TRIOMPHE DE L'ENFAMT PRODIGUE
pieusement. Elle ne pouvait attendre ia fin de la leçon pour raconter sa nouvelle.
— Dis donc, fll-elle à demi-voix, tout en saulant, et s^adressant à Cocodète, qui déployait ses grâces à c0të d'elle, j'en ai appris une bonne, ce malin.
— Quoi donc? fit Cocodète en s'enlevant de trois pieds.
— Devine !
— Non, ça m'ennuie !
— Pas de bourrée ! grand fouetté ! une ! s'écriait maître Sulzer. Allons, toutes ensemble! et du jarret!
— M. de Saint-Bertrand a reparu sur l'horizon, reprit Zélie.
— Pas possible, fit Cocodète. El comment esl-il?
— Il est toujours bien.
— Deux! trois! quatre! Nom d'un chien qi|e cela va mal ! hurlait le maître. Qu'avez-vous donc d^i^s les chevilles, ce matin?
Les femmes sautaient.
— Mais j'ai appris autre chose eqpore, dit Zélie,
— Quoi?
— Il se marie.
— Lui ? Pas vrai.
— Si.
— Contre qui?
— Contre quelqu'un d'ici.
Cocodète, à ces mots, retomba de tout son poids sur le pied de sa voisine. La voisine se fâcha. La leçon fut interrompue. Les femmes soufflaient toutes comme des carpes échouées sur l'herbe. On voyait leurs mains trembler et leur sein rougir. Et le maître de ballet jurait et frappait du pied.
' — G*est la faute de Zélie ! dit une voix.
— Taisez- vous donc! fit Cocodète, si vous saviez ce qu'elle vient de me raconter... Ça vous intéresse toutes. Un mariage de quelqu'un d*ici.
On fit cercle autour de Zélie.
— Qui? qui? qui donc? demandaient les danseuses \ parlant toutes à la fois.
I Le mot de mariage leur avait fait perdre la tête. / Zélie se donnait des airs d'importance.
— D'abord, dit-elle, le futur est M. le vicomte de Saint* Bertrand.
— Lui!
— Ah!
— Tiens !
— Excusez !
— C'est un joli garçon I
— Trouves-tu, toi ?
— Fais donc pas la dégoûtée.
— Et qui épouse-t-il ?.
— Attendez !
— Je parie que ce n'est pas Zélie !
— Ni Azéma !
■*- Ni moi !
— Ni personne !
— Vous ne devinez pas? dit Zélie.
— Non.
— Alors, vous donnez votre langue au (Jiatt
— Oui.
— Eh bien, il épouse.,. Barberine !
Un grand silence se fit à ces mots. Toutes les jeuxref
TRIOBIPIIË DE L'ENFANT PRODIGtJE. 60
femmes se regardèrent. Chacune d'elles avait une idée, et i*.herchait à savoir si ses camarades en avaient une autre. Û nulle d'entre elles ne souillait plus.
Les danseurs avaient écouté.
— Barberine ! Cinquante mille francs de traitement ! En voilà un qu'a de la chance ! dit le moins jeune. i
La leçon fut reprise. Hais, au dire de maître Sulzer, ja-^ mais, au grand jamais^ ses élèves ne dansèrent plus mal. ' Elles étaient toutes maussades, et toutes se plaignaient d'avoir mal aux pieds.
Quand elles eurent été se rhabiller, elles s'en allèrent par petits groupes de trois et de quatre. Elles avaient eu le temps de réfléchir, de peser le pour et le contre de l'événement; et elles ne croyaient plus devoir cacher leur pensée maintenant.
— Un homme du monde ! disait Zélie, C'est toujours agréable pour une danseuse.
— Âh bah! répliquait Cocodète. C'est peu de chosej les hommes de ce monde-là !
— Qu'est-ce que tu crois donc?
— Je crois qu'il fait une affaire, le vicomte ! Quand on épouse sa maîtresse, c'est qu'on a de bons motifs pour se ranger.
' — Alors. . . à ton idée, Barberine. . .?
— Barberine ! je t'en réponds, elle a mangé son pain blanc le premier.
— Pourquoi?
— Parce que.
— Laisse donc ! avec sa position à l'Opéra...
— Tu ne connais pas Saint-Bertrand, ma chèrd.
70 II MiRJ PE U DANSEUSE.
— Pauvrpfempie!
— Om, pauyre feninjel car Saint-Bertrand, vois-tu...
— Eh bien?
— Eh bien , il va joliment la fairQ danser t