‹ Le mari de la danseuse: étudeChapitre 24 sur 33 · ROGATCHEF A PERDU 8A TIMIDITE · texte numérisé non relu

ROGATCHEF A PERDU 8A TIMIDITE

Barberine, depuis son arrivée à Moscou, avait été trèsentourèe par les jeunes oisifs de la ville. Supposant, tout d*abord, qu'elle devait avoir les habitudes faciles des personnes de sa profession, ils avaient plus ou moins cherché à lui plaire. C'était à qui, parmi eux, lui proposerait, dans les premiers jours, quelque nouveau sujet de distraction. Mais Barberine, qui savait depuis longtemps ce que signifient les hommages des hommes, et comment ils entendent qu'on les en récompense, ne voulut jamais rien accepter de ses admirateurs, prétendant que les exigences de son état ne lui laissaient aucune liberté. On crut d'abord qu'elle usait de coquetterie pour se faire valoir; mais, quand, au bout de quelques mois, la régularité de son existence eut démontré aux moins crédules que la jeune femme était sincère, on la considéra comme une créature manquant de jugement ; et peu à peu, à l'exemple des abonnés de l'Opéra de Paris, les habitués du théâtre de Moscou cessèrent de lui accorder la moindre attention, excepté toutefois quand elle était en scène. Les jeunes gens, aujourd'hui, à peu d'exceptions près, se ressemblent par toute la terre. Ils aiment le positif et ne croient pas avoir de temps à perdre, car ils savent que la vie est courte et qu'il n'est rien de tel, pour la bien remplir, que de bonnes réalités.

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11 y eut cependant un homme à Moscou qui demeura fidèle à Bnrberine. Celui-là la connaissait depuis longtemps, et, dès le premier jour, il s'était attendu à lui voir suivre son inflexible règle de conduite. Cet homme était le jeune prince de Rogatchef, €[u*on appelait le vetU vrinee^ pour le distinguer de son oncle, le gouverneur militaire de Varsovie. L'ancien adorateur de Barberine n'avait point oublié de quelle façon la danseuse l'écon^u^si^ ^ Bade, puis à Paris; mais ^ mettait sa déconvenue sur le compte 4^ sa propre maladresse, et, ne croyant à ^ vertu d'aucune femme, d^^Utant plus amoureux c|e Barberine qu'elle était, jusqu'ici, ^ seule que sa (ortupe n'eû( pu vaincre, il avait adopté, pour triomp|;ier 4e sa veflu, une tactique prudente et perfide. 11 ne lui faisait pas la cour. 1^ ne se moquait pas de ses scrupules. Seulement, il venait la yo^r tous les jours, et, guettant une occasion qu^, selon lui, ne pouvait manquer de survenir, il lui donnai^, en attenclant, le plus de marques possibles de sympathie.

Barberine l'avait reçu cordialement, mais elle s'observait avec lui, se rappelant le passé, et voulant éviter au petit prince la mortification d'un nouveau refus, dans le cas où il croirait devoir se déclarer pour la troisième fois. Il s'ensuivit que, chacun d'eux ayant une arrière-pensée, il y eut un peu de gêne dans leurs relations. t5arl)erine parlait de son art, des rôles qu'elle interprétait, de ses nouvelles camarades de théâtre; Rogatchef parlait, lui, invariablement, des ennuis de la vie, de l'impossibilité oii l'on est de posséder ce qu'on désire, de la misanthropie qui vous vient, non de la satiété, mais de mille privations; et Barberine lui répondait alors quil avait mille fois raison et que la vie ne

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