‹ Le mariageChapitre 19 sur 52 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Dans son Um intitulé : Religion^ Pr^nriété^ Famille, M. Naquet établit d'une manière bien simple k liberté des unions. Deux modes de repioduetioii existent : l°la sélection naturelle ; 2*^ la sélection artificielle. Le meilleur mode de sélection n*aturelto. est Tamour. Si l'amour est réciproque, l'accouplement se produit dans les conditions les plus fitYorables ; les produits de l'accouplement sont beaux, satisfaisants, tels que les doit souhaiter un directeuir de haras humains.

Mais l'amour est inconstant de sa nature» bien que M. Naquet admette que la variété des dispositions affiectiTes puisse rendre l'amour constant chez les uns, inconstant chez les autres. Étant inconstant, comme l'amour doit présider à tous les accouplements , à peine de voir l'espèce se dégrader par un excès de population qui amène des épidémies . lesquelles, à leur tour, enlèvent les plus faibles, faisant ainsi de la mort, qui ne laisse que les forts, le meilleur instrument d'équilibre pour la population et d'amélioration pour l'espèce : l'amour donne non-seulement le droit mais impose aux hommes € le devohr » de rechercher de nouveaux siiyets pour un second, un dixième et un centième accouplement* > — L*amour possède un titre plus considérable encore à la préférence de M, Naquet. C'est suivant lui le moyen le plus mçral de limiter la populati<m dont le

n m MARUGE

débordement futur est le point noir de l'iiumanité.

Etcoiniiient cela, je'vousprie? « C'est qu'il y a un rapport inverse entre le. plaisir qa*éproave la femme , pendant la copulation et la facilite avec laquelle elle est fécondée. Plus le plaisir est grand, moins elle est prolifique {! }. » Beaucoup d'hygiénistes affirment le fait, M. Michel-Lévj notamment dans son TraUé d'hygiène et le professeur Naquet, qui doit s'y conuaitre, loin d j contredire, en fait le fondement d*ane partie de sa théorie. Je ne discute pas le fait qui peut être d'observation exacte, ni le moyen parce que j'aurais à y revenir. Je poursuis la discussion sans 1 embarrasser. — Pour s'accoupler sous la seule inspiration de l'amour autant de fois que le besoin le commande et avec autant de sujets que la passion leur en fait aimer, il faut à l'homme et à la femme une liberté absolue. Arrivé là, tous imaginer que ta iiberté est suffisamment justifiée par l'amour compris de la sorte et que le système se soutient tel quel. — L'auteur ne vous fait point l'honneur de TOUS croire si perspicace, lu lieu de se borner à dire : l'homme et la femme ont le droit de s'unir et de se quitter suivantle caprice de la passion, s^ns aouei l'un- de l'autre et sans souci des enfants, ce qui met- Irait tout en commun ; il plaide la cause, déji gagnde

' (i) jkilRd HaqM» Migiân, FwpriHê, FwnUh. .

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aux yeux de ses lecteurs, de la liberté des unions eu j la finidant sur la liberté d*association ; et le voilà conduit à reparler du mariage on ne sait pour* quoi. ï

Le mariage est une association. Toutes les associa- | lions doivent être libres. Donc le mariage est libre : c*est-à-dire qu'il n'existe point. Tel est le syllo-» gisme. — Sommes -nous convaincus? — Poursuivons. — Comme Thomme possàde non-seulement le droit niais le devoir de quitter, de par l'amour, une femme pour une autre, il n'a point à s'inquiéter des enfants : ils incombent à la mère. La paternité ' . ! est supprimée. Mais (ici la logique gâte les choses) la mère ne peut élever ses enfants et travailler en i même temps. Et M. Naquet ne peut pas laisser mourir de faim les petits nouveau-ncs qu'il a si fort exposés. L'£tat enverra donc des bons de pain, force gâteaux et quelque argent avec cela, à son i épouse malheureuse et fidèle ; la paternité étant transférée à l'État, qui trouve que les philosophes abusent un peu de sa capacité et de sa puissance.

Ce serait tout, si le professeur Naquet n'insistait point. Mais il a, autant qu'aucun» le travers des logiciens qui ne s'arrêtent devant leurs déductions ' ! que lorsqu'elles les contredisent. Il lui échappe donc une phrase que je dois encore relever ; après quoi je ' le tiendrai quitte pour le moment, c Tant quç toutes j

lu chacgôft faioilUiftS iocoioberoat au père, le mt'* riage sera de fait indissoluble, malgré toutes le3 lois qu'au . pourra iaira pour qu'il ue le soit pas. La liberté de se séparer n'existera même pas pour les amants librement unis (1). » JPeut*on plus mal défendre sa cause ? Pieiit«oin montrer davantage qu'on eu désespère? — * Apparemment pour vous» les charges familiales n*inoombent pas an père. Tous les faites incomber à la mère d'abord, et comme vous sentei Tabsurdité, vous les rejetez bien vite sur l'État que vous déguises;, è votre £açon, en père de famille. Est-ce raisonner? —-Pourquoi la mère? Pourquoi l lillat î Tout cela est absolument acbîtraire. Et j'en suis charmé* Car vous êtes amené à reconnaître que si les <>barges de h famille incombent au père» le mariage est indissoluble ; et vous n'avez rien dit, vous n'avez pas donné une raison qni prouve que ces charges ne doivent point lui être attribuées. Vou# ne vous contîntes pas de cette déclaration et vous affirmât que la liberté de ae séparer n'exiaterait même plus pour iea .amante librement unis. N'est-ce pas que vous sentez, autant que moi et comme moi, que k conscience est jpkis forte ici que vos paralogismes T Le fait seul d'avoir écrit ce que je viens de reproduire démontre claire-

(i) AiM Ibincw JWMMt iHwpri^ WmmIU.

UTRB PBBHIÉR |f

ment» qu'an fond, tous ne croyez pas plus que moi à

fOlre système. Youlez-vous me dire, en effet, pourquoi le mariage serait indissoluble si les charges de la famille incombaient au père, puisque dans YoUe système tous les avez attribuées à la sans songer pour cela à rendre le mariage indissoluble ? Alors les charges mises au compte de la mère ne suffiraient pas à rendre l'union indisso- Ittbto, et mises au compte du père elles suffiraient? La raison encore une fois? — C'est bien que vous reconnaissez à Thomme une conscience qui lui fait un devoir de ne point abandonner sa femme, ' de ne point laisser mourir de faim ses enfants : et, j'ose le dire, le droit de repousser pour cela avec noblesse tout autre concours, surtout celui de votre théorie. C'est sa fierté, au père de famille, d'é- Itier ses enfants ; c'est sa récompense de les Yok grandir, sous son regard, avec ce qu'il leur a donné f * Qoelle puissance pmnrait s'opposer à sa dignité de père ; et que valent les raisonnements en face d'une telle force morale ? Vous Yam ai bien senti que Ttmant vous a suffi. £t en même temps que vous avez confirmé ma thèse, Tousam rainé la Tdtre. Gar que peut-il rester maintenant de vos unions libres, dès le moment que yoos uyok enchaîné l'amant par la conscience, que vous Tavez attaché à une compagne mm$ qui il se sent obligé que vous ravez

retenu dans les mailles serrées de Tamaur paternel?

Allez-vous attaquer, contre Michelet et contre Proudhon, le mariage un et indissoluble ? — Vous avez essayé de réfuter Proudhon par-dessus tout. Vous arez soutenu, contre lui, Tégalité de la femme | et de l'homme. Vous nous avez fait considérer avec raison que chacun d'eux apportait dans la société un élément nécessaire et que la femme par ses facultés affectives, , par sa charité, par sa constance dans les affections du cœur, par sa patience dans le détail des choses, rendait autant de services que Thomme par ses facultés actives, par son sentiment de la justice, par sa puissance de création, par la force de son jugement. Et puis vous refusez à la femme Taffection durable de celui que l'amour lui a fait préférer et le moyen d'exercer cette faculté qui est la sienne : aime avec constance ; et, bien que vous ayez fait de la femme notre égale, reconnaissant qu'elle ne peut, à la fois, élever ses enfants et travailler, vous chargez l'État, c'est-à-dire nous, d'un soin et d'une dépense que vous avez commencé par nous interdire. Vos unions libres sont les moins libres de toutes. Tous n*avez pas vu que les obligations qui suivent les rapports de l'homme et de la femme et la naissance des enfants, laquelle crée la mère et crée la famille, que ces obligations enchaînent, par la conscience, ce que vous appelei b

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liberté de l'homme. Cette liberté» pour vous, serait

le droit de se soustraire aux devoirs les plus sacrés. Tous n'avez pas compris que ces obligations sont les mêmes pour tous les hommes, que la loi sanctionne ou non leur union ; et qu'ainsi le mariage n'est qu'un nom dont la société décore ceux qui se sont engagés à accomplir les devoirs prescrits par la nature même.

Proudhon, que vous ne savez point lire» a cherché à la justice un organe. Comme la vue a un organe, comme Touïe a un organe et la pensée un organe, ainsi, s'est-il dit, la justice doit posséder un organe vivant et fonctionnant. Et il a fait du couple conjugal l'organede la justice. Pouvait-il démontrer mieux la grandeur de Tinstitution? En montrant le couple conjugal comme l'embrjon do la société et en faisant de cet embryon social Forgane* même de la justice, il a jeté sur le mariage l'éclat d'une mijesté incomparable. Avouez donc que vous n'entendez rien à l'âme humaine, ricu à la morale, rien à la société ; et concluez avec Michelet, avec Proudhon, avec tous les philosophes, que Tabus de la logique et le silence de leur Ame n*a point égarés» à la moralité supérieure du mariage un o-t indissoluble. Je vous propose, pour forme de conclusioti» la phrase suivante que vous ne pourrez réfuter. Je l'emprunte i on livre de morale pour tous auquel je vous renvoie :

n DU MARIAGE

c Quand même le mariage ne serait qa*im moyen offert aux parents pour recoaaaitre lears enfants et aux enfants pour reconnaître leurs parents» cela suffirait pour le rendre digne de notre respect. Car, l'homme n*a pas le droit d'abandonner ses enfants» comme Tautruche abandonne ses œufs sur le sable du désert (!}• >

(t) Àa. Franck» la Jforiliffiir $m.

LHRË DEUXIÈME

DB L'INFLUENCE DES xMŒURS. DES CONDITIONS SOCIAUM £T PATHOLOaiQU£S D£ LA VI£ HUBfAXNB, DBS LOn BT DB LA LITTàEATUBB SUR LB MÀBfAOB.

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