' le prince Napoléon, arrivé à une heure, dix, et peu d'instants après, M. Dupin, l'ancien défenseur de Ncy, prennent place sur la droite.

» Un nombreux clergé, ayant à sa tète monseigneur Sibour, archevêque de Paris, et M. le curé de Saint-Jacques du Haut-Pas, est introduit dans l'enceinte, précédé de la croix.

» Monseigneur l'archevêque, ayant la mitre en tète, se place devant la statue, et le clergé entonne le chant du De Profundis. Une vive émotion s'empare de toute l'assemblée, monseigneur se découvrant dit ensuite YOrettws.

» Aussitôt après les prières de l'église, des fanfares et un roulement de tambours se font entendre. Le canon tonne. Les voiles de la statue tombent, et au moment où elle apparaît à tous les regards, de bruyants applaudissements éclatent. Le maréchal, le pied gauche posé sur un canon, est représenté le sabre levé, la tète haute, et, dans l'élan d'une marche rapide, il pousse le cri : « En avant ! » qui, tant de fois, éleclrisa nos soldats sur le champ de bataille.

» M. le ministre de la guerre retrace, en peu de

l, Les généraux Regnault de Saint-Jean d'Angely, Canrobert, de Montebello, de.Lourmel, Espinasse, La Fontaine, Korte, Levasseur, Renault, duc de Saint-Simon, Waldner, d'Hautpoul, Daumas. Les colonels de Béville et Fleury, aide de camp de l'Empereur, le colonel Ismard et l'état- major de la garde nationale.

mots, la carrière militaire du maréchal Ney. Puis M. Dupin, après avoir serré la main de M. le maré. chai de Saint-Arnaud, se plaçant en avant de l'estrade, prononce la chaleureuse allocution qui suit :

« Messieurs,

» En 1815, lorsque Paris était occupé par les armées étrangères, quand leurs bivouacs encore fumant avaient souillé les Tuileries et le Luxembourg, M. Berrycr père et moi, nous fûmes chargés de la défense du maréchal Ney. Nous accomplissions alors un grand devoir, le devoir le plus sacré de la profession d'avocat. Nos efforts furent infructueux : l'illustre accusé succomba.

» Aujourd'hui, après un bien long intervalle sillonné par plusieurs révolutions, je viens avec les fils du maréchal, assister au grand acte de réparation accordé à la mémoire de leur père.

» C'est un honneur auquel je les remercie de m 'avoir associé. Trente-huit ans se sont écoulés depuis la date funèbre dont ce jour est l'anniversaire et je m'estime heureux de me trouver en ce moment, sans autre titre que celui que j'avais alors, afin de pouvoir dire encore avec la liberté, le cœur et l'accent de l'avocat : « Non, cette condamnation ne fut point » juste, car elle a été poursuivie en présence et n sous la pression de l'étranger. C'est au nom de » l'Europe, disait le premier ministre de la Res- » lauration, à la Chambre des pairs, en lui défé- » rant l'accusation du maréchal, c'est au nom de

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m L'Europe, que je viens vous conjurer et vous » requérir à la fois, de juger le maréchal Ney. »

» Non, cette condamnation ne fut pas légale, car elle a été prononcée au mépris et en violation d'un article formel de la convention, signée, les armes à la main, sous les murs de Paris, etc.... Vous avez entendu, messieurs, le chef de l'armée, le ministre de la guerre, parlant au nom du gouvernement et en présence des représentants de tout l'état militaire de la France, vous retracer en termes éloquents les hauts faits d'armes, les grands actes de guerre de celui que Napoléon (sans injustice pour personne) avait surnommé le « Brave des Braves », et chacun de vous en l'écoutant s'est dit douloureusement au fond de l ame : Voilà cependant le guerrier que la réaction a sacrifié. Voilà le bras puissant dont elle a privé la France. Hélas ! que ne s'est-on souvenu de ces mots de Bossuet, en faveur de Condé, que j'ajoute à ceux que vient de citer M. le ministre de la guerre : « Tout est surmoulé par la gloire de son grand a nom et de ses actions immortelles. »

» Deuil de la patrie ! Regrets de la famille ! douleur si longtemps impuissante 1 vous attendiez une satisfaction. Déjà, cependant, après 1830, la grande image du maréchal Ney avait pris place dans le Musée de Versailles, au milieu des représentants de toutes nos gloires nationales.

» Mais un si fatal événement exigeait une plus éclatante et plus complète réparation. Oublions les personnes, messieurs, ne voyons que les faits, il ne

s'agit pas de ces récriminations individuelles souvent odieuses et presque toujours inutiles ; mais il s'agit de la vérité sur les choses, et cette vérité, il faut bien la dire, pour conserver aux événements historiques, leur immuable caractère, et ne fût-ce aussi que pour apprendre à nos oublieux contemporains, à détester les funestes résultats de discordes civiles, à toutes les époques et sous tous les régimes. Le maréchal est tombé victime d'une réaction politique, victime de la haine implacable qu'une faction antinationale portait aux illustres chefs de cette grande armée dont les glorieux débris venaient d'être licenciés en présence de l'ennemi, sur les bords de la Loire.

» Le maréchal Ney, duc d'Elchingen, prince de la Moskowa, tant de fois victorieux sur nos champs de bataille, fut l'holocauste offert en expiation des gloires militaires de l'Empire. C'était le drapeau tricolore immolé au drapeau blanc.

» Il était réservé au neveu de l'Empereur de réparer cet outrage, de mettre un monument d'honneur à la place d'un monument funèbre, et d'ériger la statue du héros, sur le lieu même qui a vu succomber la victime.

» Honneur, messieurs, honneur aux hommes qu'on évoque ainsi du tombeau, et qui se relèvent ainsi devant la postérité, au milieu des cérémonies consolantes de la religion, aux acclamations de leurs concitoyens et comme le maréchal Ney, dans l'attitude du commandement. »

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Après ces discours, l'assemblée se sépar Un groupe de citoyens, composant une députati» i de Sarrelouis, où naquit le maréchal Ney, s'app oche de la statue, ayant à sa tète le curé de la comi une. Les membres de la députation font le tour du e onument et déposent devant le piédestal des coun nnes d'immortelles. Les fils du maréchal se retir ;rent suivis des membres de la famille et se remirent ensemble rue de l'Isly, numéro 8, auprès de la i îaréchale Ney.

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