CHAPITRE II
IM UŒXSBB*
QG£ LE BBSPECT POUR LA FEMME EST UN DES PREMIERS ÉLÉMENTS DE LA PAIX ET DU BONHEUR PUBLirs.
XTFBTS Dfi LA PaOSTITUTION SUft L'hûIIME.
Comment expliquer un pareil état de choses?
Pourquoi si pèa de mariages ? Pourquoi si peu de oaissances? — La raison de ces faits n'est pas simple.
La jeane fille n'est-elle pas laite pour dtie séduite? Le séducteur n est-il pas assuré de Timpumté? Son erime n'est^il point crasidéré eomme , une conquête? Le mot même n*a-t-il point passé dms la kngue ; et la langue, n'est-elle pas le mo* nooient le plus vivant des civilisations ? La conquête est euTiée, le sédueleut flatté. Il devient l'amant et puis le l&che qui a]>andonne celle
DU MAKIAGE
qu'il a séduite. La jeune iille abandonnée devient prostituée; la prostituée devient misérable : la misérable meurt de la misère. Lorsque la honte ne conduit point à 1 infanticide et le lâche calcul à Fayortement, Texcès de la sou&ance précipite au suicide.
L'homme imite l'homme ; l'enfant suit son père. L'exemple le sollicite, la faiblesse de tous excuse la sienne. La fille n'est plus respectée par son père , la sœur par son frère, la mère par son fils. Chacun vole à son prochain, qui lui revole à son tour, Thonneur. *— L'homme lui-même, ne sentant plus sa dignité, dans la nuit que la perversité a fait descendre sur nous, cherche Thomme pour sa passion émousséo : et le trouve 1 — La race pourrie se déprime hâve et trébuchante comme l'ivrognerie.
Pour se marier, le jeune homme attend. — Quoif — L'flge du mariage? — Non. —L'étude, le eabinet, la position qui procure la dot. Pour amasser la dot, le père de famille ne s'abaisse-i-il pas aux turpitudes , quand la fille ne se prostitue pas pour la gagner ?
Pendant ce temps que fait le jeune homme t II travaille. A quoi? — A se détruire. Pour gagner de la patience, il prend la femme de la rue, il prend la femme du voisin. — Le céUbat entretient la prosti* tution, et Tadultèrc le célibat.
£t les en&nts? — Qui songe à eux? Ils sont
Teselavagede la femme et la ruine de l'homme. Le père évitera d'en avoir, et la mère en souffrira 1 *— II n'y a plus ni père, ni mère. — Mieux vaut jouir que peiner : et le mariage sans enfants ravale rinstitulion au concubinage.
Le vice ne connaît plus ni classe, ni foyer. A travers tous, il circule comme un virus. Le mai part du cerveau pour étouflEer le cœur. Sûr du concours d'une littérature agioteuse, à lagonie, il s envenime et empoisonne. A qui manque le vice, on Tînocule comme la variole ; et le pauvre dit au riche ; Je fimiterai.
Le monde, pour vivre heureux, ferme son cœur et ses oreilles : il aime ses aises plus que la morale, a ses usages et se pardonne tout. Il ouvre ses bras et ses salons au séducteur, à l'adultère, au père qui ne sait point reconnaître ses enfants ; et laisse la fille séduite, la femme trompée et le bâtard, aux abois, couverts de boue dans le ruisseau. — La misère monte comme un ilot. La honte s éteint comme une flamme qui n'a plus rien à consumer. Le crime devient une combinaison de fortune. Mais la Bourse hausse. Qui oserait se plaindre I
Moi : et je vais dire mes motifs : Car tout a sa raison et s'explique, la nuit et le jour, le mal et le bien, le vice et la vertu. — La raison de la maladie morale qui mentce de deveoir endémique dans rbumanité»
g| DU IIARIAGI
$e compose d'une série de causes qui se serveut tour à toar les unei nx autre» d'effels et de ctimB.
• La première i{ai apparaît, parce ifii^elle n'est qoe
1 effet le plus eu relief de causes plus profbadea : e*est la prostitvtien.
Qu'ua homme grave ait pu écrire .uu liYxe digne d*attention, composé de deux volâmes de 700 pages chacuQ sur un pareil sujet, c'est assurément là un signe qui vaut les autres, de 1* importance du mal et de la nécessité dy remédier. ~ J^ayoue que la lecture du livre de M. Parent-Duchdtelet m'a fait saigner le cœur. Que de misères, que de fileniesl n me semblait que ma pensée était égarée par le lére. Je croyais asrist^ i la chute des anges de Floris, et voir les flancs de la société s ouvrir sous la griffe déchirante de mille monstres humains. ~ Grâce pour la femme! Grâce pour la dignité humaine I — Où est la femme dans la j^toslitaée? Et où est la prostituée ? — Elle est là, autour et au milieu de nous : dans la famille I Que fa*t*il reate maintenant de la famille 7
ia prostitutin est sans éducation et sans prin-
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L1VB£ D£UXl£Mfi »
cipes. £lle oroit comme l'herbe dans les rues, rude et indocile; elle échappe même à k police qui cherche pourtant à la tailler eu coupe réglée* Elle n'a de préjugés que pour l'aigeiit; de temples que pour lui sacrifier, de tendresses que pour ce dieu.
Qu'on romancier la coiife d'un bonnet rouge ; et • la voilà révolutionnaire comme la misère , sur la brèche, l'étendard de la liberté à la main, le chant de la victoire sur les lèvres. — £Ue descend de là pour soigner les blessés, sans sentir que, par cette besogne, elle se garde encore des victimes. — Honteuse, elle se replie dans ses carrefours, et ne se montre plus que k nuit à l'heure où le haillon reprend Téclat d'un habit de fête, où la pâleur s^empourpie, mais où le iront n'a plus de rougeur. Sans connaissance et sans conscience, elle va tant qu'on la tolère. Il n'y a pour elle ni bons ni méchants, ni jeunes ni vieux, ni beaux ni laids, ni sains ni malades : il y a k misère. — Qu'est la pudeur, ce décor de Tàme, cette supériorité de la f«nmeT Un mot. — La virginité? Une naïveté stupide. — Le respect? Une gène. — La maternité? Une impuissance et une horreur I — Qu'est son âme 2 Une bave 1 — Sa religion ? Un rire 1 — Son langage ?Uneinjurel — C'est d'elle que le sc^ticisme a fait son organe. £lie aime tous les hommes et ne croit à rien. La mort seule lui impose.
66 MJ MARIAiGB
parce qu elle est toujours près de la mort ; et que
la mort est sans pitié.
La prostituée n*a pas d'âge. M. Parent-Duchâtelet a trouvé inscrites à la Préfecture de police des Mes de 10 à 12 ans. — Sait-on combien Paris possède de prostituées? — Cinquante mille (i) ; sans compter celles qui ne se font point connaître. C'est une légion d'affamées allant Misère en tête l Syphilis est à la suite du cortège. — Dans le cas le plus favorable, une fille malade se rencontre sur 88 (2). Combien déjeunes gens une seule empoisonnet-elle I Que de sangs corrompus T
La iille des champs, née pour le mariage et la maternité, cette liberté de la femme, quitte sa mère et gagne la ville voisine. Elle est à charge à sa famille ou bien elle s'est fâchée avec elle, a suivi de mauvais conseils, a été entraînée. Parfois elle s'est abandonnée; une promesse de mariage Ta trompée, elle craint que sa faute soit découverte, ne peut plus vivre dans cette pensée. Un matin, la pauvre enfant s'enfuit, laissant son honneur meurtri dans le che-
(1) mi.
(i) Parent-Duchâtelet, De la proHilulion dans la ville de Parti.
miD. — La Tille : c-est rinconnu» l'espéranoe. Oa
y doit vivre si heureusement! Elle arrive, frappe à la porte des fabriques : Point de travaiL II faut vivre cependant, et le plus honiiêtemeut possible» racheter sa faute : on veut toujours racheter la première. — La pauvre paysanne se fera servante au ' besoin. Mais n'est point servante qui veut. Mon Dieut Pourquoi tant de monde pour si peu de places ? — La jeune fille passera : la prostituée reste.
Ailleurs, la modeste vierge est instruite, elle sait ses devoirs ; mais le goût du luxe la tourmente, la curiosité de Tinconnu la passionne, les romans l'affolent : le séducteur n'a qu'à se présenter. — Simplicité niaise, ignorance, faiblesse, paresse, luxure, romantisme, faux dieux de la raison, fausses idoles du cœur, irréligion de la famille, prostitution de la pensée, cupidité basse, noire jalousie; vous aidez à la misère, première mère de cette fille bâtarde, à la face impudique, au ventre difforme, aux mains tendues, qui s'appelle la fille des rues : comme si ce n'était pas assez de la misère 1 — En connaît-on bien toutes les tortures ? Ceux que la misère a poursuivis n'ont pas écrit;, ils sont morts et leur voix s^est perdue, comme le mugissement plaintif du lion mourant de faim dans le désert. ~ La misère 1 C'est la grande cause 1 G*est le grand mal I — On a dit que loisiveté était la mère de tous les vices» Cela n'est
m nr mumàm
pas. La fortune sait toujours sa ecéer des wnqia-
• tioas. C'est la misère qui porte le poids écrasant de èette matemilé de nées. Le piostitntiiHi est fiUe de la misère. C est la mère qu'il faut étouffer et non l'enfont*
Tant que le jeuae homme devra atteudie jusqu'à •près de trente ans pour se marier, tant que rambir tiou, Tamour du gaia facile, la recherche d* une dot, feront, aTee la soif de jouir, le fond des aspirations de la jeunesse en quête d'une épousée ; tant que les préjugés et les besoins faetices m permettront pas plus de mariages d'amour, tant que la iemme sera asservie au caprice du passant par Tinsuffisance de son salaire et lentrainement général, tant que 11uégalité exagérée des fortunes ne laissera point de sitai^n entre la richesse pro¥oeatriee et la misère antihumaine; la prostitution au lieu de diminuer tift eiofssante» .
flans doute, comme le dit J.«J. Rousseau, un jeune homme irierge de vingt ans serait Fétre le plus aimable de la nature. Mais le jeune homme, le plus souvent, n*attend pas jnsqu'k eet âge ; et les ph j-^ siologistes, Cabanis le premier, s'accordent à recoB^ naître que la eontinenee est eanse de maladie et q«» Tètre ne pouvant vouloir sa destruction, tous ceux qui le peuvent éehappeni k la eontinenee. La ioeiélé sous ce rapport est irréformablet à moins qu'oa ne
UVBE DiSUXIÉMJS
la transforme en un vaste cloître. Mais la société pMl fptésix de ses piéjugés et peat guérir de la miière. Pour cela il faut de la générosité, point d'égoiime ; de riodépeadanoe d'esprit, point de superstitions ^ de la tolérance^ point de haine d'églises ni de eastes, ni de classes; du désintéressement, de ki charité, point d'hypocrisie. La misère est un mal dont la société doit guérir à mmns que bientôt elte ne se dévore. La fortune était le privilège aujourd'hui c'est le bien-être. La bonne conscience, la bonne conduitei le bon travail doivent y mener et tons, pour j atteindre, doirent tronrer la route ouverte.
Je rè?e d'one toute petite société libre et ben* xeuse, où chacun se gouvernerait suivant les règles d'one morale vraiment humaine et univerdeHement admise. Les fortunes seraient médiocres ; mais tout le monde vivrait à Taise. Les jeunes gens emvjouent le vceu de la nature et le sentiment de leur cœur dans le choix de leur compagne. On n'appcendrait pmnt là les belles choses qne nous sawns: mais l'enfance y serait élevée dans le respect de tous les droits, dans la pratique de tous les devoirs ; et les pères y recueilleraient plus tard les bieniaits de Téducation qu'ils auraient reçue eux-mêmes et qu ils auraient donnée, à leur tour, à leurs en&nts. Crojes-tons qn'on eoonattrait dans
M petit monde le nom de prostituée ? — Donnez donc un père et une mère à la prostituée, donnez^ui encore de l'instmetion, autant que possible, de Tou- ¥rage, assez d'ouvrage ; un peu de bien-être, Texem* pie d'un bon ménage, les joies de la famille, Tespoir de la maternité : la prostituée sera rhonuète fille» 4JaelIe est donc celle qui, avec tout cela, ne se respecterait pas et livrerait son nom et celui de sa iàr , mille à la honte (1) ?
(1) La prostitution n*avaii chez les anciezu nen de comparable k
ce qu'elle offre ]iarmi nous.
Chex les Hébreux, la QuadUehoih était une étrangère. Elle parcourait les villes pour exercer son métier, et comme elle répandait autour d'elîe ridolitrie, à laquelle elle était consacrée, Moïse, pour préserver son peuple du iléau de Tidolàtrie qu'il redoutait plus que la femme, arait condamné la qaadischolh à la mon parle bûeher.
Ghei les Grecs, VhèMrmf était vue Yëiitable toie do compagnie; les plus grands philosophes s'honoraient de son eommeree. Le goût 4n bel esprit, le besoin de plaire^ la vie en pnbUe» avaient imyalë la femme mariée an rang de reielaTe et mis YhikXri^ en bonnenr. C'est à i'époqne de la décadence que, Tidéalisme égarant de plus en pins 4a raison commune, les Grecs fnrent conduits aux amours socratiqrK's et à la pédérastie. Chez les Romains, les iiUes qui servaient dans i'3 temple de Vénus s'offraient aux hommes. • On comprend que dans l'antiquité, la prostitution dût présenter un tout autre phénoniène que chez nous. Elle n'avait pas chez les Hébreux, chez les Grecs et chez les Romains la même origine, la «lèrae cause génératrice. Tandis que l'idolAirie, l'idéalisme fruit du <lércjiement de l'art, une certaine dissolution des mœurs étaient les causes ordinaires de cet effet; chez nous c est, d'un seul mot, la misère. Aussi, une certaine égalité des fortunes, qui se rencontre à forigine des aneleones sociétés, les a-ueile longtemps préservées da Aéan nous décime. Et le meillenr moyen de tner ehes noua la pvosciinUon serait-il une plus grande égalisation dans les fortunes» suie vie pins simple et nooine d*4Qtane.
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LIVEE DEUXIÈMK 91
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U y a» je le sais» le sédncteutt béte faave, chacal
6Q quête de Tinnocente antilope, dont il faudrait débarrasser le bois. — En atteignant le séducteur, at-
teiudra-t-on la prostituée ? £t copament atteindre le séducteur?
— Ljcurgue faisait mourir celui qui avait déshonoré une fille. A Onondaga, le séducteur est puni de la prison. Au Lac Salé, il est puni de mort (1) : fait curieux à côté de la polygamie. Chez d'autres peuples, il est condamné à épouser la fille qu'il a séduite; contre-sens dont la jeune fille, que le législateur veut évidemment relever, doit être le plus souvent victime. En Europe, eu Angleterre et en Allemagne particulièrement, le séducteur paie une amende, une indemnité, épouse pajrfois ; en un mot, se tire d'affaire sans qu'il en coûte ni à sa liberté, ni à sa vie. Lequel vaut le mieux de tous ces systèmes ? Emprisonner, aujour-
d'hui, serait peupler les prisons, endetter TEtat. On aurait fait des prisonniers, mais non des hommes. Condamner à mort serait cruel. Forcer au mariage serait absurde. Faire payer ne rend point l'honneur.
(l) Voir Hepwortb DixoB, laîiouvelliÊ^Amèrlqu».
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92 M mÊmim
Et cependant, sédairot sous promesse de mariage snt^ tout, c'est un crime. Mais opprimer le faible^ tromper la confiance d'un ami, livrer son honneur sont aussi des crimes : la loi ne les puait point. Punir le séducteur eat «ffiairo*à la eouseienee etau mépris public : Qui peut se passer de restime de soi-même et de ses semblables? Four Thomme de oœur, la moet est plus supportable que le mépris ; et tout sentiment n*est pas, d'ordinaire, éteint dans TAme d*uii séducteur.
Le respect de la femme est un des premiers éléments de la paix et du bonheur publics. Si j'a?iîa à faire une loi sociale, j y inscrirais au premier rang le respect pour la femme. Le respect pour la fesme s'apprend comme la morale. Tout cela est aHaiie ' d'éducation , question d'habitude dans les rapports sociaux. On arrive à respecter la femme d'autrui, la fille du Toisin , comtaie on respecte sa somr ou une pu* rente. La manière dont certains peuples ont considéré les rapports des sexes entre proches parrats et x particulièrement entre frère et sœur, en. est aussi une preuiFe.
Le mariage entre frère et sœur était iuterdit par la loi égyptienne. Et cependant, Bossuet nous rapprend, après Hérodote et Diodore de Sicile, plusieurs rois d'Égypte se marièrent avec leurs sœurs. — Ils avaient une excuse, sans doute : ils étaient rois* Mais
les ras ne fontpas la mande comme ils font la mode.
. Chez les Hébreux, Moïse avait interdit le mariage MB-saolemeiit entre le bèn el le sœmr, mais entre Tonele et la nièce, la tante et le neveu, comme notre eode eivil (4), qu'il avait méaie dépassé en anillipliant les cas de prohibition .
n était véMfvé à notm siècle de voir une secte d'hommes fonder une religion et une société nou- Telles sur robasTVStioii on plntAt sur la parodie de U Bible.
Loin d'interdire le mariage à ei^ins degrés de pareotéy les Mormons ne connaissent point Tinceste. , M. Dixon dans son livre, la Nauvelle- Amérique, si plein d'observations intéressantes et vraiment philosophiques, nous apprend que rien n'est plus com* . imm au Lac Salé que de voir on homme épouser la. veuve de son frère, ou même la mère et la fille. — On saint nommé .Wal a épousé sa soBur consanguine, alléguant l'exemple de Sahra et d* Abraham. — Brigham ïoong, le sneeesseor du prophète Joseph Smith, fondateur de la secte, soutient cette morale en &ce des dissidents* Car il y a des dissidents, et ceux-ci vont jusqu'à s*.élever contre la polygamie. Le schisme dore encore* — C'est un fait trèsdigne d'attention que Tignorance de Tinceste chez une société d'hommes vivant dé notre temps. On
(i) ArUdes iSS-lsa G. G.
i!4 DU MARIJIGE
peut Fexpliqaer par rimitettoii inintelligente de la vie patriarcale» par le faaatisme puritain des Mormons. On n'aura pas dit pourquoi Tinceste est condamnable? J'aurais voulu éviter d'en parler. Mais si j'ai honte de le faire, je n'ai point la faiblesse de taire la vérité, et je déclare que nous vivons oéte à côte avec des familles où Tinceste est pratiqué sous tontes les formes et avec le cynisme le plus outra** géant pour la morale dont le reste de notre société s'efforce de respecter les règles. J'ai rassnrancë qu'un nombre toujours trop grand de jeunes iiiles entre dans les hôpitaux pour y accoucher des œuvree de leurs frères et quelquefois de leur père ; quand ce n'est point pour y guérir des maladies vénériennes que les malheureuses tiennent de ces l&ches (I).— • Vous pariez de Sodome et de Gomorrhe» vous paries de pédérastie. Parlez donc de Paris, de Londres» de New-^Toxck, parles donc anssi de Tivc^te ; étalez vos
(I) U y adetmAres qui prostituent Iran flUes. J'en ai rencontré dans les meiaoni centinlet qpiej'ai Tiiùéet : m»k elles ne sont pelai
toutes là.
Voici maint«iuil dee fdti^ k ma eenaaiasa&ce* que je denne
pour authentiques.
Une fille de onse ans est entrée à rh^pitel enceinte des œams de
son père.
Une autre jeune fille a été conduite à la visite de l'Iiopiial par sa mère: et comme, apr(}s examen, le médecin constalait qu'elle était atteinte d'une urëtrite. la mère répliquait que sa ûllô ne pouvait tenir cette maladie que de son père.
Il y a deux ans, la Cour d'assises de l'Aisne condamnait une femme pour viol sur son ûls âgé de sept ans. Celle femme cloil veuve et de coodilion aisée.
hontes, découvre vos plaies, et» s'il vous reste encore quelque pudeur, plongez d'une main courageuse le for rouge et le fer purificateur dans cette morsure du vice enragé. — L'eipression de mon langage ne trahit-elle point mon indignation ? El mon indignation, qui ne la partage ?
Oui, les Mormons n'ont pas l'idée de l'inceste ou plutôt ils s'en rient. Oui, suivant la Bible et toutes les théogonies, la création de Tespèce ^humaine, si elle a pour origine un couple unique, suppose nécessairement Tunion du frère et de la sœur entro énfj&nts de ce premier couple. — Mais quoi? Les Mormons auraient-ils découvert la vraie morale ? La Bible prise à la lettre, les théogonies qui expliquent le monde par la création sortie d'un premier coupla humain, sont-elles des codes de morale plutôt que les monuments impérissables des premiers efforts de la pensée cherchant à donner un sens au monde î
Avant que les hommes fussent en état de les découvrir, des raisons toutes physiologiques avaient fait du mariage entre frère et sœur une union antinaturelle ; et plus les sociétés se sont civilisées, plus, les rapports des familles entre elles ont porté rameur des jeunes gens en dehors de leurs fojers et démontré à tous les yeux qu'il n'y a pas, en morale, de règle plus sûre que la rigoureuse observation des lois de la nature. — La connaissance de ces lois doit
9$ . DU MAiUACÎi; I
fAÎM le foiid 4ea'édiii3i«ioD ci dto ri dppreQQeo&.à les eoaMttie, et Us* tm Mnleni àkmè
respectcx la feoime, la mère, la sœur; lafilld : il faut l'éducation» risftlii|itî«ii fu roMOtpfe el ïemailm par l'observation religieuse des lois, de la aaiuie^ù «at éerit le à'uub meu» «Kk«iftiiii0.fwlkwa rendre général le respect pour la femme, si utile «laib bîea eonumia, pou faixa des liommes yerUieui ; prépare:^ dp^c juue g^Aérat^pg^^e^ectueuse, 4i^4^(Ht. ^ Gai wmanque'Ae leapeet "pentf la femmè/ ft quoi tient-il eocore? A. une disposition momlâ, paitotti.u répandue, qui fait qt^^ le' â|K>lt û^eât paii «s^ez reâ^ peoté. Or, l'édac&tioû du respect, encore un coup/^ a'est poasâble que. par rias^nplé. JiMj^eetea le Andii du mari, le droit du père de famille» 1^ .droit qaj^.k!' jeime- fiRe* possède^gur mpersonne, et Vf^s aurer" fait plus contre VadMltère. .iA,»éd«cti<»Q* e4 «lliiMMiatiift-. que toutes les lois et toutes les répressions. ' Le mal eat grand, je n'ai pas eàierobé à h'9MétmÊt4vi , il faut y coaper court si Ton veut sauver le malade. -^.^ ^ LeJPèie HysMntbe le disait naguère avec âoq[Qeiicf^ f^; • Ce n'e^ point la courtisane qui est nouvelle dani^i^
le monde» c'est la place qu'elle y oceiq^ L , . . * * . » -
({) Lb R. P« Hyacintbe, la FamOk. (Gmftmces d0 Noire-
LIVHE DEUXIEME
Autrofois/ h oourtisane était de privilège aridti>- «catiqtte; eUe exigeait de la dépense, du laxe, des taitetles* Aujourd'hui, si les riches la paient eBoore, les pauvres Tout pour rien La courtisane s'est démocratisée ; je Tai dit : elle est dans la femille et s'aipj0iie du nom commua de piostituée (1)*
■elerons la femme par le bien-^fre, et rhomme
(I) parmi les causes de second ordre qui entretiennent la prostitution dans les villes, je n'omettrai pas de parler de l'impudeur des propriétaires des habitations. Dans leur avidité sordide, ils ne re- Kardont pas aux personnes et ne rougissent point do iogf^r la prosiimée à c6ié de la mère de famille. — La question a de Timportance au point de vue de la décence publique et de la iMHine police des cités, n «tt clair que ti les proprléuma nMwtalde loaer leurs logo* nentt mx i^roetitate, celles-ci se trotmratai kn eAbarrassëes. I4I aonbfe n'en serait foâit ditnfaiié saaiéMMe, maisil arriveiait MviiableiMi^éllee se reliferaiaiii daaawi eoia ê» la ville enflure îMialilté et finiraioit par le peupler tout entier. CTest ce qui est ar* fivtf fMNir eeitiinei viUee. — > {>(e powam moyer à se léger dans le» quirtiers de commerce, tes prostituées se sont créé un quartier recalé duquel elles ne sont plus sorties. J*ai remarqué ce fait dans les ▼illes du Nord et particulièrement à Hambourg, à Amsterdam et à Anvers. — Dans les villes du Midi, au contraire, vous trouvez la lillt^ publique répandue dans tous les quartiers de la ville. Cet état de clioses s'accorde assez généralement avec la moralfté des populalioiis. J ai eu occasion de faire celte observation, que chez les populations les plus morales* la prostitution était reléguée dans un quartier ^ part. La règle est loin d'être rigoureuse, mais il semble i^aez naturel qti'une ville dissimule -le niai qui là corrompt comme It hHùné cache, par pudeur, une plaie lionlense.Ukprostiti«liim donna I0 fnart èe la pnsUtntion» et le «oniatt, àvec les parties malsaine» «Tma population, finit par en Qorrottpre tes parties saines.
respect de soi-même et du droit
d'autrui.
DU MAfty^HP
U ne faudrait pas oioixd que l'homme soit moin» luaché que la femme par le fléau.
Par Teffet naturel d'uoe loi de réaction trop sou- , vent mécouuue, riiomme, qui aide à la misère par la séduction, reçoit le premier le coup de la pioetita^ tiou qu'il a lait naître. Le Jeune homme se gâte» toute illusion s'évanouit, toute générosité s'efiaee, toute tendresse s émousse, toute ardeur s épuise an lui au contact de la femme publique. S*il s'm tenril à un peu de déçoi^t 1 Idais quelles léilexiona ne lui \iennent pas après une première initiation à la vie' des ruelles et d^ brelans 1 Gommie il apprend vile à persifler ce qu'il estimait, à ressembler à tout le monde pour être homme plus tôt. Comme il s^enine d'une préférence et s'infatue de bonne heure, puis ooïnme il revient sur luinonême, désespère* répugiid au travail et devient sceptique pour échapper à sa eonseienee. — • Le bean fils I Que ses parents dotfSBl eu être fiers 1 II ne les fréquente encore qu'à cau&odu besoin qulV • 4*euj[. Le beau mari pour une jeune fille \ il ne saura point se respecter en elle! ^ Le vaillant père de fimille à son tour ; il ne eon* naîtra pas son bonheur et manquera à ses enfants
comme il auramaoqué à sa femme I — Encore, que le jeune homme se marie. Cât le goût des plaisirs fait aux sens une sorte d'habitude de jouir qui arrive à dominer l'homme et Téloigne de plus en plus du mariage. £t s'il se marie ; cela est triste à dire : qui m'assure qu'il ne transmettra pas, par l'hérédité, à ses eniants et à ses neveux le fruit amer de ses désordres ? — Quel avenir est ouvert à l'espèce humaine] Encore quelques siècles et, si nous continuons, la race déjà déprimée pourra avoir perdu jusqu'à la force de se reproduire.
En un mot, Thomme est frappé dans sa virilité, dans son intelligence et dans sa force d*flme par la prostitution. Et cette puissance destructive, jalouse . de la Yextu, enlaçant Thomme, l'énervant, le rapetissant, 1 entraine enfin dans le gouffre que lui-même a creusé sous ses pas.