‹ Le mariageChapitre 10 sur 52 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

les lois et de toutes les coutumes ; et il ne paraît point que les premiers instituteurs du mariage aient eu dans Tesprit une autre idée (1). t Est-il bien exact que le mariage ait pour but de pourvoir à oès trois grands intérêts : Tamour, la femme, la progéniture

Si nous suivons Proudhon, il nous est impossible de répondre. Car Tamour auquel il veut ici que le mariage pourvoie, il le met h la fin tout à fait hors le toariage, affirme que le but de nos passions n'est aucunement la possession de Tobjet désiré et condamne Thomme marié à aimer toutes les femmes dans une seule : ce qui est pour lui la véritable sotu-^ tion de ce difficile problème. — £st-il plus fidèle à ses prémisses à l'égard de la femme? A la vérité, il trouve que « dans lopinion de tous les peuples, le mariage est institué principalement en vue de l'intérêt de la femme ai que sous le double rapport de l'économie et de l'amour, l'homme perd à cet engagement plus qu il ne gagne (2). » 11 est d'accord en cela avec les philosophes et les écrivains de toutes les opinions, et lorsqu'il affixme que par le mariage la femme est déclarée c membre du corps social » il ne dément aucun de ces philosophes et de ces écri* vains, qui de près ou de loin se rapproçhent de son

(i) P.*i, Proadbon, De la JuttUê dam la Révolution $i dont V Eglise, (i) P.-J. Prondhoo, /6id.

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opiûiûQ en établissant le mariage sur le besoin de protection qu*éproa¥e la feimne : « De ce seul fait qu'elle est plus faible que Thomme» il résulte évidemment que cette fiublesee doit être compensée par un droit et qu*eUe ne peut devenir mère sans y consentir. A quelle condition ce droit sacré* dcât-il être garanti? À la condition que la société inler- Tienne pour oonsacver et stabiliser le mariage. C'est la nature qui oblige la mère à prendre soin de Tenfant ; il faut que la loi oblige le père à prendre soin deTenfant et de lamère (1). » £st-ce à dire que, dans l'opinion de H. Jules Simon, le sentiment paternel et le sentiipûient conjugal n'aient point de place dans le cœur de l'homme et qu*ici la loi doive faire i œuvre de la nature '? Où serait alors la moralité du mariageT Et ne se rencontre-t-il pas des mères dénaturées comme il se rencontre de mauvais pères et de mauvais maris? Évidemment la pensée de M. Jules Simon n est pas celler-là. Il veut dire sim.-plement que la faiblesse de k fémme doit être com pensée par un droit que la loi garantit et qui s ap«. pelle le mariage. — M. Michelet ne pense pasanire* ment. « La cérémonie, la solennité, la publicité^ dit-il, sans nul doute, sont excellentes. Mais le fond de la chose c'est T&me. Comme le disent les juris-

i\) Jules Simon, Le Deioir,

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oobsultes romains : mariais c'est consentement,

l'acte de la volonté, de la liberté qui se donne. Donation mutuelle des cœurs, mais sacrifice surtout de la plus faible qui, remettant au plus fort Ame et corpst ne réservant rien, livre tout, risque tout, aux chances de l'avenir (1). » Enfin, M. Henneqnin va plus loin encore, en quelque manière, lorsqu'il écrit : f Quand les lois se perfectionnent, la faiblesse de la femme suggère, au lieu du mépris,- la protecr Uon... t

. Ainsi, pour ces philosophes, la fèmme est un

être faible, dont l'homme est le protecteur naturel, et en s'associant cet être incapable, par le mariage» en même temps que l'homme lui donne une place dans la société, il commet un acte plein d'une gétéreuse charité. C'est à cela que peut se résumer iâphilosophie du mariage pour les auteurs que j'ai «lés et je n'ai trouvé nulle part, à la vérité, dé Uiéorie qui mérite plus de m'arrêter; si ce n'est toutefois chez Proudhon. Ce qui distingue la théoiîe^ de ce puissant dialecticien, ce n'est pas qu'il ne con^^ sidère .la femme comme un être faible, à qui le ma»-^)\ riage seul donne entrée dans la société, nous venof^M devoir qu'en cela il est d'accord avec M. Jules Si'* ^

(1) J. Uiehelet, VAmaur. ^;

(2) Victor llennequio. Introduction hittorique à Vhiiloire dê (A ; Ugiilaiion françaho.

A DU MARIACB

moa» M. Michelet» M. Ueonequiu et avec le plus grand Aombre des écriTains; mais e'est qn^an lieu de doaner pour priacipe au mariage un sentiment de eharité, il lui donne pour principe la justice ellemême* Par là» ProudhoQ fait de la conscieuce humaine le lien supérieur des époux et il fait rentrer du même coup le mariage daas le droit. Yoilà le ' côté excellent de sa théorie. En fondant, en effet, le mariage sur la charité, sur la condescendance de rhomme à Tégard de la femme, sur le sacrifice de la force à la faiblesse^ on place de fait le mariage hors le droit. Dès Tinstant que le mariage est une affaire de pur sentiment, il échappe à la justice et par coâséquent à la loi. La théorie de Proudhon étant plus sociale, plus juridiqueg Tattention que nous y por* tons est justifiée. Lorsqu'il affirme la conscience et la justice devant le mariage, Proudhon a raison et se montre conséquent. Mais pourquoi concède-t-il la faU)lesse de la femme, son infériorité sociale, son besoin d'une protection garantie par la loi? C'est là que la contradiction, apparaît.

Ou le mariage est un devoir de charité, tqut au moins une affaire de sentiment qui n oblige pas plos que la pitié, par exemple ; ouïe mariage est le milieu nécessaire de l'action de la conscience humaine, une nécessité d'existence, un complément de rie, le de* voir le plus libre, mais iô plus indéniable. Alors la

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