‹ Le maréchal NeÿChapitre 86 sur 102 · Voir appendice, p · texte numérisé non relu

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cotte rare intrépidité qui lui valut plus tard le nom de Brave des braves et par des talents éminents, qui le portèrent en peu de temps à des grades supérieurs. En prenant des dispositions dans son cabinet, il était quelquefois inquiet, indécis ; mais dès le moment où il se trouvait sur le champ de bataille, en présence de l'ennemi, il reprenait toute son assurance, et se trouvait soulagé d'un pesant fardeau. Il était surtout admirable dans ces circonstances difficiles, où, forcé d'opérer une retraite contre un ennemi supérieur en nombre, et dans une position fâcheuse, il avait de grands obstacles à surmonter ; sûr de lui-même, de la confiance qu'il inspirait à ses troupes, il manœuvrait avec autant de sang-froid que s'il eût été à l'exercice; sa présence seule électrisait ses soldats, qui comptaient sur lui, comme il comptait sur eux ; aussi il en était autant aimé qu'estimé.

» Quoique ayant parfois des manières brusques, quoique sujet à des coups de boutoir qu'il n'était pas facile de prévoir ni d'éviter, il était réellement bon : un mot d'excuse, l'aveu d'une faute ou d'une erreur le désarmait; j'en ai fait souvent l'épreuve. Il a eu quelquefois à se plaindre des officiers qui lui étaient attachés; il ne s'en est jamais vengé qu'en leur faisant du bien; il ne les a jamais éloignés de lui qu'enleur faisant obtenir un grade supérieur...

» ... Le 2 octobre 1802, je reçus l'ordre d'aller rejoindre à Genève le général qui venait d'être nommé au commandement en chef de l'armée destinée à entrer en Suisse, et en même temps ministre pléni-

potentiaire. Pour comprendre le but de celte mission militaire et diplomatique, il faut remarquer que rilelvétie était partagée en deux partis, l'un qui voulait le gouvernement fédéral, en conservant la division par cantons telle qu'elle était, et l'autre qui voulait former un seul État unitaire sous la présidence d'un chef.

» M. Dolder était à la tète de ce dernier parti : c'était un honnête homme, ayant d'excellentes intentions, mais manquant de l'énergie nécessaire pour le diriger. On avait eu recours aux armes des deux côtés; il y avait eu quelques engagements peu importants, dans lesquels le parti unitaire, qui était loin de compter en sa faveur la masse de la nation, avait eu le dessous. Le général venait négocier, l'épée à la main, pour rétablir la tranquillité dans ce malheureux pays

» ... A l'entrée des troupes françaises, les troupes fédérales se retirèrent dans les petits cantons, et le gouvernement unitaire à Berne. Le général en chef, qui avait pour* instruction de soutenir le gouvernement unitaire au moins provisoirement, et jusqu'à ce que l'opinion de la Suisse se fût prononcée ouvertement, se rendit à Berne lorsqu'il crut pouvoir le faire en sûreté. Avant de commencer les opérations

1. Rapp fut chargé de notifier aux partis l'intervention du premier Consul ; il arriva & Lausanne, dans un carrosse attelé de six chevaux. Le général Ney eut à appuyer militairement l'action diplomatique de Rapp , il entra en Suisse à la tête d'un corps de douze mille hommes.

militaires, il voulut connaître les intentions de la Diète, qui s'était retirée à Sehwitz. Il me demanda si je me chargerais bien d'aller au milieu d'elle, pour lui faire connaître les intentions du Premier Consul, et l'inviter à se dissoudre...

» Je partis seul le lendemain, porteur d'une simple lettre pour le sous-préfet du gouvernement unitaire à Lucerne... Le sous-préfet fit aussitôt prévenir M. de Reding. président de la Diète, qu'un aide de camp du général commandant en chef les troupes françaises lui demandait une entrevue. La réponse ne se fit pas attendre; il m'annonça qu'il m'attendrait à Sehwitz, où la Diète était assemblée. Je m'embarquai de suite sur le lac... Je trouvai, au lieu du débarquement, une escorte à cheval, et un cheval préparé pour moi : ainsi, moi, simple capitaine, je fus reçu avec les mêmes honneurs qu'un ministre plénipotentiaire...

» En me rendant chez M. de Keding, je traversai des troupes de fédérés, dont quelques-uns portaient le costume antique et pittoresque avec les armes de eurs aïeux. Il régnait parmi ces braves gens un air de tristesse et d'abattement; mais je n'aperçus nulle part aucun signe d'irritation ou de menace.

» M. de Reding était un homme sage, jouissant d'une grande influence, tenant à une famille très considérée dans les petits cantons. Je lui expliquai le but de ma mission qui lui était déjà connu. Après quelques instants de conversation, il me dit qu'il allait en référer à la Diète... Je fus ensuite conduit

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