‹ Le maréchal NeÿChapitre 89 sur 102 · CAMPAGNE DE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE

« ... Lorsque nous fûmes sur la rive droite du Rhin, l'état-major de notre corps d'armée se présenta devant Ludwigsburg, résidence du grand -duc de Wurtemberg. Il réclama la neutralité dont il devait jouir, en faisant prier M. le maréchal de ne pas chercher à pénétrer dans le château qu'il habitait.

» ... De là, nous nous dirigeâmes sur la ville de Stuttgard; on voulait aussi nous en disputer l'entrée ; mais le maréchal, qui commençait à trouver toutes ces difficultés fort peu de son goût, fit signifier au commandant de la place que si les portes n'étaient pas ouvertes à l'instant, il allait les faire enfoncer à coups de canon.

» Le commandant, qui n'attendait que ces démonstrations pour se rendre, s'empressa de nous livrer passage. Nous y séjournâmes, en occupant les villages environnants, deux ou trois jours, pour attendre que les autres corps d'armée fussent arrivés à la même hauteur que nous. Le prince Murât vint à Stuttgard le lendemain de notre entrée, pour prendre le commandement des troupes réunies sur ce point.

»... Le 13 octobre, Napoléon vint au quartier général du maréchal, et ordonna de resserrer de plus en plus l'ennemi, en s'emparant du pont et de la

position d'Elchingen... Le li, à la pointe du jour, le maréchal lit ses dispositions d'attaque. L'affaire n'était pas facile; pour passer sur la rive opposée, il fallait traverser un pont, dont toutes les planches avaient été enlevées; heureusement l'ennemi n'avait pas eu le temps de brûler les travées. La rive opposée qui dominait beaucoup celle sur laquelle nous étions, était défendue par quinze mille ou seize mille Autrichiens et une nombreuse artillerie. Il fallait rétablir le pont sous la mitraille et sous une vive fusillade. Les soldats, chargés de planches, se précipitèrent sur le pont au pas de course ; il fut tout de suite rétabli, au moins de manière à livrer passage, et la division du général Malher, infanterie, cavalerie, artillerie, put le traverser promptement sans que l'ennemi osât essayer de rejeter dans le fleuve les premières tètes de colonne.

» Dans des circonstances aussi critiques, l'audace en impose, elle est presque toujours un sûr garant du succès; un moment d'hésitation pouvait faire manquer l'opération, nous coûter beaucoup de monde; mais M. le maréchal était là, sa présence, en remplissant les soldats de confiance, ne les laissait pas douter de la réussite.

» Dans le moment où tout était prêt pour l'attaque, où les compagnies désignées se préparaient à s'élancer sur le pont, un soldat, appartenant à un régiment étranger au corps d'armée, qui s'était égaré, s'approcha du maréchal et lui demanda d'être mis en subsistance dans une compagnie.

» — Dans quelle compagnie? demanda le maréchal.

» — Dans celle qui va passer la première, répondit l'intrépide soldat.

» M. le maréchal passa le Danuhe aussitôt que les premières troupes l'eurent franchi, et bientôt, suivant son usage, il se porta en avant, suivi seulement de son état-major et de son escorte, et tellement en avant que nos tirailleurs, nous prenant pour une troupe ennemie, firent feu sur nous. Je fus obligé d'aller au galop leur faire connaître leur méprise qui, heureusement, n'eut aucune suite funeste.

» La position était critique. Les Autrichiens, s'ils avaient su profiter de leur grande supériorité numérique, pouvaient nous culbuter dans le Danube. Le maréchal ordonna au brave capitaine qui commandait son escorte, composée d'une trentaine de hussards environ, de charger sur une ligne d'infanterie qui s'ébranlait pour nous attaquer. Cette charge ne pouvait avoir aucun résultat réel, mais elle pouvait causer un moment d'hésitation à l'ennemi, et dans notre position, c'était beaucoup de gagner un moment. Les troupes, qui traversaient le pont rapidement, arrivaient successivement. Une division de dragons, commandée par le général Boursier, arrivant sur le champ de bataille, fournit une charge plus sérieuse, qui donna aux autres troupes le temps de se former.

» Nous fûmes bientôt en état de prendre l'offensive. Après diverses alternatives et des efforts incroyables, les lignes autrichiennes furent enfoncées. Un grand

nombre de prisonniers, un général-major et plusieurs pièces d'artillerie furent le résultat de cette brillante journée, dont le succès est dû pour la majeure partie à la rare intrépidité de M. le maréchal, à son sang-froid et à ses savantes dispositions.

»... L'Empereur, qui avait établi son quartier général à l'abbaye d'Elchingen, ordonna l'attaque du camp retranché qui défendait les approches de la ville. Le camp fut rapidement forcé, les troupes qui y étaient, refoulées dans Ulm. L'ardeur de nos soldats était si grande, que plusieurs compagnies d'un des régiments de notre corps d'armée, qui poursuivaient l'ennemi se retirant en désordre, pénétrèrent avec lui dans la ville; si elles avaient été suivies, peutêtre l'affaire aurait-elle été décisive ce jour môme ; mais abandonnées à elles-mêmes, elles furent obligées de mettre bas les armes après une brillante résistance ; l'affaire ne finit qu'à la nuit, nous avions perdu M. le maréchal, qui s'était rendu auprès de l'Empereur; nous le cherchâmes en vain fort longtemps.

» [Letat-major se sépare enfin; ses membres reçoivent l'hospitalité dans des bivouacs de bonne volonté] et le lendemain, après avoir remercié mes hôtes [général Villate et colonel ***], je fus rejoindre M. le maréchal, que j'eus bien de la peine à trouver.

» ... Le 14 ou le 15 octobre, le général-major, prince de Lichtenstein, à qui l'Empereur avait fait proposer une entrevue, vint le trouver au bivouac où était son quartier général. Nous formions le cercle autour

de Napoléon. Il ne fut rien arrêté dans cette conférence. Le maréchal Ney, que ces lenteurs impatientaient, dit à l'Empereur que s'il voulait lui donner l'ordre d'attaquer, il lui répondait que dans quelques heures il serait dans la place. « C'est possible, monsieur le maréchal, dit le prince de Lichtenstein, en mettant la main sur son cœur, mais vous n'y entrerez que quand nous serons tous morts »

CAMPAGNE DU TTROL

« La route qui conduit à Inspruck, capitale du Tyrol, est resserrée entre des montagnes qui s'élèvent a pic des deux côtés. La vallée est fermée par des fortifications armées de canons; c'est ce qu'on appelle le pas de Scharnitz. Le maréchal fit faire une reconnaissance sans exposer ses masses de troupes aux feux du fort. Il n'y avait pas moyen de songer à une attaque de front sans avoir un matériel d'artillerie de gros calibre, qu'il nous était impossible de nous procurer. Heureusement, le maréchal fut informé que ce pas pouvait être tourné en suivant un sentier tracé à travers les rochers, d'un accès peu facile; après avoir surmonté cette première difficulté, on arrivait sur un plateau où se trouvait un petit fort qu'il fallait enlever avant d'aller plus loin. Ces obstacles n'arrêtèrent pas le maréchal. Il fit choisir trois cents hommes d'élite de bonne volonté, pris parmi

les plus agiles et les plus lestes. Le général Loyson se mit lui-môme à la tête de ces braves qui, pour être plus libres dans leurs mouvements, n'avaient pris avec eux que le bagage indispensable. Ces soldats eurent à escalader des élévations presque à pic, en s'aidant des arbrisseaux qu'ils trouvaient, souvent en enfonçant leurs baïonnettes dans les crevasses. Ils eurent l'ingénieuse idée d'attacher leurs havresacs sur leurs têtes pour parer les balles et les pierres qui pleuvaient sur eux... A couvert sous ces boucliers d'un genre nouveau, ils parvinrent enfin sur le plateau. A travers une grêle de balles et de mitraille, ils se précipitèrent sur le fort, entrèrent par les embrasures, et finirent pas s'en rendre maîtres, sans avoir fait de pertes aussi considérables que l'on aurait pu le présumer. On ne trouva dans le fort qu'une centaine de Tyroliens, qui furent faits prisonniers.

» Le major anglais Wilson, qui commandait les troupes autrichiennes, ayant appris que ses derrières étaient menacés detre coupés, fut obligé d'abandonner le fort de Scharnitz pour se retirer sur lnspruck. Le maréchal, qui avait fait faire une fausse attaque de front, en déployant toutes ses colonnes devant le fort pour donner le change à l'ennemi, s'empressa, aussitôt qu'il apprit sa retraite, de faire enfoncer les portes et de se mettre vivement à sa poursuite. Nous arrivâmes bien heureusement au secours de la petite colonne du général Loyson qu; ayant rencontré les troupes autrichiennes en

retraite, allait être écrasée par le nombre. Dix-huit cents prisonniers, un drapeau et seize pièces de canon attelées furent le résultat de cette affaire.

» Le maréchal arriva avec son corps d'armée à lnspruck le 7 novembre. Nous y trouvâmes un arsenal rempli d'une artillerie considérable, seize mille fusils et un grand approvisionnement de poudre.

» ... Nous séjournâmes à lnspruck quelques jours, pendant lesquels M. le maréchal fit diverses incursions dans les parties du Tyrol qui se rapprotfhen1 de l'Italie. Le prince de Rohan, qui commandait une colonne autrichienne de quatre mille hommes, pensa être fait prisonnier avec toutes ses troupes. Il ne dut son salut qu'à la négligence de l'un de nos officiers généraux, qui mit de la lenteur dans le mouvement qu'il devait faire pour lui couper la retraite.

» Le maréchal occupait à lnspruck un fort beau château impérial, qui était la résidence ordinaire du gouverneur. Je me rappelle que les appartements étaient tellement étendus, qu'il nous arrivait souvent de nous y perdre ; notre chef, ennuyé lui-même des difficultés qu'il éprouvait souvent pour sortir de chez lui, se décida à abandonner les appartements d'honneur, et à se retirer dans un petit logement beaucoup plus commode, qui en dépendait.

» ... Notre corps d'armée se dirigea ensuite vers la Carinthie. En passant à Brixen, nous vîmes une des familles les plus considérées du pays qui portait, si je ne me trompe, le nom de d'Arenberg, dont tous

les membres devenaient aveugles à un certain âge... Le chef de cette famille vint complimenter M. le maréchal. Il lui dit que « le malheur qu'il éprouvait » d'avoir perdu la vue, lui était d'autant plus sen- » sihle en cette circonstance, qu'il était privé du » bonheur de voir un guerrier aussi illustre ».

»... Enfin, le traité de Presbourg nous donna la paix. Le maréchal, en partant le 26 décembre 1805, pour retourner en France, me chargea du commandement de la place [Klagenfurth], que je ne devais quitter qu'après le départ des dernières troupes de notre corps d'armée... »

BATAILLE d'iÉNA

« Le 13 octobre, notre corps d'armée reçut l'ordre de marcher toute la nuit pour arriver le 14 de bonne heure sur le plateau en avant d'Iéna, où il devait former la droite de l'armée. Je dois rendre la justice aux soldats, que malgré leur excessive fatigue, ils s'empressèrent de rejoindre leurs régiments aussitôt que le bruit du canon se fit entendre; on ne compta plus alors un seul traînard. L'affaire était commencée lorsque nous arrivâmes sur le plateau dont je viens de parler. Le 6e corps, retardé par l'encombrement des routes, ne put entrer en ligne que dans l'après-midi ; mais le maréchal, suivant son usage, avait précédé les troupes sous ses ordres et s'était

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fortement occupé par ces mêmes troupes d'avantgarde, que nous avions repoussées et en face de nous une ligne considérable de cavalerie saxonne... Le maréchal donna Tordre à sa brigade de cavalerie légère, quoique bien inférieure en nombre, de charger cette ligne. Cette manœuvre fut exécutée franchement et avec beaucoup de bravoure ; mais beaucoup trop faible pour entamer la ligne ennemie, elle fut ramenée vivement après avoir perdu beaucoup de monde. Dans ce moment critique pour nous, une brigade de hussards vint heureusement à notre secours, et ramena à son tour la cavalerie saxonne...

» Notre corps d'armée arriva enfin et put entrer en ligne; avec lui nous vîmes paraître un officier d'état-major dont l'absence avait été remarquée. Il eut bien soin de nous dire que l'Empereur l'avait chargé de hâter l'arrivée du 6e corps, mais il ne put pas trop expliquer la rare prudence qui l'avait engagé à venir au pas en suivant les troupes, au lieu d'accourir après avoir rempli sa mission ; on lui en fit longtemps des plaisanteries d'autant plus piquantes, qu'il ne passait pas pour être très franc du collier.

» A peu près à la même heure, la réserve de cavalerie aux ordres du prince Murât, vint à déboucher. L'Empereur, avec la garde impériale, retourna à Iéna, et nous, nous fûmes nous établir à Weimar, qui était encombrée de troupes de l'armée victorieuse. Cette malheureuse ville était à peu près au pillage; il y eut beaucoup de désordres, fruits iné-

vitahles et suite ordinaire d'une grande bataille. Pendant l'enivrement du succès, les liens de la discipline sont forcement relâchés.

» Nous restâmes une partie de la journée du 15 octobre à Weimar, pour rallier les troupes et leur accorder quelques instants d'un repos dont elles avaient bien besoin et qu'elles avaient bien mérité... Je fus avec un de mes camarades visiter, de la part de M. le maréchal, le célèbre auteur Wieland. Nous le trouvâmes au milieu de sa famille. Nous lui demandâmes s'il n'avait pas à se plaindre de quelques-uns de ces excès qui n'ont que trop souvent lieu après une victoire, lors de la première entrée des troupes dans une ville enlevée de vive force. Il nous assura qu'il n'avait pas à se plaindre, et qu'il se trouvait fort heureux d'en avoir été quitte à si bon marché; que six hussards étaient venus s'installer chez lui, qu'ils ne s'y étaient pas mal conduits; mais qu'ils avaient une soif tellement ardente, qu'il ne pouvait venir à bout de la calmer, quoiqu'il leur fournit tout le vin qu'ils lui demandaient. En le quittant, et en lui témoignant la vive satisfaction que j'éprouvais d'avoir fait la connaissance d'un littérarateur aussi célèbre, je le priai de me donner quelques mots écrits de sa main ; il me mit celte phrase sur un petit chiffon de papier que j'ai précieusement conservé : « La nature a destiné le plus grand » homme du monde à devenir le maître de l'uni- » vers »...

» Dans la soirée du '. i, une princesse âgée, tante

du duc de Saxe, fit demander à M. le maréchal une garde, qu'il lui envoya en lui offrant ses services. Le 15 octobre, nous reçûmes dans l'après-midi, l'ordre de nous porter sur Erfurl. Le prince Murât en avait fait l'investissement. Les hases de la capitulation furent arrêtées dans la nuit.

» Le maréchal me fit partir de suite pour apprendre à l'Empereur cette importante nouvelle, qu'il était jaloux de lui apprendre le premier.

» Pendant son séjour dans cette ville, M. Le maréchal fut visiter le vieux maréchal MoUendorff, qui avait été compagnon de Frédéric II et qui s'était retiré à Erfurt pour traiter la blessure qu'il avait reçue à la bataille d'Auerstaedt. Il lui dit, en s'approchant de lui, que le plus jeune des maréchaux venait rendre hommage au plus ancien.

» ... Le soir de ce même jour (if> octobre), nous continuâmes notre route dans la direction «le Berlin. Le prince Murât, avec sa cavalerie, était déjà bien loin de nous. Nous marchions si vite que nous perdîmes de vue notre chef pendant cette marche de nuit. Ce ne fut qu'avec beaucoup de difficulté que nous le rejoignîmes le lendemain matin ; à peine pûmes-nous prendre le temps de faire manger un peu d'avoine à nos chevaux qui étaient excédés de fatigue; il fallut bien vite se remettre en route pour tâcher de rejoindre ces malheureux Prussiens qui couraient encore plus vite que nous. Notre poursuite était d'autant plus pénible, que nous traversions un pays sans chaussées et dont les chemins

étaient partout défoncés par le passage de nombreux convois d'artillerie et d'équipages...

»... Nous arrivâmes dans les environs de cette ville [Magdebourg], dans les derniers jours d'octobre. Le temps était détestable, les routes presque impraticables. Il n'avait pas cessé de pleuvoir dans la journée où les troupes s'en approchèrent; il était nuit lorsque notre corps d'armée arriva à l'endroit où il devait s'arrêter. Le général qui commandait l'avant-garde. déterminé par le temps détestable quil faisait, et l'obscurité de la nuit, n'avait pas cru devoir pousser plus loin, et prendre la position plus rapprochée de la place, qui lui avait été désignée par M. le maréchal. L'officier d'état-major, porteur de l'ordre de mouvement, novice encore dans ce service, n'avait pas insisté pour la stricte exécution «les dispositions prescrites par le général en chef.

» Le maréchal, inquiet de la mauvaise position dans laquelle se trouvait l'armée, lorsqu'il fut instruit par le retour de l'officier que ses ordres n'avaient pas été exécutés, fut très irrité et de très mauvaise humeur; je le trouvai dans ces dispositions, lorsque j'arrivai de retour d'une mission qu'il m'avait donnée, en me chargeant en même temps de m'assurer si l avant-garde occupait les positions qu'il lui avait ordonné de prendre. On m'en prévint, en me disant que je serais probablement fort mal reçu. Le maréchal était bon, mais dans ses moments d'irritation, il ne ménageait personne, et donnait ce que

nous appelions des coups de boutoir. Lorsque j'entrai dans son cabinet, il me dit en jurant :

« — Qu'a donc fait cet imbécile de B. . . .? Comment ! l'avant-garde ne s'est pas rendue à la position que je lui avais donnée; nous pourrons être enlevés cette nuit !

» Je m'empressai de le rassurer. Je lui dis qu'effectivement l'avant-garde s'était arrêtée à un village dont j'ai oublié le nom ; mais que j'avais été trouver le général qui la commandait, que je lui avais représenté avec tant de force l'importance de se porter plus en avant, les graves inconvénients qui pourraient en résulter s'il restait où il se trouvait maintenant, que malgré la nuit, la pluie et l'excessive fatigue des troupes, il s'était déterminé à exécuter ses ordres ; que les soldats qui commençaient à s'établir avaient beaucoup grogné, mais qu'enfin on s'était mis en marche, et que je n'avais quitté l'avant-garde qu'à son arrivée, qu'on avait occupé tel et tel village, et qu'il pouvait être parfaitement tranquille. Le visage du maréchal se dérida; il n'était pas ordinairement complimenteur, mais l'assurance que je lui donnais, lui causa une telle satisfaction qu'il me dit :

» — A la bonne heure ! voilà ce que c'est que d'avoir de bons officiers d'état-major; ce B.... ne sera jamais propre à rien.

» En approchant de Magdebourg, le maréchal reçut un envoyé de l'administration des salines de Schœnbeck, établissement d'une grande importance, situé auprès de cette ville. Il le suppliait en grâce de

lui envoyer une sauvegarde. Il me chargea de cette mission en me recommandant en même temps de demander six cent mille francs pour prix de sa protection; c'est la seule et unique fois que j'aie été chargé de ces sortes d'affaires d'argent, qui n'étaient nullement de mon goût.

» J'exposai à l'Assemhlée des administrateurs que j'étais expressément chargé de protéger leur supcrhe établissement, que je répondais de sa conservation sous ma responsabilité personnelle, que M. le maréchal le prenait sous sa protection spéciale... Ils se confondaient en protestations de reconnaissance ; mais quand je touchai quelques mots du prix que l'on mettait à cette protection si ardemment désirée et reçue avec tant de joie, les visages s'allongèrent. Ils m'observèrent que les ressources de l'établissement ne lui permettraient pas de supporter une charge aussi considérable. [Après m'avoir montré leurs livres et fait visiter l'établissement], les administrateurs m'assurèrent que tout ce qu'ils pourraient offrir à M. le maréchal, en réunissant toutes leurs ressources, ce serait une somme de cent mille francs. J'avais pu me convaincre que la somme primitivement demandée était exorbitante et dépassait leurs moyens. J'adressai leur réclamation à M. Je maréchal qui me laissa maître de faire ce que je voudrais et d'accorder telle diminution que je jugerais convenable...

» Le 6e corps prit position autour de Magdcbourg et en forma le blocus sur la rive gauche de l'Elbe.

Suivant L'usage, M. le maréchal fit sommer le général Kleist, qui commandait cette importante forteresse. Le gouverneur répondit comme un homme d'honneur devait le faire; mais ce qui passe l'imagination, le général prussien qui reconduisit le parlementaire, lorsqu'il se trouva seul avec lui, lui dit :

» — Faites jeter quelques bombes dans la place, et vous verrez que ce vieil entêté finira par se rendre.

» J'étais avec M. le maréchal, lorsque l'adjudant général Lefol, qui avait été envoyé dans la place, lui rapporta ce lâche propos qui nous remplit tous d'indignation.

» Il fut aussitôt décidé que l'on ferait venir d'Erfurt quelques mortiers et quelques pièces de gros calibre. Ce fut le chef d'escadron Heymès qui fut chargé de cette mission, que le mauvais état des chemins rendait très difficile. Cependant, avec de la persévérance et en doublant les attelages, il en vint à bout, sans ouvrir de tranchées, sans même faire d'épaulement; on les fit mettre en batterie dans une position assez rapprochée de la ville pour que les bombes pussent y porter, en profitant seulement d'un accident de terrain, qui les mettait un peu à couvert.

» [On ne put constater directement les effets du tir]. Nous sûmes le lendemain par un déserteur que plusieurs bombes étaient tombées dans la ville... M. le maréchal ayant fait jeter un pont sur l'Elbe, en amont de la ville, fit pendant la nuit une démonstration sur la rive droite du fleuve; une colonne de

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LE MARÉCHAL XEY

qu'il avait imposée pour prix «le cette protection. [Les administrateurs avaient dû faire prendre dans la ville les fonds nécessaires pour ce versement]. Je me contentai de lui répondre que mon général en chef aimait l'ordre, et qu'il tenait à le faire observer aussi strictement que possible. Il me parla ensuite des bombes que nous avions lancées dans la ville, qu'elles n'avaient produit aucun effet; je lui répondis que sur cinq que l'on avait tirées pour essayer la position des mortiers, quatre étaient tombées dans l'intérieur de la place, que telle et telle maison avaient été fortement endommagées (nous avions appris ces détails par un déserteur), qu'au reste, les autres pièces de gros calibre étaient arrivées presqu'en totalité, et qu'alors l'attaque serait plus sérieuse. Je lui témoignai beaucoup de peine de ce que nous allions être obligés de détruire une ville aussi belle, aussi riche, aussi commerçante et que tous ces malheurs auraient lieu sans aucune nécessité, puisqu'il savait bien lui-même qu'il ne pouvait compter sur aucun secours, que les désastres qui allaient fondre sur cette intéressante place n'auraient d'autre résultat que de paralyser l'action d'un corps d'armée, dont l'empereur Napoléon n'avait aucun besoin pour la suite de ses opérations ; je l'instruisis de la marche de la grande armée sous ses ordres, des succès que nous obtenions tous les jours, enfin je fis tout ce que je pus pour émouvoir sa sensibilité et ébranler ses résolutions qui ne me paraissaient pas très fermes...

» Le gouverneur amena ensuite la conversation sur les maisons situées sous le canon de la place que nous avions brûlées la veille ; il me dit qu'un acte de barbarie aussi inutile avait été sûrement commis à l'insu de M. le maréchal qui avait dû en être fortement irrité; qu'il aurait bien pu s'y opposer, mais qu'il n'avait pas voulu faire répandre le sang sans nécessité, puisqu'il serait arrivé trop tard pour sauver les maisons incendiées. Je lui répondis que j'étais absent lorsque ce fait avait eu lieu (ce qui n'était pas vrai), que j'ignorais comment les choses s'étaient passées, qu'au reste il savait que la guerre entraînait après elle de grands maux ; que cet événement était la suite inévitable des préparatifs de l'attaque de la place, que ces malheureux villages seraient infailliblement détruits lorsque les opérations du siège seraient commencées.

» Pendant le dîner, il me dit en parlant de sa famille, qu'il y avait au service de la Prusse cent cinquante officiers qui portaient le même nom que lui, tous gens d'honneur, qui savaient se battre comme de braves militaires, mais que ce diable d'homme ! (en parlant de l'Empereur), cassait les bras et les jambes. Il s'excusa ensuite de ce qu'il n'avait que quatre plats à m'offrir, mais qu'un gouverneur qui voulait faire une longue défense devait ménager ses ressources. Comme il parlait en riant, je lui répondis en riant aussi que j'espérais bien que nous ne lui laisserions pas le temps de les épuiser. Je lui dis ensuite que j'avais profité de l'occasion

qui m'avait amené auprès do lui pour lui rapporter le porte-manteau d'un officier que nos soldats avaient trouvé; qu'il contenait des lettres de femme qui pourraient intéresser beaucoup cet officier, tandis qu'elles nous étaient entièrement inutiles. Il me remercia vivement de cette attention, je ne fus pas trop édifié de voir les officiers de son état-major se partager ces lettres dans un moment où il était sorti, les lire, et en faire des plaisanteries; cela ne me parut ni convenable ni délicat, surtout en ma présence. Enfin je pris congé du gouverneur, sans avoir rien de positif à annoncer sur sa détermination, mais avec la ferme espérance qu'une seconde sommation aurait un résultat plus heureux que la première.

» Quelque temps après, dans les premiers jours de novembre, le général Kleist se décida à capituler, je fus chargé d'aller porter cette bonne nouvelle à l'empereur qui était à Berlin.

»... Nous étions arrivés à Thorn dans les premiers jours de décembre 1806... l'Empereur concentra ses troupes sur la rive droite de la Vistule...

» Le 6e corps, commandé par le maréchal Ney, qui formait la gauche de la ligne d'opérations, avait pour mission spéciale de surveiller les troupes prussiennes sous les ordres du lieutenant-général Lestocq et de les séparer de la grande armée russe. M. le maréchal dirigea ces divers mouvements avec son activité et ses talents ordinaires, et ses troupes, pleines de con-

fiance en lui, les exécutèrent avec une égale intrépidité.

» Le 8 février 1807, jour de la trop célèbre bataille d Eylau, en poursuivant la même colonne [du général Lestocq], notre jonction s'opéra à la nuit, sur le champ de bataille avec la grande armée. Nous arrivâmes au village de Schlodetten, qui était encombré de blessés. Le maréchal fit partir en avant une brigade d'infanterie sous les ordres du général Léger- Belaire; dans cette position nous débordions la droite de 1 armée ennemie qui, inquiète de ce mouvement, fit attaquer cette brigade avec beaucoup de vigueur pendant la nuit, mais elle soutint le choc sans se laisser entamer, et repoussa les assaillants après leur avoir fait perdre beaucoup de monde.

» 11 est bien probable que ce fut a l'opiniâtre résistance de cette brigade, et a l'arrivée de notre corps d'armée que Ton doit attribuer la retraite de l'armée russe, retraite à laquelle on s'attendait si peu que, comme nous avions moins souffert que les autres, nous reçûmes l'ordre dans la nuit de prendre position le 9 février au matin, sur un plateau à gauche de la petite ville de Prusse Eylau, pour soutenir l'attaque dans le cas où l'ennemi reprendrait l'offensive. Mais nous ne fûmes pas longtemps dans l'incertitude, les découvertes de cavalerie ayant rapporté que l'ennemi était en pleine retraite.

» Le maréchal profita fie ce moment de calme pour parcourir le champ de bataille. Quoique le maréchal fût accoutumé depuis sa jeunesse à toutes les hor-

reurs de la guerre, il nous dit qu'il ne pouvait soutenir plus longtemps ce spectacle.

» Il se retira et se rendit auprès de l'Empereur, qui était au milieu de sa garde, dans une petite baraque en arrière de la ville. Il me parla dans la journée de ce qui s'était passé dans cette entrevue.

» Lorsqu'il était entré, il l'avait trouvé la tète appuyée sur sa main, ayant l'air très abattu; mais sortant de cet accablement, il s'était bientôt retiré et il avait dit d'une voix assurée aux maréchaux ainsi qu'aux généraux qui l'entouraient :

» — Nous sommes encore les maîtres du monde; j'attends dans peu quatre beaux régiments venant de France ». et il ajouta beaucoup de détails sur toutes les ressources qu'il possédait.

» ... L'armée prit son quartier d'hiver, ayant son front couvert par la rivière de l'Aile ; notre corps d'armée vint s'établir à Guttstadt...

» L'armée se logea dans des baraques que les soldats construisirent en employant tous les matériaux qu'ils purent se procurer, des brandies d'arbres, de la paille quand ils en trouvaient, et surtout les débris des maisons des malheureux habitants des villages environnants, qui furent ainsi obligés de s'enfuir sans trop savoir où se retirer.

» Il y avait heureusement pour eux et pour nous dans la ville de Guttstadt, une ancienne abbaye vaste, mais en assez mauvais état. Ils y avaient déposé tout ce qu'ils avaient pu sauver en subsistances,

meubles, bardes, etc., espérant que cet asile serait respecté.

» M. le maréchal vint y habiter avec toute sa maison; nous n'avions pour tous les officiers que deux petites chambres... nous nous estimions fort heureux, lorsque nous obtenions de la paille fraîche, ce qui n'arrivait pas toujours. Le maréchal lui-même était fort mal logé. L'abbé, homme respectable, ayant le véritable caractère évangélique, exhortant ses ouailles à la résignation, avait pris le sage parti de rester avec nous. Il était traité avec tous les égards qu'il méritait: il lui arrivait peu souvent de demander quelques grâces à M. le maréchal, qui s'empressait de lui accorder quand il n'y avait pas impossibilité absolue de le faire.

» Pendant que nous occupions ces positions, notre avant-garde fut attaquée une nuit par les Russes, qui espéraient la surprendre ; mais on avait entendu du bruit et du mouvement dans les avant-postes ennemis, nos troupes étaient sur leurs gardes ; elles occupaient une bonne position, abritées en partie par une petite élévation qui les mettaient à couvert des balles. Lorsque les Russes se présentèrent, ils furent vigoureusement reçus, perdirent beaucoup de inonde sans avoir pu faire de progrès, et furent obligés de se retirer sans nous avoir causé d'autres pertes que quelques hommes blessés.

» Le maréchal s'y rendit aussitôt qu'il fut averti de ce qui se passait. Le matin, le champ de bataille était couvert de morts et de blessés, que les Russes

n'avaient pu venir enlever, dans la crainte de recevoir des coups de fusil. Nos soldats allèrent d'euxmêmes, sans y avoir été engagés d'aucune manière, enlever les blessés russes et les déposer aux avantpostes de ces derniers. Un officier s'avança aussitôt et nous cria :

» — iNous vous remercions, messieurs les Français, nous vous remercions bien sincèrement !

» Peu de jours après, mécontent du commandant de son quartier général, le maréchal le révoqua, et me chargea d'en remplir les fonctions, distinction dont je ne me souciais pas trop à cause des détails désagréables dans lesquels il faut entrer.

» Quelques désagréments que j'avais éprouvés dans l'élat-major du maréchal, le désir de changer de position et de devenir chef d'état-major d'une division, m'engagèrent à solliciter le grade d'adjudantcommandant; c'était la première fois que j'avais sollicité de l'avancement; j'obtins ce grade le 16 mars 1807, mais les choses s étant aplanies, je restai auprès de mon ancien patron et je m'en trouvai bien.

» Depuis quelque temps, l'ennemi avait fait plusieurs attaques partielles, dans lesquelles il avait été constamment repoussé; des reconnaissances générales avaient eu lieu sur le front de notre ligne ; on avait entendu beaucoup de mouvement d'artillerie, de caissons, de troupes, dans les avant-postes ennemis. Ces démonstrations nous firent présumer que nous serions bientôt attaqués. Le maréchal fit ses dispositions et donna ses ordres en conséquence. Le

5 juin, à la pointe du jour, nous fûmes effectivement attaqués par la garde impériale russe, et trois divisions commandées par le général en chef Benningsen et le grand-duc Constantin.

» Dès la veille, tous les bagages de l'armée avaient été envoyés sur les derrières, de sorte que nous fûmes bientôt en mesure de nous défendre autant qu'un faible corps d'armée pouvait le faire contre des troupes infiniment supérieures. Mais ces troupes avaient à leur tête le maréchal Ney ; elles avaient en lui la confiance la plus aveugle, aussi elles furent invincibles. Il est vrai qu'il ne s'est jamais montré si grand que dans ces deux journées.

» Le matin, au commencement de l'affaire, il se porta avec moi seulement, et quelques ordonnances, à travers un bois, dans une position élevée, d'où nous pûmes découvrir parfaitement l'armée russe. Dans ce moment, le grand-duc Constantin passait dans les rangs; nous suivions ses mouvements, et les cris de : hurrah ! vinrent parfaitement jusqu'à nous.

» En faisant cette excursion, le maréchal avait encore un autre but : il voulait s'assurer si le maréchal Davout, qui était cantonné à notre droite, et qui avait l'ordre de venir se joindre à nous au premier coup de canon, exécutait ce mouvement; mais nous n'aperçûmes aucune troupe aussi loin que la vue pouvait s'étendre. 11 se retira en m'ordonnant de rester aussi longtemps que je pourrais le faire sans me compromettre; j'étais caché dans un bois,

LE 1IARKCHAL NE Y

et je restai jusqu'à ce que les tirailleurs ennemis fussent près de moi; je rejoignis ensuite le maréchal, et je lui annonçai que je n'avais découvert aucun mouvement de troupe française venant à notre secours. Voyant qu'il ne pouvait plus compter sur d'autres ressources que sur les siennes, il ne s'abandonna pas lui-même; par son sang-froid, son intrépidité, les savantes dispositions qu'il prit, il sut suppléer au nombre.

» Pendant que nous étions ainsi occupés à nous défendre, contre les ennemis que nous avions en face, quelques détachements de cosaques pénétrèrent sur nos derrières, et vinrent enlever entre deux lignes d'infanterie tous les bagages de l'état-major.

» Le soir, le maréchal n'avait plus un habit, une chemise, une paire de bottes de rechange; tout ce qui tenait à la cuisine était également tombé entre leurs mains. Lorsque cet accident fut connu, tous les officiers généraux et supérieurs de l'armée s'empressèrent de coopérer à réparer h? désastre.

» Ce n'était pas peu de chose d'avoir perdu ses bagages et ses vivres dans un pays de misère; cependant, grâce à l'empressement que Ton mit à venir au secours du général en chef, il se remonta tant bien que mal, et notre cuisine se remeubla un peu. Le maréchal écrivit de suite au général Benningsen pour réclamer ses uniformes en offrant de les payer le double de leur valeur, et des lettres qui lui étaient précieuses. On lui répondit une lettre fort honnête, en annonçant qu'on allait faire faire des recherches;

ce ne fut cependant que longtemps après qu'on lui rendit quelques-uns des effets auxquels il attachait le plus de prix.

» Le lendemain, l'ennemi continua son mouvement offensif. Le maréchal, qui sentait qu'il était de la plus haute importance de retarder sa marche, afin de donner à l'Empereur le temps de réunir l'armée, lit la résistance la plus opiniâtre, disputant le terrain pas à pas, et ne cédant que quand il n?y avait plus moyen de tenir. Telle était la confiance qu'il inspirait aux troupes que dans les moments les plus critiques, il n'y eut pas un seul instant d'inquiétude ni d'hésitation.

» Le matin de ce même jour, le général Malher, qui commandait une de ses divisions, lui fit dire que l'ennemi le tournait. Le maréchal qui dans ce moment prenait un peu de repos (ce qui lui était bien nécessaire), répondit froidement à l aide de camp : « Je m'y attendais » et se rejeta tranquillement sur sa paille. Ayant tout prévu, tout calculé, il voyait sa position telle qu elle était et ne doutait pas du succès.

» Nous fûmes témoins dans cette journée d'un beau fait d'armes, qui ne laissa pas d'abord de nous causer quelque inquiétude. Le fie régiment d'infanterie légère, qui formait l'extrême arrière-garde, fut obligé de traverser seul une longue plaine sans que nos faibles ressources permissent au maréchal de le faire soutenir. Bientôt, ce régiment qui avait eu le temps de se former en carré, fut entouré par une

LE MARÉCHAL NKY

nombreuse cavalerie russe, qui tenta plusieurs charges, qui furent toutes repoussées avec le plus grand sang-froid. Lorsque la cavalerie s'éloignait, il continuait sa retraite au pas, s arrêtant de nouveau quand il voyait qu'une nouvelle charge se préparait. Nous suivions tous ces mouvements avec autant d'intérêt que d'angoisse, heureux quand nous voyons qu'il avait résisté à une attaque, inquiets quand nous nous apercevions qu'une nouvelle allait avoir lieu.

» Enfin ce beau régiment vint nous rejoindre, et nous fûmes délivrés d'un poids cruel lorsque nous le vîmes en sûreté. Quelques instants après, le général Dutaillis, chef de l'état-major général, en sortant d'une petite maison où il était entré pour écrire un ordre, eut le bras emporté par un boulet de canon, et le colonel Malleret, son sous-chef, fut tué. Ce dernier était un excellent homme qui fut regretté de toute l'armée.

» L'état-major général se trouva ainsi entièrement désorganisé ; le maréchal me chargea sur-le-champ de bataille de remplir provisoirement les fonctions de chef d'état-major, fonctions que je conservai jusqu'à la fin de la campagne.

» Ainsi le maréchal, avec des troupes moitié moins nombreuses que celles de l'ennemi qui étaient des soldats d'élite, ne perdit que trois lieues de terrain dans ces deux journées. Le soir de la deuxième, nous arrivâmes à Deppen, sur la Passarge, nous primes position sur la rive gauche de cette rivière, occupant une bonne position.

LE M AHKCH AL NKY

» L'Empereur vint coucher au milieu de notre corps d'armée.

» Notre corps d'armée arriva le 14 sur le champ de bataille de Friedland, où l'on se battait depuis le matin. Vers cinq heures du soir, les troupes étant arrivées et les manœuvres préparatoires terminées, l'Empereur, accompagné du maréchal Ney, qui me donna l'ordre de les suivre à une très petite distance, se porta en avant de tous les avant-postes de notre corps d'armée qui formait l'extrême droite, pour reconnaître la position de l'ennemi, et désigner le point d'attaque.

» Ils étaient tous deux enveloppés dans leurs capotes pour cacher leurs décorations et leurs broderies, et éviter d'éveiller l'attention de l'ennemi dont ils étaient très rapprochés. Enfin le maréchal me chargea d'aller au galop porter l'ordre de commencer l'attaque sur toute la ligne. Je m'acquittai avec empressement de ma mission, et bientôt cette masse énorme d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie s'ébranla et commença Tune des batailles les plus terribles de cette campagne. Il y eut d'abord quelques désordres dans l'un des régiments d'infanterie de notre droite, qui avait reçu une charge de cavalerie; ces désordres furent vite réparés. Le maréchal, suivant son usage , marchait avec la première ligne ; tout le reste de la ligne continua avec calme son mouvement d'attaque, au milieu de l'une des plus épouvantables fusillades et canonnades que j'aie peutêtre entendues de ma vie.

LE M ARKCHAL NËY

» C'était un spectacle bien imposant que celui de ces cinq à six lignes d'infanterie marchant comme à l'exercice contre ces lignes «l'infanterie russe qui nous attendaient de pied ferme. Le général en chef Benningsen, qui sentait de quelle importance il était pour lui de conserver la ville et les ponts de Friedland, dirigea la garde impériale russe sur ce point, et fit les plus grands efforts pour s'y maintenir. Mais une batterie de trente pièces de canon de la réserve, que l'Empereur lit porter contre cette colonne, la foudroya et la mit en désordre; les nouvelles troupes qu'il envoya à notre secours achevèrent de décider la victoire en notre faveur, et obligèrent les ennemis à se replier en désordre dans Friedland; ils y furent forcés, et jonchèrent les rues de leurs cadavres. Les Russes, qui avaient échappé aux baïonnettes françaises, traversèrent dans le désordre le plus complet les ponts de Friedland et y mirent le feu.

» Dans cette journée, dont le maréchal avait en quelque sorte décidé le succès, il ajouta encore un nouveau fleuron à sa couronne de gloire. C'était un homme admirable sur un champ de bataille; calme, parfaitement maître de lui, prévoyant tous les événements, sachant parer à tout, il était dans son élément, il avait l'air du dieu de la guerre. Il semblait qu'avec lui une défaite était inadmissible ; aussi les troupes avaient-elles en lui la plus entière confiance : un moment de faiblesse n'était pas possible auprès d'un pareil homme, on cherchait à s'élever à sa hauteur.

)> L'affaire ne fut guère terminée qu'à onze heures du soir; la plaine fut bientôt couverte d'une immense quantité de feux de bivouacs, allumés par l'armée victorieuse.

» Le maréchal avait voulu s'établir à Friedland, mais une partie de la ville était en feu; le restant des maisons était encombré de blessés de toutes les nations; il se décida à aller coucher au bivouac, au milieu de son corps d'armée. Il se contenta de prendre une petite baraque en paille, que les sapeurs du 59e régiment avaient fait à leur colonel (mon ami Dalten), qui s'était d'ailleurs empressé de la lui offrir. Je me disposai à me retirer, mais il me fit rester à coucher auprès de lui, et je partageai son modeste souper qui consistait en un morceau de viande froide et une bouteille de bon vin que son valet de chambre, qui ne le quittait jamais, avait apporté sur son cheval; nous dormîmes sur notre paille.

« ... [Après la paix de Tilsitt], nous allâmes prendre des cantonnements très étendus, à peu de distance de Tilsitt. Le maréchal donna plusieurs bals, auxquels la noblesse des environs fut convoquée et s'empressa de se rendre. L'Empereur venait de lui donner des dotations prises sur le pays conquis, et qui, si je ne me trompe, devaient lui rapporter six cent mille francs de revenus. Le maréchal, qui traitait généreusement ses officiers particuliers, employa les fonds qui avaient été requis pour assurer la subsistance de l'armée (et qui étaient devenus

inutiles, puisque nous quittions le pays), en gratifications. Je reçus pour ma part seize mille à dix-sept mille francs.

» Enfin nous nous mimes en route vers le 15 juillet pour aller occuper dans la Silésie, les cantonnements qui nous étaient destinés. Le quartier général fut établi àGlogau; le maréchal était parti de suite pour Paris avec ses aides de camp.

» En ma qualité de chef d etat-major, je fus obligé de marcher avec l'armée et de séjourner quelque temps à Glogau pour rendre mes comptes, et mettre au courant de sa besogne le colonel qui devait me remplacer. J'obtins enfin la permission de rentrer en France.

» L'automne et une partie de l'hiver se passèrent tranquillement, lorsqu'une lettre du maréchal Ney m'apprit que» le prince de Neuchâtel, mécontent de ce que nous étions revenus en France avec notre chef, exigeait que nous retournassions en Silésie, où le quartier général était resté. Je partis de suite pour Paris avec ma femme, pour tâcher de conjurer l'orage. A notre arrivée, les choses s'arrangèrent; le maréchal obtint pour nous l'autorisation tacite de rester en France. Nous allâmes souvent, ma femme et moi, chez madame la maréchale.

» Il fallut bientôt renoncer à cette vie agréable. L'Empereur reçut la nouvelle des désastres que nous avions éprouvés en Espagne, et il donna l'ordre au maréchal Ney de s'y rendre de suite, en attendant l'arrivée des troupes de la Grande Armée.

» Nous arrivâmes à Victoria, où était la modeste cour du roi Joseph. Une incertitude déplorable régnait dans ses conseils; c'était des marches et des contre-marches continuelles, nous allions de la droite à la gauche de l'armée en suivant la ligne de l'tibre, sans presque tirer un coup de fusil. Les troupes, a cette époque, observaient une discipline sévère, et les habitants n'avaient pas encore appris à s'enfuir à notre approche.

» Napoléon, parti deBayonnele 4 novembre 1808, était arrivé à Victoria le 5. Sa présence imprima aussitôt une grande activité aux opérations.

» Nous étions chargés de flanquer la gauche de l'armée et nous nous portâmes sur Soria, Galatayud, Guadalaxara, etc. Partout les habitants s'enfuyaient emportant avec eux tout ce qu'ils pouvaient enlever.

» A Soria, il y eut un feu considérable (presque toutes les maisons sont bâties en bois). Grâce au zèle des soldats, on vint à bout de maîtriser le feu et de le circonscrire. Le maréchal s'était rendu sur les lieux, et sa présence ne contribua pas peu à encourager les troupes.

» A Calatavud, nous trouvâmes la même solitude; on a prétendu qu'une halte de deux jours que nous y fîmes, avait donné à un corps ennemi que nous poursuivions, le temps de s'échapper. Je ne me prononcerai pas, mais il est bien certain que le maréchal avait de puissantes raisons pour s'arrêter; nos troupes, harassées de fatigues, avaient besoin de

quelques instants de repos. Nous manquions de vivres, les détachements qui étaient allés en chercher, ne nous avaient pas rejoints, et il était à craindre que leur sûreté ne fut compromise, si nous nous étions éloignés. Nous entrâmes à Madrid dans les premiers jours de décembre.

» Nous partîmes [de Madrid] le 22 décembre et nous allâmes coucher le même soir au village de Guadarrama.

» L'Empereur avait établi son quartier général à Astorga le 1er janvier 1809, mais il ne poussa pas plus loin ; les préparatifs hostiles que faisait la cour d'Autriche le déterminèrent à rentrer de suite en France.

» Nous qui ne connaissions pas les motifs qui le décidèrent à prendre ce parti, nous ne vîmes pas sans peine qu'il laissait échapper une occasion qui nous paraissait aussi favorable, de détruire l'armée anglaise. Le maréchal Soult fut chargé de cette opération, dans laquelle il devait être secondé par le maréchal Ney.

» M. le maréchal m'avait envoyé auprès du maréchal Soult pour concerter avec lui les positions qu'occuperaient les troupes de notre corps d'armée au fur et à mesure que les siennes se dirigeraient sur le Portugal. Je le trouvai auprès de la place du Ferrol, qui n'était pas encore rendue (elle se rendit le lendemain).

» Il ne m'avait pas trop bien reçu, non pas qu'il m'en voulût, ou môme qu'il me connût, mais parce

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qu'il n'était pas en très bonne intelligence avec mon patron. Je pensai mourir de faim dans cette malheureuse ville du Ferrol, où j'eus beaucoup de peine à me procurer un morceau à manger, le maréchal Soult ne m'ayant pas invité à dîner avec ses officiers.

» Les officiers de l'armée du marquis de la Romana avaient presque tous laissé leurs femmes à la Gorogne ; elles étaient dans une position fort triste, n'ayant aucune ressource pour vivre. Le maréchal ordonna qu'il leur serait donné sur les fonds provenant des ressources de la province, des acomptes sur les appointements de leurs maris. Nous payions ainsi une partie des appointements des officiers qui se battaient contre nous.

» Notre séjour dans cette ville ne fut pas sans agrément. Quelquefois nous faisions des parties de whist chez M. le maréchal ; on y jouait à un napoléon la fiche. Une soirée je perdis vingt fiches, je n'avais pas une somme aussi forte sur moi et je priai M. le maréchal de me faire crédit; il me les redemanda quelquefois en plaisantant, je lui répondis sur le même ton, et j'ai fini par ne pas le payer.

» Le maréchal, n'ayant que de rares relations avec le roi Joseph, à cause de l'interruption des routes par les guérillas, était regardé par les Espagnols comme le vice-roi de la province et ayant tous les pouvoirs. Il eut l'idée de visiter tous les couvents de femmes, et il y en avait beaucoup, et de faire dire aux religieuses et aux novices que toutes celles qui y étaient entrées malgré elles, pourraient en sortir

si elles le voulaient. Cetait jouer le rôle du tentateur, mais tel était l'esprit du temps, et nous pensions faire œuvre méritoire en agissant ainsi. Dans un couvent où les religieuses avaient la réputation d'être 1res fanatiques, une jeune novice, d'une figure charmante, se jeta en pleurant aux pieds du maréchal et lui adressa en langue espagnole un discours que nous ne comprenions encore que fort peu. Nous nous attendrissions en sa faveur, et déjà plus d'un galant chevalier se proposait de lui offrir ses services, mais notre interprète nous dit qu'au contraire elle annonçait à M. le maréchal que la Vierge lui était apparue cette nuit, et la prévenait que ce jour même elle obtiendrait la dispense d'âge nécessaire pour faire ses vœux et qu'elle ne doutait pas que M. le maréchal ne fût l'envoyé du ciel, qui venait lui accorder la grâce qu'elle sollicitait. Le maréchal lui répondit que cela ne dépendait pas de lui, mais qu'il écrirait à la cour. Nous en fûmes quitte pour notre attendrissement.

» Au reste, je crois me rappeler qu'il n'y eut qu'une de ces dames qui profita de la liberté qui lui était offerte ; elle sortit du couvent pour épouser un officier qui la ramena avec lui en France.

m Le jour de la fête du roi Joseph, le maréchal, pour la célébrer, donna un grand dîner et un fort beau bal, où toutes les dames furent invitées, je ne sais pas si toutes y venaient de bon cœur.

» Le maréchal avait concerté avec le général Kellermann, qui commandait les troupes placées dans la

province de Léon, une expédition dans les Asturies, où ils devaient se réunir à un jour fixé. Le but était de tâcher de détruire l'armée du marquis de la Romana. Nous partîmes quelques jours plus tôt, ayant soin de n'emmener avec nous que des bagages portés à dos de mulet et quatre petites pièces de montagne, transportées de la même manière. Il fallut franchir des montagnes escarpées, où Ton n'avait d'autre chemin qu'un sentier étroit, sur lequel il ne pouvait passer qu'un homme de front. Tel était l'esprit de dévouement des habitants que partout ils s'enfuyaient en abandonnant leurs maisons, tout ce qu'ils possédaient. On conçoit facilement que nous avions bien peu de renseignements sur ce qui se passait dans nos environs; il nous arriva un jour de coucher à deux lieues de l'armée de la Romana, sans en être instruits; grâce à cette ignorance, elle échappa à une destruction presque certaine. On a prétendu que M. le maréchal en avait été informé, mais qu'au lieu de courir après cette armée, il avait préféré continuer son chemin et se rendre directement à Oviedo.

» Cette expédition avait eu lieu au commencement de mai 1809, la jonction des troupes commandées par le général Kellermann, qui avait eu lieu le 18, orça le marquis de la Romana à s'embarquer.

» Le général Kellermann ne se montra pas très satisfait en voyant qu'il avait été devancé [au rendezvous] par le maréchal, et il en était résulté un froid entre ces deux généraux en chef.

» Notre retour en Galicie se fit sans aucun événe-

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ment remarquable. Bientôt tous les désastres de l'armée du Portugal nous furent connus.

» Les deux maréchaux, qui n'étaient pas très bien ensemble, se réunirent dans la petite ville de Lugo le 30 mai. On doit rendre au maréchal Ney la justice qu'il lit tout ce qui dépendait de lui pour venir au secours de son collègue; il lui donna des munitions, quelques pièces de canon, dei vivres. Il fut convenu que le maréchal Soult irait prendre des cantonnements dans un pays fertile sur les bords du Minho et que son quartier-général s'établirait à Toro, afin de donner à ses troupes un repos qui leur était bien nécessaire. Cependant avant de s'éloigner, les deux maréchaux arrêtèrent entre eux une expédition sur Vigo. Le maréchal Soult devait arriver par la rive gauche et le maréchal Ney par la rive droite

de la Ce dernier fut exact au rendez-vous le jour

qui avait été fixé ; mais le premier ne parut pas (il paraît qu'il était allé prendre de suite ses cantonnements). Le maréchal Ney l'attendit pendant deux jours. Enfin, voyant qu'il n'arrivait pas, que la jonction projetée était manquée par la faute de son collègue, que la forte position que l'ennemi occupait sur la rive gauche était inattaquable puisque nous n'avions aucun bateau pour traverser la rivière, les ennemis ayant détruit le pont; manquant d'ailleurs de vivres, le maréchal Ney se décida à se retirer. Ce mouvement, fait en présence d'une armée que nous étions accoutumés à culbuter toutes les fois que nous pouvions la joindre, lui fut très pénible, je fus té-

moin de ses regrets; mais il était impossible de faire autrement...

» Depuis que l'armée française avait évacué le Portugal, notre position dans la Galicie n'était plus tenable, l'armée anglo-portugaise pouvant facilement agir sur nos derrières et couper notre retraite ; le maréchal, qui avait une admirable fermeté dans les circonstances difficiles, essaya de s'y maintenir aussi longtemps que possible. Mais enfin, ne recevant aucune nouvelle de ce qui se passait dans le restant de l'Espagne, parce que les communications étaient interceptées, il eût été imprudent d'y prolonger notre séjour, et nous opérâmes notre retraite.

» Nous fûmes obligés de laisser dans l'hôpital de la Corogne quelques officiers et soldats blessés ou malades, qui étaient hors d'état de nous suivre; ne se fiant pas beaucoup aux habitants de la ville, il les fit recommander à la générosité des troupes anglaises, qui avaient des bâtiments en vue de la Corogne, prêts à débarquer aussitôt notre départ.

» Nous arrivâmes dans la province de Salamanque où s'établit le quartier général; l'armée fut établie dans les environs, observant les débouchés de la Galicie. On avait établi une loge de maçonnerie dans le palais de l'évèque, composée de toutes les premières tètes de l'armée.

» Vers la fin du mois d'octobre ou dans les premiers jours de novembre i809, le maréchal obtint la permission d'aller passer quelque temps en France; en

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qualité de son premier aide de camp, je l'accompagnai.

» Le général Marchand, ayant subi un échec pendant l'absence du maréchal Ney, l'Empereur fut de très mauvaise humeur, et il ordonna au maréchal, qui avait à peine touché barre à Paris, de partir de suite pour aller reprendre son commandement.

» Par décret du 20 novembre 1809, j'avais été nommé chef d'état-major général du 6e corps d'armée. Je remplaçai ainsi le célèbre Jomini, avec qui le maréchal s'était brouillé. Je rejoignis mon général en chef à Salamanque. Nous restâmes ainsi pendant quelques mois dans cette ville, où nous menions une vie assez agréable ; on jouait au quartier général un jeu d'enfer.

» Cependant l'Empereur voulant tenter une troisième fois la conquête du Portugal, ordonna qu'une nouvelle armée, dont le commandement en chef fut confié à Masséna, se rassemblât dans le courant de juin 1810 à Salamanque et aux environs. Elle était composée du 6° corps sous les ordres du maréchal Ney, du 8e corps.

» L'Empereur avait commis une faute très grave qui pouvait avoir de funestes résultats; Ney, rival de gloire de Masséna, était placé sous ses ordres; le duc d'Abrantès, qui avait commandé en chef la première expédition du Portugal, n'y revenait maintenant qu'en jouant un rôle très secondaire; le général Reynier, accoutumé à commander en chef, n'était pas trop flatté de se trouver sous les ordres d'un autre.

» L'Empereur, qui voyait tout fléchir devant son inflexible volonté, n'avait peut-être pas pensé que s'il en était ainsi lorsqu'il était présent, il n'en était pas de même pendant son absence, et que tant d'amourspropres froissés devaient faire craindre qu'il n'y eut pas beaucoup d'accord dans les opérations.

» Masséna déploya dans cette campagne de grands talents et cette rare fermeté qui commande souvent le succès ; mais il n'était plus jeune, il était lui-même dégoûté, et dans plusieurs occasions on eut lieu de remarquer qu'il n'était plus le même... »

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