MONSIEUR BARBERINE
Le mariage de Saint-Bertrand avait apporté de grands changements dans son existence. La résolution qu'il prit, à la suite de la visite de l'émissaire de Wanda, transforma radicalement toutes ses habitudes. Cet homme, si désœuvré
«) LE BTARI bE LA DANSECSB.
jusqu'alors, devint l'homme le plus occupé. Tl avait dans Tcsprit une idée fixe, et cette idée le harcelait le jour, la nuit, sans lui laisser de tepos.
Ce qu'il voulait', c'était se faire rapidement une certaine fortune, une fortune suffisante pour se mettre à l'abri de h misère, car il savait ce qu'était la misère maintenant ! el au seul souvenir des privations qu'il avait récemment endurées, il se sentait défaillir.
Ce qu'il voulait encore et par-dessus tout, c'était quitter Paris, ou il ne se sentait point en sûreté depuis sa trahison; car il croyait connaître la Mélédine; il pensait qu elle n'hésiterait pas à produire aux yeux de ses victimes les papiers qu'elle lui avait achetés; et alors, selon lui, il suffisait qu'un seul des conspirateurs échappât à la police russe polir mettre sa vie en danger. 11 était donc résolu à s'expatrier, à changer de nom, à disparaître aussitôt que possible.
11 devint calculateur. Chez lui, plus de dépenses inutiles. Il fallait qu'on lui rendît compte du moindre sou dépensé dans sa maison. En môme temps, le talent de sa femme étant son unique ressource, il se mit à le faire valoir, et jamais imprésario n'inventa de plus belles réclames pour imposer son sujet à l'admiration du public. Chaque jour, depuis le matin, il courait chez les journalistes, il les accablait de politesse -, il inspirait, il leur dictait leurs feuilletons. Chaque soir, à l'Opéra, il surveillait ses bons aaiis. Et malheur à celui qui n'eût pas applaudi Barberine!
Les api^laudissements ne lui suffirent bientôt plus. Il lui fallait entendre des cris d'amour quand la danseuse entrait en scène. 11 lui faisait jeter des couroifnes et des bouquets par Gasketl, La Gructte et H. Lorvicux. Et si la claque, une
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fois par hasard, s'avisait de la soutenir mollement, vite, il allait trouver le directeur, se fâchait tout ronge, Taccusail de cabale, le menaçait de le démolir ^ de lui faire retirer son privilège. Enfin, il le maniait à sa volonté, le prenant à la fois par son intérêt et par la terreur.
11 entendait que Barberine régnât â l'Opéra sans partage. Auprès d'elle ne devait s'élever aucune illustration, pa« plus parmi les cantatrices que parmi les danseuses, parmi les hommes que parmi les femmes. Le plus faible succès lui faisait ombrage, à ce bon époux. Il prenait donc autant de peine pour annuler le personnel du théâtre tout entier que pour faire mousser Barberine. Et il y réussit, car le succès, en tout, dépend surtout de la volonté ; mais il excita bien des jalousies, bien des haines. Un jour vint où personne ne put songer à lui sans colère. Il s'en souciait peu.
Cependant la plus grande, la plus active partie de ces haines remonta bientôt jusqu'à Barberine. Elle s'en aflîigea, en souffrit. Elle le lui dit. Elle lui reprochait de trop l'aimer. Mais il n'avait jamais toléré de contradictions. Il l'engagea, avec un regard glacial, à ne pas se mêler de ses affaires^ lui dit qu'il était son mari, ce qui voulait dire son maître, et il suivit sans hésitation son plan de conduite.
Il voulait qu'elle gagnât rapidement le plus d'argent possible. Il eut l'idée delà faire danser, de temps à autre, sur des théâtres de province. Il fit tant, qu'il parvint à arracher à son directeur l'autorisation nécessaire. Mais alors Barberine, pouvant à peine suffire à une telle somme de travail, commença à se fatiguer. 11 se mit aussitôt à lui prescrire un régime fortifiant, et il la surveillait étroitement pour voir si elle suivait ses conseils. Bientôt elle
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n'eut plus un moment à elle. Tout son temps était absorbé par ses leçons, les répétitions, les temps de repos obligé et les représentations, Saint-Bertrand écrivit pour elle un ballet. Il voulut qu elle en dessinât les pas. Le ballet n'était ni bon ni mauvais. Mais Barberine le dansa de son mieux et plut au public. Qu'importait, au surplus, à Saint-Bertrand? 11 avait empoclié une belle prime et des droits d'auteur.
L'ensemble de ces faits produisit une chose logique : Saint-Bertrand perdit son individuabté. Avant son mariage, il avait été quelqu'un pour le monde et par lui-même. Depuis, il devint et demeura uniquement le mari d'une femme célèbre, quelque chose d'équivalent au titre d'époux de la reine, dans les pays où Ton ne reconnaît pas la loi salique, c'est-à-dire rien, ou presque rien. En effet, dans le monde et à l'Opéra, on ne s'occupait que de Barberine, on ne parlait que de Barberine. Son mari n'existait que par elle, ne comptait qu'à cause d'elle. Elle l'avait étouffé, supprimé, annihilé, anéanti!
On le rpgardaît inêjne un peu moins comme son mari que comme soji homme iï(îfftnre.s^ Il ii'ùtnit guère que en effet. Mais ce!a lui était ioni un, car il ne songeail à plaire. Il ne songeait qu'à s*onrichiri Ceptîiid.^nt, q^ apprit qu'à rOpéra, oij l'on est asseg yotoiiti i langue, on avait cessé d'appeler sa fcmBSIJÏa»' par son nom, à lui, et quo, îiitm-vertii désignait, lui, par le nom de sa^ grande colère.
— Voilà monmmr i\g loirs, du plus loin ■
Que feire contrj
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Saint-Berlrand eut beau protester par des regards terribles. Le nom lui resta.
Mais alors il commença à prendre sournoisement sa femme en haine. 11 ne lui pardonnait pas de dépendre d'elle. Et elle qui ne soupçonnait rien de cela, le voyant toujours occupé de son art et de ses succès, le croyant enfin corrigé, car il vivait sagement, économiquement, ce joueur ! ce prodigue ! se tuait de fatigue pour lui complaire, affirmait haulemenl qu'elle était heureuse, et, remerciant le ciel, s'aliachait à lui, lui indigne! plus sincèrement que jamais.
Il était toujours sombre. Il ne pouvait se consoler d'avoir, autrefois, gaspillé tant d'argent! Juste châtiment! 11 se disait, en se tordant les mains, qu'il ne pourrait jamais regagner cet argent, que sa femme ne danserait pas toujours; qu'elle se fatiguait déjà, pâlissait. La misère était sans cesse devant ses yeux, comme un fantôme. Alors, il se mit à chercher autour de lui, par quels moyens prompts, décisifs, il pourrait, et sans rien risquer, spéculer sur quelqu'un ou sur quelque chose. Son œil avait acquis la justesse et la portée de celui du limier. Un jour, il s'arrêta sur M. Lorvieux.
Précédemment, montrant ainsi à quel point il connaissait peu la rancune, il avait essayé quelques tripotages d^affaires avec l'escompteur Cerveiro ; et M. Valmaseda, qu'il avait renco;ilré, — ce dernier était devenu veuf et regrettait bien peu sa compagne, — lui avait, sans s'en douter, fait gagner une somme assez ronde. Gaskell avait prêté tout son avoir à Saint-Bertrand pour travailler. Quel était le travail de Saint-Bertrand? Il aurait eu peine à l'avouer; car ce travail
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devait ressembler bien fort à l'usure. Le digne imprésario était si heureux de voir sa Barberine en toute liberté, de faire partie de la famille, comme le lui répétait à satiété Saint-Bertrand, qu'il aurait donné son âme au vicomte après son argent, si le vicomte en avait eu que faire. Une seule chose attristait Gaskell : Barberine travaillait trop. Mais, comme elle ne se plaignait point, et se montrait toujours vaillante, le bonhomme pensait qu'elle avait été créée pour danser, et que danser ne pouvait lui causer de fatigue.
Cependant Saint-Bertrand surveillait Barberine. Il épiait toutes ses pensées ; il l'accompagnait au théâtre, à la promenade; il la suivait dans les couloirs de l'Opéra comme son ombre. Aucun homme ne pouvait parler à la danseuse, sans qu'il arrivât aussitôt se placer entre eux ; et, jugeant les femmes plus à craindre encore que les hommes, car elles ont, pensait -il, des conseils toujours prêts pour le mal, il s'était arrangé de façon à brouiller Barberine avec toutes ses camarades. On disait qu'il était jaloux. Gaskell en eût juré. Sa femme le soupçonnait, et tous ses amis :i riaient. Mais on le connaissait bien peu. Comme femme, Barberine n'était rien pour lui. Et, s'il était vraiment jaloux d'elle, c'était comme l'avare peut l'être de son argent, le paysan de sa ferme ou le chien de sa pâtée.
Ayant pénétré l'affection du comte de Perche, il se méfiail de lui et le tenait un peu à distance. Le comte, '■ elfet, pour Saint-Berirand, parmi tous les amis qui fiéquenlaient Barberine, pouvait avoir le plus de chances. Il était le plus aimable, partant le plus dangereux. Si Barberine se mettait un jour à l'aimer, il était homme à l'enl •ver, lui ; et alors Saint-Bernard se trouvait sansressource.^.
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Mâi$ il faisait, en pensant ainsi, une' bien injuste et cruelle, injure à sa femme; car autant et plus que jamais elle ne voyait'qu'un excellent ami dans le comte de Perche, et lui, d'ailleurs, depuis le mariage de Barberine, paraissait avoir repris ses habitudes de résignation.
iUec H. Lorvieux, au contraire, Saint-Bertrand se sentait à Taise. Barberine ne pourrait jamais aimer un tel monstre. Mais l'important pour Saint-Bertrand, c'était que M. Lorvieux ne cessât pas d'aimer Barberine. Il le recherchait donc, causait avec lui, le poussait constamment à parler du talent de sa femme. On les voyait à l'Opéra toujours ensemble. On ne savait ce qu'ils complotaient entre eux. M. Lorvieux, cependant, s'engourdissait de plus en plus. A peine, maintenant, pouvait-il sortir de son hébétude. Gocodète disait tout bas que Saint-Bertrand faisait avec lui, en catimini, des parties fines^ qu'il l'abrutissait de plaisirs. Pourquoi? Voilà ce qu'elle n'avait p« pénétrer. Barberine s'étonnait, comme les autres, de celte liaison que ne motivaient ni l'âge des deux hommes, ni leurs caractères. Mais elle fut bien plus étonnée, un jour, quand son mari lui dit qu'il avait invité M. Lorvieux à dîner chez eux. Elle refusa nettement. Saint-Bertrand persista. Mais il ne montra nulle colère. 11 pensait qu'il la soumettrait par la douceur. ^
— Écoute, lui dit-il, tu n'es vraiment pas raisonnable. Pourquoi faire froide mine à ce brave homme qui nom aime tant ?
— Ce brave homme, dit Barberime, n'aime que moi. Et je suis étonnée que, sachant cela, tu le fréquentes.
— Eh l reprit Saint-Bertrand, voilà-t-il pas un amoureux
bien à craindre ! Il a la taille d'un hippopotame, et il pèse au moins quinze cents.
— Qu il soit à craindre ou non, sa seule vue me fait hou reur. Il a tous les vices sur la figure, cet homme! Je ci. veux pas le voir.
~ Mais réfléchis donc, mauvaise tête, qu*il est riche, qu'il n*a pas de famille, qu*un de ces jours il va mourir, frappé d*apopIexie, et que toule sa fortune ira s'engouffrer dans les caisses de TÉtat. Tandis qu'en nous faisant ses amis, en flattant ses petits travers, cela ne sera pas difficile, nous pouvons espérer qu'il nous fera ses héritiers. Nous ne sommes pas riches, que diable ! et tu ne pourras plus danser dans six ans.
Barbérine était confondue.
— Il y a en toi, lui dit-elle, une pensée que je ne puis parfaitement démêler; mais c'est une mauvaise pensée, j'en suis certaine. Qu'altends4u donc de moi, de ta femme, que tu oses lui tenir un tel langage? Me connais-tu assez peu pour supposer que je consente à prêter les mains Ji des infamies !
— Ehl bon Dieu! reprit Saint-Bertrand tranquillement, comme s'il se fût attendu à cette soudaine protestation de conscience, où vois-tu donc des infamies dans ce que je t'ai proposé?... Je pourrais, moi, te retourner ton compUment, te demander pourquoi tu me crois capable de t'imposer une action dont la seule pensée serait une honte.
; Non. Ne nous fâchons pas, Barbérine, et lâche de me bien f comprendre. Ce que j'attends de toi, ce n'est pas une complaisance avilissante. Bien loin de là ! C*est seulement que tu fasses bon visage à M. LorYlcu.x. Je serais le premier à
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jeter ce grotesque à la porte, tout énorme qu'il est, s'il s'oubliait jamais auprès de toi.
— Eh! je ne veux pas, moi, avoir pour lui de complaisances d'aucune sorte, dit Barberine. Je n'ai nul droit à son héritage, d'ailleurs. Que dirait-on de moi, de toi surtout, si je l'acceptais?
.' — Tu en parles bien à ton aise. Avons-nous des renies ?
— Nous avons mes appointements, répondit-elle. Tant que nous les aurons, nous ne manquerons de rien. Je travaillerai jusqu'à ce que les forces m'abandonnent. Je me refuserai tout^ s'il le faut, pour amasser de quoi nous faire vivre quand je ne pourrai plus danser. Mais n'attends pas de moi... autre chose. Et je suis étonnée que tu ne sentes pas ce qu'il y a de peu délicat dans ce que tu as osé me proposer.
— N'en parlons plus, dit Saint-Bertrand. Mais tu regretteras ton ridicule entêtement plus tard, j'en suis sûr.
La discussion aurait fini sur ce mot, si Barberine n'avait remarqué sur le visage de son mari une expression singulière et qui lui parut menaçante. Elle supposa aussitôt que, ne tenant nul compte de son refus, il attirerait chez elk M. Lorvieux. Elle le lui dit et le menaça de quitter sa maison s'il le faisait. Cette menace exaspéra Saint-Bertrand. La colère qui couvait en lui éclata tout à coup. 11 se leva» avec la haine dans les yeux, et, perdant conscience de cf. qu'il disait :
—, Prends garde ! s'écria-t-il. Je me suis montré bon m ari avec toi ; mais ne crois pas que je supporterai tes ins olences. Je suis le maître ici. J'entends qu'on m'obéisse. Et puisque maintenant tu dis : Je ne veux pas! je dis : Je
veux! moi. Et nous verrons qui, de nous deux, fera céder
l'autre.
Mais Barberine, forte de sa conscience, de son devoir, de tous les sacrifices qu'elle avait faits déjà pour son mari, révoltée, au surplus, de Teniendre lui parler ainsi, s'emporta jusqu'à lui reprocher sa conduite passée envers elle.
— Tu n'as pas de cœur, lui dit-elle; je t'ai tiré de la plus honteuse misère, et tu me parles comme un goujat.
Ces mots dix fois mérités — il e» méritak d'autres encore — lui firent jaillir le sang à la face. Il ne se possédait plus. Hors de lui, le misérable saisit le bras de sa femme et la jeta par terre. Et, quand elle fut là, m.ouranté, il la saisit par les cheveux, la traîna, la frappa du pied.
11 Tauraittuée, peut-être, si Charlotte, attirée pqr les cris de Barberine, ne s'était précipitée dans la chambre. A sa Vue, Saint-Bertrand suspendit ses coups. Il étajt essoufïïé. L'écume baignait ses lèvres, et ses deux mains tr^nblaieut convulsivement. En regardant sa femme, dont le visage était plein de sang, il &ii horreur de lui et se cacha k £ace entre les mains.
Cependant Charlotte avait porté sa mattres^sc sur un canapé et s'efforçait de la rappeler à la vie. La scène qjui suivit fut plus abjecte encore que la première. Saint-Bertrand à genoux, pleurant, s'arrachant les cheveux, implorait son pardon, se prodiguait les épiâtes les plus dures, disant qu'il voulait se tuer, embrassait Barberine, suppliait sa chère Charlotte d'intercéder pour lui ; et les deux femmes, stupéfaites, ahuries des éclats de sa douleur, ne trouvaient pas un mot pour le flétrir, pour le chasser. Barberine, d sublime bêtise des femme»! l'aurait presque consolé lui-
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même. Une heure plus tard, il était encoire à ses pieds. Il était parvenu à la désarmer. C'était elle qui pleurait alors.
Il ne lui parla plus de H. Lorvieux. Hais il n'en continua pas moins à Fe fréquenter. Chaque jour, depuis lors, il se rendait chez le vieillard. Et quand, un soir, la tête un peu alourdie par les suites d'un dîner fin qu'il avait fait en compagnie de deux jeunes demoiselles des chœurs et de Saint- Bertrand, M. Lorvieux s'en vint à l'Opéra, s'assît sur une banquette, au foyer, s'endormit lourdement, puis, tout à coup, roula par terre, foudroyé, entre les pieds mignons .chaussés de satin d'une blonde sylphide, on vit Saint-Bertrand s'élancer vers lui avec un air inquiet, comme si cet éléphant, dit depuis Cocodèto, avait été son père.
Le docteur Tant-Pis saigna le malade. Mais à peine vint-il •une goutte de sartg sous la lancette. On l'emporta chez lui. En route, il rendit Tâme, quelle âme!... et l'État fut son •héritier.
- Mais on ne trouva pas chez lui les diamants historiques -dont il avait parlé autrefois à Barberine. Et il y avait pour <5ela de bonnes raisons : c'est que, depuis huit jours, il les avait remis à Saint-Bertrand... A Saint-Bertrand, qui s'é* tait chargè-de choisir quelque bon moment pour les faire accepter à sa femme ! .. .
Barberine ignora toujours cette action.
Cependant Fhiver était venu. L'engagement de Barberine à rOpéra.alferit expirer, et le directeur du théâtre tourmentait Saint-Bertrand pour le renouveler. Il hésitait, se montrait exigeant sur les conditions, quand tout à couples journaux attiionôêrent que lès correspondances de Pologne parlaient d'un soulèvement procham, dont la crainte causait de graves
inquiétudes à la Russie. Â cette nouvelle, Saint-Bertrand n eut plus qu'une idée dans l'esprit*
— Où me cacher? se demandait-il.
Dans sa pensée, il n'y avait qu'une contrée, dans tout le monde, où il pût se croire à l'abri de la vengeance des Polonais qu'il avait vendus. C'était la Russie. Depuis longtemps, on désirait y revoir sa femme, dont les débuts éclatants n'étaient point oubliés. 11 signa donc, en son nom, un engagement de dix-huit mois, avec TOpéra de Moscou.
Et, quinze jours après avoir signé cet engagement, il congédia Charlotte, qui les aurait embarrassés en voyage, disait-il. Il refusa nettement à Gaskell la permission de les suivre. Il ne lui rendit pas son argent, prétendant effrontément que cet aident se trouvait engagé dans une spéculation qui ne pouvait pas aboutir avant quelques années. Il tira, soi-disant pour sa femme, un cadeau de son père. Et, se sentant lés poches pleines, ayant tiré pt^ (m aile de tous ceux qui avaient eu le malheur de s'intéresser à lui, il monta avec Barberine en chaise de poste, jurant, dans sa conscie*nce de traître et de spoliateur, qu'on ne le reverrait jamais à Paris.