‹ Le maréchal Pélissier, duc de MalakoffChapitre 6 sur 37 · L MARÉCHAL PÉLISSIER · texte numérisé non relu

L MARÉCHAL PÉLISSIER

en abusait souvent. L'abus de l'esprit peut dégénérer en absurdité. Le National ne sut pas éviter cet écueil. La conclusion de son réquisitoire fut que le colonel Pélissier avait assassiné (sic) les ennemis qu'il combattait. L'opposition en arrivait à préférer la vie des Arabes à celle des soldats français.

La narration du National causa dans le public une émotion profonde. Le gouvernement lui-même prit l'alarme. Le public aime le merveilleux. Le bruit de l'opposition séduit nos esprits frondeurs. La compétence nous manque souvent pour apprécier des actes qu'il est d'ailleurs presque toujours impossible de contrôler. Le temps, les moyens, nous font défaut. La vie nous emporte. On songe à autre chose. L'impression reçue

reste seule.

Quant au gouvernement, il put se convaincre que si le colonel Pélissier avait,

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en effet, comme mesure comminatoire, enfume les abords d'une caverne remplie d'ennemis exaspérés, il n'avait rien fait que de conforme aux lois de la guerre.

Ce que le National se gardait bien de dire, c'est que les grottes du Dahara servaient chaque année de refuge aux Beni- Zerouel. Vainement nos colonnes chargées de les réduire semaient de leurs ossements ces défilés maudits, de leurs inexpugnables repaires les Beni-Zerouel décimaient impunément nos bataillons.

Ces grottes semblaient devenir le refuge du minotaure de l'armée d'Afrique. Chaque année les expéditions se renouvelaient, chaque année notre armée apportait son tribut sanglant au seuil de cet antre.

Il fallait en finir. On choisit un homme d'une volonté de fer, le colonel Pélissier. Il comprit qu'il fallait à tout prix revenir victorieux de la mission qui lui était

confiée. Il s'agissait en quelque sorte d'affranchir l'armée du tribut de cadavres qu'elle payait chaque année aux grottes du Dahara.

En faire le siège eût coûté trop de monde; passer outre, c'était se créer au retour de l'expédition de redoutables obstacles. Tandis qu'il opérait dans le Dahara, des ennemis terribles marchaient à sa rencontre. Sur trois points différents, au mépris des lois de la guerre, les Arabes égorgeaient des Français désarmés. Deux cents prisonniers étaient assassinés dans la deira d' Abd-el-Kader; un convoi de prisonniers français était massacré , dans les environs de Batna, par une horde d'Arabes ; entre Bougie etDellys, les Kabyles tuaient et pillaient l'équipage d'un navire naufragé. /

Une répression terrible était indispensable .

Animé d'un sentiment plus réellement

patriotique , l'opposition républicaine l'eût compris. Elle eût hésité peut-être à persévérer dans cette voie en s apercevant que l'esprit de système l'égarait jusqu'à préférer la vie de l'ennemi à celle de nos propres soldats.

Le colonel Pélissier fit son devoir.

Faire son devoir est pour tout le monde, et surtout pour le soldat, la première vertu. Le moyen qu'il employa fut le seul possible. Qui donc jadis eût songé à accuser de barbarie le vainqueur d'Austerlitz, lorsqu'il fit briser à coups de canon le lac sur lequel fuyaient douze cents Russes qui furent simultanément engloutis ?

Le maréchal Pélissier, aujourd'hui si populaire, fut pendant quelque temps dans l'opinion des masses une sorte de héros terrible à la façon de certains per-

sonnages des drames de Shakspeare et de Schiller.

Le gouvernement, qui l'appréciait différemment, l'avait élevé au grade de maréchal-de-camp. Son nom seul valait un boulevard devant lequel reculaient les Arabes épouvantés.

• Nous le verrons plus loin, le général Pélissier ne manquait pourtant ni d'humanité, ni de qualités affectueuses. Mais la destinée de ce soldat rude et goguenard semble ainsi faite qu'il ne doit apparaître qu'aux heures décisives, quand les demi-mesures ont échoué , quand la temporisation devient inutile et qu'il s'agit de dénouer d'un seul coup le drame d'une guerre mortelle. On le voit alors, soudainement investi de l'autorité qu'ajoute à son grade le sentiment de ce qu'on attend de lui, mesurer le péril d'un œil froid, prendre un parti, — le parti le plus rapide et le plus sûr, — avec une promptitude extraordinaire, et l'exécuter sur-le-champ avec une volonté

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