‹ Le mari de la danseuse: étudeChapitre 21 sur 33 · LES NOUVELLCS DU PAYS NE SORT PAS BONNES · texte numérisé non relu

LES NOUVELLCS DU PAYS NE SORT PAS BONNES

La première chose que fit Eytmin quand il se vit installé en qualité de domestique dans la maison de Saint-Bertrand fut d'apprendre le français. Cette étude lui fut rendue facile par Barberine, et surtout par le sentiment merveilleux de la linguistique que possèdent les Slaves. Le nom du moindre objet prononcé devant Eytmin se fixait immédiatement dans sa mémoire; chaque jour, en servant sesmah 1res, à table, il s'exerçait à surprendre le mécanisme de leurs discours ; et Barberine, toutes les fois qu elle en trouvait l'occasion, touchée de la bonne volonté de son domestique, lui apprenait la signification des mots les plus usités. Eytmin les estropiait un peu d'abord, et les confondait quelquefois entre eux. Cependant, au bout de quelques mois, grâce à ses efforts, il parvint à comprendre à peu nrès tout ce qu on disait en français devant lui

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Saint-Bertrand lui-même Ty ai^a, sans s'en 'douter. Il avait été frappé, dès }es premiers jours, (}u zèle 4^ son valet de chambre. Le vicomte aimait les gei^s silencieux prévenants, ne répondant jamais aune ojjservation, même injuste ; des espèces d'avitomates intelligents, enfin, n'ayant d'autre préoccupation que celle de leur service, et il avait rencontré ces qualités dans Eylmin. Aussi disait-il qu'il n'avait jamais été réellement servi que par lui. Lui seul savait l'habiller, le déshabiller, préparer les objets dont il avait besoin pour sa toilette. Lui seul, entre toi^s les gens de sa classe qui avaient eu l'honneur d'entrer chez lui, demeurait toujours à son poste, prêt à répondre au premier coup de sonnette. Pe plus, sa tenue était toiyours excellente, et enfin il ne buvait pas. 11 s'attacha donc à lui, d'instinct, autant qu'il pouvait maintenant s'attacher à une créature, et souvent, après quelques mois d'épreuves, quand Eytmin, le matin, entrait (Jans sa chambre, le vicomte daignait lui demander quelle heure il pouvait bien être, et si sa fe^me était déjà levée, et enfi^. quet tenips il faisait.

Était-ce un effet $eç^et d,e ^a sympathie p^'ovenant de ce qu'il croyait être leur trahisoa semblable, Saint-Bertrand en arriva — fait sans précédent clans sa vie! — à se familiariser avec son domesticjue. ^1 çst vrai que ce doAn.eslique savairsi bien se tenir à sa place, que ses façons, d'agir devaient piquer fm jeu Saint-Bertrand. Jamais le visage d'Eytmin ne se dérida devant Vhômme acçi^sé d'avoir trahi sa patrie. Jamsii^ cet l^p^me n'obtint ^e lui que la déférence la pins stricte. ^i^t-Be^'lrancl eut beau le poqsser ^ raconter §68 afliourci^es^lfiUouche 4'Çïtmin rç'Aa iptyours

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close. De guerre lasse, le vicomte en arriva à supposer que ce grand et beau garçon, ayant une honte dans sa vie, ne pouvait la porter stoïquement, et comme, grâce au temps, il était enfin parvenu à accepter la sienne, il se dit que son domestique était une tête faible, et, tout en continuant à rendre justice à son zèle, il ne tarda point à le mépriser.

Eytmin, cependant, tout en surveillant les moindres actions de son maître pour découvrir ce qu'il y avait de vrai dans l'accusation de Wanda, ne pouvait se défendre d'une sympathie étrange pour Barberine. Quelque chose plaidait pour elle dans son cœur. La voyant à toute heure, il était émerveillé de l'égalité de son caractère, de sa douceur, de son courage, car elle travaillait sans relâche, et toute sa vie se partageait entre les exigences de sa profession, le soin de sa maison et l'affection qu'elle éprouvait pour son mari. Malgré les mauvais traitements qu'il lui avait fait subir à Paris, à l'occasion de M. Lorvieux, l'affection de Barberine n'avait fait que se fortifier par l'habitude, et, quoique Saint- Bertrand ne se montrât pas toujours gracieux pour elle, accomplissant exactement son devoir d'épouse, elle semblait avoir pris son parti de ses accès de mauvaise humeur, et elle opposait une résignation tranquille à ses bouderies.

Il faut dire, dès à présent, que Saint-Bertrand marié, sage, ne jouant plus, et n'ayant absolument rien à faire, était devenu quinteux, tracassier. Il s'ennuyait effroyablement à Moscou, rêvait de reprendre, en sournois, ses anciennes habitudes, et, n'osant pas le faire, arrêté par la terreur de la misère, mécontent de lui, de tout, tyrannisait sa femme, rudoyait ses domestiques, déblatérait contre la Russie, où, pourtant, il avait trouvé l'accueil le plus favorable, et, bon-

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