‹ Le mari par interim, comédie-vaudeville en un acteChapitre 5 sur 20 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CLARENCE , au fond du Théâtre, à la cantonnade.

C'est bien, mon ami , c'est bien 5 j'attendrai. ( sur le devant de la scène. ) Me voilà donc chez cet oncle redoutable !... mon éloignement subit et forcé de la capitale n'aura pas permis à ma femme de se rendre seule auprès de lui... quel prétexte aura-t-elle pu lui donner? elle qui lui avait écrit que nous viendrions ensemble... Il doit être furieux, avec

cela il n'était déjà pas prévenu très -favorablement sur mon compte... Oui , toute réflexion faite, jt «crois que mon plan est assez bien imaginé... Après avoir fasse quelques jours en Belgique, je ne puis résister au désir de connaître le résultat de cette déplorable affaire, dans laquelle, cette fois, je n'ai pas eu le moindre tort , et sur une lettre de mon colonel, je me détermine à rentrer en France... Le château de M. Derville est sur la route, il me vient dans l'idée de juger par moi-même de ses préventions contre moi, et de les détruire s'il m'est possible, car l'amitié d'un oncle, ricbe et respectable, doit être d'un grand prix aux yeux d'un neveu sensible et délicat qui ne l'a jamais vu;., mais pour m'assurer un bon accueil, je crois indispensable de renoncer pour quelques jours à mon véritable nom... Dévoûment sublime! sacrifice inappréciable!... ce qui me console, c'est que je ne crains pas qu'il vienne dans l'idée à personne de s'en emparer ; je le retrouverai toujours. Je me souviens alors qu'un cousin de ma femme , Léon Dubreuil , que je ne connais pas , jouit de la meilleure réputation auprès de M. Derville; je suis certain qu'il ne l'a jamais vu , me voilà donc métamorphosé en docteur.

Air : De ma Tante Aurore.

Dès que l'oncle vient à paraître ,

Je me présente hardiment. ...

Monsieur, dit-il, puis-je connaître ?...

Léon Dubreuil... eh l quoi ! vraiment.

De ce nom, voyez la magie,

11 me pleut force compliment ;

Et grâces à ma comédie,

Je suis parfait, je suis charmant.

Est-ce bien moi ?... quel changement! '

Oui, mais en auteur du moment,

Je ne sais pas encor comment

J'amènerai mon dénoûment.

( Apercevant Derville en dehors. )

Voilà, je parie, le cher oncle,.. Tenue de propriétaire, la casquette préservatrice !...

( i4 ) ^ SCENE V: ,

CLARENCÉ, DERVILLE.

DERVILLE

Pardon , Monsieur , si je vous ai fait attendre ; mais l'arrivée de bons parens...

CLARENCÉ.

Comment donc, Monsieur, c'est moi qui suis au désespoir de vous avoir dérangé. Revenant de parcourir la Belgique , et passant à quelques lieues de votre habitation, je n'ai pu résister au désir,..

DERVILLE

Monsieur , puis-je connaître ?...

CLARENCÉ.

Léon Dubreuil.

DERVILLE

Eh! quoi vraiment!...

CLARENCÉ , à part.

Qu'est-ce que je disais ?

DERVILLE

Léon Dubreuil ! j'étais loin, Monsieur, de m'attendre... lorsque vous m'avez parlé de la Belgique , j'ai pensé recevoir.....

Quelque pauvre millionnaire cosmopolite? eh! bien, Monsieur, à la douane, ils ont commis la même erreur , il est vrai que c'était à ma sortie de France.

Air : De Julie.

Moi , j'ai l'humeur tant soit peu voyageuse , De tout connaître un docteur est jaloux ; J'allais grand train , ma course impétueuse , Apparemment les aura trompés tous.

Ils m'auront pris pour un faiseur d'affaires , Pour un caissier, pour quelque entrepreneur, Agent de change ou même fournisseur , Tous gens connus à la frontière.

( i5 ) DERVILLE.

Monsieur, j'ai beaucoup entendu parler de vous.

CLARENCE, avec un peu de suffisance.

On a quelque réputation.

DERVILLE

Et la vôtre est bien méritée.

CLARENCÉ.

C'est ce que dit le régiment.

DERVILLE

Comment le régiment?

CLARENCÉ, vivement,

Le corps de la Faculté... c'est une petite plaisanterie que nous nous permettons souvent entre nous... vous concevez, la médecine et la guerre !...

DERVILLE , a part.

Il paraît fort gai pour un docteur. ( haut.) Oui , Monsieur, c'est chez la grand'-mère d'Eugénie , ma pupille , que j'ai entendu faire votre éloge, {à part.) Eh! mais j'y suis, il sait sans doute qu'Eugénie est ici , voilà pourquoi... au surplus, le prétexte est honnête, ses intentions sont pures, assurons-nous en.

CLARENCÉ , a part.

Comme il me regarde, tenons-nous ferme.

DERVILLE

Vous êtes toujours garçon?

CLARENCÉ , a part.

Est-ce qu'il voudrait me marier à présent? ( haut. ) Garçon...'mais.»., oui , pour le moment...

DERVILLE , a part.

Pour le moment, c'est cela même. (haut. ) C'est-à-diie que vous êtes très-disposé à cesser de l'être... vous avez raison , dans votre état , cela inspire plus de confiance , et j'espère bientôt... vous comprenez...

CLARENCÉ.

Très-bien, très-bien, (a part. ) Deux femmes, diable! c'est un cas pendable.

( i6) DERVILLE.

Je me charge de voire bonheur.

CLARENCÉ , embarrassé.

Croyez, Monsieur, que je serai trop honore'...

DERVILLE

Nous en reparlerons.

CLARENCÉ.

Je ne sais comment vous remercier d'un accueil ( àpart. ) qui n'est pas pour moi.

DERVILLE

Auquel vous deviez vous attendre... Un cousin de ma nièce!... je n'ai pas oublié que dans le temps , il avait été question de votre mariage avec elle : et ce n'est pas pour vous faire un compliment, mais entre nous, je vous eusse préféré à M. de Clarencé, car, vous le savez mieux que moi, il passait alors pour un assez mauvais sujet.

CLARENCÉ , a part.

Oh! pour le coup , ceci me revient de droit.

DERVILLE

Il est vrai que depuis que j'ai pu le juger par moi-même, je suis tout-à-fait revenu sur son compte.

GLARENCÉ.

Permettez... depuis que vous avez pu le juger... ah! ça, vous l'avez donc vu? vous le connaissez donc?

DERVILLE

Ils sont ici depuis ce matin.

CLARENCÉ.

Qui?

DERVILLE

Eux.

CLARENCÉ.

Eux, qui?...

DERVILLE

M. do Clarencé et sa femme.

CLARENCÉ, le regardant froidement.

Je ne comprends pas. «

DERVILLE, avec impatience.»

Cependant, il me semble que c'est assez clair... Mon neveu de Clarencé et ma nièce 7 sa femme, sont arrives ici ce matin, et de plus, je sors à l'instant même de dîner avec enx.

CLARENCÉ , avec sang-froid.

Est ce que vous êtes malade?

DERVILLE, d'un air effrayé.

Comment, malade!...

CLARENCÉ, se reprenant.

Pardon... habitude de docteur ! nous en voyons partout. ( à part. ) J'allais me trahir. ( haut. ) Vous dites donc que M. et madame de Clarencé sont ici ?

DERVILLE

Certainement, je vous le répète.

CLARENCE , avec un rire force.

Que c'est heureux , comme ça se rencontre !... (à part. ) Quelqu'un aurait osé prendre mon nom !

DERVILLE, C'est un couple charmant.

CLARENCÉ.

Eh! quoi, ma femme!... allonsdonc, c'est impossible, il y a ici quelque méprise... Mais cet autre Clarencé... il faut que je le voie à l'instant! ( à Derville. ) Vous permettez.

( // va pour sortir. ) DERVILLE.

J'oublie que la route a dû vous donner de l'appétit, et je

vais.

( On entend crier dans la coulisse. )

Le Mari.

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