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portrait de Gérard, une main dans la poitrine, les cheveux • liv rés au vont, un manteau sous le coude, et le coude appuyé contre une colonne, l’épouy tenait dans les doigts delà main qui restait découverte un crayon, et son oeil, animé phr le génie, semblait dire :
— Et moi aussi, je suis peintre... à trois francs le cachet !
Une inscription dans le cadre annonçait que cette œuvre était le présent d’un aini. Un canapé en acajou, recouvert de Velours rouge, avec des rosaces frappéesay fer chaud, permettait de ne pas voir le cadre solennel, en invitant à se reposer. Mais si l’on s’asseyait, on avait devant soi la porte, et, de chaque côté de celle-ci, deux beaux dessins, au-dessus desquels brillaient des médailles en argent. C’étaient des prix obtenus par le prolésseur, avant qu’il eût acquis le droit d'en distribuer à son tour.
Sur la cheminée, une pendule rocaille, mais en bois doré, rappelait quelquefois l’heure aux oublieux que les enchantements de M m * Buridant pouvaient re.tenir. Deux Vases en porcelaine peinte, des flambeaux en Cristal et deux petits fia- , cons à odeur complétaient l’ornementation de celle partie du salon. Mais omadmirait surtout dans le pays les deux cordons de sonnette suspendus de cbnquo côté' de la glace. C’étaient de véritables guirlandes de fleurs, en laine, tricotées par M me Buridant elle-même. La femme de l’artiste se montrait à ces preuves authentiques. Pour ménager ces beaux cordons, on avait cru prudent de- ne pas mettre de ressort à leur sommet, et de supprimer les sonnettes. Pendant l’été, le foyer était fermé par un petit tapis en mousse émaillé de marguerites. Au-dessus de la glace de la cheminée, qui ne montait pas jusqu'au plafond, une aquarelle, représentant un choix de fleurs symboliques, attestait la tendresse de feu M. Buridant. On lisait dans le ruban qui nouait le bouquet : « A Armide, pour le jour de sa fête. »
LE MARI D’ANTOINETTHv 1H9
— Elle s’appelle Armide,. pensa Devanlaÿ, c’est de la pré T destination pour üne enchanteresse 1 -
Les portraits, les dessins et les médailles étaient, dans le mobilier, pour ainsi dire l’apport de M. Buridânt; mais le joli lustre, mais les petits tapis de cheminée, mais le grand tapis de la table du milieu, brodé par des doigts de fée; mais certaines gravures d’un dessin moins correct peut-être que les œuvres de M. Buridant, et d’une grâce plus anaéréontique, un piano droit, sur le pupitre duquel était posée une certaine valse, jadis connue, la valse d’ Adhémar, révélaient la part de M me Buridant. Le solide et l’utile venaient de l'époux; j’agréable et l’inutile venaient d’elle.
— Elle a déjà fait une bonne affaire en se mariant une première fois, pensa Devanlaÿ.
,Un beau cabaret, avec un sucrier en argent, présent des élèves du professeur de dessin, ajoutait un superflu de démonstration à ce- raisonnement.
Le salon était d’une propreté irréprochable, d’un luxe composite d’hôtel garni; mais malgré tout, dans sa trivialité, d’une certaine bonne grâce, qui annonçait de l’ordre, et d'un confortable relatif qui pouvait plaire.
— J’aurais 'peut-être tort de lui disputer Desprez, se dit Charles. Il y a là pour mon camarade des éléments de bonheur. Il mettrait ses médailles'à côté de celles de M. Buridant. On lui ferait à coup sûr d’excellente cuisine; on lui verserait dans ces jolis verres taillés, que j’aperçois sur une console, d’excellente liqueur. Et sur ce piano, qui n’a jamais servi qu’à des contredanses, on lui jouerait des airs de Béranger. <
Le portrait de l’auteur de Frêlillon était accroché à côté de la glace de la cheminée, et faisait pendant à celui du roi de Rome.
Je ne sais si nous aurons occasion de faire connaissance
1*0 ' • LE M.V1U b* ANTOINETTE.
avec les autres pièces de. la maison, mais il me semble qu’elles peuvent se deviner d’après celle-ci. Partout on devait trouver cè bien-être provincial, ce luxe d’occasion, celte satisfaction bourgeoise ; et la chambre â coucher de la jolie veuve devait être un paradis de mousseline, avec une psyché, des flacons, des portraits d’elle, des fleurs en papier, des chaufferettes élégantes, un fauteuil à la Voltaire, garni de petites housses au crochet. Quant à la salle à manger, il est probable qu’elle était chaude et rayonnante, avec des tableaux de fruits, une grosse théière sur up buffet, des plateaux vernissés, un baromètre et une cage contenant des serins, toujours en train de couver, non pas un œuf, sans doute, mais un quine à la loterie qui ne sortait jamais.
La conversation effeuilla d’abord ces premières fleurs obligées de la politesse qui tombent sans parfum, comme des fleurs de la même fabrique que les cordons de sonnette et les bobèches des bougies : pourtant on ne restq pas longtemps dans les préliminaires, et les questions insignifiantes, qui pouvaient convenir à tous les débuts, amenèrent des réponses Significatives qui engagèrent le premier feu.
— Pensez-vous prolonger votre séjour parmi flous? avait dit la veuve- d’une voix doucereuse, sans paraître attacher une importance capitale à sa demande.
— Jusqu'au mariage, répondit resolùment Devanlay.
— Quel mariage ? repartit M‘"« Buridant avec !,un beau sang-froid.
— Le mariage de mon fils 1
— Décidément, vçus avez don.c un fils?
— Vous en doutiez^
— Vous êtes si jeune encore, monsieur, repartit Armide avec un sourire caressant et menaçant tout à la fois.
— Je suis vieux, au contraire, J’ai le même âge que Roger.
M" w Butidant se renyersa dans son fauteuil avec un éclat
de rire qui rappelait la petite clochette de la porte d’entrée.
— ^ Ah ! si M. Desprez vous entendait, il ne serait pas content. • •
— La vérité ne satisfait jamais feprit Charles avec gaieté... • Yoilà pourquoi je me fais tant d’ennemis.
— Vous, monsieur, dés ennemis T .Et,, à tout hasard, la • jolie veuve battit sa prunelle de deux ou trois clignements d’yeufc qu’on croyait irrésistibles.
— Sans doute, des ennemis. Je ne suis pas sûr môme de n’en avoir pas déjà gagné au moins un depuis deux jours.
— Qui donc? demanda résolument M me Buridant en approchant sa petite tète, dont les boucles roidos commençaient à se détendre et à devenir de douces couleuvres, au lieu de tire-bouchons qu’elles étaient auparavant.
Elle croyait que Charles allait nommer Maubray, mais il s’en garda bien : il eut une manoeuvre plus habile et. plus dédaigneuse.
— Yous*-même, répondit-il.
. — Comment ! moi ? repartit M mc Buridant très-surprise.
• — VoHS-même,, madame, qui minez mes projets, qui faites manquer,- ou à peu près, tous mes plans, et qui me forcez à venir vous demander grâce, si je veux ne pas désespérer tout à fait.
— Comment! monsieur, vous en êtes là? dit Armide avec une sourire d’incrédulité polie.
— Oui, madame.
— Alors, que parliez-vqus donc do mariage?
— C'est qu’il 'me reste une ressource dernière dans le cas où je n’aurais pas le bonheur de vous compter bientôt comme alliée.
— Ah ! quelle ressource? ' „
— Je serais réduit à' emmener à Paris Desprez et M lu Antoinette, pour les soustraire aux influences locales... Là-bas,
j'en aurais facilement raison, dussé-je faire décorer Desprez, qui mérite bien la croix I
M" 1 ' Burinant était mal à son aise ; elle ôta vivement le gant de sa main droite qu’elle passa à plusieurs reprises sur ' son front. Ce geste, par parenthèse, permit à Dcvanlay de constater qu’Armide avait une main un peu grasse, un peu courte, 'mais cultivée avec soin.
— Comment M mc Guillaume a-t-elle donc reconnu à sa main qii’elle avait été couturière ? se dit-il.
— Ah! vous enlèveriez ainsi toute la maison? reprit la veuve. Ce serait une trahison contre de piiuvres provinciaux.
— Vous pourriez du moins les sufvre, vous, une Parisienne !
— Une Parisienne qui depuis longtemps ne connaît plus Paris, murmura l’enchanieresse avec un soupir et en promenant un long regard autour d’elle, aflri d’invoquer le témoignage de sa chaude prison. * • ' ' •
— Vous êtes, permette/.-moi de le dire, un peu trop coquette, madame. Vous voulez que je m’inscrive contre cette résignation! Nous autres Parisiens, ajouta Devanlav en donnant un sens presque intime à ce mot nous, il nous est impossible de nous acclimater jamais aillouis, et de perdre ce caractère indélébile qui m’a fait vous reconnaître à première vue pour une naturelle de la Chaussée-d'Antin.
— A peu près, dkja veuve. J’habitais le faubourg Poissonnière.
— Pourquoi ne l’hahitez-vous plus ?
— J’ai pris racine iéi. M. Buridant s’v plaisait... bien des souvenirs m’v retiennent.
— Ces souvenirs peuvent voyager.
— Ah! monsieur!
Il sembla que Dcvanlay eût commis quelque affreux sacrilège.
’ — Commdnt, seule, sans affection, pouvez-vous vivre dans ce village?
— Il le faut bien, dit Armide, qui ne put s’empêcher ’ de rougir,, comprenant que l’on commençait à se moquer d’elle. Mais je ne suis pas tant à plaindre, continua-t-elle en essayant de se défendre, puisque mon exil est adouci par des visites comme la vôtre.
— Vous aviez déjà eu celle de M. Maubrav, dit négligemment Charles. '
Pour le coup; M ,u,! Buridant sentit une aiguille lui entrer dans la poitrine. On la menaçait, elle devait se mettre en garde. Celte visite était un duel.
— Ce n’çst pas pour moi que M. Maubray teste dans le pays. *
— Est-ce qu’il y reste? demanda Devatday. Hier, je croyais l'avoir aperçu vous ‘faisant ses adieux.
— Où donc?
Et M 1 "' Buridant devenait pourpre ; sa joue passait de la rose au'daJhia.
— Dans votre jardin, répliqua Charles.
Armide porta vivement la main à sa figure, comme pour effacer le baiser qu’on pouvait vftir. Mais la pauvre, femme h’était pas assez forte pour lutter d’esprit et de finesse avec Devanlay. Elle voulut lui offrir la paix.
— Vous ditos.que je suis votre ennemie, monsieur, reprit-
elle avec un sourire plein d'avances; vous êtes bien plutôt le mieh. 1 .
— Je viens précisément pour vous prouver le contraire. ,
— Ah ! je serais curieuse de savoir comment!
— En vous donnant un.bon conseil.
— Un conseil! cela n’engage à rien. Voyons, monsieur, votre conseil.
— Il est bien simple, et je vais être franc. 11 y a quelqu’un
dont tout' le monde a peur, et. que vous seule maintenez, imposez à tout le monde : c’est M. Maubray. Prenez garde! Desprez. le déteste, M 11 * Antoinette ne l’estime pas!
— Etvods, vous le redoutez, n’est-ce pas, monsieur?
— . Oui, madame, je le redoute pour vous, continua Charles d’un ton plus sérieux. Je crains qu’en vous attachant à lui, en vous exposant pour lui, vous ne nuisiez à pette réputation de femme d’esprit qui est la vôtre... Vous appuyez des prétentions qui n’aboutiront jamais.
— Oh! jamais I
— Non, madame, je vous l’affirme, jamais! Si faible que soit Desprez, M. Maubray n’en aura pas raison malgré M 11 ' Antoinette, malgré moi, et surtout après ce qui s’est passé hier.
— Ah! il a été maladroit! dit la veuve avec un petit geste de. dépit. Ce n’était pas cela qu’il fallait faire. ’
— 11 a mal profité de la le.çon, n’est-ce pas?
— Monsieur!...
— Je m’en doutais. Il s’est rendu la maison de mon ami impossible. Le défendre encore, G’est, je le répète, vous exposer gratuitement pour lui.
— Mais, monsieur, si ses aflàires sont en si mauvais état, pourquoi donc prendre là peine de vous alarmer, et lui faire l’honneur de le craindre?
— C’est pour vous, uniquement pour vous, que je crains. Quant à moi, une fois mon fils marié, la dot d’Antoinette payée, la métairie vendue!...
— Comment! la métairie? Ah ça 1 monsieur, vous saccagez le pays et les habitants!
— Pensez-vous que Desprez va rester seul dans cette grande maison vide? Qui remplacera sa fille?
M m » Buridant baissa la tête.
— Ainsi donc, monsieur, vous croyez que M. Maubray à moins de chances?...
CE MAKI IV.ÀNTOINK'ÇT'E. 175
Il y avait une sorte d’inquiétude sur le visage de la veuve, en parlant ainsi: Elle pensait peut-être à ses dix mille francs.
— Je croiâ qu’une amie habile l’avertirait et n’accepterait pas la responsabilité d’un échec qui peut s’aggraver.
Elle devint rêveuse.
— Et si je devenais votre alliée, à vous qui n’avez besoin de personne, je ne pourrais compter que sur votre ingratitude!
— Vous pourriez compter d’abord, dit'Devanlay en insistant, que nous vous dédommagerions de tout ce que vous ferait perdre ce changement de parti.
— Oh 1 de tout?
— Oui, de toutj absolument.
Armide regarda Charles; elle pçnsa sans doute qu’il était très-riche. Elle sourit. - .
— Heureusement, je n'ai rien à perdre en perdant l’amitié de M. Maubray, dit-elle d : un air ingénu qu’elle crut fort habile.
— Je le pensais bien, répliqua Devanlay. Allons! M'"' Guillaume n’aura pas de peine à acheter la créance, se dit-il tout bas en se levant pour saluer et se retirer.
M”' Bu ridant se récria quand Devanlay voulut prendre congé d’elle. Elle se récria de bonne foi. Son intérêt était d’accord avec sa politesse; elle no voulait pas laisser repartir son visiteur saris qu’il eût plus nettement formulé, en ce qui la concernait, les termes du pacte proposé. Elle voyait bien ce qu’on lui demandait, mais que lui promettait-on en retour?
no I.E MARI D'ANTO.INETTK.
Charles devina les motifs de cette insistance, <ju i cachait une Inquiétude. Il consentit à rester encore quelques instants ; mais sa droiture répugnait à des promesses trop catégoriques qui eussent été des mensonges, et-il ne pouvait, d'un autre côté, se faire de bonne foi l’auxiliaire de la jolie veuve.
Quand nous trouvons M"** - Buridant jolie , nous ne prétendons pas lui appliquer les principes absolus dont nous nous sommes servi pour juger Antoinette. Dans Paris, ainsi qne l'avait écrit Devanlay à son fils, Armide eût été confondue parmi la foule des aimables personnes qui font des additions à l'encre bleue sur les registres des restaurants ou des cafés; elle eût été uné présidente de table d’hôte, comme il y en a beaucoup ; mais au village de B..., elle était une beauté, de même que son mobilier était une élégance. Il y avait une analogie, une union frappante entre cet intérieur propre, luisant, un peu fané, câlin, doux au regard, et cette femme prévenante, coquette, ayant toutes les séductions vulgaires.
M" ,e Buridant n’avait pas a sa disposition une tactique bien profonde, bien variée. Quelques paroles douces, quelques clignements d’yeux, quelques effluves d’un magnétisme d’amateur, lui avaient conquis, à l’occasion, des cœhrs peu difficiles à conquérir ; elle n’était pas de force à lutter avec Devanlay.
Aussi sa coquetterie suprême, son habileté, consista-t-elle h ne pas engager de lutte. Elle eut le courage d’être lâche et de montrer qu’il y aurait de la barbarie à marcher sur ,un cœur aussi tendre, aifssi dévoué que le sien. Elle ne dit pas cela dans des termes catégoriques ; mais, après avoir contraint Devanlay à se rasseoir, elle aborda l’élégie ordinaire des jolies veuves; elle se plaignit du-danger auquel l’exposaient, dans * opinion publique et dans la réalité, la persistance d’un mau- Va * s sujet comme Maubray à affecter d’être son ami,, et le voisina » e d’un si brave homme que M. Desprez. Elle fit d'Antoinette Un éloge pompeux, dont Charles fut blessé, comme si un peie-
tre d’enseigne ajoutait une fleur à une madone de Raphaël. Elle se montra plus habile en esquissant le tableau d'un intérieur rêvé; que dis-je? de celui qu’erie avait réalisé du temps de M. Buridant. Peu à peu, elle en vint aux soupirs, puis aux larmes : elle pleura sans motifs, mais de ces larrrtes que l’on comprend bien; elle osa toucher une des mains de M. Devarday et lui demander de ii’être pas à son tour son ennemi, lui jurant un dévouement, une alliance qu’elle était prête à consacrer par toutes les formules.
Charles reculait doucement devant cette marée montante : mais il reculait en souriant, sans s’effrayer, comme un homme qdi a le rivage derrière lui, et qui, d’ailleurs, sait nager. U ne se départit pas do cette courtoisie compatissante dans les mots, inflexible dans les id^es, qui garantit seulement contre toute trahison, sans rien promettre.
Armide fut dominée par la supériorité de cette raison qui cachait si bien' les refus sous la douceur* des consolations : elle eut le bon goût de tie pas prétendre l'éblouir ; elle voulut être simple, et ellé fut sincère.
— M’accorderoz-vous l’honneur db revenir me voir? demanda-t-elle tendroment à Devanlay, quand celui-ci jugea qu’il avait eu assez d’égards pour l’émotion do la veuve.
— J'allais solliciter de vous la pprmission que vous m’offrez, répondit Charles en reculant son fauteuil ; j’y tiens, si vous consentez au petit traité de paix...
— Mais vous voyez bien, monsieur, que j’ai déjà signé des deux mains, répartit la veuve avec attendrissement et en s’a- ’ vançant , comme si elle eût voulu au lieu des deux mains tendre les deux bras. C’est cruel à vous de revenir là-dessus... Oui, monsieur, un traité offensif et défensif pour tous deux!
Elle appuya sur ces derniers mots. Charles ne les contredit pas. <:
— Un traité loyal, commo les honnêtes gens en font entre
phx, répliqua-t-il; sans écrit signé, sans contrat... sans billots !
M"“ Buridant le regarda avec effroi; mais comme il souriait et comme la sipcérité de son cœur était visible, elle comprit qu’il n’v avait pas de danger pour ellç..
— Vous avez raison, monsieur. On pe prend que la signature des gens qui laissent leur parole en gage, i
— Ceux-là ne se soucient gqére non plus de leur signature... Ils la laissent dégager par d’autrès.
Armide osa rire de l'allusion qui avait bien son charme. Elle se confondit en révérences. Dans l’excès mémo de sa politesse et de sa joie elle commit une pauvre petite imprudence qu’elle pleura ensuite quand elle fut seule-, car elle Avait ce
jour-là les larmes faciles. .
— Permettez-moi de vous migrer mort jardin, dit-elle à Devanlay, lorsqu’il fut en bas du perron.
— Je le connais déjà, répondit celui-ci : je l’ai vu. par-dessus
la haie. ". •* • '• '
Armide rougit. La Réponse était cruelle; mais Charles, en la faisant, voulait Jaisser un dernier avis, une -dernière menace voilée à cette nouvelle alliée, qu’il avait d’ailleurs flattée au delà de ses intentions primitives.
Alloqs revoir votre jardin, ajouta-t-il xomrac correctif, et en offrant son bras à M me Buridant.
La pauvre femme avait réellement besoin de .s’appuyer ;, ses * jambes tremblaient. Elle garda quelques instants le silence et fit le tour du gazon avec Devanlay. Quand ils furent arrivés devant la haie :
— Vous qui avez de l'autorité sur M. le maire, lui dit Charles, vous devriez exiger qu’il ne laissât pas de tas de pierres au bas des haies; o’est dangereux, un voleur pourrait s’introduire facilement ici.
— Je profiterai du conseil, répliqua héroïquement la veuve
LE MARI D’ANÎOINKTTE.
qui, pour se donner une contenance, cueillit un bouquet de roses. /
— M ,le Antoinette sait-elle que vous êtes venu me voir? demanda-t-elle timidement.
— Elle le saura, madame-
— Voudrez-vous bien alors lui offrir ce bouquet de ma part?
— A elle? '
— Oui, monsieur, à elle seule.
Et avec assez d’esprit, Armide souligna ce mot, En véHté, il eût été barbare de fai tenir rigueur jusqu’au bout. Devanlay
comprenant que ces fleurs étaient une sorte de gage, une manque peut-être de repentir pour la scène de la prairie, les accepta et promit de les remettre fidèlement à Antoinette.
En revenant à la métairie, Devanlay repassait les incidents de son entrevue.
— Si l’on pouvait effacer Maubray de ses tablettes, M m * Buridant pourrait être M me Desprez, se disait-il.
Mais, en faisant à- part lui cette grande concession, qu’il ne voulait pas' avouer tout haut , Charles s’étonnait de bonne foi d’être devenu tout .à coup si indulgent.
Le plus grand obstacle au mariage de Roger, ce n était pas Maubray, c’était la fierté, c’était la jalousie d’Antoinette. ■Voilà la blessure qu’il fallait respecter, si l’on n avait aucun espoir de la cicatriser après l’arrivée d’Henri.
Mais ètait-ce le meilleur moyen de l’embaumer que de. commencer, par apporter- des fleurs de la part de M m * Buridant? Charles tournait et retournait son bouquet. Allait-il le jeter? le donner à Desprez? ou l’offrir, cemme s’il l’avait cueilli lui-même, en prenant pour lui la galanterie d Armide?
Comme il arrivait sur la grande place, devant la métairie, Desprez et Antoinette, que procédait le domestique envoyé à
leur rencontre, descendaient du chemin des vignes. Dcvanlav •les attendit de pied feéme, en riant du petit tour qu’il leur avait joué. • *
— Ah çà! d'où viens-tu? lui cria Roger, dès qu'il put se faire entendre.
— Tu m’avais tant recommandé d’aller voir le pont que tu as fait bâtir, que je suis revenu par la grande route. II est superbe, en effet. Quel pont! comme tu entends les constructions! . • ,
— Est-ce auprès de ce pont que vous avez cueilli ce bouquet? demanda Antoinette avec un petit froncement de sourcils, et avec, un sourire un peu railleur.
— Non, ceci est une commission. Je suis chargé de v,ous l’offrir de la part de M me Buridant.
— Oh! les jolies fleurs! dit naïvpment Desprez, qui, eût bien voulu les prendre.
— Vous avez eu le temps de faire des visites depuis votre retour? repartit M 11 * Desprez mécontente, et sans recevoir le bouquet que Charles tenail toujours à la main.
— Il faljait bien vous attendre.
— Il eût été mieus de. venir au-devant de nous.
— Tu nous as fait poser, dit gaiement Roger, qui était flatté, comme d’un honneur ppur lui-mème, de la visite faite par son ami. , •
Charles sourit.
— Ainsi, monsieur, continua Antoinette, c’était avec prémédjtation que vous reveniez par la route, tandis que nous vous attendions sur la côte?
— Oui, mademoiselle, je l’avoue.
— Et moi qui m’imaginais que vous aviez la poussière en horreur, que vous préfériez les petites sources du chemin ! Allons ! encore une déception!
— On prend quelquefois des routes qu’on avait bien juré
LK MARI D'iNTOINÉTTB.
de ne pas prendre, dit -Charles avéc intention. Qu’importe? pourvu qu’on arrive au but.
- — Avec de la poussière 'ou de la boue? répliqua Antoinette, qui parut aceepter ce jeu subtil de l’esprit d’allusion. , ■ • . , . ..
— Ma foi* ClfaFles,, tu.n’as pas à te plaindre, interrompit Desprez, tu n’es £uèrè sali pouf être venu au grand trot de Bar-sur-Aube jusqu’ici.
— C'est que je me suis brossé, répliqua Devanlav.
— Peué-on savoir, au moins, ce que tu allais faire à Bar-
sur-Aubé ?■ . «
— Je ne voulais pas manger d’écrevisses à mon déjeuner. Pour ne pas te refuser, je suis allé gqùter du chevreuil chez M me Guillaume.
— L’explication est bonne ! s’écria Moger. Tu as un secret,
voilà tout. • ,
— Quant à moi, l'explication itae satisfait, dit Antoinette,
en prenant enfin le bouquet. JF. Devanlayne sait pas mentir: je le crois sur parole. , - •
— : Ht puis, vous vous réservez d’interrogèr demain M me Guillaume, répondit Charles.
Antoinette le regarda et ne put s’empêcher de rire.
— Vous devinez tout. Eh bien! oui, j’ihterrogerai la benne M“ Guillaume. Elle ne me cache ïieri.
— J’en suis très-sûr, et je compte là-dessus, répliqua De-
vanlay, ' . ,
Antoinette, rêveuse, regarda le bouquet, sembla ne plus se souvenir qu’il venait de M me Buridant, pour se rappeler seulement que Charles le lui avait apporte. Elle le respira et continua de s’avancer vers la maison. Devanlay allait la suivre; Desprez, le retint un instant- par le bras, »
— Voyons; farceur, dis-moi la venté, a moi : qu’est-ce
que cela signifie '? / '
— Tu as 'l’hospitalité tyrannique. Fais comme ta fille, interroge M me Guillaume. ■
— Tu es foui Est-ce que je vais faire des commérages
dans les auberges? * *
— 1 J’y vais bien, moi! dit Devanlay, qui prit plaisir à émettre tout haut une réflexion qui répondait à une protestation intérieure. Eh bien! ihterroge M" 1 ' Buridant, continua-t-il.
Roger haussa les épaules, mais le conseil était bon; il se promit d’en profiter. . •
Charles, en se retrouvant dans sa chambre, après les deux courses de la matinée, et après ces quelques paroles échangées avec ses amis, se mit en dev'oir d’écrire à son fils. U avait besoin de l’argent nécessaire pour payer la créance que M®' Guillaume devait marchander.
— Henri ne comprendra rien à mes foliés dépenses, dit-SI. Je vais passer pour ün père prodigue qui. sente l’or dans les chemins. * . *
Mais le soin d’expliquer cèt appel de fonds notait pas ce qui lè préoccupait. Il s’étonnait et il 6’alarmait de l’embarras croissant d’une situation qui lui avait paru si simple au début, et qu’il avait éu la conviction présomptueuse de toujours dominer. r • *
Il voulait écrire une longue lettre : . il en éèrivit, au -contraire, une petite, sur un grand papier, il est vrai.
Après avoir donné quelques détails relativement à la meil* leure manière de recevoir la somme dont il avait besofti, il > ajoutait : * '■
« Si tu peux quitter Paris' au reçu de ma lôltre, viens loimème, mon cher enfant. '
« Je n’ai qu'une assurance à te donner. La fille de mon ami est digne de toi. C’est peut-être vous, monsieur l’étourdi, le bel cnfaut gâte-, qui ne serez pas digne d’elle. Elle a
précisément la gravité que- je souhaite danç la compagne, dans l’amie que je rêve pour toi. Elle a souffert, mon cher Henri ; elle a sur tpi cette supériorité de la douleur que je n’ose te souhaiter, et dont je ne veux pas te rendre trop * jaloux. •' *'
a Que te dirai-je? Si tu n’as pas confiance dans mon jugement, viens encore toi-même, pour me détromper, pour me dire que je m’abuse; qu’ Antoinette n'a pas la grâce, l’esprit, la vertu que je trouve en elle; pour dissiper le mirage dans lequel je vis depuis deux jours ; pour me convaincre d’imagination folle; pour me faire partir d’ici, où je perdrai le go$t et le drôit de tedonnerdes conseils à l’avenir, si je suis le jouet du plus grossier des songes I »
— Cette lettre le fera venir, pensa ingénument Devanlay.
On peut, sans. témérité, conjecturer qu’elle dèvait avoir un
effet contraire. L’enthousiasme qui se trahissait si vite, le portrait d’une personne grave qui avait souffert, devaient médiocrement sourirerà distance à un jeune élégant comme Henri, résfgné au mariage, pour complaire à la volonté de l’être qu’il aimait par-dessus tout au monde; mais résigné, quand on faisait appel à sa soumission, et ne demandant pas mieux que de prolonger un peu la liberté, le temps de l’école buissonnière, quand il soupçonnait, au contraire, de la faiblesse, de la tûléranoê sous les conseils paternels.
Cette lettre était plutôt une satisfaction que se donnait la conscience du tuteur qu’un appel sincère. On ne répète pas *
si souvent à son fils, et surtout à un fils qui vous aime, de venir, quand on veut qu’il vienne réellement, et en toute hâte.
Toutefois, Charles crut avoir été décisif, et avoir tranché la question.
— Mon fils sera icixlans deux jours, dit-il à Antoinette, quand ilia rencontra dans le jardin.
LE MAKI D’ANTOIN.KTTE.
La jeune fijlo pâlit légèrement. (
, t- C’est mal, lui répondit-elle. Je vous avais prié d’attendre encore. il vous tarde donc bien d’en finir... Qu’il vienne, votre fils, je le refuserai ! ,
— Si vous le désirez, je puis déchirer ma lettre, dit Devanlav, que cette émotion allligeait sincèrement.
— Non ; vous avez raison. Je veux le voir, repartit MU* Desprez avec courage. Il vous ressemble, b’est-ce pas?... Pourquoi n’est-il pas venuavec vous? La connaissance se serait laite tout naturellement, tandis quelle aura maintenant une solennité !...
— Nous abrégerons les préliminaires. Henri, je vous l’assure, n’est pas très-solennel : c’est un bon garçon ; sous bien des rapports, c’est un enfant,!
— Un enfant! il est peut-être trop jeune pour se marier, reprit Antoinette d’un air étrange.
— 11 a deux ans plus que vous, mademoiselle. .
— Ah !... et cela suffit? . ...
— Sans doute.
— L’àgel voilà une raison en effet!
Antoinette s’éloigna, rêveuse, laissant Clrarles mécontent de l’elTet produit par l'annonce d’une démarche qui lui paraissait une condition de boiüieur pour tout le inonde. .
— C’esL égal, se dit-il après quelques inàta'nts de réflexion, la lettre partira! ' , , >
En attendant, il la mit dans sa poche, avec le secret espoir peut-être de l’y oublier.
Mais le facteur prenait la peine de venir chercher les dépêches de M. le maire; et quand il se présenta, Antoinette l’envoya à M. Devanlay. La lettre partit donc le soir même pour Paris.
Le lendemain était le jour du marché de Bar-svrr-Aube, et un jour de grand marché, Aussi, l’émigration qui se préparait, dès l’aurore, dans le village de B..., devait-elle être presque complète. Indépendamment de l’échange habituel, la perspective des vendanges commençait à exiger des vignerons de la vallée qu’ils allassent à la ville s’approvisionner de cercles pour les tonneaux, renouveler les cuves et faire réparer les-grandes Imites. .
Devanlay fut réveillé par le bruit des charrettes qui commençaient à défiler le long du mur de la métairie, dans le chemin- conduisant à la grande route. Les beuglements du bétail qui se révoltait, comme la comtesse de Pimbêche, et qui ne voulait pas être lié, les coups de fouet, les appels, les conversations échangées àur- une npte très-aiguë d’une voiture à l’autre, les bonjours donnés, dans le petit brouillard du matin, à ceux qui né partaient pas encore, et dont on chargeait les voitures devant la porte ou dans la cour, les recommandations de la ménagère, retenue au logis par son. nourrisson, et qui suivait: la voiture jusque dans le milieu du chemin, en insistant pour qu’on n’Oubliàt rien des choses attendues; toute cette activité du village qui résumait bruyamment les petits calculs ambitieux, silencieusement amassés dans la semaine, excita la curiosité de Charles. Il voulait, d’ailleurs, assister au départ d’Antoinette.
On avait tiré de la remise la voiture spéciale queM n, 'Guillaume traitait familièrement de carriole, mais qui méritait mieux que ce nom-là, et qui était une sorte de cabriolet à quatre places, c’est-à-dire à deux banquettes, assez robuste
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pour ne pas craindre d’emporter ddns son coffre un sac de de blé, au besoin. Quand tous les paniers ne pouvaient tenir sur la seconde banquette, on suspendait le surcroît à la caisse de la voiture, entre les deux roues.
Il est bien entendu què les véritables denrées, que les produits importants et embarrassants de la métairie- destinés au marché partaient devant, sur une charrette, etétaient-rejoints 4 Bar-sur-Aube.
Antoinette était bien rarement accompagnée de son père. L’éleveur allait à cheval ou dans un tilbury : il était ainsi plus libre, plus indépendant, plus garçon, selon son expression fifvorite.
M llc Desprez faisait toujours le voyage avec la vieille -cuisinière. Catherine était? une amie plutôt qu’une servante, une amie qui mettait sa fierté à servir. Elle avait reçu Antoinette à sa naissance; elle avait vu mourir M“ e Desprez; mais elle ne s’autorisait .pas de ces souvenirs pour une familiarité qui eût effacé la séparation respectueuse quelle était la première à reconnaître. Nature déjouée, elle eût traversé sans pâlir un brasier ; 'elle ne permettait pas qu’on essayât de 1 attendrir pour Je compte de l’orpheline. Jamais d’iqutile expansion entre la jeune maîtresse ot la vieille servante! Deux fois par an, aux étrennes et à la fête d’Antoinette, £atherine entrait le matin dans la chambre de la jeune fille, avec un bonnet neuf, demandait à l’embrasser, profitait énergiquement et simplement de la permission, et sortait ensuite pour s’essuyer les veux derrièro la porte, tandis qu’ Antoinette pleurait.
En se retrouvant ensemble, un quart d’heure après, à la cuisine, ces deux créatures, si différentes, et si unies pourtant qu’elles ne sentaient pas leur lien, .se parlaient comme d’habitude ; leurs deux cœurs étaient rentrés, avaient repris leur modestie ou leur fierté, selon qu’on interprétera, dans le sens de la soumission ou de l'orgueil, cette simplicité
LH U A RJ D'A NTÔ I N EXT B. IR'
stoïque, qui éiait un instinct de la. part de Catherine, un acte «
de volonté de la part.d’ Antoinette. .•
Catherine, un peu endimanchée, rangeait de§, paquets, au fond de la voiture, quand Devanlav parut dans la cour. Le soleil commençait à réveiller les pigeons, qui se hasardaient hors des tourelles, pour y rentrer aussitôt, les toits étant encore humides do la rosée. Les déux tas de fumier exhalaient une vapeur qui montait, comme l’encens grossier des éçuries, devant le temple du grand éleveur. Les bâtiments- .. d’exploitation projetaient une ombre bleue sur la moitié de la cour, dont l'autre partie, ainsi que les deux tiers du logis principal, émergeait, comme d’un bain obscur, avec un ruissellement de lumière rose.
Quand tous les préparatifs furent achevés, Catherine alla prévenir sa jeuno maîtresse. Le cheval, attelé à la voilure, ne s’appelait pas Résignation ; mais, à coup sûr, à en juger par sa patience, il méritait mieux ce nom que l’élégante monture de M 11 ' Desprez; La cuisinière, confiante dans sa placidité, qui ne faisait pas tort à sa tournure et à ses-qualités réelles, ne prit aucun soin do l’attacher ; il resta immobile sur la chaussée, devant la porte du vestibule.
Devanlay avait imaginé, sur les récits de M m ' Guillaume, une carriole à peine suspendue ou quelque charrette déguisée en carriole; il .rouva bonne façon à cette voiture de -ménage. Les sièges paraissaient doux, les harnais brillants, la capote à ressorts formait un abri, qui suggéra tout à coup une singulière envie à ce Parisien si grave. Il devint jaloux *de la vieille cuisinière.
— Pourquoi ne partirais-je pas à sa place? se dit-il. >
Antoinette le surprit au beau milieu de ce caprice,
— Vous avez des commissions a me donner? lui demandat-elle.
— Non; mais j’ai un conducteur à vous proposer.
' — C’est trop -d’honneur, répliqua Antoinette, avec une révérence un peu moqueuse. Ce chevaKlà ne se conduit pas... on le laisse aller... D’eilleurs, ajoûta-t-elle d’un ton plus sincère, vods- nie gêneriez dans mes acquisitions et dans mes céurses. 1 *'
— Allons! je vais rester seul, soupira Charles.
»' — Je crois que mon père ira plu* tard à Bar-sur-Aube tlariS son tilbury, reprit M 11 * Desprez. Vous pourrez l’accompagner.
— Tout le monde va donc au marché?
— Oui, tout le monde, repartit Antoinette qùi sembla regarder dans la direction de la maison do M me Buridant.
Devanlav n’insista pas : Catherine revenait en portant un grand manteau d’homme, pour envelopper les pieds d’Antoinette. '•
La jeune fille était vêtue d’une robe de soie grise, à petites raies; un mantelet qui n’était peut-être plus à la modo de Paris, mais qui était encore à celle de Bar-sur-Aube, et sur lequel on prenait modèle dans le villagé de B..., un mantelet, formant une sorte de châle en taffetas noir, était retenu sur ses épaules et cachait sa taille; un chapeau de paillé avec un grand voile vert 'complétait la toilette simple d’Antojnette. Avant de monter, elle mit de gros gants à revers, qu’elle tira d’une poche du cabriolet. Catherine soutint le tablier de h voitnre et se plaçait côté du marchepied. M n * Desprez s’élança rapidement, en s’appuyant h peine sur l’épaule de la servante. Devànlav n’eut pas le temps do lui offrir.la main. Catherine tournant le dos au Parisien, et-, désenchantant la' perspective, grimpa à son tour.
— Que dirai-je pour vous à M w Guillaume? demanda Antoinette, et pendant qu’elle rassemblait les rênes dans ses deux mains.
— Vous lui direz de ne pas vous confier tous mes secrets!
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— Elle sait bien ce qu’il faut me cacher, répliqua la jeune fille en rougissant, Au revoir, monsieur, à ce soir!
Et rapprochant ses jolies lèvres qu’un sourire avait entr'ouvertes, M Ue Desprez fit un petit bruit que le cheval accepta comme un signal; il tourna sur lui-méme et entraîna la voiture.
Devanlay, resta quelques instants immobile; il vit le cabriolet sortir de la cour et J’entendit descendre le chemin, le long de la Métairie. Il éprouva en lui-même comme la douleur d’une séparation.
— Que serait-ce donc si je partais! se dit cet homme loyal ; puis, tqut aussitôt, se trompant sur la nature de cette émotion : — Je ne serai tranquille que quand Henri m’aura relevé de mon poste! c’est pour son compte que je m’émeus ainsi.
. Deux heures après, M. le maire commandait son tilbury.
— Tu devrais venir, avec moi, dit-il à Devanlay.
— Non, je garderai la maison.
— A ton aise, répliqua Roger qui n’insista pas.
■ Quand Desprez fut parti, Charles se demanda si M n,e Bandant serait la seule du village à ne point aller au marché. Mais après avoir attendu- une dçmi-heure encore*- il la vit venir, humblement assise, dans une véritable charrette, à côté de fafdjoint de la commune. Armide n’avait pas de voiture. Pour ses courses, elle était obligée de recourir aux, bons offices du voisinage ; jamais personne ne lui avait refusé une place, mais jamais non plus Antoinette ne lui avait offert de l'emmener. Devanlay la salua respectueusement ; quant à elle, sps veux manœuvrèrent avec une expression de reconnaissance et de muette prière., Ainsi installée, et passant devant la, riche maison qui pouvait un jour être .la sienne, Armide jetait des regards de condamnée allant au supplice. La charrette était une CQquetterie.
' — U est dommage que Roger ne puisse la voir, pensa Charles. Mais elle s’arrangera bien pour être rencontrée.
Après ces différents départs, Devanlav se sentit libre, libre de penser, libre surtout d’aller et de venir dans cette grande maison dont il s’était institué le gardien.
Il éprouva un véritable bien-être à se mouvoir, sans être contraint par l’hospitalité même. Combien de fois, chez les amis les plus aimés, n’arrive-t-il pas qu’on aspire à la joie d’être seul, de se croire seul maître du théâtre nouveau, inconnu, où la vie est transportée pour quelque temps, pour quelques jhiirs à peine ? On veut se donner l'illusion fugitive d’un changement d'existence; on veut se rendre compte par soi-naème des impressions que les récits et les confidences ont fait naître. » ' -
Devanlav, dont on ne peutcalomnier les sentiments, et qui aimait ses hôtes, trouva la maison plus belle, plus pittoresque en la visitant seul. Il arrivait insensiblement à la modifier selon son goût : il s’y voyait installé. Là, la chambre de son fils; là, la sienne; mais, par une confusion singulière, il maintenait, dans cette topographié sentimentale, la chambre d'Antoinette à la même place; comme si, en devenant la femme de son fils, etlo dût pourtant rester la jeune fille, isolée, rêveuse, ayant sa retraite, son sanctuaire à part.
Charles passa plusieurs fois devant la porte de cet ancien oratoire où M n * Desprez aimait à s’enfermer. Il eût bien voulu que le hasard lui permit d’être indiscret; il fut tenté de regarder par lè trou de la serrure ; et puis il eut honte de cette faiblésse, et sortit de la Métairie attisant par toutes sortes de suppositions cette curiosité dévorante, qui n’était pour lui que la sollicitude paternelle.
Il fit vingt fois le tour du jardin; il y respira des parfums nouveaux; il alla sous lès marronniers s’accouder^ la terrasse, pensant au bonheur qu’il avait eü de surprendre Antoinette
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dafts sa tristesse ; il revit de loin la prairie ; il repasêa dans son imagination - cettè scène de la nuit, quand M n « Desprez, tremblante, s’était appuyée sur son bras ; quand, lui aussi, frémissant de joie et de colère, il avait protégé cette enfant, la sienne, la femme de son fils.
Un être vulgaire eût compris plus vile ce qui se passait en lui ; un être çorromçu ne s’y fût pas mépris davantage. Mais ■ f homme chaste et vraiment fort, qui toute sa' vie avait aimé son fils avec exagération, pouvait croire que ce désordre était encore un effet, un exeès de sa vigilance. Il est plus facile , à un grand cœur qu’à un sot de Se tromper complètement. La médiocrité seule est infaillible. Le dernier soupçon, le dernier remords qui puisse venir à Devanlay, c’est le sotipçon, c’est le rémords d'une'rivalité, d’une sorte de conflit incestueux ; et, qu’on se rassure! quand cette pensée lui viendra, Charles ne sera pas homme à sacrifier son devoirs 9a -passion, le bonheur de son fils à son amour. Suivons-le donc sans crainte, et ne cessons pas de l’aimer, parce qu’il ahne à son tour. - ■ ■ -
Vers le milieu de la journée, Devanlay, qui commençait à trouver le temps Ibng, et qui , était pris de ta tentation de courir à Bâb-sur-Atibe, sortit dans le village. Il traversa la grande place ; tout était silencieux. Il monta jusqu’à l’église. — Je né l’ai pas visitée, se dit-il en lui-même, r Au moment même, l’abbé Micodlin en sortait et fermait soigneusement la porte. . > ‘ >
— Comment, monsieur, lui dit Charles en approchant, vous emportez la clef? Si quelqu'un avait le désir' d’entrer et de prier, comment ferait-il?
L’abbé regarda le Parisien avec un petit sourire inquiet ; ‘ il redoutait une moquerie.
— Personne n’a besoin dans l’église, quand je n’y suis plus-
LE NfARl 0'VNTUINETT.E.
— Voila une singulière réponse delà part d’un pasteur.
— C'est que je suis un pasteur... sans troupeau,... dans .la semaine, entendez-vous! Ob! le dimanche, j’ai du monde aux, offices !
— Ainsi, vous fermez la porte qui doit toujours rester ouverte?
t J e la ferme aux voleurs et aux gamins... Il n’est pas encore arrivé qu’otj vint rpe, demander la clef.
— Eh bien ! je vous la demande, moi', voulez-vous me Ja confier? • • • •
—i - Oh ! monsieur, elle est bien pauvre, notre petite église. Il n’y a rien à visiter ; vous serez désappointé.
— Vous n’allez donc pas comme tout le monde ay marché? demanda Devanlay. •> .
— Moi, monsieur, qu'y faire? Je n’ai rien à vendre, et j’ai peu de choses à acheter, repartit le bon curé avec un geste naïf, dont il ne soupçonna pas l’éloquence.
— De sorte que nous sommes à nous deux les gardiens du
village? -, - ‘ .
— A peu près, avec les infirmes et les enfants; le matire d’école lui-même est parti. C’eçt pour cela que vous me rencontrez; je viens de sonner moi-même l’angélus.
Devanlay, que ses. rêveries précédentes entraînaient à une sorte de mysticisme,' et qui cherchait précisément une distraction idéale, fit QBtte réflexion, que le curé et lui représentaient en çe moment les deux seuls intérêts divins de ce monde, les deux seuls qui n’eussent rien à .démêler dans les trafics humains; mais avec la conscience orgueilleuse de Getle force d’aimer qu’il sentait en lui, il ne fut pas éloigné de croire que le véritable sacerdoce c’était hii qui l’exerçait. Il so compara à ce pauvre prêtre, déçu, résigné, qui n’avait de clients que le dimanche, et il sentit sourdre, gronder en lui-même, des sources de dévouement, avec des flots de prières. '
ion
— Donnez-moi la clef, monsieur le curé, dit-il à l’abbé Micoulin.
— Laissez-nr\oi volis faire les honneurs de la maison, du bon Dieu, répondit le curé.
'.Charles n’osa' pas refuser une politesse qui le gênait.
L’église, en effet, était pauvre. Sous le badigeon, dont fa munificence thi conseil municipal l’avait décorée un art auparavant, on voyait reparaître l'humidité et une lèpre verdâtre/ Des bancs boiteux, une chaire branlante, des autels où lecoloriage des peintres du cru était appliqué à des ornements d’un goût extravagant; des pavés défoncés; au lutrin, un aigle qui ressemblait à une oie , et qui avait perdu la moitié de son corps ; et dans le milieu de cette halle humide une corde tombant de la voûté, comme -une provocation gu suicide dans l’asile de la misère : telle était la physionomie de l’église.
— Vous le voyez.! il manque peu de chose pour que ce soit encore l’étable de Bethléem? dit le cnré.
• Devanlay fui touché de cette remarque, qu’il n’attendait pas de M. Micoulin. Quant à lui, la^foi nouvelle qui débor-* dait de son âipe, et que la solitude de cette journée avait exaltée encore, revêtait de splendeurs inconnues les piliers de cette masure. A travers ces vitraux raccommodés, rapiécés par des vitriers de rencontré, sa pensée slélançait dans l’infini. . ' • • ■ •
— Je ne croyais pas qu’on fût chrétien à Paris, lui dit M. le curé, en répétant à peu près, et sans s’en douter, une réflexion d’Antoinette.
Ohl monsieur l’abbé, je m’imagine que vous me brûleriez comme un hérétique, si je vous disais ce que je crois, et comment je crois, répondit Charles avec un sourire. Mais j’aime déjà ce village, et votre pauvre église m’a louché le cœur... Il n’y a donc pas un de vos paroissiens qui rapporte
du marché un petit rûbùn pour la bannière et un peu d’é- • toffepoqr ce rideau déchiré? Quoi! pas môme M 11 ® Desprez?
— Je n’ai pas à me plaindre d’eile, répliqua lé curé, qui devina que le futur beau-père voulait être renseigné. M 11 ® Desprez est une charitable personne; mais, que voulez-vous? élevée seule, sans mère, la pauvre enfant a l’âme un peu froide, et puis M. le maire se moque si souvent de moi devant elle! Je ne lui en veux donc pas de ce qu’elle a tout juste la dévotion nécessaire!
Devanlay regarda M. Micouliir. Ce brave homme, ce fils de vigneron, qui avait livré avec candeur sa vie à la pauvreté, et qui, pur devant la règle ecclésiastique et devant sa conscience, n’avait jamais démérité, soit par un acte privé, soit par due défaillance publique, de l’estime banale; ce prêtre selon la lettre de l’Évangile avait précisément ha dévotion nécessaire, et ne comprenait pas tout ce qu’H devait y avoir de piété ardente, -d’extase, d’élan extraordinaire, de dévotion superflue dans le cœur d’Antoinette. Il l'excusait comme çi. elle avait besoin d’étre excusée. Il expliquait pourquoi elle Devenait pas à l’église; il l’estimait, tout en lui gardant rancune de la modération de Son zèle de paroissienne! Peut-être M» ,e Buridant était-elle plus zélée!
Devanlay fut enchanté de ce contraste, qui répondait h une disposition personnelle. Il eût été froissé et atteint précisément dans sa piété, s’il avait trouvé dans la fille de M. le maire une de ces dévotes à petits soins qui dorlotent leur âme, au lieu de la jeter à travers la nature. Il n’eût pas voulu davantage de cette incrédulité de l’ignorance n't de la sottise, si fréquente parmi les esprits faibles de Paris. Mais la religion qu’il devinait dans lé cœur d’Antoinette était la sienne, et le bon abbé MicOuiin confirmait sans s’en douter une nouvelle espérance. • ' ' ' ■ .
®— Mon- Dieu ! vous qui êtes ici , comme vous êtes sans
doute dans la campagne, je vous remercie, dit Devanilay, •
Le curé, qui' devina une prière, s'inclina, et fit le signe de la croix.
Cette scène a-t-elle besoin d’ètre expliquée? Devanlay avait trop d’amour pour n’êtro pas religieux; et j’eusse oublié un trait de cette physionomie,' que je veux peindre complètement, s> j’avais, par respect humain de romancier, dédaigné ce quart d'heure de ilêwlion, que tous les honnêtes gens connaissent, et qu’un poëte railleur a immortalisé.
L’abbé redoubla de politesse envers Gharles; il lui fit timidement la demande d’un beau Chemin de la croix, comme présent de noces, au mariage de son fils.
— Car, dit le bon curé d’un air très-fin, c’est moi qui le marierai.
, — Je l’espère, monsieur le curé.
— A la- bonne heure I voilà une union qui n’offensera pas le ciel 1
— Que voulez -vous dire ? ,
— Oh I fien. Et l’abbé prenait Tin air grave, réservé, fort amusant.
Il pensait à Maubray. Peut-être pehsait-il aussi à Burldant. : J ‘
Devanlay n’insista pas.
— Vous allez {aire une promenade, lui demanda l'abbé
Micoulin, qui paraissait résolu à ne pas s’en Réparer ce jour-là. ' ’ * "• ' \
— Non, monsieur le curé, et si vous le voulez, nous irons chez vous, ijouer aux dominos, en attendant le retour du marché.
— Vraiment! vous h’aurifez pas peur de ma chance? repartit lé curé en rougissant.
— Je la mets au défi 1 S’écria Charles. ' '
Cet homme, dont toute l’existence était en jeu, puisqu’il
186 I.R tl \ Kl D'ANTOl N RTTR. ’
s’agiss&it de son fils, et dont chaque pensée élait une inquiétude; cet homme, qui s’alarmait de l’agitation, de la fièvre de son cœur,, rentra au presbytère pour jouer tranquillement avec M. le curé! H ne parut plus avoir d'autre souci que d’empècher l’abbé de garder toujours le double blanc.
Vers le soir, les voitures commencèrent, à rouler dans le village. .
On tevient du marché, ditM. Micoulin qui gagnait cinquante centimes, et qui les ramassa avidement.'
— Comme le temps a passé vite, soupira Devanlay.
Le malheureux avait leoœur gonflé, et croyait qu’il était séparé d’Antoinette depuis un an !
Xa cour de la Métairie .était très-animée, quand Charles y rentra. Le tilbury de M. le maire et le cabriolet de M 11 ' Desprez venaient d’arriver en même temps ; les domestiques s’empressaient de retirer des deux voitures les provisions rapportées. Roger avait renouvelé, disait-il, sa hibliothèque.
Cette plaisanterie, qui ne date, pas du premier bibliophile,
, mais d u premier viveur, avait pour but de signaler au Parisien quelques bouteilles d'un choix savant, précieusement emballées., , j
Antoinette ne se vantait pas de ses acquisitions; mais parmi un certain nombre d’objets destinés au ménage Devan- Jay crut apercevoir un paquet aux angles si aigus, qu’on pouvait sans témérité conjecturer qu!il contenait /les livres. La jeune fille, ea voyant venir Charles, laissa tomber négligfemment sur ce mystérieux paquet le manteau qui lui servait
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pendant le voyage. Elle n’imitait pas son père; elle avait la pudeur de sa bibliothèque.
Charles sourit; le crépuscule empêcha sans doute Antoinette de remarquer ce sourire. Devanlav, d’ailleurs, découvrait un autre sujet d’ob9ervatlon bien différent. Tandis qu’il saluait M 11 * Desprez, il Vit sortir de l’ombre M m ' Buridant. Le Parisien faillit s’étonner tout haut de la présence de la veuve. Antoinette lui dit avec gaieté :
— Vous avez bien lait de ne pas venir avec nous, monsieur,.
J’ai pu garder une place dans ma voiture, pour l’offrir à Mme Buridant. • ' •
Àrmide, qui paraissait accablée de joie, prit la main; de la jeune fille et la serra doucement. ,
Devanlav comprit qu’Arttoinêtte, se faisant son auxiliaire, sans l’avoir interrogé et sans connaître ses projets, s’était imposé, pour la première fois, cette politesse envers la veuve, et avait voulu s’acquitter du beau bouquet. II. y avait de l’héroïsme dans cette sim pie hospitalité offerte. M m1, Buridant ellemême le sentait et n’en n’était que plus reconnaissante. Charles fut frappé dé la physionomie enjouée que chacun rapportait de Bar-su r-Aubft. • . •> '
■ — If parait que tout le monde a fait un bon voyage, dit-il, ' . sans regarder personne. ■ ’ . •
— Oui, tout le monde, répondit M rae Buridant.
— Et toi, mon pauvre ami, comment as-tu passé ta journée? demanda Desprez en s’approchant de Devanlav.
— Je me suis un peu ennuyé et un peu amusé. J’ai visité
le village en détail, et j’ai joué aux dominos avec M. le 1 curé. 1 ■ • -
Desprez partit d’un grand éclat de rire.
— Je n’avais pas pensé à te conseiller cette distraction...
Il a dé bipn tricher, M, Micoulin?
— Je ne m’en suis pas apérçu.
nm
— Jouer aux dominos! tQi ! voilà pourtant à quelle épreuvç
je t’ai mis! ' -,
— Je ne m’en plains pas.
— Dis donc, n’éçcis pas à , ton fils que l’on joue aux dominos. Cela l’épouvanterait, ce bon jeune homme.
Antoinette était rentrée à Ja maison pendant que ces dernîers mots étaient échangés; elle allait donner des ordres pour le souper.
Roger, particulièrement expansif oe soir-là, secou<*deux ou trois fois les maiqs de son .ami, et, l’attirant un peu .à l’écart, pour n’ètre pas entendu de la veuve : .
— Je ta remercie, mon cher camarade, lui dit-il ; tes aptes •
valent mieux que tes sermons. - ' •
. — Comment! mais je n’ai rien fait.
— Ta, ta, ta! tu as tout bonnement fait un mirade. Maubray est parti, ou va partir. Antoinette est dans des dispositions que je ne croyais pas possibles. Popr toi, elle â rompu un voeu; elle a fait monter quelqu’un dans sg. Voilure... Je sais, d’ailleurs, ajouta-t-il en clignant de l’œil, qu’.on a aussi d’autre part des obligations envers toi : quelles sont-elles? Je l’ignore et ne m’en soucie guère. Enfin, M me Guillàume, qui nous a confessés tous, à tour de rôle, n’a cessé de chanter tes louanges. Tout Va bien, mon ami! et voilà, ce soir, ma maison comme je la voudrais toujours. , /•
Desprez s’éloigna: M°» Buridant, qui se tenait à distance, s’approcha à son tour.
J’ai vu M"“ Guillaume, dit-elle à voix basse; elle m’a fait de singulières propositions.
— C’est une femme d'esprit que M m * Guillaume, répliqua
Devanlay. -
— Alors, je puis me fier à elle?
— Comme à moi, absolument, répondit Charles.
— C’est bien. Je lui écrirai demain, reprit M“* Buridant.
«/ «car-
— Vous feriez .mieux de retourner la voir. On finit plus promptement les affaires.
— Alors, monsieur, j’irai. , ^
Charles offrit son bnfe à la veuve pour rentrer.
— J’ai eneore à vous remercier, balbutia-t-elle avec une
confusion, qui devait, la rendre adorable; ce tjouquet... vous l’avez remis. % *
— Oh ! -je ne me serais pas permis de le garder pour moi !
— Vous l’avez remis avec quelques bonnes paroles?
— En aucune façon. Il a parlé tout seul; il avait son élo-
quence. D’ailleurs, il s’adressait à quoiqu’un qui. sait bien entendre... à demi-mot. . ,
Le souper était servi. U fut d’une gaieté sans bruit, d’une banalité de propos plus spirituelle et plus charrqante que si chacun avait épuisé le tFésor de ses émotions. On eût dit que, par un accord tacite, on était résolu de s’entendre sur les chosos les plus intimes, les plus chères, en parlant des choses les plus indifférentes. On raconta à Devanlay, qui affectait de s’y intéresser, les péripéties d’un marché à Bar-sur-Aube": l’hypocrite s’informa du prix des denrées, et Antoinette lui répondit gravement sur ce sujet. Mpis,- à chaque instant, au milieu de ces discours insensés, un rire échappait à l’un des interlocuteurs, et un autre lui -répliquait de la même façon.
Desprez regardait .cette table bien servie, bien éclairée, bien entourée,- et semblait demander si cela ne devait pas être toujours ailisi. Pourquoi déranger quelque chose à cette harmonie, à ce tahleau d’intérieur? Sa fille était en face de M me Buridant, et son ami en face de lui.
— Il manque un couvert! s’écria— t-if dans un moment d’oubli, où le secret de sa joie lui échappa.
Antoinette pencha la téta;. Devanlay rougit, tandis que la veuve rayonnante approuvait d’un petit mouvement des yeux.
Bien que Maubray. ne fût pas là, on trinqua au dessert.
C’était une habitude du pays et de la maison. Charles nonseulement se prêta à cet usage dont il devait se reposer à Paris, mais il voulut en prendre ce soir-là l’initiative, craignant que la bonne humeur de son ami n’allât un peu loin dans son effusion.
— Jn propose de boire à la santé de M“® Guillaume! dit-i! en plaisantant.
Comme chacun avait sa part de reconnaissance envers l’au- . bèrgiste, cette singulière proposition fut acceptée avec élan.
On rapprocha les verres.
— On dirait,que tü habites le pays depuis vingt ans, s'écria Desprez. Tu es au mieux avec M 1 "® Guillaume, qui est notre amie à tous, et tu joues aux dominos avec M. le curé, comme si tu n’avais jamais fait que- cela.
Antoinette regarda doucement Devanlav avec des yeux reconnaissants, au fond desquels on devinait pourtant une appréhension vague. Elle seule, en aidant à cette concorde, avait une secrète défiance. Elle paraissait faire de son mieux 1 , et vouloir mettre le ciel dans son tort, si tant de courage n'était “pas récompensé parle bonheur! Mais elle avait dans son sourire cette fierté des héros qui jouissent du triomphe, en attendant la lutte et- pput-être la défaite. Amollie par le sentiment nouveau qui s’emparait d’çllp, je veux dire par cette confiance qui avait pénétré ses secrets et déccfuvert sa v», elle s’était départie de lâ réserve un peu farouche qui l’enveloppait depuis l’enfance; mais en faisant ce sacrifice à l’amitié de M. Devanlav, eHe voulait espérer; plus qu’elle n’espérait réellement.
EHe remercia dans un regard l'ami qui s’était résigné à ce tête-à-tête avec M. le curé, et qui leur avait préparé ce petit marché d’espérances et d'illusions auquel ils avaient tous été s’approvisionner. Elle se rendait compte de l’effort de ce Parisien, si" étranger aut habitudes vulgaires dans lesquelles il
LÊ MAKI D'ANTOINETTE.
était plongé tout à coup. Depuis quatre jours, combien da soins pénibles, de conversations fatigantes, de fréquentations antipathiques à la nature , à l’éducation, au caractère de Devanlayl. Ces grosses fêtes de la table, cette rivalité avec Maubray, cette scène de la prairie,, cette visite à MTBuridant, et ces conférences avec 31"*' puillamue dont elle ne connaissait pas les termes, mais dont elle soupçonnait le but, dont elle appréciait l’intentiop, tou tecette conduite de Charles depuis qu’il était à B... prouvait une sympathie dont elle était, dont elle voulait se montrer justement recorinaissante. Elle ne mettait pas, ou plutôt la pauvre enfant ne croyait pas mettre de coquetterie dans cette gratitude toute naturelle; mais elle savait par elle-même qu’une des grandes joies, qu’une des plus précieuses récompenses pour lés cœurs dévoués, c’ést la conviction de n’ètre pas toujours méconnus. Voilà la joie qu’elle voulait rendre à Devpnlay 1 On se sépara de bonne heure, en prétextant la fatigue d’un jour de marché. JA™' Buridant ne consentit pas à ce que Desprez se dérangeât pour la reconduire : elle n’avait plus besoin de se compromettre; l’habileté consistait maintenant dans uqe attitude toute différente. D’ailleurs, Armide devait justifier i’alliapce à laquelle elle prétendait, et se montrer digne du sacrifice qu’Aatoinette avait fait pou<; elle.
tme servante avec une. lanterne servit de guide à MT Buridant, qui cnit rentrer avec un cortège de flambeaux magiques, et qui trouva âa maison bien petite, bien mesquine, comparée à ce château qu’on appelait fa Mélairié. Roger, après le départ de la veuve, s’aperçut qu’il avait sommeil, et s’i h alla sans façon, en renouvelant dans une poignée de main toutes ses protestations d’amitié à son ancien condisciple. Charles et Antoinette restèrent seuls.
— Êtes- vous conleht de moi ? demanda la jeune fille avec un air de souQÜssipn. .
LE MARI D'AUTOÏNETTR
— Et vous, m’en vôulez-vous encore de mes petites
intrigues? ' • '* ' • ’
— Je ne sais ce que vous avez fait, reprit Antoinette d’une voix émue; mais je ne vous en veux pas.
— M m ' Guillaume a donc été discrète?
— Elfe m’en a dît assez, monsieur, pour 'qàe jé vous ' obéisse en toïite chose, pour* que j’essaie de prévenir vos volontés... J’ai réussi, n’est-ce pas, aujourd'hui-
— Vous avez eu dit courage. ' * '* •’*
— Cela m’est si facile, maintenant que vous êtes ici 1 Ne
me donnez-vous pas l’exemple? jouer aux dominos avec 51. Micoulin! * .
— Pourquoi pas? repartit Devanlav avec une bonhomie qui était encore un effort de sa raison sur son cœur en tumulte et pbés d’éclater : Tes dominos valent bien la pêche aux écrevisses, Votre église est bien abandonnée, pjouta-t-il aüssitôt.
Ce pauvre M. Micoulin se plaint de sa paroisse.
— Il s’ést plaint dé moi? demanda Antoinette en le regardant. Il vous a raconté que je n’avais pas de religion...
— Non ; pas précisément, répondit Charles.
— Et vous, monsieur, que croyez-vous?
— Moi, je crois que vous êtes trop bonne, trop pure, trop belle pour ne pas avoir la foi. La foi, même sans église et saris prêtre!
— Ah! vous croyez Cela? dit Antoinette dont les yeux rayonnèrent. C’est. de l’iridulgencé, c’est peut-être trop d r ib lusion. ' •
— C’est ta vérité 1... Vos yeux me le disent.
Antoinette baissa ses paupières... Le rayon qu’elle éteignait sembla descendre et passer sur ses lèvrefe.
— Quel inquisiteur vous êtes f murmura-t-elle.
— je vous jugé d’après moi. .. SI ce n’était de la présomption. je vous dirais que nos âmes sont pareilles.
LE M X RI D' ANtOINETTE.
— Et monsieur votre fils a votre âme? demanda lentement M 11 * Desprez.
— Je voudrais bien voir qu’il ne l’eût pas! •
' — Vous n’en êtes pas certain?
— Je suis certain qu’il ne résistera pas pk»s que moi à ce prestige de l'innocence et de la grâce.
— Il peut désavouer son ambassadeur? *
— Alors son ambassadeur le reniera tout à fait.
— Quel malheur je puis causer pourtant ! reprit Antoinette, qui offrit en riant un flambeau ‘.à M. Devanlav, cdmme pour donner un terme à cet entretien. Je suis capable d’exposer un fils à la malédiction de son père.
— Je crois que c’est le père qui sera“béhi par le'fils, répliqua Charles en s’inclinant.
Antoinette le laissa sortir. , J . *
Elle avait* disait-elle, quelques objets k ranger ; mais en réalité elle voulait çester seule. Ses jambes fléchissaient sous elle. Dès que la porte se fut refermée, elle se laissa tomber sur une chaise, et regardait!* le plafond aveé cetie fixité absolue, extatique, qui empêche les objets extérieurs de troubler la méditation, la contemplation intérieure do l’esprit, elle fondit en larmes.
Ne médisons jamais des larmes! L’Évangile assure que ceux qui ont pleuré sur la terre auront les yeux éternelle-, ment séchéé au ciel. J’aime- k espérer, ou cbntraire, que parmi les joies promises aux cœurs tendres, on réserve la jouissance de pleurer. Le rire fatigue, les pleurs délassent; et Antoinette pleurait, parce qu’elle avait besoin de se répandre, de trahir tout ce qu’elle renfermait en elle ; parce qu’elle eût voulu s’abîmer, s’anéantir dans une expansion qui eût entraîné pour toujours hors de sa poitrine cOs tristesses de son
enfance, ces douloureuses réflexions de sa jeunesse. Elle
pleurait, par la raison qui faisait chanter, peut-être k la même
Tl
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heure, M m * Buridant; parce qu’un espoir immense, mêlé de • crainte, descendait sur elle; parce que, jusque-là, elle s’était trouvée seule, impuissante à aimer; et parce qu’elle sentait, à une mystérieuse révélation, à un frémissement de tout son être, que le jour de la grâce était venu.
Le lendemain, ce fut Devantay qui, au point du jour, alla frapper à la porte de Desprez.
. — A quelle heure arrive le convoi de Paris ? lui demanda-
t-il. ' *
— Il est arrivé! répondit celui-ci en bâillant et en sortant avec quelque peine d!un sommeil plein de rêves dont il paraissait enchanté.
— Alors, mon fils dqit être à Bar-sur-Aubel ■ *
— if t’a écrit?
— Non; mais je suis persuadé qu’il se sera. mis en route hier à la réception de ma lettre. Henri doit m’attendre ; il est chez M rae Guillaume.
— Je parie qu’elle l’aura cpnfessé déjà, la bavarde i .
— C’est possible 1 mais partons !
Quand Charles et Roger descendirent, ils trouvèrent dans le vestibule Antoinette occupée aux soins de l’intérjeur. 1
— Mon enfant ! fais \ ite atteler, lui cria Desprez.
— Pourquoi faire? .
— Devanlay. veut aller à Bar-suivAube.
— Est-ce pour chercher ses lettres? répliqua la jeune fille d un air riant et presque moqueur.
-7- Je n’attendà pas de.lettre, dit Charles.
— Alors ceile -61 que le piéton vient d’apporter n’est pas pour vous? .'
— Une lettre! ' •.
Devanlay changea de couleur ,et prit l’enveloppe qu’il déchira en toute hâte. C'était une lettre d’Henri. :
. — Eh bien! est-il’acrive? demanda Desprez.
— Non, pas encore, répondit Devanlay embarrassé.
— Il t’annonce son départ?
— Il m’explique les raisons d’un retard dont il est bien
fâché... ,
Charles s’arrêta : il avait rencontré Jes yeux d’Antoinette fixés sur les siens.
— dh ! rassurez M. votre fils, lüi dit la jeune fille. Qu’il n'ait pas de remords, et surtout qu’il ne se hâte pas.
La raillerie, visible dans ses paroles, n’empèchuit pas qu’on lût une joie véritable, un ravissement, comme après une délivrance ou une fausse peur, sur le visage de M 11 * Desprez. Son sein se dégonflait à l’aise.
— Si vous pardonnez à mon fils, je ne me sens pas le droit de le gronder, reprit Charles en repliant la lettre qu’il mit dans stv poche, et avec un véritable soupir d’allégement.
r— J’ai vu, un papier bleu dans ta lettre, demanda Desprez; qu’esf-ce que c’est?
— » C’est une traite sur un banquier de Bar-sur-Aube; une commission.
— Ah! ahf il t’envoie des vivres. Croit-il donc que nous te laissons dépenser quoi 'que ce soit? s'écria M. le maire, Blessé dans sa fierté d’hôte et de riche propriétaire. Tu n’as pas besoin d’argent chez nous.
— I’eut-étre! si M. Devanlay va souvent à Bar-sur-Auhe dejeunet chez M 1 "' Guillaume! dit Antoinette qui, sans rien deviner, soupçonnait vaguement quelque chose.
— Et si lu me laissés toute une journée perdre aux dominos avoc M. le curé, repartit Devanlay.
— Vous vous moquez de moi I répliqua Desprez. Ce qu'il y a de plus clair, c’est que tu nous rèstes encore; quanta M. ton fils, on l’attendra I N’est-ce pas, ma fille?
— Oh! très-patiemment, mon père, répondit* Antoinette,
ÏO (5
qui corrigea par un sourire ce que ces paroles pouvaient avoir de blessant.
Mais Devanlay ne songeait guère à se blesser de ce que répondrait la fille de son ami. Il se trouvait sincèrement heureux que son fils eût retardé son voyage.
— Il est plu* prudent que moi, Se disait-il. Il va moins vile... et il a raison. Car enfin, j’ai encore bien des choses à savoir.
Il n’avait plus rien à apprendre sur Antoinette; mais le malheureux père s’ignorait lui-méme. Voilà pourquoi son fils faisait bien de ne pas armer ericore.
La satisfaction réelle que Devanlay ressentit de la désobéissance de son fils fut troublée bientôt par un commencement de remords. Ce n’était pas l’autorité paternelle méconnue qui s’offensait de ce manque d’égards; c'était la conscience
scrupuleuse de l’hommè du monde, qui s’étonnait, qui s’alar-
mait précisément de cette satisfaction.
Toutefois, les consciences les plus droites sont souvent exposées à se tromper d’abord, par suite de la délicatesse même de leui% scrupules. Elles s’interrogent hardiment, mais elles se répondent avec précaution : la vérité brutale’ les attend; elles y arriveront toujours; mais, par un instinct de loyauté prudente, elles croient devoir épuiser en route toutes les vérités accessoires, toutes les circonstances atténuantes.
La probité se plaît dans une atmosphère de candeur, de nai- ♦eté. L’homme, sans honneur se trompe moins, étant sans
illusion, sans croyance] et ce scepticisme qui couronne l’existence de l’homme sage, qui met une lueur froide et pure, comme celle du soleil sur les glaciers, àu sommet d’une vie pleine d’expérience, ce Scepticisme est encore un hommage à l’erreur possible, un dernier témoin de l’invincible naïveté d’un honnête homme. . ...,
Pourquoi, d’ailleurs, expliquer un défaut de logique, qui est le premier charme de la passion? Devanlay se demanda en toute sincérité comment il se trouvait heureux de ce qui dérangeait son projet le plus cher. Mais, après cette question loyale, au lieu de pénétrer plus profondément en lui-même, au lieu de pousser droit au monstre qui s’éveillait en lui, il s’en prit à l’égoïsme de l’affection paternelle.
— J’aime trop Henri, et je l’aime mal, se dit-il. Je suis content de son refus, parce que, de cefte façon, il me reste plus longtemps, parce que je n’ai pas à le partager...
Après qu’if se fut donné cette raison spécieuse, cette mauvaise raison, Charles voulut pénétrer celle du visible contentement que ne cachait pas M 1)e Desprez. La pauvre enfant ne pouvait pas Vouloir rester seule par jalousie filiale. Devanlay sayait trop' bien ce qu’elle avait souffert jusque-là, pour croire
quelle préférât sa vie passée à un avenir de devoirs plus doux et aussi sacrés. ,
— Si elle hésite, pensa Charles, c’est qu’elle redoute les renseignements de ma vanité paternelle. Elle a peurqu’Henri pe la mérite pas... De toutes façons, il faut qu’il vienne; il faut qu’il se fasse connaître, apprécier lui-même. Ce rôle d’Éliézer est inutile et ridicule. Je m'engage envers Desprez et envers sa fille, sans que mon fils soit pour quelque chose dans ces engagements. Je dois partir, s’il n’arrive pas.
Mais cette pensée du départ lui semblait si douloureuse, que Devanlay s’y arrêtait tout juste pour lui demander la force de convaincre son fils.
' Dès qu’il put être libre, il monta dans sa chambre et écrivit à; Flenéi :
« Mon enfant, ; • ’
« Cette lettre est sérieuse. Si j’ai, non pas de l’autorité, mais un peu decrédit sur ton cœur, n’écoute que mon appel, ne discute pas les mots, n’analyse pas les termes de mon admiration : viens pour délivrer, de la façon qtie tu voudras, ma parole qui est engagée.
« Je ne te dirai rien de M r,e Antoinette; tu la jugeras en toute liberté. Je ne tends aucun piège à ta raison, à ton imagination. Je te supplie de venir; parce que j’ai annoncé ta visite à d’honnêtes gens que ta conduite pourrait blesser; parce qu’il faut que tu viennes, pour que je puisse repartir convenablement de cétte maison, où l’hospitalité m’est si douce, et où il serait cruel, injuste, de laiss,er pour adieu une injure, comme celle que contient ton refus.
« Tu me parles de mon enthousiasme juvénile! Permets*moi alors de te parler de-' ta raison, et nous serons quittes. Aujourd’hui, je t’écris froideihent, je n’ose dire sévèrement. Mon ami, il ne s’agit plus de ton mariage; il s’agit d’un simple devoir de politesse, mais d’un devoir rigoureux auquel on ne saurait manquer. Tu peux faire soixante lfeùes pour prouver qué tu es un jeune homme bien élevé. Jb suis sûr que tu les ferais, s'il s’agissait d’aller à" une course de chevaux ou à une pa«tie de cba.sseï Les convenances ont aussi leur héroïsme, leur service rigoureux. Sois homme, et viens.
« Je ne t’écrirai plus, je t’attends. -»
' — S’il peut me désobéir encore, je partirai, se répéta Devanlay, qui cacfiqta sa lettre.
Mais il avait maintenant et avec plus de raison que la pre-