‹ Le maréchal NeÿChapitre 88 sur 102 · Us s'appelaient Zelhveger et Wùrcsh · texte numérisé non relu

Us s'appelaient Zelhveger et Wùrcsh

général Ney avait recueilli dans son état-major; nous le verrons plusieurs fois donner des preuves de cette facilité de caractère qui lui faisait recevoir auprès de lui des gens qui lui convenaient bien peu...

»... J'arrivai auprès du général en chef, à qui je rendis compte de ma mission ; je n'avais que des renseignements satisfaisants à lui donner.

» ... Dans les premiers temps de notre arrivée à Berne, la majeure partie des familles aristocratiques ne nous voyait pas avec plaisir; nous n'étions reçus nulle part...

» Madame Ney, qui était venue rejoindre son mari, avec madame Pannelier, salante et sa fille, qui épousa d'abord M. Lambert, ordonnateur en chef, et en secondes noces le général Heymès aide de camp du

1. Le général Heymès, grand officier <le la Lésion tl'hoiiueur, chevalier de Saint-Louis, aide de camp du roi Louis-Lhilippe, ancien premier aide de camp du maréchal Ney, avait épousé en 1839, la baronne Lambert, née Pannelier d'Arsonval, cousine germaine de la maréchal Ney, et nièce «le madame Campan. Il lit presque toutes les guerres de l'Empire avec le maréchal, se trouva il ses côtés ù la Bérézina. Après l'abdication de l'Empereur à Fontainebleau, il suivit le maréchal et conserva auprès de lui les mêmes fonctions pendant la première Restauration. Kn 1815, il accompagna le maréchal lorsqu'il prit le commandement du 6* corps destiné, comme on le sait, ri repousser l'Empereur, qui venait de débarquer au Golfe Juan. Il le suivit aussi après sa défection et pendant les Cent-Jours. Après Waterloo, il se retira avec les débris de l'armée au'delû de la Loire et fut mis en demisolde. Le général Heymès se trouva alors dans une position très critique, tant ù cause du manque absolu de ressources, que de son attachement au maréchal. Sa réputation de loyal et brave soldat, qu'il avait gardée intacte dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, le lit cependant remarquer du duc d'Orléans, qui le chargea de la gérance de son duché de Valois. (Forêt de

roi Louis-Philippe, ne furent pas plus heureuses dans les premiers temps de leur arrivée, et la société de ces dames se bornait à quelques membres des légations espagnole et italienne. Le ministre de la République cisalpine, M. Venluri, qui cherchait à opérer un rapprochement, donna à madame Ney une fort belle fête, où se trouvèrent toutes les premières familles de Berne. Depuis ce jour, des sentiments plus modérés et plus sociables succédèrent à la morgue aristocratique; ces familles, qui nous avaient témoigné tant d'éloignement, se rapprochèrent de nous avec empressement; dès lors toutes nos soirées furent agréablement employées.

[A cette époque, le premier aide de camp du général Ney, était le colonel Passinges 1j.

Villers-Cotterets). Cette position lui permit d'avoir avec ce prince des relations constantes, qui devinrent avec le temps tellement intimes, qu'il fut .son confident et même son conseiller. On rapporte à ce sujet, qu'en 1830, au moment des journées de Juillet, ce fut le général Heymès qui décida, par ses pressantes prières, le duc d'Orléans, qui était alors très indécis, a rentrer n Paris, comme lieutenant-général du Royaume. Il assuma la responsabilité de conduire le duc d'Orléans de Neuilly au ralais-Royal. On lit ce trajet en plusieurs heures au milieu des barricades. Le jour même, le duc. d'Orléans, ù cheval et revêtu de l'uniforme de lieutenant - général, sortit du Palais -Royal pour se rendre à l'Hôtel de Ville, précédé du général Heymès, en cicil, portant le drapeau tricolore. I,e général Heymês mourut à Auteuil, en 1844. Tous les princes de la famille royale assistèrent n son enterrement et suivirent son cercueil jusqu'au cimetière d'Auteuil où il repose. Le prince de Joinville parle souvent du général Heymès dans ses intéressants Souvenirs . Il relate son énergie dans la répression des émeutes en 1831, et a laissé un croquis représentant le général arrivant au galop sur un cheval de dragon, i\ Saiut-Cloud, chercher Louis-Philippe pour l'emmeneràParis, réprimer l'insurrection. 1. Le colonel Passinges, baron de Préchamps, était en mars

LE MARÉCHAL Mi Y

» ... Le général Ney qui avait eu à se plaindre du colonel Passinges, son premier aide de camp, remplissant les fonctions de chef d'état-major de l'armée d'occupation, et voulant profiter de cette occasion pour faire participer ses autres aides de camp à quelques avantages pécuniaires attachés à ces fonctions, décida que nous les exercerions chacun à notre tour...

» ... Ce fut aussi pendant ce temps de Foccupation, que je reçus ma nomination au grade de chef d'escadron, aide de camp du général Ney, le 23 mars 4803...

)> ... Le général Ney reçut l'autorisation de rentrer en France avec son état-major. Ce fut à cette époque, le 31 décembre 4803, que je me mariai...

» A peine quinze jours s étaient écoulés, que je reçus l'ordre de rejoindre mon patron, qui venait d'être nommé commandant en chef du 6e corps d'armée, que l'on rassemblait sur les bords de la mer pour opérer une descente en Angleterre.

» ... Le maréchal allait souvent visiter les camps et se promener au milieu des soldats, qui le voyaient toujours avec plaisir. Il le savait, et il jouissait de l'attachement qu'ils avaient pour lui et de la confiance qu'il leur inspirait...

» A l'exemple de l'Empereur, le maréchal nous faisait aussi souvent manœuvrer ; nous passions des

1815 le chef d'état-major général du corps d'armée que commandait le maréchal Ney à Lons-le-Saulnier. Il fut envoyé en serveillance, en aofit 1815, à Béthune, sous le soupçon d'avoir été le rédacteur de la proclamation du 14 mars. 11 fut appelé comme témoin au procès du maréclul, puis se retira en Pologne.

journées entières à cheval, et il est arrivé plusieurs fois que des soldats se soient trouvés mal dans les rangs par suite des fatigues et de l'excessive chaleur.

» Madame la maréchale recevait tous les soirs beaucoup de monde chez elle; souvent ces soirées se prolongeaient très tard, et l'on dansait une partie de la nuit. Mais le général en chef, que ces fêtes n'amusaient pas tant que nous, manquait rarement, quand nous avions passé une nuit nu bal, de nous faire monter à cheval le lendemain, ou plutôt le même jour, à quatre heures du matin, pour aller manœuvrer toute la journée...

» J'ai pensé qu'il y mettait un peu de malice, et qu'il voulait ainsi se dédommager de l'ennui que lui causaient des plaisirs qui n'étaient pas trop de son goût...

» Les états-majors réunis de l'armée et de la marine formèrent le projet de donner une grande fête à madame la maréchale. On fit des préparatifs immenses ; les marins, ordinairement si adroits, s'étaient surpassés en établissant une très grande tente ornée de feuillages, sous laquelle on avait dressé une table décorée avec une profusion de fleurs [malheureusement un ouragan abattit les tentes et fit manquer en partie la fête].

» [Parmi les officiers de l'élat-major général qui se rendaient souvent aux soirées de madame la maréchale], je compterai le capitaine La Genetière, qui a joué un assez vilain rôle dans le procès du maréchal.

» ... Parmi les aides de camp du maréchal, je ne

parlerai dans ce moment que de Vogt 1 et d'Ulliac, adjoint à l'état-major. Je m'étais lié particulièrement avec eux; nous nous étions donné beaucoup de peine pour construire ensemble, en papier, un beau grand ballon, que nous voulions lancer le jour de la fête de madame la maréchale; mais on nous fit faire la réflexion que cette galanterie serait peut-être mal vue par le maréchal, dont je connaissais la susceptibilité, et qui avait été la dupe d'un escroc qui lui avait soutiré une trentaine de mille francs pour construire un ballon qu'il «levait diriger dans les airs..

n Le général de brigade Dutaillis, chef de 1 etatmajor général du corps d'armée, n'avait pas eu le talent de se faire aimer.

» ... Il n'en était pas de même de Tadj vidant-commandant Mallerot, son sous-chef d'état-major; c'était le meilleur homme du monde, aussi généralement aimé que l'autre Tétait peu.

» Ce fut aussi à Montreuil que je fis connaissance avec le célèbre Jomini, alors chef de bataillon dans les troupes du gouvernement provisoire helvétique. Ce gouvernement ayant été renversé par l'Empereur qui avait rétabli à peu près l'ancienne organisation des cantons, il se trouva sans place et sans ressources. Je ne sais pas comment il vint à bout de se faire connaître de M. le maréchal qui l'attacha

1. Daniel Vogt, nommé aide de camp du Maréchal sur sa demande le 10 frimaire an II, fut tué le 24 juillet 1810, sous les murs d'Almeïda, après une. captivité de quinze mois sur les pontons en rade de Cadix.

à son état-major, dans lequel il ne jouissait pas d'une grande considération. On l'a accusé d'avoir emporté [en passant à l'ennemi en 1813], le plan de campagne qui devait être suivi par l'armée française, et que lui avait confié le maréchal Ney, en rendant ainsi sa défection plus odieuse. Je l'ai revu depuis; il a cherché à expliquer sa conduite, à se justifier, et surtout à se laver de ce dernier reproche; j'ignore s'il est fondé.

» Il avait traduit l'histoire des guerres du Grand Frédéric, par TempelhofF, en comparant ses campagnes avec celles de Napoléon. L'Empereur, à qui le maréchal Ney présenta cet ouvrage, y découvrant de grandes vues militaires, le nomma adjudantgénéral, et quelque temps après, il l'appela auprès de lui. Il proposa des plans de campagne qui, peutêtre étaient hons, mais qui ne plurent pas; il fut de nouveau placé auprès du maréchal en qualité de son chef d'état-major.

» Je le revis à Paris en 1839. Il aurait heaucoup désiré d'être reçu chez madame la maréchale Xey, il m'en parla. Mais mon ancien camarade, le général Heymès, s'était exprimé sur son compte me danière à me donner à penser qu'il y aurait plus que de l'indiscrétion de ma part à me charger d'une mission aussi délicate. J'eus cependant occasion de parler de lui à madame la maréchale deux années plus lard ; elle me dit qu'elle n'avait pas eu à se plaindre de lui dans le temps de la malheureuse affaire de son mari...

» ... Le maréchal conçut et exécuta le projet de nous donner le spectacle d'une petite guerre. Le terrain fut reconnu et choisi dans un emplacement favorable; les positions furent jalonnées ; chaque corps d'armée eut sa marche tracée de manière à éviter toute confusion et tout désordre. Ces dispositions, arrêtées par le général on chef avec le talent supérieur qui le distinguait, furent couronnées d'un plein succès et nous n'eûmes à déplorer aucun de ces accidents qui arrivent si souvent dans les manœuvres de ce genre. Le succès était annoncé d'avance; au reste, il était acheté par une vigoureuse résistance, pour ménager les amours-propres. J'ai vu cependant un moment où la scène aurait pu être ensanglantée. Le général, profitant d'une faute commise par un général de division qui lui était opposé, et qui s'était permis de ne pas suivre ses instructions à la lettre, fit croiser la baïonnette à l'un de ses régiments et marcha au pas de charge sur une colonne qu'il prenait en flanc. Peu s'en fallut que les soldats, prenant la chose au tragique, animés d'ailleurs par le feu, n'en vinssent réellement aux mains avec leurs adversaires.

» ... Madame la maréchale, qui était logée peu commodément à Montreuil, prit le parti de louer, pendant la belle saison, une maison de campagne, le château de Recque, situé à trois quarts de lieue de la ville. Le propriétaire, M. de ***, qui l'occupait avec sa famille, y consentit pour obliger M. le maréchal. Les aides de camp de service couchaient au

château; les autres y venaient dîner tous les jours; les officiers supérieurs venaient souvent y passer la soirée...

» La reine Hortense vint passer quelques jours à Recque ; elle avait amené avec elle madame de Broc, sœur de madame la maréchale, jeune et charmante personne, qui périt quelque temps après d'une manière si affreuse en tomhant dans un précipice. Madame Ney d'ailleurs n'y était pas seule; l'une de ses cousines, mademoiselle Mornay, était venue lui tenir compagnie; elle épousa depuis M. Cossaing, secrétaire du maréchal.

» Le prince Borghèse, beau-frère de l'Empereur, était aussi de ce voyage. On pense bien que l'arrivée de cette brillante société fut l'occasion de nouvelles fêtes. Il y eut des bals, des promenades, des fêtes champêtres ; enfin, madame la maréchale ne négligea rien pour rendre le séjour de Recque aussi agréable que possible à son illustre hôtesse. La reine ayant témoigné le désir de danser avec un aide de camp du maréchal, madame Ney m'avait désigné; mais, malheureusement j'étais absent; lorsque je rentrai, la place était prise; madame la maréchale eut la bonté de me le dire et de me témoigner ses regrets de ce contre-temps. »

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