‹ Le mariage chez tous les peuplesChapitre 6 sur 22 · C8 LE MARIAGE · texte numérisé non relu

C8 LE MARIAGE

argent le dîner auquel il n'assistait pas. Cette redevance était perçue à Paris par les chanoines de Notre-Dame, l'abbé de Sainte-Geneviève, le doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois, qui en abandonnèrent une partie aux paroisses qui dépendaient de leur juridiction. L'usage du plat de noces parut si abusif qu'Eudes, évêque de Paris sous Philippe-Auguste, interdit aux curés et aux prêtres de s'en prévaloir, mais il se maintint jusqu'à la fin du moyen âge.

Une autre coutume n'avait pas soulevé une moins vive opposition, celle de la bénédiction du lit nuptial, avant que le mariage fût consommé, bénédiction que le clergé imposait, aux xiv^ et xve siècles, et faisait payer fort cher (l).

En souvenir des trois nuits pendant lesquelles Tobie avait respecté Sara, il était défendu aux nouveaux mariés d'user de leurs droits d'époux, les trois premiers jours de leurs noces, à moins qu'ils n'obtinssent à prix d'argent une dispense.

Au commencement du xve siècle, les habitants d'Abbeville s'insurgèrent contre ce règlement

(1) A cotto taxe s'ajoutait celle qui portait le nom do caquet de l' épousée. Les joyxnos gons qu'on n'avait pas invités aux nocos exigeaient dos époux et souvent leur cnlevaiout, pour se divertir entre eux, des mets ou de l'argent. Il fallait se soumettre, pour éviter de pires ennuis. AAix on Provence, les doux chois de la jeunesse, le Prince des amoureux et VAbbé des marchands et ariisanSy si ou lo'jr refusait cette contribution, faisaient un charivari à la porto des mariés, pendant toute la nuit, les menaçaient do mettre le feu à la maison et les empochaient de sortir de chez eux, jusqu'à ce qu'ils eussent payé entièrement le caquet de l'épousée. Une coutume analoguj s'est pjrpctuoe en Franche-Comté jusqu'à la Ilévolution.

(•ivi(jue et ce fut en vain (juc, p{3ur les cITraycr, leurs curés les menacèrent d'etro étrangles par un dragon, comme les sept premiers maris do Sara. Le maire et les échevins s'adressèrent au Parlement qui, par un arrêt du 19 mars IJiOO, autorisa chacun des habitants à user librement de ses droits conjugaux, sans la permission de TÉglise (1).

Peu favorable à Porigine aux premières unions dans lesquelles elle voyait une diminution de l'état de grâce, l'Église n'autorisait qu'avec peine les seconds mariages, les mariages réchauffés, et ce préjugé s'imposait, s'impose encore, à beaucoup d'esprits.

Malgré le célèbre passage de Papôtre saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens (â), ces hérétiques du moyen âge qui s'appelaient euxmêmes les Cathai^es, les Pars, et se distinguaient d'ailleurs parleurs libertés amoureuses, condamnaient les seconds mariages.

Les lois ecclésiastiques, tout en les blâmant, les toléraient. Le concile de Néocésarée, en 31J4, imposait une pénitence aux personnes qui se mariaient plusieurs fois (3), et celui de Constantinople, en 9^0, défendait absolument les quatrièmes noces, même si elles devaient avoir pour

(1) Le concile de Trente, on conseillant la continence aux mariés, certains jours de fête, ne la leur iTjposa pas.

(2) ft MuUier aligata est legi, quanto tenipore vir ejus vivit: quod si dormierit vir ejus, liberata est, cui vult nubat, taiitum in Domino. » Ep. 1. ad Corinth. cap. 7.

(3) Non pas, dit un historien de ce Concile, parce qu'elles commettent une faute, mais « quod suam incontinentiam manifestant •.

résultat de réparer une faute ou de légitimer une union coupable.

Le mariage des jeunes filles se célébrait de jour, tandis que celui des veuves ne pouvait avoir lieu que de nuit, sans témoins, sans bénédiction du prêtre.

Le concile de Trente réhabilita les seconds, troisièmes et quatrièmes mariages et les déclara aussi respectables que les premiers, mais les préjugés populaires survécurent et pendant longtemps il fut d'usage d'aller faire un charivari devant la porte des veufs ou des veuves qui se remariaient.

D'ailleurs si la liberté de se marier autant de fois qu'elles voudraient fut accordée aux veuves à partir du xvi^ siècle, l'édit de juillet 1560, un des plus importants de notre ancienne législation, garantit contre leurs libéralités excessives l'héritage de leurs enfants. Le préambule de cet édit des secondes noces, qui en indique les motifs et le but, est trop curieux pour que nous n'en donnions pas un extrait : « Comme les femmes veuves, ayant enfants, sont souvent invitées et sollicitées à nouvelles noces et ne connaissant pas être recherchées plus pour leurs biens que pour leurs personnes, elles abandonnent leurs biens à leurs nouveaux maris, sous prétexte et faveur du mariage, leur font des donations immenses, mettant en oubli le devoir de nature envers leurs enfants... à quoi les Empereurs ont voulu pourvoir par plusieurs bonnes lois et constitutions, et nous, entendant l'infirmité du sexe, avons loué et approuvé lesdites lois et en ce faisant avons dit, statué, etc. .. »

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Quelle était dans la longue période que nous venons de parcourir, et en laissant de côté l'époque barbare qui inaugure le moyen âge, la situation morale de la femme, de l'épouse? Les historiens, les chroniqueurs, les auteurs de fabliaux, de comédies ou de romans satiriques nous l'apprennent ou plutôt nous aident à le deviner, car ils ne disent pas tout.

Sans doute, alors comme aujourd'hui, les droits que la loi refusait aux femmes elles les obtenaient des mœurs. Le mari, qui se croyait le maître dans son ménage, obéissait docilement. Satisfait de l'apparence du pouvoir, il en abandonnait la réalité.

Les usages de la chevalerie avaient donné à la femme, devenuerobjetd'unculte,unegrandeautorité morale. Elle régnait dans les cours d'amour. Elle avait, à cette époque de brutalité et de violence, la force de la tendresse et de la douceur.

Elle plaisait par ses défauts plus encore que par ses qualités et c'est peut-être pour cela qu'elle avait grand soin de ne pas trop s'en corriger. Ces défauts, en général si agréables, il faut voir avec quelle indulgence, voilée par une apparente sévérité, les moralistes contemporains les signalent. On reconnaît facilement qu'ils en ont savouré le charme. Prenons comme exemple Robert de Blois qui, dans son « chastiment des dames », a écrit en vers une sorte do traité des devoirs de la femme dans le mariage, au xni^ ou au XIV® siècle (1).

(1) Ce poèmo a été donné dans les Fabliaux de Barbasan. On n'en connaît pas la date exacte.

L'auteur clc ce pocmo blâme les dames de se découvrir la gorge, mais il leur recommande de ne pas se voiler le visage devant des gens de qualité.

Dans sa maison, la femme doit éviter de se montrer impérieuse et violente. A table, elle offrira aux personnes de sa compagnie les meilleursmorceaux et ne les prendra pas pour elle-même. Elle aura soin, après avoir bu du vin, de s'essuyer la bouche mais sans se servir pour cela de la nappe. Elle ne boira pas avec excès :

Fi do la damo qui s'onivre, Elle n'est pas digne de vivre.

Si elle a une belle voix, elle ne refusera pas de chanter lorsqu'elle en sera priée. Absorbée par les soins de son ménage, elle ne s'occupera pas de ce qui se passe chez les voisins.

Après ces excellents conseils, Robert de Blois termine son traité par un petit code de la galanterie, il fait connaître aux dames les formules les plus usitées dans les déclarations d'amour et il leur enseigne ce qu'elles doivent répondre. Je suppose que sur ce point elles étaient plus capables de donner des leçons que d'en recevoir.

« La femme, dit un autre moraliste, Pierre des Gros(l), pense à gouverner le blé, la farine, la pâte, le pain et le breuvage. Elle garde l'huile, la graisse, le bétail; elle s'occupe du linge, de la laine, les garantit des vers, les met au soleil, les

(1) Dans son Jardin des nobles, ouvrai^o du xv" siècle.

nettoie, les répare et recoud et met à point et arrange les petits morceaux... Souventes fois, pour le bien de la maison, se rompt le cœur et le corps de sollicitudes et do labeurs... Si quelqu'un est malade, elle met sa diligence à le consoler, elle se hâte de faire le lit, de mettre draps blancs, d'allumer le feu, de chauffer le malade, de lui faire brouets réconfortants, de préparer médecines; et jour ni nuit ne cessera de travailler.

« Si le mari est malade ou aucun des enfants, d'angoisse elle sera pleine et d'anxiétés, le cœur tout navré de douleur; toutes les afflixions, tourments, peines et passions que le mari sentira en son corps, elle les portera en son cœur; doucement le confortera, diligemment le servira; au médecin elle courra. Rien pour sa santé elle n'épargnera; le boire, le manger, le dormir, le repos elle oubliera; pleurera, se lamentera, se déconfortera et nul ne la pourra consoler... »

Les femmes avaient alors, dans leurs premières années de ménage, une candeur pleine de charme, une enfantine naïveté. Elles se mariaient fort jeunes et leur éducation commencée par le père et la mère, le mari devait la continuer. Mais récolière, forte de l'amour qu'elle inspirait, étudiait son maître et bientôt, en paraissant obéir, le dominait." La vie recueillie lui donnait l'habitude de la réflexion ; elle en profitait pour fonder la royauté de la femme (1). »

La vie conjugale au xvi^ siècle, on aurait tort de la juger uniquement par les Mémoires de

(1) Eugène Pelletan, La Mère.

lU LE MARIAGE

Brantôme, les nouvelles de Des Périers ou VHeptaméron de Marguerite d'Angoulême. Ces ouvrages, et d'autres qu'il est inutile de citer ici, n'en démontrent pas moins que si le mariage était pour les femmes une prison, quelques-unes savaient assez souvent égayer leur captivité.

Il est certain qu'un grand relâchement se produisit à cette époque dans les mœurs et un historien, en son naïf langage, nous en donne la principale raison : « François P^, dit-il, s'apprivoisant avec des dames, les fit devenir plus hardies et par son exemple rendit la cour premièrement débordée; puis par une manière de contagion, faisant couler ce venin dans les villes et le répandant jusque dans les maisons particulières, gâta et corrompit les mœurs publiques (1). »

Pendant la longue période des guerres religieuses, dans cette France naguère enivrée de poésie, de foi mystique et maintenant livrée aux discordes, folle de haine, saoule de sang, il jpaut, pour plaire aux femmes, s'illustrer par le meurtre, donner ou recevoir des coups d'épée ou de poignard, écrire avec du sang ses déclarations d'amour. C'est un plaisir très apprécié pour les nobles dames que la vue des cadavres nus étalés, le jour de la Saint-Barthélémy, dans la cour du Louvre. Le détraquement devient presque général. L'adultère est prévu comme une conséquence

(1) La Fortune de la Coar^ éd. de 1713, livre II, p. 508. — n Le roi François est l)l(;ssé des dames en corps et en esprit... Alexandre voit les femmes quand il n'a point d'alïaires, François voit les alTairos quand il n'a plus do femmes >» (Mémoires de Saulx-Tavannes).

CHEZ TOUS LES PEUPLES lir,

inévitable du mariage et la fidélité conjugale passe pour une vertu de manant.

Beaucoup de femmes cependant donnèrent, en CCS temps troublés, J'exempte non seulement du courage mais des plus pures vertus.

Les libertés de langage et de style de Marguerite d'AngouIéme ne l'empêchèrent pas d'apporter à la cour de son frère une dignité de vie dont elle ne se départit jamais. Soutenue par sa foi ardente, Jeanne d'Albret passa à travers cette corruption des Valois sans dissimuler ce hautain mépris, ce dégoût d'une honnête femme, que nous retrouvons dans ses lettres. La princesse de Condé, trompée par son mari, lui resta fidèle, et pour le sauver affronta la colère de Catherine de Médicis, s'exposa à des haines qui ne savaient pas pardonner.

Dans la bourgeoisie, parmi les gens de petit métier, nombreuses étaient les femmes que le cœur, la raison, le sentiment du devoir, attachaient à leurs maris par un lien que resserraient des souffrances communes et le besoin de se défendre, de s'unir contre les horreurs de la guerre et de la persécution. Gardiennes du foyer, elles se signalaient par une rectitude de vie, par une préoccupation constante des moindres détails du mariage, que nous révèlent ces livres de raison où chaque famille, au jour le jour, écrivait son histoire, si humble et si attachante.

Le XVII® siècle a été l'âge d'or des femmes. Jamais elles iie se sont montrées aussi dignes de régner par les qualités du cœur et les charmes de l'esprit; jamais elles n'ont apporté dans le m?.rirîge autant de dignité et do dévouement.

Cet éloge ne s'applique en rien, on le comprend, aux « aimables furies " de la Fronde que les caprices de leurs fantai sies lancèrent dans les orages de la politi que et qui n'avaient d'ail leurs sur les devoirs de la vie conjugale que des notions très insuffisantes. Il convient également d'excepter les grandes dames qui aspiraient à devenir les maîtresses de Louis XIV — on en formerait tout un armoriai — et celles qui empoisonnèrent leurs maris en invotjuant cette excuse, peut-être insuffisante, qu'elles n'en étaient plus éprises (1). Mais le siècle de la Montespan et de

(1) Il y out, do 1676 à IfiRO, uno série d'empoisonnomeiits. La Voisin, (\m finit par cLro brûlôo en placo de Grève, le 22 juillet 1680, faisait voir lo diable et vendait aux l'onimes

La Brinvilliers.

la Brinvillicrs est aussi celui de ^1"^° do Scvignc, de M"^^ Dacier, d'Angcliquc Aruault et de cctto admirable Louise do Mari 1 lac qui fut la digne amie et la collaboratrice la plus dévouée de saint N'incent de Paul.

L influence trop calomniée de l'Hôtel de Rambouillet avait donné aux mœurs plus de délicatesse, à l'amour plus de réserve. La carte du Tendre avait eu son utilité. II n'était pas mauvais de ramener au sentiment les dames de la cour qui, dans la période précédente, avaient abusé de la sensation.

Une littérature grave et sévère, un théâtre où dominaient les grands sentiments, riiabitude et le goût des discussions philosophiques et religieuses, l'influence profonde du jansénisme, avaient créé une atmosphère morale dans laquelle le mariage s'était ennobli. Les femmes v contrihuèrent autant que les hommes par la forte éducation de leur esprit. Toutes les âmes étaient dominées par un besoin impérieux d'ordre et de discipline : il régnait dans la famille comme dans l'État.

Mais une réaction se produisit au siècle suivant et elle était peut-être inévitable. Des abus très

La \'oisin.

des philtres pour garder leurs amants, et des poisons pour les débarrasser de leurs époux.

nombreux devaient la provoquer, à commencer par l'organisation môme du mariage, tolérable pour des femmes plices à l'obéissance et soutenues par l'esprit do sacrifice, pleine de dangers pour celles en qui faiblissait, de plus en plus, le sentiment du devoir.

La jeune fille épousait, au sortir du couvent, l'homme que lui imposait sa famille. L'amour qu'elle ne trouvait pas dans le mariage, elle le cherchait dans l'adultère.

Sans rien connaître de la vie, elle était abandonnée, dans un monde nouveau pour elle, à toutes les tentations. Rien ne la protégeait contre son inexpérience et les entraînements de son cœur, ni la tendresse du mari, ni le recueillement du foyer, ni plus tard l'éducation des enfants dont on l'obligeait à se désintéresser. Enivrée par les succès mondains, dévorée, puisqu'elle était femme, du désir de plaire, elle faisait de sa beauté un appât et une enseigne (1), humiliait ses rivales par l'éclat de ses toilettes, et prenait un amant pour suivre la mode.

Si par hasard une femme était assez provinciale pour aimer son mari, elle s'efforçait, dans

(1) « Lo visago dos Françaises est presque toujours emprunté : elles l'ont fabriqué lo matin avant de sortir do chez elles. Elles font un masque qui paraît fort beau avec du ijlanc, du rouge, du bleu ot du noir : ces doux dernièros couleurs servent à poindre les veines et les sourcils; on emploie aussi lo noir à changer les cheveux. La incMuo fommo qu'on aura vue blonde la veille, sera lo lendemain brune pifjuanto. La fantaisie d'une Française, son miroir ot les conseils de sa (illo de chambre décide it de la figure qu'elle doit avoir pondant la journée » (Marquis d'Argons, Lettres clUnoiscSy 1755).

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rintcrêt tlo sa n'^puîntion, de cacher ce sontiniciit

qu'on eût trouvé vulgaire. La princesse palatine disait dès 1G9G: « L'amour dans le mariaue n'est

lâO LE MARIAGE

plus du tout à la mode et passerait pour ridicule, w

Quelques années avant la Révolution, on pouvait lire sur un des murs de l'auberge de Chamounix ces vers qui indiquent fort bien l'état d'âme d'un mari du xviiie siècle, auquel correspondait à merveille celui de sa femme:

J'étais amant. Pour refroidir ma flamme Jo visitai les glaciers hauts et bas.

Je fus époux. Sans chercher les frimas Je les trouvai près de ma femme.

Un homme qui appartenait à la bonne société avait le droit d'aimer toutes les femmes, sauf la sienne (1). La fidélité conjugale était abandonnée, comme une vertu mesquine et démodée, aux gens de petite condition, qui d'ailleurs n'en abusaient pas.

Les cérémonies qui présidaient à ces associaciations de deux indifférences et de deux vanités et les lois civiles ou religieuses quiles régissaient, n'avaient pas changé, mais on créait, dans le cours de ce siècle et presque à la même époque, les lettres de faire part et le mariage par annonces.

Les lettres de faire part, envoyées aux parents ou amis, étaient d'abord manuscrites, dans un cadre finement gravé, formé d'arabesques et

(1) Par suite, lo premier devoir d'une femme ou plutôt son seul devoir consistait à no pas ctr^ laide : « Uuo femme laide ost un être qui n'a point do rang dans la nature ni do place dans lo inonde » (De Moissy, Les Jeux de la Petite Tkalie).

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d'emblèmes. La Bibliothèque Nationale en pos^

sède plusieurs et entre autres une des plus intéressantes, qui annonce le mariage du duc de

lââ LE MARIAGE

Richelieu. Entre deux fines colonnettes au-dessous desquelles le dessinateur a représenté deux hérons, une cage, un maillet et un moulin, on lit cette inscription : « M. le duc de Richelieu a épousé, la nuit du 6 au 7 août 173i4, au château de Montjau, en Bourgogne, la seconde fille d'Anne-Marie-Joseph de Lorraine, prince de Guise, comte de Harcourt. »

La même année, on substitua les lettres imprimées aux lettres manuscrites. Les deux premières qui furent mises en circulation se trouvent au cabinet des Estampes et elles sont conçues dans les termes suivants :

« Monsieur et Madame de Pons sont venus pour avoir l'honneur de vous faire part du mariage de Monsieur le marquis de Pons, leur fils, avec Mademoiselle de Brosse. >>

« Madame de Castellane est venue pour avoir l'honneur de vous faire part du mariage de Mademoiselle de Brosse, sa fille, avec Monsieur le marquis de Pons. »

Ces lettres de faire part étaient d'un très petit format. On les laissait, comme des cartes de visite, à la porte des parents ou des amis qu'on ne trouvait pas chez eux. Plus tard, l'usage s'établit de les envoyer par la poste.

L'invention du mariage par annonces date des premières années du xvm° siècle. .Te ne sais pas si elle répondait à un besoin, mais elle eut quelque peine à s'acclimater en France (I).

(1) Lo véiiiablo orgaiiis;itour des annonces matrimoniales en France fut lo célèbre M. do Foy, dont jo découvre un Lion

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L'idée d'oITrir une jeune fille comme une maison ou une paire de bœufs, paraissait assez clio- (piantc, ((uoique l'industrie des « taches » n'eût pas encore été créée.

Parmi les plus anciennes annonces de mariage on peut mentionner celle-ci, insérée dans la Feuille d'avis de Francfort, en date du 8 juillet 173S.

— Une honnête jeune fille, bien faite et très jolie, dans le but d'obtenir un héritage qui lui revient de droit dans ce pays, cherche un avocat célibataire qui s'engagera à lui gagner son procès; en échange, la jeune fille offre à l'avocat de devenir sa femme et lui promet d'être aimable et fidèle. — Tandis qu'en Allemagne et surtout en Anglecurieux prospectus dans un numéro du Siècle, du 9 décembre 18iil.

<■ 18- annéa. Ancienne mai-on do Foy, 17, rue Bergère. Spécialité.

« M. DE Foy, négociateur en ^[ariagep,

t Dirige habilement et occaltement les mariages les plus difficultueux tant en Franco qu'à l'étranger; possède un riche répertoire de messieurs, dames et demoiselles, ayant dots et fortunes jusqu'à plusieurs millions, fortunes liquides et bien assises dont, à l'avance, on pourra faire contrôler les titres par son notaire; enfin donne des conseils sur la forme et la rédaction des contrats de mariage,

« Dix-huit années de spécialité et une position indépendante sont les meilleures garanties que puiss3 offrir l'ancienne maison de Foy.

« Réceptions de il à h heures : chaque personne est admise dans une pièce séparée.

«• Nota. — Des récompenses larges et payées comptant sont offertes à toutes personnes honorables qui auraient des relations plus ou moins étendues et désireraient les utiliser fructueusement i^la discrétion chez M. de Foy est un devoir compris et sacré).

• Affranchir. »

Uh LE MARIAGE CHEZ TOUS LES PEUPLES

terre les annonces matrimoniales ne scandalisaient et n'étonnaient personne, elles se heurtaient, en France, aux répugnances du public. Elles n'ont commencé à entrer dans nos mœurs que dans les dernières années de la Restauration, et rien ne prouve, en somme, que les gens qu'elles unissent soient plus malheureux que les autres.

Après que la liberté des cultes eut été proclamée, la Révolution enleva au mariage religieux son caractère légal. Une loi du âO septembre 1792 rendit à l'autorité laïque la tenue des actes de l'état civil et lui attribua, par suite, la célébration des mariages. La capacité des contractants, les publications préalables, les formes intrinsèques, furent réglées par des dispositions de cette môme loi et passèrent ensuite, plus ou moins modifiées, dans le Code civil (1).

Le mariage, depuis si longtemps soumis à l'arbitraire, obtint une constitution plus libérale, et on lui donna comme base les deux fameux articles dont la non-observation fait vivre et prospérer une multitude de juges, d'avocats, d'avoués et d'huissiers :

« Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours et assistance. »

« Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari. »

(1) Livre I, titre V.

CIIAPITRb: V

Jeunes amours et vieux usages.

Une des traditions les plus charmantes de la vieille France, c'est celle de VAntibois, qui s'est conservée et se conservera longtemps encore, il faut l'espérer, dans quelques provinces.

A toutes les époques, les jeunes filles, qui mettent beaucoup d'amour dans la religion ou beaucoup de religion dans l'amour, ont demandé à Dieu ou à la Vierge ou à des Saints spécialement chargés de cet office de leur faire voir, dans leurs rêves, l'homme qu'elles doivent épouser. Avec une naïveté touchante et sans y entendre malice, elles font de tous les bienheureux des agents matrimoniaux.

Dans les Ardennes, le jour des Rois, la jeune fille, avant de se coucher, met sous son oreiller un miroir avec une paire de bas croisés par-dessus et, au centre, un démêloir. Elle pose ensuite sur le lit son pied gauche et dit tout d'un trait :

Je touche :i l'antibois.

Salut, trois rois, Salut, Gaspard, Melchiop ot Balthazar. Faites-moi voir en dormant L'époux que j'aurai mon vivant.

Elle fait ensuite trois siones de croix de la

main gauche et s'endort sans dire un mot. Sou-

vent elle aperçoit l'amoureux qu'elle a en tête. Si elle voit un berceau, le mariage se fera dans l'année. Des anges ou un cercueil annoncent une mort prochaine.

Un autre procédé, presque aussi efficace, est pratiqué aussi le jour des Rois. Celles qui y ont recours se lèvent à minuit et allument une chandelle devant une glace sur laquelle elles fixent les yeux, après avoir récité trois Ave Maria. Souvent, elles y voient l'image du jeune homme avec qui elles se marieront dans l'année ; si elles n'aperçoivent rien, elles sont condamnées à mourir vieilles filles.

Dans les Vosges, les jeunes gens n'oublient pas de dire en se levant, le jour de la fête de ce saint :

Saint Nicolas

Qui mariez les filles avec les gas,

Ne m'oubliez pas.

Saint Nicolas est aussi invoqué par les filles à marier, les femmes stériles et celles qui veulent avoir de beaux enfants.

Dans les Vosges également, l'antibois se pratique de plusieurs manières. La veille de la Purification, la jeune fille qui désire savoir avec qui elle se mariera jette, en tournant le dos au feu, une poignée de cendres sur les tisons ardents qu'elle s'efforce de recouvrir le plus possible. En même temps, elle prononce ces paroles :

Chandolior, Ciiaudolour,

Je te cache à heures (indiquer l'heure).

Fais-moi voir on mon dormant Celui que j'aurai on mon vivant.

CHEZ TOlJS LES PEUPLES 127

Si elle veut savoir de quel colé viendra st)ii liitiir époux, elle nionle sur un las de fumier, ec

même jour de la Purification, mais avant le lever du soleil, et elle lance sou sabot en l'air. Quand il est retombé, la pointe indique d'où arrivera le mari désiré.

Beaucoup plus ancien doit être le procédé des poupées d'amour, qui est une des distractions les plus appréciées des jeunes villageoises pendan les soirées d'hiver.

Elles fabriquent, avec de l'étoupe, trois petites poupées rangées sur une même ligne. Celles de droite et de gaucho figurent les amoureux; celle du milieu représente la jeune fille, dont le sort va être fixé par la direction que prendra la flamme vers l'un ou l'autre des deux galants, lorsqu'on aura mis le feu au paquet d'étoupes du milieu.

Dans la Saône-et-Loire, la jeune fille, le 28 ou le â9 février, se met à sa fenêtre et prononce ces paroles :

Bonjour, Mars I Comment to portas-tu, Mars?

Montre-moi dans mon dormant Celui que j'aurai dans mon vivant (1).

En Alsace (et en Allemagne), l'antibois prend le nom de vision de St-André, et on invoque ainsi ce patron du mariage :

Aujourd'hui, saint André,

Dorment tous les gens, Tous les gens vivants.

Entre le Ciel et la Terre, A l'exception de l'homme qui doit m'épousor.

(1) Une coutume analogue existe en Suisse. La veille de la Noël, à minuit, la jeune fille descend de son lit, on posant d'abord le pied gaucho, et adresse cotte invocation à la Lune :

Lune! ô ma belle Lune!

Toi qui connais ma fortune Oh! fais-moi voir en rêvant, Qui j'aurai pour mon amantl'

Quand la jeune fille veut avoir des indications plus précises, elle pétrit une figure d'homme avec do la pâte, la mange, met à côté de son lit deux verres, l'un rempli d'eau, l'autre de vin, puis se couche en disant :

Jo vais entrer au lit ; Saint André, je te prie, Laisse-moi voir mon bien-aimé.

Qu'il soit jeune ou vieux, Laisse-moi le voir.

J.iG futur mari apparaît dans la nuit. S'il boit le vin, il sera riche ; s'il boit l'eau, il sera pauvre.

En Bretagne, le jour de la St-Jean, si une jeune fille assiste à neuf feux avant minuit, elle est sûre de se marier dans l'année.

Quelque répandu que soit l'antibois (1), les jeunes filles, aujourd'hui surtout, ne s'en remettent pas uniquement, pour trouver un mari, à l'intervention de la Providence. De curieuses coutumes ont été instituées pour provoquer et faciliter les aveux des amoureux trop discrets.

A Lannion, dans les Côtes-du-Nord, tous les ans, aux foires de la St-Michel qui se prolongent pendant trois jours, le troisième jour est consacré aux accordailles et désigné sous le nom de foire du troc. Ce sont des cœurs qu'on échange.

Les jeunes filles, cachant leur émotion sous une gaieté un peu nerveuse, se promènent dans une allée du mail, le long du petit port, les jeunes

(1) Cette coutume est très ancienne. On la fait remonter aux traditions germaniques ec on pourrait la retrouver dans l'antiquité païenne.

gens dans une autre allée. Bientôt les groupes se mêlent et chacun va vers sa chacune. La jeune fille continue sa promenade au bras du jeune homme qui l'a choisie et elle lui confie son parapluie. C'est le signe officiel de la déclaration des fiançailles. Heureux l'homme qui porte tendrement le parapluie de celle qu'il aime !

Le chiffre de la dot est souvent indiqué — et je ne connais pas, soit dit en passant, d'usage plus grossier — par le nombre de garnitures qui ornent transversalement la jupe. Chaque ruban de velours noir équivaut à une somme de cent francs et la jeune Bretonne qui porte de nombreux rubans trouve facilement à caser son parapluie.

C'est aussi le jour de la Saint-Michel qu'a lieu à Penzé, dans le Finistère, la foire aux mariages. hes pennerez, filles à marier pourvues d'une dot, viennent des paroisses voisines et s'assoient sur les parapets du pont. Les jeunes gens se promènent au milieu de cette double haie. A chaque instant, un jeune homme s'arrête, tend la main à une des jeunes filles « exposées », l'invite à descendre du parapet et se met à causer avec elle. Les parents s'approchent. On se frappe dans la main, comme pour la vente d'un veau, et les fiançailles, préparées de longue date, sont définitivement conclues.

Le soudage ou désignation des couples est pratiqué dans les Vosges.

Le dimanche gras, après les vêpres, la population se réunit sur la place de l'église dans chaque village. Les conscrits de l'année se divisent en

doux bandes et dans une des rues les plus centrales envahissent deux maisons qui se font face. Alors, à travers les volets à demi fermés des fenêtres du premier étage commence le dialogue suivant :

Donne qui donne,

Donne qui donne.

Je donne Jean A. à Marie B.

Je donne Pierre C. à Louise D... etc.

Toutes les personnes mariables de la commune sont ainsi appareillées et on tient compte évidemment des sympathies, des préférences, qui, dans un village, ne sauraient rester secrètes. Les jeunes gens satisfaits de leur lot — ils le sont presque toujours — vont chercher la bouteille de vin avec laquelle ils iront chez les jeunes filles qui leur ont été attribuées et celles-ci s'empressent de mettre la nappe et de la couvrir de galettes préparées la veille. Mais il peut arriver qu'une fiancée de carnaval, une felinote, attende les yeux pleins de larmes, sans le voir venir, l'ingrat ou le dédaigneux qui est allé chez une rivale.

A Saint-Malo, les gamins vont, le 1^^ janvier, de maison en maison souhaiter la bonne année. Là où il se trouve une jeune fille à marier, elle leur demande : « Comment se nomme-t-il ?" — et on lui répond en donnant un prénom qui doit être celui du futur mari.

Les mariages dans la Bresse et le Jura sont négociés par des entremetteurs qu'on appelle des trouiUe-bondons. Le garçon d'honneur et la demoiselle d'honneur portent le nom de garçon

franc et fille franche. La mariée est couronnée non de fleur d'oranger mais de myrte.

La coutume des fiançailles est répandue dans presque toutes les provinces do la France, mais dans aucune elle ne donne lieu a des cérémonies aussi curieuses que celles que nous trouvons en Alsace et qui remonte à l'époque druidique.

Les fiancés escortés par leurs parents et amis, précédés d'une bannière blanche et or sur laquelle sont brodées deux lettres enflammées, gravissent la colline la plus rapprochée où se trouvent des pierres druidiques. Un autel rustique a été dressé, garni de feuillage et sur lequel brûlent des branches de sapin. Le jeune homme et la jeune fille se placent sous une toile étendue sur leur tête par les garçons d'honneur. Ils ont chacun dans la main une colombe qu'ils étouffent et jettent dans le feu, au bruit des acclamations et des coups de fusils. Un dîner réunit ensuite les invités et quinze jours après, un mois au plus tard, le mariage a lieu.

En Savoie, les fiançailles sont célébrées à l'église.

A Verdun-sur-Doubs et dans quelques autres localités de la Bourgogne, lorsqu'un jeune homme, après avoir fait la cour à une jeune fille, en épouse une autre — ce cas est d'ailleurs bien rare, — les amis du volage se réunissent, vont couper des branches de saule et les déposent clandestinement devant la maison de l'abandonnée. Jadis, on employait des branches de sauge; cette plante passait pour avoir ties vertus curatives et l'in-

Icntlon ùtait alors bienveillante. Plus tard et sans autre raison peut-être que la ressemblance des deux mots, le saule fut substitué à la sauge.

Aux cérémonies ordinaires du mariage se mêlent, dans la plupart de nos provinces, des coutumes locales et il faut se féliciter qu'elles n'aient pas disparu, car elles révèlent, en même temps que le respect du passé, un besoin de pittoresque et de poésie dont on n'apprendra que trop tôt à se passer.

Dans la Meuse, la veille du mariage, garçons et demoiselles d'honneur font le tour du village en offrant à ceux qu'on veut inviter des paquets (l'épinglcs. Ils tiennent lieu de lettres de faire part et souvent d'invitation pour la messe, le repas, et « les honneurs du lendemain », c'est-àdire le goûter et le bal.

En Savoie, le jour de la noce, la mariée distribue à toutes les filles et garçons des rubans, des Heurs artificielles et des bouquets de clinquant. Devant la maison nuptiale, on jette sur les mariés des noix, des noisettes, des poires sèches et des dragées. Les époux distribuent du pain aux pauvres. Leur union sera heureuse si elle débute par un acte de charité. Puis la porte s'ouvre et la mariée entre dans la maison. Si sa belle-mère est morte ou n'habite pas avec elle, on lui remet comme signe de son autorité toutes les clefs; dans le cas contraire, on lui présente, en hiver, une quenouille, — au printemps, une bêche, — enété, un râteau, — en automne, un panier à fruits.

Dans plusieurs villages des Ardennes, à l'église, avant la messe, le nouveau marié remet au

sacristain treize pièces de monnaie de un, deux ou cinq centimes, qui sont rangées en cercle dans un plat d'étain autour de l'anneau nuptial. Pendant la célébration du mariage, un enfant de chœur tient le plat et à un certain moment de la cérémonie, le curé prend l'anneau, le donne à l'époux pour qu'il le mette à l'annulaire de la main gauche de sa femme, puis il prend trois des pièces de monnaie et les donne aussi à l'époux qui les place dans la main droite de la mariée. Cette coutume signifie que le mari doit à sa femme la nourriture et l'entretien, et beaucoup de femmes conservent précieusement toute leur vie et font môme ensevelir avec elles ces trois petites pièces de monnaie.

A Marcilly, près de Meaux, après la messe de mariage, garçons d'honneur et demoiselles d'honneur apportent sous le porche de l'église une énorme soupière et la remettent au curé. Celui-ci soulève le couvercle et on voit sortir deux colombes avec un ruban aux pattes. On ne les étouffe pas comme en Alsace ; elles s'envolent à tire d'aile. On verse ensuite du vin dans la soupière et tous les invités y boivent à tour de rôle.

Dans le chapitre consacré aux formes primitives du mariage, nous avons signalé, on s'en souvient peut-être, le droit prélevé sur le nouveau marié qui emmène sa femme hors de la tribu, ou même de la cité, dans la([uelle jusqu'à ce jour elle a vécu. De cette coutume jadis ti'ès répandue, il reste aujourd'hui encore quehiues curieux vestiges, auxquels s'ajoutent parfois les traditions persistantes du rapt.

Dans la Brcsso ou le Jura, le jeune homme qui épouse une jeune fille d'un autre villai»e, est obligé de soutenir contre les compagnes de celleci un simulacre de coml)al.

En Daupliiné, lorsque le mari est d'une autre commune que celle de sa femme, les jeunes gens du pays tendent sur le chemin un fil de laine qui n'est brisé qu'après le payement d'une sorte de rachat.

Dans les \'osgos, quand le cortège nuptial arrive à l'extrême limite de la commune où la jeune fille est née, il trouve la route barrée par un large ruban. Près de l'obstacle improvisé, se dresse une table chargée de vins et de liqueurs. Une troupe de jeunes gens du village s'avance vers la noce et invite à porter une santé « à la très belle, à la très chère » qui va leur être enlevée. On boit, on trinque, puis le chef de la troupe s'approche du marié et lui dit :

La belle fille que nous vous vendons, Pour peu dargent nous vous la donnerons. Nous lui souhaitons do bien heureux jours. De beauv enfants et d'être aimée toujours.

Le marié donne quelques pièces d'argent. Le ruban est enlevé et la noce continue son voyage.

Ces coutumes d'autrefois ont presque entièrement disparu dans les provinces méridionales, trop oublieuses de leur passé, trop protégées par leur incurable ironie contre la légende et le rêve.

Il convient cependant d'excepter le pays basque et la Corse, où survivent d'anciennes traditions dans les cérémonies du mariage.

Les Ibères admcttcaient la suprématie de la femme. Chez les Basques, leurs descendants, la femme fut considérée comme la base de la famille | et jusqu'en 17G8 les enfants portèrent également le nom du père et celui de la mère. Cet usage a donné naissance à la couvade, qui existait encore il y a une cinquantaine d'années (1).

Aussitôt qu'un enfant lui était né, le paysan basque se mettait au lit. Il y restait plusieurs jours et, devant les commères et les voisins qui venaient le voir et le plaindre, il imitait les cris et les gémissements d'une femme qui vient d'accoucher. Ce n'était pas une comédie et personne n'aurait eu l'idée de s'en étonner ou d'en rire. Par un simulacre grossier et d'autant plus significatif, se manifestait la paternité de la mère, sa prépondérance morale dans la famille.

De même que la tradition ibérique, les souvenirs de la domination romaine apparaissent dans plusieurs cérémonies du mariage de Cerdagne.

Dans la vallée de Carol, le soir de la noce, le plus proche parent de l'époux, après avoir dansé une ronde avec la mariée, l'enlève, l'emporte dans la chambre nuptiale, où elle se couvre le visage d'un capuchon qui rappelle le flarmneinn des jeunes épouses romaines. Des femmes, qui jouent le rôle des proniiboo, suivent en portant de l'eau, du vin doux et des biscuits, et après avoir accompagné la mariée, elles escortent le mari (S).

(1) Cette coutume se retrouve en Guyenne.

(2) Choz les Bohémiens établis dans le pays basque s'est maintenue une coutume orientale dont nous avons déjà p-irlé. Le jour du mariage, l'époux monte sur un ai'br>) et laisse

La Corso présente, au point do vue dos côréinonies du mariage, une particularité intéressante. Une petite colonie venue de Grèce se fixa jadis autour de Cargèse, et dans cette partie de l'île les noces se célèbrent d'après le rite catholique grec.

Le protre pose l'index de l'homme sur celui de la femme en prononçant ces paroles : « Ceux qui sont unis par Dieu, l'homme ne pourra les séparer. " Il bénit ensuite les bagues et les couronnes, que le parrain échange trois fois de l'époux à l'épouse. Les mariés boivent dans la coupe que leur tend le prêtre le vin consacré et tandis que les assistants chantent un hymne d'allégresse, ils marchent lentement dans le chœur, la couronne sur la tête, les doigts entrelacés. Puis ils se replacent devant l'autel, le protre leur délie les doigts, enlève bagues et couronnes, fait boire le reste du vin aux parrains et congédie les époux et les invités avec des souhaits et des bénédictions (1).

Au moment où ils sortent de l'église, on jette sur les mariés, pour leur porter bonheur, du riz et du blé.

Ce n'est, on le comprend sans peine, ni en un chapitre ni en un volume qu'il serait possible de traiter un sujet aussi vaste qu'une histoire du

tomber une cruche. Chacun des morceaux qu'elle forme en se brisant équivaut à une année de bonheur.

(1) On p3ut comparer ce cérémonial à celui du mariage

russe.

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