ROGATCHEF A PERDU SA TIMIDITÉ
yaut pas les peines qu'elle coûte. Elle songeait à rinfidélilé de son mari en parant ainsi, comme le prince âi ses désirs en d^ptprant rinufilitè de la fortune.
Quoiqu'il rencontrât Saint-Bertrand, presque chaque soir, chez la princesse, Rogatchef ne le dit Jamais à Barberine. Il ne prononçait même pas, devant elle, le nom de la Mélédine. {) était, en un ipot, très-convenable et très-renfermé. Barberine, qui ne s'attendait pas à cette tactique, finit par en éproyver un peu 4e dépit.
Une curiosité de femme la tourmentait. Elle avait constamment sur les lèvres une foule de questions relatives à l'inconduite de son mari, et, quand le prince était auprès 4' elle, l^anal, indifférent, ne lui disant pas un mot qui eût de rapport avec ses préoccupations, elle s'irritait, et, sachant ^ien qu'il se faisait disocet à dessein, car il n'était pas pos$il)le qu,'il ignorât Vi^fidélité de Saint-Bertrand, elle le regardait avec colère.
Quinze jours environ après la dernière altercation que Barberine avait eue avec son mari , et depuis laquelle, comme par suite d/ua accord tacite, ils ne s'adressaient plus la parole, Rogatchef vint voir la jeune femme dans Taprès-midi. Barberine n'avait plus de représentation alors à donner à Moscou, et elle devait retourner en France la semaine suivante. Le petit prince, dontla timidité avaitcédépeu à peu à la pratique delà vie,s'était fait, ce jour-là, légèrement persifleur. Il affecta, d'abord, de se plaindre de ses ennuis, suivant son habitude; puis, remarquant que Barberine demeurait silencieuse, avec une sécheresse de cœur qui, en ce montent, prenait presque la forme de l'impolitesse, il lui demanda en souriant « s'il la gênait? i
2i8 LE MARI DE LA DANSEUSE.
Barberinele regarda d'un air étonné.
— Non, prince. Vous ne me gênez pas, répondît-elle. -- C'est que, fit-il, je vous trouve Tair tout chose, aujourd'hui.
Barberine était oppressée.
— J'ai du chagrin; voilà tout, balbutia-t-elle.
Elle croyait qu'il allait s'émouvoir, lui donner ane marque d'intérêt.
Les convenances, leurs relations l'eiigeaient. Hais il se remit à sourire.
— Ah ! bon ! dit-il, vous avez du chagrin. Moi aussi, j'en ai, du chagrin. Mais cela passera bien vite chez vous, car vous avez de la philosophie, de la sagesse ! Et moi, qui trouverai-je pour me consoler?
— Vous consoler de quoi? demanda Barberine. De votre jeunesse, de votre fortune, de la liberté que vous avez de faire tout ce qui vous plaît?
— Ah ! ma jeunesse ! dit Rogatchef en croisant ses petites jambes et regariiant la jeune femme d'un air gouailleur, belle affaire ! Et ma fortune, & quoi me sert- elle, je vous prie?
— Que vous manque-t-il donc?
— Je ne peux pas vous le dire ; mais il me manque une chose sans laquelle je ne pourrai jamais être heureux. Et quelle est la cause de votre chagrin? repritJl avec une affectation d'insouciance.
Mais Barberine, gênée par le persiflage du prince, ne se sentait plus disposée à s'épancher.
— Chacun a ses secrets. Comme vous, prince, je garde les miens, répondit-elle.