CHAPITRE VI
INFLUEI^CE J>£ J^'£SCLAYA6£ £T D£ LA I^&ÈRE SUfi Li£ MAIUAGC
Fanniles causes qui influent sur le mariage, il en est de plus profondes que celles que nous venons d'examiner. Pour les découvrir, il est nécessaire de pénétrer plus avant dans le dédale de nos mœurs, de nos lois et particulièrement des conditions pathobgiques et sociales de la vie humaine.
L'esclavage, la misère, le célibat forcé, les appétits de tout ordre, Tégoïsme, la dot, le malthusianisme» rinfécondité des mariages, les infirmités et les maladies du corps sont des causes qui agissent sur les mariages» sur leur nombre, sur la manière dont ils sont pratiqués, sur Taccord du mari avec la femme à l'intérieur des ménages, sur l'adultère et, en générai, sur la moralité publique autant qu'agissent les causes
pieaueut leurs effets daus les dé£auts de notre législation et 'les égarements de notre littérataie (1).
La misère est un véritable esclavage. Aussi elle empêche autant de mariages qu'elle crée de prosti--
(1) 11 est encore d'autres cause» qui influent sur le nombre des
mariages.
1"> La proportion des adultes do 20 à 30 ans. Nous avons vu précédemiiieut que les hommes de cet âge se mariaient en plus graa 1 nombre.
2" Les décès, qui diminuent de fait la population, et nécessairement ie nombre des adultes de 20 à 'ac ana.
3» Us armées permanentas» dont i'aetioa est pins disadvinte qoB lanort, déiOfgiiBife la mariage^ aaeiitt la prealitiilioa al eointait lanisèrau
4^ Les épidémies, qui suppriment la misère par la mort.
tt* Lm rémlotiDas» qui jtiMt tai4e«n qoeiquea trooMa tas iMi
rapports sociaux.
6* £nfin la eberté dee vivres est une cause très-influente sur ht' pt^portîon des mariages. Ainsi pasdeAt l'aiwéeiSil qui a été «ne
année de cherté, le nombre des mariages est tombé en France da chiffre de 270,633, en 1846 à celui de 240,797. En Angleterre, même résultat pour les mômes années; le nombre des mariages est tombé de l'io,Ot34 à 135.845 : soit, en somme. 7 à 8 O/Q de diminution dans le nombre des mariages.
Ainsi la jusiico a établi l'accord le plus harmonieux entre la prospérité et la paix publiques et le nombre de mariages. N'aurionsnous pas le droit d'en faire un argument de plus en faveur de la moralité du mariage ?
B, Nom éomnérons ces causes en note,*sans y iniisler, parce qu'elles Retrouvent déjà développées dains plosliim ouvrages, no» tamamm dana la Smmiq^éÊla f S w m . da Iteitiee Blodc
tuées. Si Ton ne croit pas à Teffetde lamisore, qu'où leeherelie eelui de Teselavage. Outiods le livie de M. CocbiQ. — • Parlant de nos colonies, et s'appuyaut sur le témoignage de M. de BrogUe, ce philanthrope affînne que les esclaves, jusqu'en 1840, vivaient dans le concubinage le plus effréné. — De 1838 à 1847, il y eut 6,175 mariages parmi la popu-lation libre et 1,85i parmi là population esclave. La raison, dit M. Cocl^in, qui cite ici M. de Tocqueville? « C'est qu'un homiae ne se marie point quand il est dans sa condition de ne ponvoirjamais exercer l'autorité conjugale, quand ses fils doivent naître ses égaux et qu'ils sont irrévocablement destinés aux mêmes misères que leur père.... » (!)•
L'émancipation étant venue, le bien-être à sa ^ suite, tout changea : « 40,000 mariages, 20,000 enfeints légitimés, 30,000 enfants reconnus : tel fut le beau présent oHert en moins de dix ans h la société coloniale par TémancipaticHi (2) .
Ce sont là de bons résultats à noter et je les crois tout à fait propres à convaincre de lamonilité du ma* ' riage. Ces résultats sont loin d'être isolés et les faits ahservés par un autre philanthrone, M. Yillermé, conoboreut parfaitement les premiers. Dans certains
(1) Â. de Tocqueville, Rapport tur la proposition de M, de Tracy. i840.
(2) Augustin Cochin, De VabolUion de Cesclavage.
centres ouvriers, ^la prostitutioa ne s expUquo qiie par rînterdictioii des mtriag^, effet d'une loi plu« inhumaine que prévoyante. « Dans la haute ^Usac^il y ^ beaucoup d'unions eonoubinaifes qui ne lé^^ sultent ni du libertinage ni de l'immoralité^ Les coo- . joints sont de pauvres émigrés suisses ou alIemands»^ qui ne peuvent pas se marier sans une autorisatioa de'leur gouverneinenl ou des magistrats de leur pft^ roisse ; et cette autarisation ne s'apoorde jamais ans indigents. A Mulhouse plus qu^ailleurs, on voit un grand nombre de ces unions que laioi n*aL]moê sanctionnées et parmi ceux qui les out furiiiées,on en trouve beaucoup dont la conduite est» d^'til^ leurs, irréprochable. Enûu, ce qui n'a lieu peut-ètie dans aucune grande ville manufaetoiière, beaucoup plus de la moitié des enfants légitimes y sont recon^ nus par les pères au moment de la naissance (1). t.
Dans diverses parties de T Allemagne et de la Suisse, les pauvres ne peuvent sé marier que sur reutoriaitt' tion des magistrats et lorsqu'ils ont rembouisé les avances d'assistance qu'on leur a faites. A Fribourg, à Saint- Gall, à Berne» dans rUutervraldi les époux doivent verser une certaine somme dans la caisse des pauvres. A Fribourg en Brisghau et à Franeiortreui^ le-Mein, ils doivent prouver des moyens de subsis-
(1) Villermt's Tableau de l*état phyiiqtieei morol de$ <niv9iÊr$mn^ jiloyés dans let fabriques;
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lauce ; en Thurgovie, ils doivent posséder 300 florius. • A Fcibouig en Biisghau» ou compte trois gêné* rations sans mariages et Ton peut voir des maisons, dans lesquelles viveat léimis plusieurs eafaots, qui ont la même mère et des père§ différents. A Furth, à firlangen, à Sehwabachy leS'en&utsaaturds sonteu même nombre que les enfants légitimes : et les malheureux» épargnant les frais du mariaget pas-^ sent leur vie dans un concubinage désordonné (1)«
4Selon M. Frégîer, deux causée principales font obstacle aux mariages des ouvriers : 1^ l'exemple des eompagDons qui vivent dans le concubinage ; 2^ le défaut d'argent pour se procurer les papiers 0xig& par Tautorité, payer las'frms d'église et auires (2). Cette dernière cause est celle qui empêche le plus de mariages. Comme pour les malheureux suisses et allemands, cette sorte d'impôt forcée préteré sur la caisse du pauvre couple qui entre e& ménage, éloigne du mariage beaucoup d ouvriers à qui le concubinage est devenu la plus . commode habitude* Je me demande toutefois si 0eux qui n'ont pu épargner suffisamment pour acquitter ces frais sont les mieux faits pour entrer en ménage. — Je veux bien que le moins d obstacles
(I) Naville, De la charité légale. (Cité par M. Villerme.) (S) Frégier, Lee daêm iaaig0t^*i99i dt la population dant Us yrandeêvUUs. (Cité par M. Villermé.)
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que possible soient apportés au mariage et je repcrasse particuliàzeiQWi las théories qui iutordiseiU la misère comme une indigne. Mais je veux aussi que rhomme ait le courage de vivre seul tant qu'il sent qu il ne gagne pas assez pour vivre à deux, à trois, à quatre. Je Teux qu il ait eet te force et cette couscieuce. Pour lui aider, répandons plus de bienêtre et que les frais exigés par l'autorité soient la plus faible des dépenses du nouveau ménage.
Les mariages précoces ont lieu surtout parmi les ouvriers du midi de la France et ceux qui observent la chasteté. La pro^rité industrielle est une catuse active de la multiplication du nombre des mariages ; et la population s*ae«ott en général beaucoup plus dans les centres industriels qu'ailleurs. Au contraire, les crises, comme nous l'avons vu, diminuent le nombre des mariages. — - Enfin, les ouvriers indigents ont presque toujours plus d'enfanta naturels et craignent mmns que les autiea de les reconnaître ;1).
(1) Villermë, Tableau de Vétat physique et moral des ouvritn employéi dans les fabriques. — « Le rapport moyen des mariages aul naissances légitimeâ est en France comme 1 à 3,89; celui des mariages aux naissances totales comme i à 4,2i; celui des naissances iUé^UmÊ4 aux naimncea l^itimM comiue i i • Ibid. iéiXk
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