‹ Le Mari d'AntoinetteChapitre 7 sur 14 · LK MARI D’A N TO I N RTT R · texte numérisé non relu

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mière fois, la certitude que, mis en demeure de celle façon, Henri n’oserait pas.résister. La pensée que dans deux jours au plus tard ses rapports avec ses hôtes devraient subir une modification essentielle, absolue, rendit Charles sérieux et triste; il expiait la joie ressentié de la désobéissance de son fils.

Avant de descendre, il jeta un regard sur sa chambre.

— Que j’étais bien ici ! Quel dommage qit’IIenri me défende d’y rester ou d'y revenir.

Il soupira, prit sa lettro, et alla demander à la cuisine à quelle heure partait la poste, et s’il, était .bien certain que le piéton dût revenir chercher les lettres. Catherine le j-enseigria à cet égard. Ij sortit ensuito do la cour, où il trouva Desprez en gcande discussion avecde vétérinaire de la ville, un élève d’Alfort, récemment installé. Il s'agissait de savoir quels fers convenaient le mieux^aux pieds des jeunes chevaux.

— Nous ne pouvons pas te prendre pour arbitre, dit Roger;

tu nq t’v connais pas.. . " ■ . * .

— Mon fils s’y connaît mieux que moi , répondit Charles.

— Sacrebleu ! qu’il vienpe donc alors, ton fils ! jç m’entendrai avec lui.

— Il viendra ; sois-en sûr. •

Desprez continua la querelle entamée, et Devanlay, qui n'était.d’aucun secours à son ami, rentra dans la maison.

C’est vrai, dit-il avec un petit soupir de pitié, Henri s’entendrait bien avec Roger. Us causeraient chovaux, turf. Mon pauvre enfant aurait plus de sujets de conversation avec lé père qu’avec M 11 " Antoinetle. Ses petites façons do nos salons parisiens, sa manièro de saluer, de causer, do so tenir^ étonneraient M lle Desprez sans en être comprises. Que pourrait-il lui dire? Il n’aurait pas, cette familiarité qui convient à.oette ôme simple et forte. D’ailleurs, il est bien jeune, pour parler à une jeuno fille, autrement qu'avec, les formes cérémonieuses de Paris, et ces formes-là seraient un embarras, un ennui pour

Antoinette. Il lui déplaira, c’est certain... Mais il faut qu'il • coure cette chance, que je ne peux pas toujours courir pour lui!

M lle Desprez était assise dans l’embrasure d’une fenêtre de la salle à manger, et travaillait à la place habituelle que nous avons indiquée. Elle ne s’installait jamais au salon.

"Nous n’avons pas parlé de cotte pièce de èérémonie, et, si vous le voulez bien, nous n’en parlerons pas. C’était une grdnde salle, toujours fermée, dont Jes meubles gardaient éternellement leurs housses, ot dont on n’entr’ouvrait les personnes que les jours de réunion du conseil municipal ; encore ne suis-je pas bien certain que les affaires de la commune ne se traitaient pas autour de là table ronde de 1? salle à manger. Le salon, dans ce cas, ne servait que pour les mariages importants; or, il en arrivait mvtous les deux ou trois ans. Il ne nous reste donc à mentionner; parmi leS jours d'apparat qui faisaient rayonner dans tout . son lustre le fameux meuble en acajou garni de velours marron, étonnemént des habitants de fi..., que les tournées préfectorales, pour la révision, et les visites de monseigneur-J’évèque à l’époque de la confirmation.

Antoinette se servait .du salon pour y. mettre des fruits à l'ombre. Il n’était pas rare que le beau parquet ciré fût couvert de pommes ; fa lessive faisait aussi quelquefois antichambre dans cette pièee solennelle, avant d’aller rejoindre fas grandes armoires de 1a lingerie. Mais jamais M u * Desprez ' ne s’y installait. La salle à manger était le véritable salon, comme la cuisine était quelquefois 1a véritable salle à ‘manger, dans la rie familière et tout à fait intime.

Antoinette vit Charles s’approcher de la porte du vestibule pour rentrer. Elle arrêta son aiguille, repoussa son ouvrage, et ' fut tenté d’aller au-devant de lui. Puisque son père restait en compagnie du vétérinaire, il était de son devoir, comme maltresse de maison, de suppléer le maître ; mais eHe pensa, par

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une révélation de coquetterie qui ne lui fût pas venue quelques jours auparavant, qu elle perdait une attitude, et un moyen - commode de parler, sans laisser rien voirdeses impressions, si elle quittait sa place et son ouvrage. Par un geste d’enfant, au moment môme qjù des préoccupations féminines d’une certaine portée modifiaient son caractère, elle frappa au carreau. Devanlay se détourna, lui sourit et entra dans le vestibule pour la rejoindre. .

— Eh bien! monsieur, lui dit-elle, quand il ouvrit la porte, on ne veut pas de vous à l’écurie ? Venez auprès de moi; je tâcherai de vous dédommager.

— Je ne suis pas plus expert dans les ouvrages à l’aiguille , répondit Devanlay .en prenant une chaise, et en remarquant * que M lle Desprez se remettait à coudre avec acharnement.

— Alors, peur vous praire, il faut être oisive, repartit Antoinette, qui s’arrêta, et qui laissa retomber ses deux mains sur ses genoux.

— Pour me plaire, répéta Charles presque malgré lui, vous n’avez plus rien à vouloir 1

Antoinette essava de rire et reprit son ouvrage en silence.

Charles la contemplait; en jouant avec ]a lettre destinée à son fils.

— C’est encore une lettre que vous venez de recevôir? lui demanda au boutdè quelques instants M 11 * Desprez. *' •

— Non , c’est une lettre que je viens d’écrire.

— A M"* Guillaume?

— Non , 5 mon fils. •

— Toujours! vous l’accablez, ce pauvre jeune homme.

— Il n’y paraît guère, puisqu’il ne fait rien pour se soumettre. ‘ •

— Voilà une réponse qui n’est pas. aimable, reprit Antoinette. Se soumettre! sachez, monsieur, que je ne veux pas qu’on arrête les gens, et qu’oir les dompte pour me les amener.

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