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CHAPITRE XVIII

INFLUENCE DE LA LITTÉRATURE CONTEMPORAINE SUR LES MŒURS AU POINT D£ VUE DU MARIAGE

Après avoir recherché Tinflaence qu'exercent sur

le mariage les mœurs, les conditions de l'existence sociale, les conditious pathologiques de la vie hùr maine et la législation, j'essaierai de montrer Tinfluence que la littérature contemporaine exerce* à son tour sur le mariage, à travers les mœurs. Négliger ce point de vue serait oublier que Thomme possède la faculté esthétique, que la vie de Timagination occupe la première place dans les rapports et dans les csuvres des hommes et que pour connaître Thomme tout entier, dans 'ses manifestations diverses, il est nécessaire de le considérer sous le côté de Tart.

L'art apparaît au premier plan de l'histoire des sociétés. La religion elle-même, première institution sociale, n'est primitivement qu'une œuvre d'art.

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m DU 1IABU6B

Comme l'art écrit l'histoire et la philosophie des peuples, il écrit la morale. L^institiitiofi du mariage autant que les autres est ce que veut, l'art, respectée ou méprisée suiTant l'idée dû beau et du hieu. Or, c'est Tart qui développe le plus vivement en nous Tidée du beau et du bira. Par ce cdté, il est le maître de notre âme. L'art possède donc sur les mceurs une action directe et dominante. Il importe de montrer comment ceUa action s'exerce au point de vue qui nous occupe et si elle a été favorable au mariage que la littérature, de tous les genres de Tart. a le plus souvent inspiré et auquel elle a fourni le

phw dfi nijeti da eoBafKMitîoM.

J attribue àla littérature une influence capitale sur les mcsiutt non pas qu'elle aoil matIraeM 'de lea 1^ mer» mais seulement de les relever ou de les égarer^ 1m mman mocmmi moins te degié de eiriiiittîoii d'un pel^lle qu'elles ne font pressentir celui auquel 9 est eapaUe d'atteindre, et k littérature fiût entee» voir les n¥eurs qui se prépaient plutôt qu'elle ne fe* flète eellea star lesquellei elle peut agir. La littéraliire piTésente donc» à notre étude, ce double avantage ee doubla intérêt, qu'on y retrooira le présent «t

LiTBs iffiinaiaiE m

qu'on y entrevoit ravenir de nos moeurs : et nom ^lons découvrir tout à la fois ce que nous sommes et ee que nous nmiAçons de deimir. Pour oda, im -dérouler tout entier le vaste tableau de l'état de l'art pami ncmêf je m'ettaelieni à en dévoiler les oMés les plus en lumière, en m'eiïorçant de tout rapporter À Tobjet prineipal de ee mémoiie qui est le mariage^ La littérature est l'éducation supérieure du sentiment moral, tout ce qu'^ prodigua à notre imagi-* nation réagit sur nos cœurs. Une poésie, un roman, ono tragédie, c'est mi monde mis en mootement dans notre imagination, et celle-ci est la plus active des facultés de notie âme. Ce qui nous toMhe dtas r«rt, c'est le beau, Tidéal. Mais il dépend de l'artiste d^éleror ou d'abaisser cet idéal, et suivant qu'il fé» lève ou l'abaisse, il anime ou étouffe, en nous, le sentiment qui l'a inspifA hii^udme. L'artisto est éom «n quelque manière maître de la beauté ; il est aussi msUre de la morale. Car il existe an rapport néces^ eaire entre le beau et le bien. L'homme est natu^ irilement crédule, confiant, imitateur; il croit ee qu'il ^tend, s'abandonne à ce qui le séduit, imite •ce qu'il voit. C'est pourquoi l'éducation pemt tant eor l'homme, pour ne pas dire qu elle peut tout. ~ Ou'il lise un roman, il cherchera un modèle dans le héros qu*il sera tenté d'imiter. Moins son esprit 4iura de culture et plus cette disposition lui sera

naturelle. Qu'il assiste à un drame ou à une comédie, il se passera en lui toute une évolution de la pensée et du sentiment. Il sera impressionné par le côté que l'auteur aura voulu. C'est un effet de lart, qu'il peut faire illusion et donner au faux les couleurs du vrai, d'autant plus que, de notre temps, les œuTres d'art sont derenues le plus souTont des plaidoyers et que Tartiste, passé au rôle d'avocat, n'est plus tenu à la yérité, mais au gain de sa cause devant le public.

L'art exerce ainsi sur l'homme une influence manifeste. U est l'organe de l'idéal et l'idéal exerce son empire sur le plus grand nombre des esprits. ~ La littérature, qui est de tous les genres de l'art le plus actif, le plus communicatif , est aussi le plus dangereux. Ce n'est pas sans raison que nous interdisons à nos enfants les lectures et les spectacles où le fiux et le vice jouent le rôle de la vérité et de la vertu; et nous leur rendons à eux et aux hommes incultss, enfants comme eux, le plus grand service, en ne les ^ abandonnant aux lueurs incertaines de Fart moderne qu'après les avoir longuement pénétrés de Téblouissanle lumière de Tart ancien (i).

(1) On a avancé souvent que certains romans avaient inspiré beaucoup de criminels. Rien n'est plus réel. On assurait encore, tout récemment, qu'un assassin devenu fameux, après avoir lu et médité le Mf'Bmmi, avait pris pour modèle et pour idéal le plus hîdenx penoBDage dit roBian. Si eela est mi, comme il sembfe, Eugène

LHFIIE DEUXIÈME 297

Avant la découverte de l'imprimerie, deux poutoirs, deux forces existaient seules dans le monde, ri^lise et la royauté, Dieu et le roi. Ces deux puissances animaient toute^l'humanité ; elles, faisaient la croyance, le dévouement, le courage, la raison, ledroit, comme les mœurs, comme tout le reste. L'imprimerie rendit possible la Renaissance. A la place de la Fable du Renard et du Roman de la Rose^ k la place des scènes de la Passion, et des drames religieux dont l'Ane de Balaam faisait les principaux frais, naquit, avec la renaissance des lettres grecques et latines prolongée jusqu*à nous, une littérature nationale depuis le roman jusqu'au théâtre, depuis Rabelais jusqu'à Corneille et aux modernes. Le peuple commença d'apprendre à lire dans les chefs-d'œuvre de la langue et dès lors la révolution sociale devint assurée comme la suite heureuse de la révolution qui venait de s'accomplir dans les lettres. Lafontaine reprenait la tradition d'Ésope et de Phudre, Corneille, Racine, Voltaire, celle d'Eschyle, d'Euripide et de Sénèque (1), Molière faisait revivre

Sue devra prendre sa part de la condamnation qui a frappë le coupable. — H y aurait un travail intéressant à faire : ce serait de rechercher rinflaence de la littérature au point de vue criminel. Quelle cnitese et instnietife enquête t Que d'owraffls à eondamner t le regrette de ne pOQYoir entreprendre iei une pareiUe tâche. Ce cbapître en aurait recv nne grande Inoiière.

(1) Voir sur PhM» et tor Sénéqne : D. Nisaid, ttuâê âê mmur$ 9idê€rUipÊê mrlêipoitei latkuâêlaâicaâmet.

m BU MAAIAGH

Ariilophane et Téstnee, Hkabota rappelait Démos-

thèoû et .dépassait Cicérou; à deux mille ans de lui* mAme, VetipAt hiiiiitm w latioiiviit «et il repreiudli à travers les sièeles, comme par Teffet d-uae métemp^ ^0066 idéale, Téclat de son éternelle giandeori Ce lot le secûad &ge da Thumaaité. Dès qu il &'était appris lui-néme, qu'il aTait pa disenter son âme, sa fiûQsdeace et la vie, et la monda, et Dieu, rimmmie -éfeillé s'était replacé, d un sent effort, à son rang véritable, et la kee des tbosas s'était renversée. An XVI* siècle, F étude et Tétonnement ; au xvii« siô- -de, la poésie et Vallégresse dans le repentir ; au xviii' siècle, le verbe, la parole, raclion, la justice;

an SIX*, la seianee, Etquoi eneore? -«^ La soianisa»

la méthode, robservation, la critique, ont changé

toutè fait tes pioeédéft et les babîtndas de Tespiit U

les besoins de la société nouvelle ont ajouté à ce •changement ia presse, la jonmaL a iisuU dana nirtio siècle la même révolution qu'avait produite, au xfi* sièela, rimprimoria» — Bmiiseaii, H""* de Staël, Bakac, ont inauguré le roman et le roman a fait des mœurs nouvelles. L^art a laissé le beau et s*est emparé de la réalité. L'absolu, le général, l'universel, ont été abandonnés pour la relatif, le partienlier, Vindividuel. Au lieu de peindre Thomme, la femme, 4*hnmanité) on a peint, un earaetàre, un individu^ «a type, uue Julie ou une Corinne.

LivMEr anxiÉn m

thé&tra a §iiiTi la mode» et touraaat le dos aux mtlres et dédaignant les grandi iBodèles, il s'est jeté 4 k reofioutre de petite faits et de acandaleuses avea* tures pour nous servir des seèaes de Ift vie de garçon •ott d*Aiooor de Me publique*

A son tour, enfin, la petits presse, qu*on appelle ^si la presse légère» est venue, suivant le caprice du jour, prélever, sur le bon sens et la moralité pu- ' Uique, Timpôt des entreprises finaoeieres. — - L*art est devenu chiffre. Chaque œuvre se pèse le poids de Vqi ; tant pour un loman, tant pour une toile» tant

pour un drame. Le roman le plus acheté et le plus lu

est. ie meiUeur ; le tableau le plus aobalandé est du

plus grand artiste ; le drame qui dépasse cent repré^ leatationa est le plus méritant. L'artiste est un produit plus petit que Tunité et Tart une quantité plus petite que 9i&co* L' mine est une fraction dont Tart eat le dénominateur. Admirable système décimal des cmYres et diefs^d'cravre humains 1 ~ L'indusirialisme de notre littérature répond à letat de nosi mœurs et lui donne sur elles une aotion toute particulière. C'est à plaire quil faut viser : mais c'est à plaire qu'on se trompe et qu'on trompe autrui. Le got^t est désorienté, il devient mode« Mais la mode c'ait le caprice, quelque chose dcmt Teeseoice est le changement» et de là vient que les auteurs prélérés du public n'ont pas toujours le mâme succès. Là

m DU ilABIAAE

mode a chaugé pendant qu'ils travaillaient à leur ouvrage. — Que ferai-je pour la prochaine exposition ? se dit le peintre. — Une femme nue. Les femmes nues sont à la mode et se vendent bien. — Q.u'écrirai-je pour cet hiver ? se demande le romancier ou Fauteur. Je traiterai de la femme adultère. Cela prend très-bien. Quand une œuvre d'art un peu supérieure se produit, c'est un étonnement et une stupeur. Est-ce que le goût viendrait à changer ? — Et pourquoi pas? Est-ce que vos héroïDes et vos héros ne sont point mortels ? Les offrez- vous pour d'éternels sujets d'étude et d'admiration? — Nous étudions et nous admirons encore les anciens parce qu'ils nous offrent des modèles aussi impérissables que le vrai et que le beau* Si seulement nous savions les imiter! Ils n'avaient aucun souci de la mode. Quand ils donnaient des traits à l'amour, c'était la passion naturelle à l'âme humaine dans toute sa complexité, et non l'amour de Jacques ou de Louise. Ils mettaient tout leur esprit, tout leur talent, et ils en avaient beaucoup, à la recherche de la vérité morale. Il n'y avait pas, à leurs yeux, de question pouvant se débattre entre hommes, qui valût une discussion sur l'éthique ou sur l'esthétique. Quel beau temps que celui où les hommes s'assemblaient sous la voûte du ci^l pour interroger la nature et demander à la raison, pour le bonheur de tous, la

LIVBB DEUXite ' m '

jétiié 1 Oa peut dire que leur grandeur dépendit de ridée qu'ils s'étaient faite du bien et du beau. Ils. avaient mis Tun et Fautre dans la vertu, et c'est ainsi que chez eux la vertu devint Tobjectif supérieur de la morale et la divine inspiratrice de Fart.

De toutes les vertus, la plus difficile à meittre en action, la vertu conjugale» a trouvé chez les anciens une poésie» un langage et une conduite qui enflamment d'amour et d'admiration pour le devoir. C'est chez Homère et chez Euripide particulièrement, qu il faut chercher ces joies de l'âme qu'excitent en nous les incomparables modèles de la vertu. — Quel type est plus pur que celui de la Pénélope d'Homerel Où trouver une femme plus pénétrée de ses devoir^ 4'épouse, mieux instruite des dangers de ramour, plus pleine de pudeur avec les hommes ? Quelle scène touchante que la reconnaissance de Pénélope et d'Ulysse; comme l'épouse se montre chaste, prudente,[réservée I Elle se sent auprès d'un mari qu*eUe aime et qu elle avait perdu Tespoir de revoir jamais ; et cependant elle se contraint. Ce n'est que lorsque Ulysse lui a parlé des plus minces détails de leur * ménage, que Pénélope s'abandonne à la tendresse qui déhorde son cœur. Quel mari ne souhaiterait pas de posséder une compagne capable d'une réserve aussi difficile à garder ? Quelle idée Homère se faisait de la vertu pour Tavoir ainsi imposée à son héroïne

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et quelle eutoate de le moiale ({oe d'A?oir si bim fermé à tout regard la chambre des époux, qu'eux, seoli en peuvent eonnattte k pleee elle déteill Goni*parez à cela les péripéties du théâtre moderne, et TOUS sentixez de qpeel est deaMonré Tett térîlaUe^

Dans Euripide, Alceste se dévoue pour son mari le icnL Admète et ee déMieoieiil eit réeoiipeiifé ptr Hercule qui ramène Alceste des enfers à son époux infortoiié. Idmàle «rail aeeeeUli Hetciile eomme u hôte bien venut en lui cachant sa douleur^ alor» qa'Àieeste tenait de nottiii. iA e&aoïe, Aleestaféap* paraît comme une statue insensible et ce n'est que peu à peu que lee dest épomx le tnniYeiit rappm» chés. Le grand tragique grec parait ne point faire de différenee entre ke defeiie de rhomme et mat delà femme. £n se dévouant pour son mari, Alceste lui tecommande de ne peint fouiller sa ecntohe» de ne . point injurier à sa mémoire en prenant une autre compagne ; et la clioae paraît si naturelle et si sii&pk à Admète, qu'il promet tout ee qu' Alceste lui dè^ mande et ajoute aux consolations qu'il lui donne soo- * serment de fidélité. L'an tiquitéest pleine de tels exemples et chaque fois que Tart moderne a voulu s'éle* ver, il n'a eu, pour aioai dire, qu'A imiter Tantiquilé,

Dans Shakespeare, Porcia, femme de Brutus, pré* tend à la vraie place de l'épouse et se arat faite peur ne point partager seulement la couche de son mari,.

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mais aussi les tristesses que celui-ci lui cache. Pour épfmymt si elle est digne d'une telle confiance, Poxcia se fait elle-même une Jblessure profonde -à la caisse et, parle ocmrage qu'elle montre dans la douleur» rappelle à son mari qu'elle est la noble fille de Gaton et la digne épouse de Brutus. — Shakespeare a su réserrer à Tépouse un rangéleyé* U en fait yéritablement la compagne de l'homme, et cette tendance à faire de la femme l'égaie de Thomnie dans^ le mariage, rattache Shakespeare aux modernes.

Dans les Danaîdes de Ctombeud (i), et oellee de Lemierre (2), Hypermnestre fait échapper son mari à la mort» dont son père kd atatt ordonné de le frapper ; et nous retrouvons chez nos poètes la touchante admifation d'Eschylé et d'Onde pour l'épouse res^ pectueuse de la foi conjugale et pleine d amour pour son mari»

La Lucrèce de Tite-Live, eeUe de Shakespeare, cdlede notre poëte Pbnsard, ajoute à Tamonr, Thon* neur, et meurt pour l'exemple de la femme chez tous les peuples et dans fous les temps. Qu'on ne voie dans sa mort que l'honneur outragé, elle en est encore plus belle. Car le sacrifice de la TÎe nous est

(1) Gombaud, 1646.

(2) Lemierre, 1738.

J. Demogeot, Tableau de la littérature française au XTO» siècle, ayant Corneille et Pascal.

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plus amer lorsqu'il u'a pas Tamour pour mobile. Que

d'ailleurs elle le veuille ou non, Lucrèce outragée n*e5t plus maîtresse de ses jours; et ne serail«ee que pour obéir à la pudeur et échapper aux regards troublés de son tme, elle doit se frapper. Luoièee demeurera Texpressiou la plus élevée de rhouneur conjugal. Où trouverons-nouSy^parmi les modernes, de pareils modèles de dévouement, d'amour et d'honneur? Où trouverons-nous aussi un type de douceur, de soumission, de respect, comparable à l'infortunée Griselidis, à Gilette dans Boecace, à Hélène et A Imogène dans Shakespeare, à Palombe dans Camus, évéque de Bdiey ; et quelle différence y a-t-il entre ces héroïnes, si ce n'est que la touchante marquise de Saluce du Dioaméron est la plus malheureuse de toutes (1)?

Mais ce sont les veuves qui, chez les anciens, fournissent la degré le plus élevé de la vertu conjugale.

Pour les anciens, ce n'est pas assez que la femme se montre pleine de fidéUté, pleine de dévouement, qu'elle conserve le souvenir et l'honneur de son mari, même après la mort ; elle ne doit point lui survivre (2).

(1) Voir Saint-Marc Girardin, Court de littérature dramatique.

(2) C'était l'usage de beaucoup de peuples de l'antiquité, Thraces, Gètos, Grecs, que la femme la plus aimée suivît son mari dans la tombe. (V'oir Max-Miiller.) La mythologie leutonique conserva aussi des traces de cet usage. La loi brahmanique, à une cerlame épo<iae.

Dans Euripide, ^Enone, malgré Tingratitude de PAriSy se ioii déTorer, à Tadmiration de ses compa* gués, par la flamme qui lui a ravi son mari. Dans ^ les Supplianteê^ Evadné monte sur le bûcber de Capanée. Dans la Cyropédie de Xénophon, et chez le ndil Hardy, la Tertueuse Panthée, si généreusement protégée par Cyrus, envoie combattre Abradate, son mari, pour le sucoès des armes de son protecteur, Abradate est tué et Panthée se couche sur le sein de mm eadayre pour se donner le coup de la mort (1).'

Dans Corneille, la veuve ne se sacrihe pas de ses mains, mais si elle survit à son mari, c'est pour en

alla jusqu'à faire un droit pour la première épouse d'être brûlée avec «on mari. (A hUtory of aneient gamkrU lUerature, — Voir La fymvu dant Hndâ antique, par MU* Clarisse Bader.)

Montaigne, que bobs allons dter, était bien renseigné.

(1) C'est dans le eliaiiiilre inlitalé Dê la Virtu, que Ifonlaigne écrit : « C'est bien aultre chose des femmes indiennes : car estant leor eeastmne» aux nMrie d'avoir pinsicttrt taimes et à la plus chère d'elles de se tuer aprei son mary, chascune, par le desseing de tonte ■sa vie, vise à gaigner ce poinct et cet advantage sur ses compaignes; •et les bons offices qu'elles rendent à leur mary ne regardent aultre récompense que d'estre préférée à la compaignie de sa mort... Un iiomme escrit encores en nos iours avoir veii en ces nations orientales celte coustume en crédit, que non-soulement les femmes s'enterrent aprez leurs maris : mais aussi les esclaves desquelles il a eu iouissnnce; ce qui se faict en cette manière :... » Et Moniiji,mie nous apprend les détails de cette euthanasie. Selon sa coutume, il ne loue ni ne blâme, il observe, constate, raconte; c'est au lecteur de 4é60«nir les s(Nilinient8 qne Montaigne ne laissé pas percer et c'est «me tâche aonTonl dilScile» Id, la place marqnée dans le livre de Montaigne, an passage qne je viens de citer, indique asseï nettoment ridée qne Montaigne se faisait de la vertn, et nons pouvons croire qu'il ne devait pas être sans estime pour la manière dont les femmes 4» l'i^rient nMoilestalent leur fidélité copin^le.

conserver le souyenir impérissable. Il y a une sorte

de vertu supérieure à prendre la force de ne point échapper à la douleur par la mort, pour épuiser toute Tamertume des chagrins, des regrets, des cuisanis souTenirs, des espérànces perdues ; il semble qu'il faille, pour cela une &me plus virile, plus religieuse, plus patiente, plus grande en un mot. Telle est Gornélie dans la mort de Pompée, qui nous représente en même temps la fidélité et le courage dans l'adversité. Telle est Pauline dans Polyeucte. Mais ici, intervient un troisième personnage que nous n'avons pas encore rencontré et qui a été jusqu'alors inconnu, c*est l'amant. Corneille la introduit, mais de quelle manière I Sévère sait qu'il ne doit rien attendre de Pauline que le souvenir d*uno tendresse dont elle voudrait se mieux défendre, et Pauline elle-même ne peut souffrir la pensée que la mort de Polyeucte puisse être une espérance pour Sévère. Polyeucte sait l'amour de Sévère pour Pauline et combien celui-ci est cher à sa femme; mais il n'a rien à craindre de Pauline, elle connaît ses devoirs. Dans les tragédies de Corneille et de Racine la lutte s'engage entre la passioA et le devoir, entre l'amour et la vertu. Mais c'est toujours la vertu qui remporte et la grandeur de la lutte rend la victime plus belle et plus théâtrale.

Il faut remarquer aussi que l'âme des amants.

DlSCJXlÉinS M

ouYerte aux sentiments les plus purs, ne sait point dissimuler une passion dont Tardeur est si noble et ie but si généreux* Le mari connaît la passion de sa femme, il n'a pas à en souffrir, il n'a rien à en redouter, non plus que de celui qui en est l'objet; tout se passe à cœur ouvert et de bonne foi. Savonsnous tout ce qu'est la bonne foi ? L'amour est naturel; c'est la mauvaise foi qui ne l'est pas. — Pauline ne doit rien cacher à Polyeucte : au contraire, elle doit prévenir son mari contre les dangers de sa propre amitié pour Sévère et de sa faiblesse vis-à-vis de lui : elle puise dans l'aveu de son amour une force que son mari ne doit point essayer d'jétouffer et qui la maintient au-dessus des lâches complaisances du cœur.

Racine a senti comme Corneille que l'honneur de Famour, que la noblesse de cette passion ne serait rien sans la bonne foi ; et comme Pauline éloigne Sévère dans Polyeucte, dans Mithridate Monime éloigne Xipharès que le devoir ne lui permet plus d'aimer. Les mômes sentiments animent Zénobie dans le Rkadamiste de Crébillon, Amestris dans tè Grand Cyrus de M"® de Scudérj, et la Princesse de Clàves de de Lafayette. L'épouse se défend d'un amour étranger à son époux et elle s'appuie sur lui pour s'en défendre.

Ce qui prouve .encore mieux chez ces auteurs la

coimaissaace du cœur humaiû, et le respect des Mntiments natiueU» c'est que tout en fiiâsaiil d« tours héroïnes des modèles de vertu, ils leur laissent toales les faiblesses de la lemme et du cœur humam eu générait comme s ils voulaient montrer que les conditions dont dépend la yertn la lendèDteatièie* ment kumaine. Monmie, Zénobie,[Aiiiestris» la Crio^ cesse de Qètes, ne se sont point placées m-dessos des autres femmes.; la teyadresse qu'elles éprouvent pour leur amant et la fidélité qu*dles yenlent gaider A leur époux leur font un premier devoir de renoniiei k revoir celui qu'elles aiment encore, et toutes eoiH jurent leur amant de ne jamais reparaître à Jeius yeux. Voir celui qu elles aiment est le plus grand danger. Elles le sentent et n*essaient point de loUer inutilement. Au contraire des femmes qui se font des

fanfaronnes de vertu et qui sueeombent, dles se

montrent telles qu'elles sont, amoureuses et faibles ; aussi, elles s'imposent mille sacrifices, suscitenteUasmêmes les obstacles, et leur vertu triomj>h6. jKous ne voyons point non plus les maris jaloux de team femmes, et la raison nous en parait être, ici encore, la bonne foi mise dans l'amour • Cette bonne. Ibî mi peut*étre œ qui manque le plus aux contemporains, ' et ce défaut a contribué à donner i notre HttéM^ ture une tendance et des effets tout diiférents.

Henri Heine» qui observa et critiqua si bien notre sociélé» ayait déjà fait la remarque que ehez nous les héroïnes des tragédies sont toujours des femmes mariées, tandis que'chez les Germains, Allemands on Anglais, ces mêmes héroïnes sont toujours des jeunes filles ; et il semblait en donner pour raison que chez les peuples de race germanique, c'est la jeune fiUe qui est l'objet de tous les hommages (1). Mais Henri Heine ne nous dit pas pourquoi la jeune fille est, de la part de ses compatriotes, l'objet de tous les hommages. Il [Uoa?6 tfès-bon que la jeune fille soit élevée librement et la femme mariée tenue dans la dé- ' pendanoe, et trèMnauTais que les Fran(^is aient mis à la mode la sotte et immorale coutume qui fait de la femme mariée l'objet -de la galanterie générale. Pour moi, je crois reconnaître, dans la différence

(i) « UâéM0iNd»omleiilftli»irt«llftinam«ert^ttFnM

lo fomier et rengrtis le plus fécondant ponr la comédie. Le mariage, M ^tdc rainltAre est le {loint de départ àp tontes ces taéef ciO—iQnei qm a'élèventafee tant d*éclaty mus Initient deiriévi «Uel

de mélancoliques ténèbres, sinon nne'odenr reponuante. . . Les Mraaoni de la tragédie allennnde sont tonjoon dee jeanee fiMee,'

en France ce sont toujours des femmes mariées et les complications cfni en résultent ouvrent pent-Atre un champ pins Teste à l'action et à ia passion. • (Henri Heine, De la Francê,)

}I0 DU MARiAG£

même de réducfttion que reçottent nos jeunes filles et celles de no& voisins, ce qui explique la diiléxeace de DOS sujets de tragédie. Non-seulement, comme le leconnalt Henri Heine, la femme mariée permet plus d'action sur le théâtre, et le peuple français aime raclion par-dessiis tout, mais la difiézenoe d'éducation et celle de la race, qui éloignent nos voisins du -drame par la nison qoisous le laitaimer, rendiaieni chez nous une jeune fille, héroïne de tragédie, moins populaire. Cesi précisément parte que nous élevons les jeunes filles sous la surveillance vigilante de leurs parents que nous avons pour elles un certain respect, surtout dans la littérature; et c'est par esprit de libre action et de libre discussion, par tempérament politique et philosophique si je puis dire, que nous mettons sur la scène la femme mariée, c esl-idire la femme libre, en lutte entre la passion et le devoir. — La femme mariée ne doit relever que de sa conscience. C'est au mari de Ja guider. Ou lui coafle sa jeune feimnc enfant; son devoir et son intérêt estd*en faire un être raisonnable. Aussi, dans beau* coup de nos comédies et de nos drames, voyonsnous le mari, qui n'a pas pris assez de soins de sa femme et Ta surveillée avec trop de négligence, ridiculisé par les auteurs et accablé par Fironie du public : ce qui devient presque la justification de Tadultère.

LIVBB OSUIUCMfi ' ' 3ti

Tout se discute chez nous» çuitout le devoir ; et il ' est beaucoup de oonseieQces» qui s*estiment délicates, prêtes à soutenir le paradoxe que Tépouse . | adttlttee peut être la phia honnête des femmes. Cest à croire parfois que les Provinciales n*ont pu encore i nous désapprendre le secret de éériger IHntention j selon la méthode des Escobar, des Sauchez, Suarez» Lessiut et autres. Si ce n*était encore qu'hypocrisie, nous en pourrions guérir avec un peu de bonne foi» i mais c'est égarement de la raison, obscurcissement de la conscience, incertitude morale, déroute des ' ;

mœurs. On allègue les torts du mari, son ineptie, son impéritie, sa morgue, ses goûts, ses maladies, i ses exigences hors de mode, ses occupations hors • i tout plaisir» etc.... et voilà l'adultère justiâé! Je veux bien qu'un grand nombre de circonstances puissent j expliquer l'adultère ; nous-méme nous en avons 1 énuméré plusieurs et l'indulgence que nous avons montrée pour les malheureux qui n'ont^ ni dans l'esprit ni dans le caractère, assez de la force qui fait que nous pouvons arriver à suffire à nous-méme, cette indulgence ne peut nous rendre suspect et | nous met . au contraire ici tout à fait à Taise pour | apprécier l'influence de notre littérature. Lorsque nos pièces de théâtre et nos romans regorgent de ces scènes d'adultère où le devoir succomUe le plus sou- i vent sous la passion ; lorsque chaque morceau de

m BU MAKUr.E

Uttérataue est un thème-d» àîmifûAi sur radoUtoi^

et qall résulte de toutes ces belles imagiaatiûAs qa» Famour est la loi unique dea tmes, supéritemen devoir; quel désarroi moral u*ea doit-il pas résulter? Il fimt que l'aclnHère soit le plus grand mal moral de nos temps pour alimenter notre littérature ave& une fécondité si inépuisable.

Dans un de nos drames les plus réeenls» J^olrit, de M. Victorien Sardou, l'héroïne Dolorès est la maîtresse de Karloo, Tami de son marii et poartant Fauteur a su donner à sa pièce un dénoûment moral en immolant un' amoar eonpable an sentiment plus noble de l'honneur patriotique. Karloo qui a trahi l'amitié ne consent pas à trahir sa parole; il a juré au mari de Dolorès, mort pour la patrie, de tuer de sa main Tespicm qn! a liné le secMt de I'imok rectioa et bien que Tespion soit une femme et quecette femme soit précisément Dcriorès, rinfoitaaié^ Karloo tient parole et, après ce beau trait, se préoi* pite dans le bûcher où expirent ses amis en Taisaltant: Ou se demande comment ce jeune amant patriote n'aurait pas dégoûté le spectateur de lui et delà pièce sans ce dénoûment tragique ; et Tanteor a mis*si peu de courage dans cette âme d'insurgé, qu'il lui faut la vue hallucinante du bûcher et l'insoM^ publique de ses amis pour le décider à donner la mort à la complice de tant de crimes. Br H. Saidoa

avait sacrifié uû amour honnête aux mêmes sentimants d'hmiiiMr, il eAt élé on grand artiste. Maïs il

aurait eu ni coups de poignard, ni tant d'à»lion. U samble que la vice smI soit actif et que nos littérateurs soient tous convaincus que le public fta&çaia aime raetian par-dessus tout et que s'il lui est indifférent que le vice triomphe, il ne lui est pa& dn tout égal qu'il ne aoit pas mis en mouvement* . Yictor Hugo et Alexandre Dumas ont fait de bons drames. Mais Àntony a laissé une impression trop durable : eai le fameux mot de la iiû : <i £lla me résistait, je Tai assassinée,» peut bien exeuser la femme adultèie aux yeux de son mari, mais ne Texcuse nullement auprès du public. Le pèie etle fils Alexandre Dumas ont d'ailleurs une autre spécialité, celle des bâtards et des filles séduites, âlles ou mères. Us* défendent cette clisntèle avec une véiitable tendresse et un talent qui peut faire illusion.

• JÊ^^ Attbray a un fils qu'elle a élevé avec ses idmr dont le fond est la tolérance. Ce jeune phénomène, carabin et é^iritnalisto» devient amoureux d'une charmante dame qui se dit veuve et possède un enfuit qui doit être ôrpbelin. La belle veuve se trouve être l'ancienne victime et encore la maîtresse d'un snai de la maison, Aubray change fort à propos^ ses idées; mais le ûls tient bon, et pour récompenser la jeune lamme de s'être laissé séduire et de lui avoir

3U DU MAIUAGE

si bien préparé la paternité, il l'épouse aux applaudisaemeats de la salle. Quelle est la grisette sortant de là qui ne se sera flattée de l'espoir d'épouser quelque jour un fils de famille; et quel est le fik de bonne maison enclin à épouser sa dernière mattresse qui ne se 8«ra era assuré d'y faire consentir sa mère?

n est derenu de mode de faire trôner au théAtre,

tour à tour avec la femme adultère, la femme séduite, prpstituée, grisette, mère ou fille. Cela semble naturel puisqu'elle trône dans la société ; at, jusqu'à ce que le public prenne le courage de siffler, nous n'aurons pas d'autres distractions^ puisque ce sont des distractions (1).

(I) • Qui ne reeoattaUdMn }mQmkmàêhji$ la digne mms de h

Dim aux eamèlia$\ qai ne voit que e'est encore rëlernelle histoin de cette raee eiTroniée qa'en nous remet ponr la centième lois sens les yeux? QoeUcs mœars étranges on nous montre dans ces étranges

salons î Où avons-nous jamais rencontré celte espèce de grandes dames qui fouillent dans les tiroirs, qui lisent les lettres des aulres, qui se conduisent comme des grisettes en gaieté et qui reçoivent des jeunes gens de minuit à deux heures du matin, comme des lorettes en cours de sentiment? En aurons-nous bientôt fini avec ces héroïnes, et la courtisane va-t-elle remplir tout le théâtre de son infamie? La scène va-t-elle devenir une succursale littéraire des mauvais boudoirs? Si j'insiste, c'est que le mal est grand et que l'habitude semble prise de voir le théâtre impunément livré à Texcentricité dévergondée des sens. • (E. Caro, Ètudet morale* $ur le tempe présent, <— U utumUime âam la lUtéraiurê.)

Pomr avoir encore une pins hante idée de l'état moral de notre art littéraire, qu'on jette en passant les yeox sur les affiches de noi théâtres : la Vie pmiiknnÊf la Belle Hiline, BnetammeeimtMhi, KMU cf$tfé, Pem dam VmU^ Un trûupUr qui sitti te (nmnet, k

LIVBE DJSUXIÈME t»

J*ai cherché la sanction, le ch&timent ; je ne Fai renoontré que raiemeni et mal choisi. Mous ne savons point ce qu'est Tadultère et nous ne pouvons savoir la punir»

Dans le Supplice d' une femme, qu'il faut sans doute attribuer à IIM. de Girardin et Dumas fils réunis^ la coupable souffre une vraie douleur. Sa conscience est mise à nu devant le public, dont la présence seule semble être pour cette femme un supplice insupportable. Son mari devient son juge et il la condamne lui-même à un acte honteux, déshonorant,

Prêmièrê Ntiit des noces, la FimUê du meurdi'grai, 1$ Sdiard, les GrogutiiiM de pommes, U Démon du jeu, les Pommes du voisin. Un mari dans du ootof^, le Piège à femsnes. In PetUserenês, lu Brî^tda, ete... Je cite de mémoire ei sans respect pour les dates : aiun f en dois passer et des meilleares. Ifeet-il pas vrai que ces titres retefés, à eax seuls^ «valeiit un loof poêmc ? >

Je sais que de tout temps le peuple a déserlé le grand art pour l'art burlesque. A Home, Térence était insupportable et Plaute trèsapplaudi parce que le premier ne mêlait pas, comme faisait le second, au bon latin le lanj^ajçe de la place publique. Aussi, au milieu des •comédies de Térence, le peuple quittait la salle pour courir au cirque, aux. éléphants et aux funambules (*). — Il sendjle que ce soit une loi de l'histoire que le peuple doive se retrouver, dans toiues les sociétés et à tous les âges de Thumanité, avec des traits communs, La faculté esthétique maoqae-t-elle donc au peuple?— Ancnnemeoty mais chez loi cette fscdlé esthétique est sans éducation et sana développement : ce qui n*est point la faute du peuple» mais bien plutdt celle des artistra et des litlératenrs que le mauTais goût de lettr public ne peut excuser, il leur plaît d'aroir un tel juge, qui ne leur demande pas grand effort; tandis que, par leurs œuvres, îis pourraient s'en créer un antre plus digue de leur talent.

(*) Vttir D. Kisard, Ètué^ de mœurs et de eriiigue eur tee po&ee latine de ta dééûdeuee. .

m . DIT MARIAGE

qui sera pour elle un vivant reproche^ une eiii0i]it&

morsure, rindestructiblo poison de sa vie. C'est peutéUe la seule pièoe où l'adultère reçoive le châtiment que nous souhaiterions de lui voir infligé. Là, le « mari n'est point déshonoré parce qu'il s'institue justicier et la femme devient digne de pitié parce qu'elle souffre et se repenti J'aime mieux cela que le spectacle que m'offrent nos comédies ordinaires dont je ne parle pas. La comédie redevient farce et nous ramène aux pasquinades des comédies italiennes et espagnoles. 11 ne faut point y chercher de bâtiment à l'adultère ; la comédie y applaudit et elle a trouvé moyen de faire rire en ridiculisant le mari tiompé. Avec le rire» en France, on ferait abdiquer le chef de rÉIat. Rabelais le savait bien et les bouffons de nos ' rois aussL Mais il y a des rires sains et des rires malsains, et la comédie a abusé de ces derniers. C'est le rire qui a tué le respect de l'honneur coiyugai. Une femme ne trompe point son mari ; elle le rend cocu,» et les dupes font rire«Autrefois» si le mari venait à découvrir l'adultère de sa femme, le parterre tremblait, on s'attendait à un crime, tout au moins à un duel, beaucoup de femmes commenjaient à pleurer, peutêtre pour leur propre compte. Aujourd'hui, le mari hausse les épaules, regarde Tamant de sa femme : c Est-il laid 1 — Ha femme n'a pas bon goût. Je suis pourtant mieux que cela. — En^n, si c'est son idée...

LIVBE DEUXIÈME 317

Dis donc, ma femme, qu'esl-ee que fait ce petit

crevé ?

Lk FEims. -^Uon ami, c'est un membie du Jockey-Club.

Le mari. — Alors, il s'occupe des cheTauz?

La j£mm£. — Non, il s'occupe des femmes.

Le mari* — Ah 1 c'est pour cela qull s'occupe de toi. — Dis-moi donc : quelle fortune possède ce petit monsieur ?

La f£MM£. — Des millions.*.

Le «ari. — Est-ce quH f en a ofifort «nf... »

£t le public ébahi éclate de rixe au lieu d'arracher les banquettes, et de faire tomber le riîieau. H ne comprend pas l'injure qui lui est faite. — - Si nous rencontrons par hasard sur la scène un bon jeune homme qui manileste à un ami le désir de se marier : celui-ci le prend pour un fou. « Que vas-tu faire î Tu es donc trop heureux? » (Suit une longue démonstration des avantages de la vie de garçon et •des inconvénients du mariage.) — ' Tout cela est devenu proverbial à force d'être vulgaire. Mais à qui le public donne-t-il raison ? A l'amateur de la via de garçon ; et, qui n'a pas vu, à ce moment, de cyniques maris applaudir aux oreillas de leurs mégères dépitées.

De quelle morale cette littérature procëde-t-elle, «et quel effet faut-il en attendre ? Je ne puis songer,

m W MAIIAGK'

sans honte, que les siècles à yenir pourront nous

retrouver dans des œuvres comme la Famille Bemilofi, où notre société a paru si ratie de se reconnaître ! Érasme avait bien compris l'espèce humaine en faisant V Éloge de la folie.

« De tous les agents de notre dissolution intellectaelle et morale, le pins énergique a été sans contredit le romantisme (1). > Ce romantisme a envahi toute la littérature, et le théâtre en est si nourri et si plein que nos écrivains, tailleurs en nouveautés, s'en Yont le ciseau à la main découpant tour à tour une pièce dans un roman et un roman dans une pièce» On se rappelle le succès qu'obtint, quelques aimées passées» le Roman d'un jeune homme pauvre. Le même auteur, ayant fait des progrès, nous a donné récemment Monsieur de Camore. Que nous étudiions le théâtre contemporain ou le roman, ou l'art, sculpture, peinture ou autre... nous retrouvons partout le même esprit, la môme direction, le même procédé. Il n'y a que des degrés dans ce mouYement unique qui va du jour à la nuit, de la raison à l'égaremenL

(1) P.«J. Pro«dbon, Du prineifê dê Tari #< 4i m àB$timU(»

Quel littérateur s^est inquiété de la morale, des mœurs, de la Tie sociale* de la passion Traie, de Tamour juste, de la vérité belle? Il s*agit bien de cela 1 — La fantaisie, l'idée du jour, la mode, le besoin de vivre, Fambilion des honneurs et des places, dominent Tartiste. U ne sait plus se mesnrer, le goût du public égaré Tégare lui-même, sa propre inspiration ne lui suffît plus. Quel artiste sera le premier et quelle œuvre la meilleure ? Si le succès est la commune mesure, M. Ponson du Terrailest le plus fprand romancier de nos jours après Alexandre Dumas et Paul de Kock ; et Rûcamboh est l'œuvre capitale dans le genre, tellement que Je ne sais pas si elle est encore achevée I

M""^ George Sand ne peut prétendre qu'à un rang inférieur. Je ne lui en assignerai aucun pour ma part. Elle est femme, on ne le voit que trop, et malgré cette qualité, Sainte-Beuve lui-même ne lui a pas montré trop de complaisance. Je laisse la personne bien qu'elle soit fort intéressante et qu'à mon sens il importe toi]Jours quelque peu de la connaître pour mieux juger de ses ouvrages. Quand Fauteur est une femme, la curiosité semble de droit naturel et devient pi^ue de la prudence. On ne peut parler des femmes écrivains sans se demander l'influence qu'elles ont exercée sur la littérature. Ceux qui se sont fait cette question ont bien vite reconnu

que cette influence a été plus funeste qu'utile. Au point de vue du mariage, cela n'est pas contestable. Le mariage n'a jamais été plus mal compris que par les femmes-auteurs. Ce qui prouve que celles qui écrivent ne sont plus femmes. — Indiana et Jacques nous ofi'rent les deux plus beaux modèles de la morale qu'ont mise à la mode les bas bleus et les écrivains femmelins. Indiana, plante exotique, sensitive des colonies, ne pouvant plus se passer des rayons ardents du soleil tropical, prend un amant et tourne sa vie au tragique. Cette créature ne saurait être une femme française. La fin du roman est indéchiffrable. — Jacques est le triste héros d'une épopée plus lamentable. L'amour y prend des traits plus vifs et s'empare sur les pauvres âmes humaines d'un pouvoir plus démoralisant et plus effrayant ; on ne sait pas si, mettant à ses pieds le devoir avec le respect humain, il ne va pas devenir du même coup la loi de la chute des corps. Jacques, sur le point de se marier, écrit à Fernande, sa fiancée : t La société va vous dicter une formule de serment; vous allez jurer de m'être fidèle et de m'être soumise, c'est-à-dire de n'aimer jamais que moi et de m'obéir en tout. L'un de ces serments est une absurdité, l'autre une bassesse. Vous ne pouvez pas répondre de votre cœur, même quand je serais le plus grand et le plus parfait des hommes ; vous ne devez pas promettre de

în'obéir, parce qae ce serait nous avilir Pun et Tau* tre... f Alors pourquoi se marier 7 . M*"^ Sand se déclare donc partisan des unions libres, elle donne la main au professeur Kaquet et à sou école. Voilà pour le mariage. Voici maintenant pour Tadultère. — Fernande profite du conseil et prend un amant. Jacques n y trouve rien à dire ; et comme pour laisser plus de liberté jiu nouveau couple amoureux, il s*en va tout exprès mourir, de son côté, dans un glacier duTyrol(i).

Dans Valentine^ dans Rose et Blanche, dans Lélia, trouvons-nous plus de respect pour les institutions sociales, pour la pudeur du lecteur; plus de moralité, plus de connaissance de la vertu ? — Valentine qui se prostitue est moins qu'une femme adultère, et son mari, beureux de* pouvoir exploiter sa paV

(1) Il était réserve à un pliysiologiste philosophe de montrer qae ramour, tel que Kart moderne le comprend, n*est que Tenflure et la supei f<'taiion d'un sentiment ualurel. < ar « sans !)arri'Tes et sans ol)siacle>:, il peut y avoir beaucoup de bonheur dans l'amour; mais non du délire et de la fureur... Non, l'amour tel que le développe la nature^ n'est pas ce torrent elTréné qui renverse tout; ce n'est point 4)6iaDtôme.ttiéltial ffid m nourrit de ses propres éclats, se complaît dans une yaine représentation, et s'enivre Ini-méme des effets qjk% produit su? les speetatenrs. Cest encore moins cette froide galanterie qni se jond d'elle-même et de son objet» dédatnre par nneexpresvlon recherchée les sentiments tendres et délicats, et n'a pas même la prétention de tromper la personne à laquelle ils s'adressent; ou cette métaphysique subtile ^i, née de l'intluence du cœur et de Timagination a trouvé le moyen de rendre fastidieux les intérêts les plus chers aux âmes véritablement sensibles. Non, Tamour n*est rien de tout cela*. . • Cabanis, RapporU <2u physique et du moreU de Vliômms

3i3 DU HiRIAGB

don, moittft qu'on être humafaiw — Dans Sà$

Blanche^ uoe pauvre créature, vendue par sa màie it m amateur, pense sauver sa Tertn et la monde ea disant à son acquéreur : « Faites, je vous laisse mon CfMPps, je garde mon âme. »— Quant à Lélkite» n'était pas assez de la Uberté souveraine de l'amourt de la prostitution, du libertinage ; il manquait à cet ensemble artistique Tamonr nnfsexuel. La femme libre, l'adultère, la prostituée, la tribade, n'est-ce pas toute répoqw et ne Toilà«t41 pas les plus beaux sujets de gloire littéraire réunis ? Mais M""^ Sand n'est pas seule et cette gloire n'est pas originale. IMa a sa place à côté de la Fille aux yeux d'or de Balzac et de MûdemoiieUê dè Moiupm de Théophile Gautiiier qui, non mpins que M"''' Sand, se trouve des titres an pantii^on du bon goût et de la saine mo*.

raie (1).

Tons ees amie do Thumanîté saveiit-*ils oomkieQ

ils ont corrompu de jeunes cœurs ? La fantaisie, le eapriee, le dévergondage de leur imagfmrtion, la sensualité de leur goût, ont été leur seule ràgle»

(1) U fem reeonnatim eepradimt, jioar être juste, ^ léi denièi» œavM dê H"* Saod rachètent fort à pmpos las pMOijânB. Nous citerons volontiers au hasard : Jean iê la Docte, £0 marquis de VU' Umer, M^^' delà Qniniinie, M^» Merqim, JNêm flli rmUê^ Malgrèr tout, Césarine JJielrich, Franeia.*» coomt dont la moralité D& retire riea à l'tkîUt du talent, toijoan très-graud ches la cdlàbi» artista.

.Uq^. fiM& gcaiulô cocrupUqn das. mmuu ««ura été bnr seole influence. Ce qui est moral est muI artis-

tî^Mâ*. li n'y a |mis i^ua d'act à iaire, ^fiomber la .TâCta aur le théfttie m» daas im. Uvfe qu'il n'y a de

mqcalité à iiisultej: uxm honaêtd fooutte daas k rue. On. peut mettre beaucoup de mins au cadre, si la tûila vaut xi^a, l'art reste purement décoratif et ce n'est pas de cet art-là qu'il est question. Nos littérateurs s*aba9donjaent mjL érotisme» de «la mode» aux aiguillounements delà concurrence, aux excitations àa dehors qui donnoDi à leur iosi»ratiaQ.un& soudaineté e.t uue fécondii^i sans exemple dans les Uttératmea passées ; et.ila paoteat eapendant qu'ils font de l'art! S'ils n'avaient encoreque la préteiUion de distraire et de vivre un jour,. la eorruptioD que po];tent leurs Œuvres ne serait pas si contagieuse. Car la. raison redresse bientôt, même chez les plus ij^rantSi les écarts de l'imagination. Pour le simple bon sens, ee qui est manifestement invraisemblable sauxAit être un danger âérji^ux. Ittais tous, petits ou grands, prétendent à la science ; et le plus grand nombre, quand il ne peut atteindre au beau, sacrifie au vraisemblable* Le théâtre est transformé en académie, le livre en tribune, et non -seulement les mœurs du jour viennent s'y étaler, mais les théories sociales, les discussiona morales et quelquefois politiques viennent s'y débattre et reçoivent les solutions

les plus grotesques (1). Que nos littérateurs oublient que le ihéiUe et le romea ne sont ni le joucod, ni I la brochure, ni le livre et qu'ils discutent, surtout sur la eeèiie ; eela peul être {due oa moins daas.le goût du public, je n'y vois point de mal pour ma part. Qu'ils discutent la justioe» le droit» l'iuslitation sociale dans son fondement inébranlable, c est énonne ; qu'ils s'en moquent, qu'ils en rient, qu'ils

^ s'en amusent, c'est trop. Je ne leur en veux pas ' de discuter, même ce qui n*est plus m discussiau, comme ils font le vol et l'assassinat, par exeinpld ; il fiftut à Tart la liberté, et, lorsque la ^oirale n'est .constituée tout à fait ni sur la séduction» ni surlV

' dultère, les écriiFains, les artistes ont le droit de s'emparer de ces questions et j'aime à Yoir qu'ils s'en occupent. Mais de quelle manière doivent-ils le Caire? Quel contours doivent^ils apporter aux efforts des philosophes, des moralistes, des savants? Où est le mi pour eux, oH est l'art? — Où sera la | morale ? — Semblent-ils s'en douter î Le beau» le

(i) IL JUnns Eeybaod aytat k m pioBOMer lor la dfndm qu'un auteur arait faite des diverses espèces de romans, en roman dàmonHroâtf et ranaa marrmiif, blâmait eeue divisioa, U avaii ni- | son. Tous les romans Teuleni prouver quelque chose, tôus Uisseat ^ une impression et celui qui semble le plus narratif et leplnskao* eent estsouTint le plus démonstratif et le plus pernicieux*

(*) Voir : Rapport sur le concours ayant pour sujet : Dû Vitifmm de Im lUIifaiwt «mUn^formiM lur lès maurs^ par H. lenfs Bey- Imud (Mémoire I).

uvRs nsinuiaiK w

' j^ste, rhonnête, ne leur paraissent pas pouvoir soutenir te roi éle?é de leur art Ils Tealent obserm et peindre et ils Tont droit à TexceptioD, ne voyant pas la règle. Lorsqu'ils ont veeneilli je ne sets où, parfois dans leur cerveau, parfois dans quelque jour- * nal^ nne anecdote, un fait>divers, ils en font le siijet . ^ de leur œuvre ; ils croient faire de la peinture et ils « ne font que de là photographie.

C'est à l'introduction de Tesprit scientifique et particulièrement de la méthode d'observation dans les choses de l'art qne j'attribue, en partie, la décadence de l'art à notre époque. L'art est la synthèse snpérieure des phénomènes humains. L'analyse, l'anatomiei la dissection, lui sont contraires. Autant Fart aime ce qui est génial, abstrait, universel ; âiH tant il hait et fuit ce qui est relatif, concret, particulier. Son domaine n'a rien de contingent. L'art est de son essence généralisateur. Hors cette conditioUt il est sans portée, sans utilité. Il n*a ni pour rAle, ni pour but de nous montrer une vérité mais la vérité^ une beauté mais la beauté, une vertu mais la vertu* Objectivement l'art est concret; subjectivement il est universel, infini. S^il veut nous peindre la vertu, il peut prendre une femme, un jeune homme, met- r tre en lutte des passions, c'est le moyen ; Fart, le • but, c'est notre propre grandeur.

Parmi les œuvres de ces derniers temps, où se

moiïtre le plus en i^Iiel te déiàut de rintrodocfiofl

des méthodes d'observation dans Fart, je citerai le * toman qai pointe pour titre : Mêdme Sotatg. • Qu'est-ce que Madame Bovary? — Une fille de cam- pagaard, qui épouna à Tinglm on jeime méAwà de village, un officier de santé. Celui-ci la rend parfaitement hetmmse.lEais la tie 'paisible et honoiiM ble qu'elle mène au début ne lui suffit pas. Elle a lu forée romans (qu'eût-ee été si elle aràit lu* ceM dont elle est rhéroïne?), et elle rêve un monde de plaisirs et de voluptés qu'elle espère bien connattre un jour» en dépit de sa position. Son rêve se réaliseà moitié. 'Son mêA w s'établir dans tm* viflage plas important et elle y fait la connaissance d un jeune châtelain et d'un clerc d'huissier qui deviennent tour à tour ses amants. Comme elle aime le luxe, ' elle fait des dettes ; et comme son premier amant, le plus riche, refuse de les payer, elle s'empoisonne et enterre avec elle son mari qui meurt d'amour et de désespoir.

Ce fait-divers a défrayé l'ennui du public pendant quelque temps. U pouvait être rédigé en entrefilet, comme je viens de faire, et tenir quinze lignes dans un joumàl. L'auteur, H. Gustave 'Fiaul>ert, u trouvé moyen de le résumer en deux volumes et la .spé-' culation a réussi.

Que faut'il chercher dans Madame Bovary ? Rien

I LIVRE JdjSUIlfillS ' . m

-auUe chose qae ce qu'jr ,a mis Tauteux. £st-ce une iespe de mofiie, est^ce^im niodàtet un exemple isoÎTre? Pourquoi. Madame Bovai/ se jette- t-eUe 4IU ûûa.da<pi8iiiier veau? JSA-ce amour ? E8l-Ge.smf 4e v^upié? Ëftt-ce oigneÂI ? £st-ce cuxioaitét besoin, Tice.iiaUârel? — C'est tout ce qu'on iroudra. Voilà le fajU t^ quel. Il 6*est passé dans rima({iuatiûa de Tartiste ou dans la réalité sans un incident de plus ni de moins ; c'est l'aciioa .d'une ?ie peu intéres* «ante, sans conûdence de Tâme. L auteur dit au pu« blifi ; voilà ce que je Youkis te raconter, peni^s-en €e que tu voudras.

*Ja,ne «comprends pas eetto juanièxe de faire. La I sobriété de la coiiiposition et celle du style ont pu I donner à réfléchir à beaucoup de lecteurs*, line femme qui trompe son mari, pour le plaisir de le I tromper, est dans nos mœurs un fait si simple^ qu'au plus grand nombre Madame Bovary a semblé la nature prise sur le fait. Mais pour surprendre la nature, I mieux eût valu relever le nombre des cas tels que 1 œltti de Madame Bovary ; et-i^èa cette constatation statistique, il eût été plus salutaire de donner par un chiffre un avertissement au public. Madame Bovary nepûuvaitétre un sujet d'art;. et l'auteur aurait pu mioux employer son talent, beaaaoup moins .contestable que ses muvres.

Rps fabricants de romans ont un tiavers que j'ai

SIS * wmmknE''

trouvé presque général; c'est de uous présenter leurs héros ou leurs héroïnes déjà corrompus parla litté-rature à laquelle ils travaillent. Sans le secours des 'romanSjles héros de ces drames écrits seraient assez difficilement des monstres. Une fois coiron^pus par ' cette littérature fiévreuse, ils peuvent aisément, et sans trop grande intraisemblance aux yeux dû por blic, devenir criminels, assassins, séducteurs, adultèros, etc... En Térité les faiseurs de romans ne pouvaient plus arlistemeut se condamner eux-mêmes; et lorsque j*ai pour moi et centre eux la force do leurs propres ouvrages, il me semble que je n'ai plus besoin d'insister. Oui, la littératmre contempo-* raine corrompt nos idées morales et par nos idées corrompt nos mcaiirs*

De tous les corrupteurs de l'esprit et de ia cons* cience publics, le moins comipteur et le plus grasd artiste peut-être, assurément le plus savant, Balzac, le romancier hicomparaMe, a exercé comme une in-fluence à paru U a créé tout un monde, toute une époque, tout un art. Son œuvre est une toile iminense où toutes les classes de la société ont leur place, où toutes les passions ont leur coloris, Içur champ,

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