‹ Le mari de la danseuse: étudeChapitre 26 sur 33 · ROGATCHER A PERDU SA TIMIDITÉ · texte numérisé non relu

ROGATCHER A PERDU SA TIMIDITÉ

— Ban! vous voilà fâchée, maintenant... Slais je les connais, vos secrets. Voulez-vous que je vous les dise?

— Vous me ferez plaisir.

— Eh bien, reprit Rogatchef avec un sourire faux, vous êtes contrariée de n'avoir pas eu, à Moscou, autant de succès que vous Tespériez.

Barberine demeura stupéfaite.

— Vous vous trompez, dit-elle enfin. Le public de Moscou s'est montré on ne peut plus bienveillant pour moi. D'ailleurs, n'en eût il pas été ainsi, mon amour-propre pourrait en souffrir, et ce n'est pas par l'amour-propre que je souffre.

— Et par quoi donc? dit Rogatchef avec une feinte commisération. Auriez-vous une peine de cœur?

Barberine se sentait les larmes dans les yeux.

Si le prince eût prononcé un mot de plus, un mot de sympathie réelle, elle lui aurait tout avoué. Mais elle était encore froissée de ses dernières paroles. Elle ne put que soupirer.

Il l'acheva, avec une cruauté de Tartare, et, ne paraissant pas admettre que son chagrin pût provenir de son mari :

— Comment! fit-il, pour la première fois que vous dû' tinguez quelqu^un^ vous rencontrez un indifférent ? Vous n'avez vraiment pas de chance !

Barberine fit un geste d'indignation!

— Vous>donnez une étrange interprétation à mes paroles ! s'écria-t-elle. Qui vous a dit que j'aimais quelqu'un? Et qui pensez-vous donc que j'aie dûtinguéy monsieur?

— Eh! la la! chère enfant, répondit Rogatchef, ne me

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laites pas ainsi les gros yeux. Je pensais gu'une peine de

eœnr ne pouvait provenir que d un finaqt, moi.

— Elle peut provenir d^un mari, dit Bar^eripe.

Elle croyait qu'il allait enQo changer de toq ; mais elle connaissait bien peu |a sécheresse fft h four|)erie d^e cette âme.

— Ah ! par exemple ! s'écria- t-il, sj vous pensez que je vais vous plaindre, vo^is me supposez plus bête que je ne suis. On vous Ta assez dit, autrefois, que vous vous repentiriez de vous marier. Et, si yous n*ètes pas heureuse en ménage, vous n*avez que cci que vous méritez. Çst-ce qu'une danseuse doit se marier, reprit-il, et vivre, comme yous, d'une existence de bourgeoise, entre son pot-au-feu et ses ailes de sylphide ? Ces choses-là ne vont point ensemble, que diable! Tout ce que j*ai prévu est arrivé. Avec vos beaux principes, vous avez gâté votre position, vous avez éloigné de vous tout le monde, et vous êtes malbeureuse avec votre mari, par-dessus le marché !

Barberine ne trouvait rien à répondre.

— Et que vous a-^-il fai^, voyons, ce mauvais sujet? reprit Rogalchef.

Elle demeura muette, absorbée, le cœur serré.

— Parbleu ! je suis bieii ^on d^e vqus le demander. Est-ce que cela ne se devine pas ? Ma cbèrq, voyez-vous, tous les hoa)mes mariés sont les mêpiçs.

Elle ne répondit riçn encore.

— Et que compfez-yous (airQ n}ajnten^nt? lui demandat-il. Les plus grandes folies sont répara})l(^s, quand on a de la bonne volonté.

— J'espère, dit Çarberine, que mon ippri reconnaîtra

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ses torts, et que, quand nous serons revenus â Paris, il sortira de cette nouvelle crise, repentant, peut-être corrigé.

— Eh bien, vous me la donnez belle i s'écria Rogatchef. Est-ce que les hommes comme lui se corrigent? Noiî, ma parole d'honneur, les femmes ne méritent pas qu'on les plaigne. Vous voilà, vous, instriiite jpàr l'eipérience, reconnaissant la faute que vous avez faite, et, au lieu de tourner vos idées du côté oi!k serait votre salùt; vous ne songez qu à conserver cette position qui ne Vous causera jamais que des chagrins. N'êtes-vous pas assez inallieureuse, voyons? N'en avez-voUs pas assez, de votre Saint-Bertrand? Mais qu'est-ce qu'il à donc dé si particulier, ce diable d'homme, pour se faire ainsi adorer des femmes?

Barbèrine méditait.

— Où serait donc mon salùl, selon vous? démandal-elle.

— Vous le deinandez? reprit-il. Vous êtes malheureiise par votre inariage, irompez votre iliàî'iage, J)arbleu !

— Jamais! dit Barbèrine avec force. D'ailleurs, vbus savez bien qu'on ne peut rompre un mariage.

— Mais, quand un homme se conduit mal avec sa femme, elle peut le quitter, je suppose.

— Non, non, dit-èlle avec tristesse, je ne ferai jamais cela.

— Aloirs, ne vous plaignez plus.

— Soit! je rie me plains plus.

Rogatchef coiinniença â s'inipatienter de tant de résignation.

•^ âîlvei-tous, lui dît-il; dà vtius en aiirivercz, àVec vos

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idées f Ce sera Saint*Bertrand qui vous quittera, quelque

jour.

— Lui! dit-elle. Qui vous fait supposer cela?

— Rien de particulier. Mais je connais Saint-Bertrand, peut-être. Le jour où il croira de son intérêt de vous abandonner, il nliésilera pas une minute.

— Voulez-vous dire, demanda Barberine, que ce jour-là est arrivé ?

— Je n'en sais rien, moi. Mais, pour sûr, il arrivera tôt ou tard. Et que ferez-vous alors?

— Que voulez-vous! dit-elle en pleurant, on ne peut obliger les gens à se bien conduire. Si Dieu veut que mon mari m'abandonne, je me soumettrai.

— Allons! ne pleurez pas, voyons! Saint-Bertrand ne mérite pas une larme. Croyez-moi : prenez les devants, n'attendez pas qu'il ait mangé tout ce que vous avez gagné, qu'il vous ait humiliée et trompée davantage. Que diable! vous êtes jeune, charmante; vous avez un très-beau talent; ce ne sont pas les consolateurs qui vous manqueront. Tout le monde vous plaint déjà. On ne vous en veut que d'aimer un pareil homme. Ahi vous pourriez joliment vous venger de lui, si vous vouliez !

Il Tavait enfin amenée au point qu'il avait marqué à l'avance, et sans lui dire un seul mot de son plan, ni rien qui ijùt le moindre rapport aux relations de Saint-Bertrand et de la prmcesse. Comme Barberine ne répondait pas, il crut avoir gagné sa cause, et, adoucissant sa voix, il allait lui parler de son affection, de son dévouement, lui proposer de l'arracher au misérable qui l'exploitait, lorsque la sonnette de la porte retentit soudain, et, au grand déplaisir du petit

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