LIVRE PREMIER
droits et des devoirs que la loi a naturelieraent consacrés dans notre état de civilisation.
L'homme a cela de propre qu'il est le seul des animaux maître non-seulement de la reproduction de son espèce, mais du choix de sa compagne.
Tandis que les animaux s'éloignent en général de leur compagne après s'être accouplés avec elle, l'homme s'attache à la sienne, il la nourrit, il la protège. — A quel sentiment obéit il? — On répond que c'est à l'amour. — Si l'on considère l'amour subjectivement, c'est un sentiment durable, aussi éternel que le cœur humain. Mais si on considère l'amour objectivement, est-il bien le sentiment qui nous attache d'une manière constante à la compagne que nous avons choisie une première fois? Subjectivement, l'amour est immense, ardent, éternel. Objectivement, l'amour est borné, incohérent, mortel. — Aussi, ceux qui ont aperçu cette différence ii'onl-ils pas fait de l'amour le lien, durable autant que la vie, de l'union de l'homme et de la femme; et Proudhon a répondu avec hardiesse : Ce n'est plus l'amour, c'est la conscience.
De là toute une théorie du mariage.
Les philosophes varient de définition sur l'amour. Proudhon nous dit : « L'amour est un mouvement des sens et de l'Ame, qui a son principe dans le rut, fatalité organique et répugnante, mais qui, transfi-
garé anssitdt par ridéalisme de l'esprit, s'impose à i^imaginatioa et au cœur comme le plus grand, le seul bien de la vie ; un bien sans lequel la vie n*ap* parait plus que comme une longue mort (1). » Balzac ' écrit : « L'amonr n'est peut-être que la reconnaissance vive de noire àme pour la source de nos plaisirs. »
11 est moins poétique que Proadhon et dit presque de la sensualité le principe de l'amour. Je pourrais citer vingt définitions de Tamour. Toutes insistent, ^ avec plus ou moins de iorce et de grâce, sur le r^ppon qui existe entre notre personne et ce que Balzac appelle, si bien, la source de nos plaisirs. D'un autrQ e6té, tous les auteurs qai traitent de la matière (et combien s'en sont mêlés 1) reconnaissent que l'amour est de sa nature incertain, inconstant, que son objet est essentiellement la variété.
Ce ne peut donc pas être Tamour qui soit le principe d'une union durable entre l'hommeet la femme. Ci'amour détermine l'union, mais il est impuissant à la maintenir, et, comme un dieu enlant qui ne sait pas user de son pouvcMr, il fait et défait son ouvrage.
Sera-ce la conscience^ Sera-oe simplement la volonté libre? On sent tout de suite que la question posée dans ces termes ne peut recevoir une solution
(1) P.-J. ProuUlioD, De la JutliCô dans Ui liévoluUuu et dan$ i'Églm.