‹ Le mariageChapitre 11 sur 52 · LIVRE PEEMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PEEMIER

femme est notre égale, elle é les mêmes droits que ~ aous ; et la même loi qui nous la fait rechercher, par Teffet naturel d'ane conseience incomplète et iaas* souvie, la porte aussi vers nous.

Le troisième intérêt auquel le mariage doit pour- ?oir est la progéniture. Proudhon, étant parti d'un principe de justice, a bien fait de placer cet intérêt le dernier. Il est clair que ce n'est pas à la progéni* turc que le mariage doit pourvoir, avant tout, il doit être la dernière et .la plus élevée des satisfactions de' conscience que Thomme recherche en ce monde.

Cependant est-ce que la reproduction n'est pas un . fait énorme? Est-ce que Thomme, parce qu'il est le . maître de la reproduction de son espèce, comme je l'ai fait remarquer, a le droit de se soustraire et d échapper k Tacte de reproduction ? £st-ce que Ton ne peut point considérer cet acte comme un devoir, puisqu'il dépend de nous de l'accomplir ou de nous y soustraire, et que sa conséquence h*est rien moins que la conservation ou la disparition de l'espèce tout entière? Sous ce point de vue, la question se pose dans ces termes : Quel est le mode le plus :uoral d'union entre l'homme et la femme en vue de la reproduction? -— Un mode moral dQ reproduction? Qu'est-ce que ce peut être ? Est-ce que tous les modes I de reproduction ne seront point moraux s'ils sont | effectifs? Nous voilà engagé, et de plain pied, sur le j

terrain des unions libres. Il ne suffira plus d'aïfirmer que le mariage a pour but de pourvoir à ce grand intérêt : la progéniture, il faudra établir que e*est la seule forme d'union des seies qui remplit ce but ; ce qui ne présente point grande dittîculté si Ton prend garde que le mariage étant le seul lieti qui attache l'homme et la femme par la conscience, par le respect des conventions, par le droit ; c'est le seul qui, garantissant aux enfants lassistance d'un père et d'une mère, assure en même temps la cons- . titution de la famille.

Hais il faut prouver aussi que le mariage n'est pas une limite à la progéniture. Car sll limitait la progéniture , il ne pourrait l'avoir pour but. Or il est d'observation scientiiique que les femmes qui se livrent au commerce de plusieurs hommes produi* sent peu ou point d'enfants. Ce sont donc les unions qu'on est convenu d*appeler libres, bien quelles soient le plus souvent les plus asservissantes , qui font obstacle à la reproduction et non point le mariage qui n'est jamais infécond que par reiïet d une corruption sur laquelle nous aurons à revenir.

En résumé, le mariage qui a pour but, suivant Proudhon, de pourvoir à l'amour, à la femme et i la progéniture , est démontré ne pourvoir complètement qu'à la progéniture. ^ Il ne peut, dans le sjfstcme de Proudhon, pourvoir sans contradiction

LIVfi£ PREMIER ai

è lamour et à la femme. A Tamour, parce que f roudhon iiDÎt par le repousser comme le poison du mariage; à la femme, parce qu'il établit son union avec rhomme sur le principe de la justice et non sur

. celttî de la charité. Le mariage pourvoit, au con- XT^iïQ, tout à fait k la progéniture; d'un côté parce qu*il assure aux enfants, par la constitution de la famille, les soins de Texistence ; de Tautre» parce qu'il est le seul mode de reproduction limité par leûet de la nature et à la fois la plus féconde

* des unions.

Sortons maintenant de la théorie de Proudhon et essayons de dégager ropinion qui nous est propre. Le mariage, à nos yeux, ne peut avoir pour iin unique l'amour. La raison en est que l'amour est un sentiment dont la mesure et l'olyet sont essentiellement variables et dont la direction nous échappe complètement. Si lamour doit ôtre la cause déter« minante du mariage, et nous verrons qu elle ne*peut pas être la seule, Tamour ne peut recevoir du mar riage une satisfaction constante. C'est méconnaître la nature .de TAme humaine que de faire de Tamour un sentiment ilxe dans son objet et dans son in*

lensUé, el de prétendre que le mariage a pour but

d) satisfaire. Si notre jugemeut pouvait ici nous ^rer, Texpérience de ehaqae joar le redresserait bientôt. Je n'ai pa^ besoin de démontrer pourquoi ramoar est un seniisieiit variable. Il est variable parce qu'il est toujours déterminé en nous par la beauté, qu'elle soit physique ou morale, et que la boauté étant de sa nature altérable, passagère el diminuée après qu'elle s*est communiquée, Kamour suit, de tous points, les variations de la beauté absolument comme Tardeur du soleil celles des saisons. JLe dois dire cependant que l'amour peut parfois emprunter à Tidéalisme une grande force de constance. C'est par un effet de l'idéalisme que s'explique la surprise que nous causent quelquefois, dans le monde, les maris qui sont restés épris de la beauté de leur femme alors que cette beauté «est passée.

Il est naturel que l'homme comme la femme soit guidé dans son choix par Tamour. L'amour est la règle naturelle des unions. Si elle n'est pas ' toujours suivie, c'est qu'à l'amour s'ajoutent, en général, des considérations toutes morales et toutes sociales dont je n'ai pas k parler à présent. Après le mariage, il est constant que Tamour s'affaiblit ' et qu'après avoir accompli sa révolution bienfoi* santé dans le ciel bleu des premiers enchantements, il disparaît radieux et encore plein de lumière à

Digitiz

LIVRË PREMIER 3:^

riiorizon de la vie humaioe au moment que Dieu a . marqué pour le silence des passions. Un sentiment l^os noble encore s'il est possible, l'amitié, suecàde à Tamour, mais il faut remarquer que cette amitié o*a rien de comparable à celle qui naît ordinairement entre les hommes ; eest un sentiment plus constant que Tamour, plus aident que Tamitié et qui fait vraiment sentir, à ce moment, aux époux, toute la moralité du mariage, c Quand on répète que Tamour est remplacé, à la fin, entre les époux, par une solide amitié, on yeuf dire seulement que les sens s*apaisent ou s épuisent : car Tamour conjugal conserve tous les autres caractères de Famour... N*en médisons pas, ne le dédaignons pas, U n'y a san$ loi ni bonheur, ni dignité du foyer domestique ( I ) . » — Je le veux bien. Et c*est convenir avec nous que Tamour n'est point la raison unique du mariage et qu'en outre il est moral que cela ne soit pas. La femme T

tlst-ce que le mariage pourvoit davantage à ce second intérêt? Que Proudhon l'ait cm un môment, je l'ai expliqué en relevant la contradiction. L'erreur est due certainement & la distinction, mal obserrée et mal établie, de la condition de la femme par rapporté celle de Thomme. La civilisation, le milieu où

<1) lalet Simon» U Atvoîn

ai DU MARIAGE

nous vivons foni illusion. C'est parce que nous voyons la femme ignoraale» soumise et subordonnée en apparenœ, toujours révoltée et dominante en réalité, faible et sans droits tandis qu elle possède tons les droits sur notre eœnn que nous faisons à la femme une condition particulière. £n crojant.lui eréer une condition suffisante, bien qu'inférieure ànos yeux, nous lui donnons en fait toules sortes d^avantages. L'égalité, au moins devant le mariage, serait une solution si simple 1 C'est parce qu'elle est faible que nous devons la protéger, c'est parce qu'elle n'a pas d'existence sociale, ni légale bors le mariage, qu'il est charitable, qu'il est moral que noua épousions : autant de raisonnements iacom^ plets. Il est vrai qu'aujourd'hui les mœurs ont fhit i * la femme bonnéte cette siluation, que, si elle na trouve pas de mâri« il neini reste qu'à choisir entre le célibat qui est contre nature, ou la prostitution qui est contre la morale. Si c'est à cause de cette situation que la femme n a d'existence sociale ni légale hors le mariage, et si c'est nous, les hommes, qui avons créé cette situation, a est nous qui sommes hors la morale et Je droit. Et alors, loin de faif» entrer dans la morale et dans^le droit la jeune vierge que nous épousons, c'est nous qui y entnms par W grâce de son union avec nous. Grave problème où. les plaies saignantes do la sociélé entr'ouvrent leurs

Page 1