SCENE III
Les Mêmes, DERVILLE. ? " ~ "~ J
MAD. DE CLARENCE , se jelant dans les bras de son oncle.
Mon bon oncle! /+ m * t.*
DERVILLE. A (tttWt/tfjk
Ma chère nièce! ( brusquement à Dubreuil. ) Bonjour, Monsieur, enchanté de faire votre connaissance.
dubreuil/J"
Croyez, Monsieur, que moi-même depuis long- temps
Mad. DE CLARENCE. J} J'allais, mon cher oncle , vous présenter...
DERVILLE, brusquement.
Il vaut mieux tard que jamais... Diable! vous êtes un homme rare • on ne vous a pas quand on veut.
DUBREUIL, étonné.
Moi , Monsieur? ( bas à madame de Clarence. ) Que ditil donc?
Mad. DE CLARENCE Certainement vous ne pouviez...
Ma chère amie , cela ne te regarde pas. ( à Dubreuil. ) Oui, vous!... cela vous étonne... Il est certains parens qui ne voient pas avec plaisir l'amitié que je porte à ma nièce^ et qui ne demanderaient pas mieux que de vous mettre mal avec moi. ( à madame de Clarence. ) Enfin , le croirais- tu , un cousin de ton côté, profitant de la mauvaise réputation de ton mari, m'avait écrit qu'il s'était de nouveau battu en duel!...
(8) Mad. DE CLARENCÉ.
Quoi, mon oncle!...
DERVILLE
Qu'il avait même blessé dangereusement son adver- » ^ saire!...
JM , Mad. DE CLAREJNCÉ.
PT % *• l Userait possible!...
•4#H ' ' $, » <\ DERVILLE
'*» Et qu'il avait été contraint de fuir pour éviter les poursuites de la famille du blessé.
Mad DE CLARENCE, bas à Dubreuil.
Il sait tout. ( haut.) Coyez, mon cher oncle...
|»vV^\V *> £* DERVILLE.
Un duel! répandre le sang de son semblable !... quel souvenir cette idée réveille en moi... Ah ! j'étais d'une colère !.. je ne lui aurais pardonné de ma vie.
MadHDE CLARENCÉ, a part.
Grands dieux !
f* DUBREUIL.
Soyez convaincu, Monsieur...
DERVILLE
Je sais bien à présent qu'on m'en avait imposé; mais je vous avoue qu'il ne fallait rien moins que votre présence en ces lieux , mon cher Clarencé...
Mad. DE CLARENCÉ, vivement.
Mais , mon oncle. . .
DUBREUIL, de même , et passant près de Derville.
Ce cher oncle J... il avait des préventions contre moi !
Mad. DE CLARENCÉ, basa Dubreuil.
Que faites- vous?
DUBREUIL , de même.
Il le veut... je vous sauve, je gagne du temps,
( Haut à Derville. )
Air : Adieu. , /'e vous fuis Sois charmans.
Je ne suis plus ce Clarencé , Toujours prêt à servir Bellone ;
Plus calme aujourd'hui , plus sensé ,
Je ne veux la mort de personne.
Un changement inattendu ,
S'est opéré dans tout mon être ;
Il ne faut que m'a voir connu , \ „•
Pour ne pouvoir me reconnaître. j
DER VILLE
Allons, tant mieux !... si vous avez eu quelques torts envers votre vieil ami, il les oublie en vous serrant dans ses bras.... {passant au milieu d'eux. ) à mon âge, on n'a plus que le temps d'aimer et de pardonner... Ces ehers enfans !... je me suis occupé de votre bonheur.
M au. DE CLARENCÉ.
Ce bon oncle ! {à part. ) Et je n'ose le désabuser.
DERVILLE
Ne me remerciez pas... en songeant à vous, je ne me suis point oublié,... c'est une petite spéculation de vieillard.
Air : De la Sentinelle.
Aux jours brillans de* volages désirs , D'un prisme heureux l'horison se colore ; Le vrai bonheur succède aux vains plaisirs, Un midi pur console de l'aurore.
Mais vers le soir tout éclat disparaît , A notre cœur i'espérence est ravie : . Puisse au moins le bien qu'on a fait ,
Laisser tomber un doux reflet,
Sur le déclin de notre vie.
{A madame de Clareyicè. )
Ma nièce, je te fais compliment du neveu que tu m'as donné.
DUBREUIL , à part.
S'il disait prêté, encore.
MAD. DE CHARENCÉ , à part.
Quelle cruelle position !
DERVILLE
A propos , j'oubliais de t'apprendre une nouvelle, qui te Le Mari. 2
( io )
fera sans doute plaisir -} ma pupille est ici... la vieille pa« rente qui l'a élevée vient de mourir.
Mad. DE CLARENCÉ.
Eugénie Delmare est auprès de vous?
DUBREUIL , stupéfait, a part.
Eugénie Delmare , ici... qu'ai -je fait !
DERVILLE
Combien elle sera désespérée de n'être point là pour te recevoir.... elle dîne aujourd'hui chez madame deSénange, notre vieille voisine.... Oh! tu la trouveras bien changée , bien embellie.... c'était un/ enfant quand tu Tas quittée, à présent c'est une femme dans tout son éclat... Voilà le moment de songera l'établir., elle m'a fait une confidence
elle aime.
DUBREUIL, vivement.
Qui donc?
DERVILLE
Un jeune homme charmant,
DUBREUIL, avec hésitation.
Vous le connaissez?
DERVILLE
Oui.
DUBREUIL, à part.
Ce n'est pas moi.
DERVILLE
C'est-à-dire, je le connais... de réputation.
DUBREUIL, avec joie, à part.
Je respire !
DERVILLfc.
Tenez, c'est précisément un parent de votre femme, le jeune Léon Dubreuil.
DUBREUIL, avec précipitation.
Léon Dubreuil!
feaff^
DERVILLE
Diable! quel feu!... il paraît que vous vous intéressez vi vement au sort de M. Léon ,
DUBREUIL , vivement.
Beaucoup!... ( se reprenant. ) Pour vous , puisque ce mariage paraît vous être agréable.
DERVILLE
Sans doute.
Air : De Turenne.
C'est un docteur de très-rare mérite.
DUBREUIL
S'il était là comme il serait flatté.
DERVILLE
Aussi partout on l'honore, on le cite, C'est le phénix de notre faculté.
MAD. DE CLARENCÉ , souriant.
Assure-t il par hasard la santé ?
C'est un phénix! quels honneurs à lui rendre, Sifconime lui, méritant ce surnom, Tous ses cliens, aux bords de FAchéron, Renaissaient un jour de leur cendre.
DERVILLE
J'ai un projet qui, j'espère, sourira à Jtput^e rtionfle...;. « ^ rnais#U n'est pas encore temps de vous le dire, c'est une •— surprise que je vous ménage.
( On entend le son d'une cloche. )
Air : De Rossini.
Entendez-vous sonner La cloche du dîner,
Vite à table, Et qu'un vin délectable , Nous serve tour-à-tour A fêter ton retour, Mon bonheur, votre hymen et Vsmoctr.
Quel plaisir après deux ans d'absence, De vous voir combler mon espérance.
Mes enfans désormais , Vous ne me quitterez jamais.
DUBREUIL , bas a Madame Clarencé.
Tâchons de prévenir Eugénie.
Mao. DE CLARENCÉ, a part.
Quel projet nous cache-t-il ici ?
DERVILLE
Vous vous donnez à moi pour la vie.
DUBREUIL , à part.
Vrai, je me donne au diable aujourd'hui.
DUBREUIL et Mad. DE CLARENCÉ.
Nous entendons sonner La cloehe du dîner,
Vite à table, Et qu'un vin délectable, Nous serve tonr-à-tour ensemble. / A fêter en ce jonr ,
Le bonheur, et l'hymen et l'amour.
DERVILLE
Entendez- vous sonner \ La cloche du dîner.
" '*> 2**" iC *'*'*' ^ \ Etc., etc.
DloCtT j3«./Ljc&M*. ( Ils smrtent. )