INTRODUCTION
Quelle question plus importante fut jamais posée à rattention du moraliste et du législateur?
Gomment Tliomme et la femme s'uniront-ils ?
Quels devoirs et quels droits nouveaux résulteront pour eux de cette union? Sur quelle assise morale s'établira la femille ? A quelles conséquences sociales conduira la constitution de la famille?
On sent que de quelque manière que seront
résolus ces problèmes, ils se lient étroitement au
développement et ai i progrès de Tespèce humaine,.
et qu il n'est pas .'idUIérent de leur donner telle
solution plutôt qu* telle autre. C*est qu*en effet, à
lui seul, le maria^,) contient en germe la société
humaine. Par les enfants» il donne naissance à la
famille qui, à son tour» donne naissance k la so«
ciété. Si bien que Ton peut dire que Torganisation
Il L\TRODUCTIO\
de la société dépend de celle de la famille, qui dépend elle-même de celle da mariage.
Plus le mariage sera sévèrement établi comme la seule règle morale du rapport des sexes, plus il sera pratiqué sérieusement et avec le respect religieux du à un engagement solennel; plus le degré de moralité de la société tout entière se trouvera élevé. Si bien, qu on pourra mesurer, et au nombre des mariages et à la manière dont ils sont observés, le développement moral d'une société d'hommes. Cette question du mariage est donc par-dessus tout une question de haute morale humaine.
C'est aussi une question religieuse. Car l'homme sent le besoin de prendre Dieu à témoin d'un engagement aussi solennel: et il recherche pour les sentiments nouveaux éclos dans son âme, une consécration supérieure qui réponde à leur élévation et à leur noblesse. Quel que soit d'ailleurs le cérémonial employé et sans contrarier, en aucune manière, les croyances particulières, cette sanction sacramentelle qui fait du mariage un acte religieux en même temps qu'un acte social, ne peut que relever le caractère de l'institution comme un signe inaltérable du respect que lui gardent les hommes.
Comme la société n'est, à proprement parler , qu'une collectivité d'êtres humains groupés par familles et qu'il résulte de cet ensemble des rapports
nombreux dont la réglementation fait Tobjet propre de la loi ; le mariage devient nécessairement à la fois une question sociale et une question légale. Ooel acte humain entratne donc plus d'effets divers et de plus importants? — Le mariage marque l'âge vrai de l'homme. Il affirme sa responsabilité par le poids dont il la charge. Il crée pour l'homme ce sentiment, qui est le secret de sa force, la raison de son dévouement, la joie et la récompense de ses sacrifices : la paternité. Il reproduit l'homme par l'enfant et jette ainsi le défi à la mort. — L'homme éternisé devient dieu et prouve la perfection de ce monde. — Quoi de plus grand?
Si, maintenant, jetant les yeux sur la société au milieu de laquelle je. vis, j'observe avec méthode h s phénomènes qu'elle me présente, si j'essaie de péné^ trer la cause de ces phénomènes et que cette étude me découvrant plus de misères que de grandeurs, plus de sujets d'affliction que de sujets d'orgueil, pourvu qu'elle ne m'ait point arraché du cœur Fespéranee, m'attache à la recherche des moyens les plus propres à réformer les vices et à combler les dé* fauts de cette société : Quel soulagement peut-être pourlw hommes et, dans tôus les cas, quelle lumière pour mon e&priti*
Sst-oe quele.mâriageett universellement pratiqué parmi nous ? £st-ce qu'à côté des enfants légitimes,
nr INTRODUCTION
nous ne trouvons pas des enfants sans famille, les enfants naturels ? Est-ce que la proportion des pre* miers a?ee les seconds n'est pas un chiffire acea* blant pour notre moralité ? Est-ce qu'entre ceux qui les contractent, les unions sont toujours heureuses ? Ëst-ce que deux êtres qui se croyaient nés pour s'unir, n'aperçoivent pas quelquefois, après qu ils sont unis, que la mort leur serait plus lolérable qu'une existenee commune prolongée plus longtemps ? — • Est-ce qu il ne peut pas arriver qu'après s*étr8 séparés une première fois, ne pouvant supporter la solitude et n'ayant pas le droit de contracter une autre alliance, ils se réunissent de nouveau? — Combien de pères sans enfants? — Et combien d'enfants sans pères? — Combien de mères abandonnées? — * Enlin» combien demeurent célibataires par impuissance, par scrupule ou par égoïsme ?
Sait-on les raisons de tout cela? — Sait-on pourquoi rhomme ne consacre point les liens qu il a contractés avec une femme? Pourquoi il laisse déclassés des êtres qui sont ses enfants et qui ne peuvent manquer de lui être chers? — Pourquoi il abandonne parfois la mère et reconnaît pourtant les enfants?— Pourquoi il veut rompre les liens sacrés d'un mariage? — Pourquoi cette séparation lui devient souvent plus cruelle qu'aucune douleur?
IMTaOûUCXIÛN V
— Pourquoi les enfants en souffrent? — Pourquoi, enfin, là où la nature atait tout préparé pour Pfaar-^ monie, je ne sais quelle force, qui ne doit dépendre pourtant que de nous, assembl etoat pour la ^
désunion ?
n existe dans notre société des misères dont il
faut. déchirer le voile courageusement, des profondeurs qu'il faut pénétrer résolûment* — Ce sera noire tâche. — Nous croyons qu'il est plus utiLô • de signaler le mal en tentant de le combattre, que de livrer à nos juges des résultats d'érudition ou des considérations de sentiment sur une matière aussi vitale ; surtout dans un temps où le témoignage d'une satisfaction i 1 1 j ustifiée pourrait passér pour une complaisance servile. — Le plan que nous suivrons est donc arrêté dès h présent* — Après atoir établi que le mariage est l'expression la plus élevée et la plus morale du rapport des sexes , nous aborderons aussitôt la question sociale, celle qui touche à tous les intérêts et devant laquelle s'efiEacent les distinctions d'hommes et de classes. — Kous recher- . chm>ns et nous exposerons les causes des faits que nous aurons dévoilés, Nous interrogerons les mœurs, les 1(MS, les croyances, les préjugés, les s^ètes influences des conditions économiques et pathologiques de Texistenee humaine, enfin la littératuré : Trop heureux si, après ce travail , nous pouvons
VI DITROSiCrCTION
trouver daus le fruit de dos études, ou daas les inspirations de nos sentiments d'humanité, un sou* lagemeut à tant de misères, un remède à tant de maux, une réforme à tant de lois I