‹ Le mariage chrétien et le code NapoléonChapitre 13 sur 23 · LE MARIAGE CHRÉTIEN DÉFENDU PAR PIB VI · texte numérisé non relu

LE MARIAGE CHRÉTIEN DÉFENDU PAR PIB VI

Lorsque Pie VI, à son retour de Vienne, rentra au Vatican, rapportant, pour tout prix d'une démarche si extraordinaire, de vagues promesses sans aucune concession d'une véritable importance, les Romains, qui avaient généralement blâmé son voyage, Taccusèrent d'avoir mal à propos humilié la majesté de la tiare devant Joseph II, l'empereur philosophe, et son digne ministre le prince de Kaunitz. Quelques-uns même allèrent plus loin, et, pensant qu'il méritait une leçon, ils prirent à tâche de la lui donner aussi rude que possible. Un jour le pape trouva sur son prie-dieu un écrit satirique où il lut ces mots : « Ce que Grégoire VII, le plus grand des pontifes, a établi, Pie VI, le dernier des prêtres, l'a détruit. »

Le trait était vif, comme on voit, disons mieux, d'une souveraine injustice. Pie VI le reçut sans sourciller, sans se plaindre. Pour toute réponse, il demanda un crayon et il écrivit au-dessous : « Le royaume de Jésus-Christ n'est pas de ce monde. Rendons à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

142 LE MÂRIAGB GHRÉTIBU

Politique toute surnaturelle et vraiment digne du représentant de Jésus-Christ 1

Telle fut en effet celle de Pie VI, le pèlerin apostolique^ telle encore celle de tous ses doux et humbles successeurs jusqu'à Pie IX, aujourd'hui régnant; et ils eurent l'occasion de la pratiquer non-seulement sur le trône, où ils déployèrent une extrême mansuétude mêlée de vigueur apostolique, mais encore dans les épreuves redoublées de la captivité et de Texil, à Valence et à Savone aussi bien qu'à Gaëte.

Avec cela, ils n'oat rieoà envier aux peaiifioats les plu» Ulustres, les plus éclatants dans Thiatoire. Que pourrait ajouter à leur gloire toute chrétienne le fier génie d'un Jules II ou d'un Sîxte-Quint?

Qnoi qu'en puisse penser la sagesse du siècle» courte par tant d'endroits^ ce qu'il y a d'indubitable pour tout observateur attentif , c'est que l'héritage sacré du prince des apôtres, c'est-à-dire le patrimoine spirituel desâmesi n'a pas dépéri entre leurs mains.

On en trouvera, dans l'importante matière qoi nous occupe, des preuves nouvelles et peu connues^ dont quelques-unes sont d'une singulière éloquenoSé

Comme on a pu le voir précédemment, la lotte de la papauté en faveur du mariage chrétien, une des grandes institutions de la loi nouvelle, un des grands moyens de sanctification établis par Jésus-Christ même, cette lutte n'a pour ainsi dire jamais cessé, mais elle avait pris i^ caractère le plus alarmant à la fin du xviu'' siècle, parce que les attaques venaient du dedans encore plus que du dehorS| et que la cause de

ET LE GODE NAPOLÉOM. I4d

l'É^ae était trahie par b» naturels défeaseora. Non* seulement ioaeph U, maia presque tous les prinoea catholiquei de œ tempe, appartenaut aux deux graodea maisons de Fraoee et d'Aulrkhei et agiasant en ceci ayeo un rare coneert, ees prioees^ disons-nous^ ou plutôt leurs ministres, qui s'appelaient Kaunitz, Cboiseul, d*Aranda ou Tanueci, avaient trouvé moyen d'enrôler sous leur bannière bon nombre de tbéologiensy de prêtres^ d'évèques même qui allaient avec eux à Tassant des droits du SaintSiége et donnaient la main aux empiétements du pouvoir civil. Joseph U avait deux frères, Léopold et Maximilien^ Tun granddoe de Toscane^ Tantre archevêque-électeur de Cologne, qui travaillvent avec Tappui d'un grand nombre de membres du clergé à l'application du funeste système que l'empereur avait inauguré lui-même dans ses Élaté d'Allemagne et des Pays-Bas. Rappeler le synode de Pistoie^ le congrès d'Ëms, nommer des théologiens et des canonistes tels que Tambnrini^ Eybel et Le Plat, c est en dire asssa pour qui connaît l'histoire de cette triste époque. Nous ne craignons pas de l'affirmer, jamais Tintégrité de la foi et de la discipline ecclésiaa» tique ne fut plus entamée au cœur de la catholicité et sous des princes qui devaient à de pieux ancêtres, avec l'éclat de leur couronne^ un ascendant alors très-considérable encore sur la politique générale de l'Europe.

Parlerai^je de la France^ en proie à l'incrédulité rail* leuse des philosophes, à la plaie du jansénisme, envahie dans ses parties les plus saines par des opinions malheureusement trop voisines de celles que préconi-

sait Joseph II ? Ainsi se préparait le schisme constitutionnel, conséquence extrême, mais logique et inévitable, de ce qui avait usurpé une si grande faveur sous le nom dérisoire de libertés gcdlicanes.

Nous en sommes bien revenus, grâce aux plus douloureuses expériences, et l'on perdrait aujourd'hui sa peine à tenter la résurrection de pareilles doctrines. Il est trop évident que c'est par là que l'ancien clergé français^ d'ailleurs si respectable, a reçu les plus graves atteintes, lorsqu'il fallait être invulnérable^ et que sa force eût été doublée au jour de l'épreuve s'il eût obéi comme un ecuI homme à la voix de son véritable chef^ le vicaire de Jésus-Christ. On n'eût pas vu alors, dès les premiers jours de la Révolution, un Grégoire ou un Ëxpilly passer pour les représentants légitimes de TÉglise de France, et ces théologiens d'un nouveau genre, en compagnie d'avocats jansénistes, investis de pleins pouvoirs pour renouveler de toutes pièces les institutions d'un grand peuple catholique.

Eh bien , qu'on ne l'oublie pas, c'est en ces mêmes années, à l'époque où l'Allemagne, l'Italie et les Pays- Bas sont envahis par le joséphisme, où la France est ravagée par le schisme et bientôt après en proie à toutes les horreurs de la persécution la plus atroce qui ait éclaté depuis le règne de Dioclétien, c'est alors que le Pontife romain élève la voix et qu'avec une autorité incomparable, comme il aurait pu le faire en des jours plus heureux, au milieu de la paix et de la concorde universelle, il juge, il condamne, il définit, il répand avec profusion la lumière sur les vérités que le siècle

méconnaît et qui seront un jour le salut du monde.

Oui^ c'est aux dates les plus néfastes de notre histoire que se rattachent ces grandes manifestations de la puissance pontificale. La bulle Auctorem fidei, par exemple, est du 28 août 1794. Une grande partie du bullaire de Pie VI marque chacun des progrès, chacune des étapes sanglantes de la Révolution , et répond à chacun de ses attentats^ tantôt par une flétrissure infligée aux persécuteurs, tantôt par une direction offarte aux consciences troublées ou par un hommage rendu aux victimes. Et de tout cela se dégage un parfum de vie et comme un arôme de vérité, où Ton puise le pressentiment d*un avenir meilleur^ ou plutôt la certitude que Jésus-Christ ne nous a pas laissés orphe> lins, et qu'il continuera d'être avec nous, comme il la promis, jusqu'à la consommation des siècles.

Dans un moment où la papauté était si menacée, il semblerait qu'elle eût pu se relâcher de quelques-uns de ses droits et abandonner au pouvoir séculier, qui s'en montrait si jaloux, une partie de sa juridiction sur les causes matrimoniales. Elle n'en fera rien pourtant, et elle ne cessera de réclamer contre tous les empiétements, de quelque part qu'ils viennent.

 Naples, le duc Magdaloni est en procès avec dona Cardenas, son épouse, qui plaide en nullité de mariage, et l'archevêque prononce la nullité. Le duc ayant interjeté appel, la chambre royale renvoie l'affaire devant une commission composée du grand chapelain ou aumônier, de deux juges ecclésiastiques et de deux conseillers laïques. On voulait décliner le juge-

ment du Saint-Siège. Le pape fait exposer ses droits, mais en vain. Une noiiyelle commission est saisie de l'affaire par ordre du prince : elle était composée d'Étienne Cortez, évèque de Motola, de deux juges laïques et de deux théologiens. Le 7 juillet 1788, ce prélat confirma la sentence de Varchevèque de Naples. Il n'en ayait pas le droit, puisque sa juridiction émanait du pouvoir temporel, pouvoir incompétent dans les causes matrimoniales. Pie Yl réclama hautement contre cette violation des droits de TËglise^ et la lettre qu'il écrivit alors à Tévèque de Motola résume avec une admirable clarté et une grande vigueur d'expression toute la doctrine du concile de Trente.

« L'Église, » y est^il dit, « à qui a été confié tout ce qui regarde les sacrementSi a seule tout droit et tout pouvoir d'assigner la forme au con^ra^ de mariage, élevé à la dignité plus sublime de sacrement, et par conséquent de juger de la validité et de l'invalidité des mariages. Cela est si clair et si évident, que, pour obvier à la témérité de ceux qui, par écrit ou de vive voix, ont soutenu, eomme plusieurs le font encore, des choses contraires au sentiment' de rÉglise catholique et à la coutume approuvée depuis le temps des apôtres, le saint concile de Trente a cru devoir joindre (à ses décrets) un canon spécial, où il déclara généralement anathème quiconque dira que les causes matrimoniales n'appartiennent pas aux juges ecclésiastiques. Nous n'ignorons pas qu'il en est quelques'-uns qui, accordant beaucoup trop à Tautorité des princes séculiers, et interprétant les paroles de ce décret d'une manière

caplieoae, cherchent à sonteoir leurs prétentions en ce que les 'Pèret de Trente ne s'étant pas servis deeette formule : auœ seuls juges ecclésiastiques, ou, toutes tes causes matrimoniales^ onl laissé aux juges laïques le pouYoir de connaître des causes matrimoniales dans lesquelles il s'agit d'un simple fait; mais nous savons aussi que cette subtilité et ces artificieuses vétilles n'ont aucun fondement (toute l'ancienne jurisprudence française reposait là -dessus pourtant!), car les paroles du canon sont tellement générales, qu'elles renferment ^ embrassent toutes les causes {verba canonis ita gemralia sunt^ omnes ut causas comprehendant et complectantur). Quant à Tesprit ou à la raison de ta loi, telle en est retendue qu'il ne reste lieu à aucune exceprion ou à aucune limitation; car si ces causes appartiennent au jugement seul de l'Ëgiisey par cette raison que le contrat matrimonial est vraiment et proprement un des sept sacremenls de la loi évangélique, comme cette raison, tirée du sacrement, est commune à toutes les causes matrimonialcB, de même aussi toutes ces causes doivent regarder uniquement les Juges ecclésiastiques^ la raison étant la même pour toutes. Tel est aussi le sentiment universel des canonistes, sans excepter ceux que leurs écrits ne montrent que trop n'être aucunement favorables aux droits de TÉglise. En efTet^ pour nous servir des paroles de Yan Bspen, il est reçu d'un cotisentement unanime, que les eauses des sacrements sont purement ecclésiastiques; et que, quant à la substance de ces sacrements, elle regarde exclusivement le juge ecclésiastique, et que le juge séculier ne peut rien

statuer sur leur validité ou ifwalidité, parce que^de leur nature 9 elles sont purement spirituelles. Et certes s^ il s'agit de la validité du mariage même, le seul juge ecclésiastique est compétent^ et lui seul en peut connaître. »

Ainsi s'exprime Pie V[, et, — la remarque est du cardinal Gousset (1), — ce pape ne parle point ici comme simple docteur^ mais^ ainsi qu'il le dit luimème, il parle et il décide en dernier ressort, comme celui qui^ étunt assis sur la ckaire de Pierre^ a reçu de Noire-Seigneur le pouvoir d'enseigner et de confirmer ses frhres.

C'est d'une matière encore plus solennelle que, dans la bulle Auctorem fidei, il prononce la condamnation des erreurs professées par Scipion Ricci et ses adhérents au synode de Pistoie^ et contenues dans les actes de cette assemblée schismatique. Nous le disions tout à rheure, cette bulle parut en 1 794 (28 août)^ et elle garde l'empreinte de cette triste date dans un magni* fique préambule où l'auguste pontife se montre à l'univers catholique supportant les jours mauvais et résistant à la tempête, les yeux tournés vers Jésus-Christ^ TÂuteur et le Consommateur de notre foi. {Auctorem fidei et consummatorem Jesum, premiers mots de cette célèbre constitution et d'où elle tire son nom.) a Mais, dit-il^ si lourd que soit le fardeau qui pèse sur nos épaules, — car il nous faut porter la charge de tous; — plus nous avons conscience de notre infirmité, plus aussi s'affermit notre espérance et plus nous nous sen-

(1) Théologie dogmatique^ t. II, p. 657.

tons soulagé par la divine économie qui a présidé à l'institution de notre charge dans la personne de Pierre... » C'est Pierre qui tient encore le gouvernail de l'Église; c'est lui qui protège et qui défend, à travers les siècles, tous les héritiers de son pouvoir apostolique. Fort de ce pouvoir, qui n'a point défailli au milieu des adversités de l'Église, le Pape relève une à une toutes les assertions sujettes à censure du synode de Pistoie : il déclare les unes hérétiques, les autres schismatiques et subversives de la sainte hiérarchie, fausses, captieuses, téméraires, injurieuses à l'Église et au Saint-Siège. Le synode de Pistoie avait dit que les simples fiançailles étaient un acte « purement civil, disposant à la célébration du mariage, et entièrement soumis aux prescriptions de la loi civile. » — n Comme si, » reprend la bulle, <c un acte qui dispose au sacrement n'était pas, sous ce rapport, soumis au droi^ ecclésiastique. » Et elle déclare que cette propositit est fausse, qu'elle blesse les droits de l'Église en ce qui concerne les effets attribués par les saints canons aux fiançailles, et qu'elle déroge à la discipline ecclésiastique. Le synode de Pistoie avait dit aussi que le droit d'établir des empêchements dirimants appartenait originairement aux princes séculiers. C'est, comme nous l'avons vu, une opinion professée par Thomas Sanchez.MaisSanchez ajoutait que les princes avaient perdu ce pouvoir en devenant chrétiens, ou que du moins ils n'en pouvaient user que sous la dépendance et du consentement de TÉglise; au contraire, le synode affirmait que l'Église le tenait d'eux et qu'elle

n'en jouissait que grâce à leur consentement présumé et en quelque sorte sous leur bon plaisir. « Gomme si, » dit encore la bulle, « l'Église n*avait pas toujours pu et ne pouvait pas encore, par un droit qui lui est propre, établir^ même dans les pays infidèles, des empêchements non-seulement prohibitifs, mais encore dirimants, qui obligent tous las chrétiens et dont elle seule peut dispenser. » Cette proposition attaque et renverse les canons 3, 4, 9 et 1 2 de la vingt-quatrième session du concile de Trente; elle est-liérétique.

Certes^ ce langage est aussi ferme que possible ; et Ton voit quelePontife, menacé plus que tout autre par le flot révolutionnaire, n'est pas disposé à transiger avec les princes ses voisins et à payer leur appui de quelque faiblesse. En même temps il a Toeil ouvert sur TÉglise de France, livrée à tous les dangers du schisme, à toutes les horreurs de la persécution*

Un évèque lui demande ce que doivent faire les fidèles qui, privés de leurâ légitimes pasteurs, ne peuvent plus contracter mariage selon les formes prescrites par le concile de Trente, eti qui de plus sont obligés de se présenter devant l'officier de 1 état civil.

La réponse de Pie YI à Tévêque de Luçon est célèbre; nous en citerons deux paragraphes d'une importance capitale et qui jettent un grand jour sur des points kmgtemps débattus enlre théologiens»

« Les fidèles de l'Église de* Luçoa ne doivent point se permettre de contracter mariage devtant la municipalité, on devant un offîoier nommé par elle : officiers aunicipauji^ ou délégués de la ouuiifiipalitéi en un mot

tou& foDCtionnairBs publics, pour parler leur langage» ayant dû prêter. le serment ordonné par l'Aatemblée nationale^ doi-veat être réputés scbismatiques, ou tout au moioa fauteurs, du schisme : conséquemment, les fidèles doiTOQtabsoluineBt s'abstenir de contracter mariage doYant ces municipalités ou devant Tofficier commis par elleSy de peur d'être souillés par la contagion du schisme. »

Ce qui suit est. encore plus dâgoe d attention : « lias fidèles oontraGteroot(marîagepar-4evant témoins, qu'ils choisiront, autant que faire se pourra, parmi les oa^^ tholiques^avant de se. présenter à la municipalité pour y faire la déclaration exigée par l'Assemblée nationale ; et TU l'imposaibilité absolue où ils sont dans plusieurs paroisses d'ayoir un curé légitime, ces sortes de ma** riages ainsi contractés devant témoins, quoique sans la présence du curé, n'en seront pas moins valides et licdtest s'il n'j a pas d'autre opposition, oomme Ta souvent déclaré, la v^éoérable congrégation du <M>A/cile de Trente (1). »>

Voilà, donc des mariages contractés hors dela^firé^ sence du curé et pourtant réputés valables. On se de* manda si, pour plus grande sécurité, ils ne devaient pas être rev^dés lorsque les circonstances le permettraient; les ^parties se seraient présentées devant leur curé, auraient renouvelé leur consentement, et ainai eussent été romplies toutes les formalités prescriteapaar

(l; Epiêtola ad Episcapum Lucionensem, La lettre est écrite par le carctinal Zelada, maïs au nom de Pie VI. — V, Recueil des (Mimons relatives à la Constitution ûi^U du Clergé^ etc. Rome, 1800.

le concile de Trente. « Dans une matière aussi importante que celle-là^ » disait-on^ x où il s'agit de la subslance du sacrement^ de l'état des hommes et de la paix des familles, ne faut-il pas prendre le parti le plus sûr? — Sans doute^ » répondit le cardinal Antonelli^ à qui cetle question était adressée^ « mais ici le parti le plus sûr est de tenir pour valide le mariage dont la niillilé n'est pas notoire. Ce qu'il y a de plus essentiel au mariage, ce qui en est la base^ ce qui appartient au. droit de la nature, le consentement mutuel des parties se trouve dans les unions dont il s'agit, puisqu'on suppose qu'elles se sont donné le consentement en la présence des témoins au nombre requis, et que leur cohabitation en aura été un renouvellement continuel. Or les formalités prescrites par le concile de Trente n'étant que d'institution positive, et n'étant pas toujours obligatoires, le plus sûr, quand il y a lieu de douter si elles obligeaient ou non dans un cas particulier, le plus sûr est de croire qu'elles n'obligeaient pas, et de ne pas ébranler ce qu'il y a de sûr et d'incontestable, qui est le consentement, par un doute qui ne tombe que sur une forme sujette à exception (1). »

Mais les mariages ainsi contractés avaient-ils tout ce qu'il faut pour constituer un sacrement?

On doit le croire, car sans cela, en refusant de les réhabiliter, on eût privé les époux chrétiens de la grâce si nécessaire du sacrement. Qu'on veuille bien le re-

(i) Entretien de M. Pabbé de Cambis avec Son Ém. le cardinal Antonelli. Recueil de décisions, t. III, p. 335.

marquer^ (A on recommande aux époux chrétiens de contracter en cette forme avant de se présenter devant Vofficier civil, réputé schismâtique, c'est pour les empêcher de communiquer in sacris avec ce schismatique^ et parce que leur seul consentement, échangé devant témoins hors de la présence du prêtre, est un véritable sacrement conforme à l'institution divine et propre à conférer la grâce.

Mais que devient alors Topinion de Melchior Cano, à savoir que le sacrement de mariage consiste non dans le consentement légitime des parties, mais dans la bénédiction qu'elles reçoivent du prêtre ?

Nous ne voyons pas comment elle peut subsister en présence de la décision donnée à Tévêque de Luçon, et de deux choses l'une : ou Melchior Cano se trompe et il faut dire, contrairement à ce qu'il a enseigné^ que le prêtre n'est pas le ministre du sacrement de mariage; — ' ou il a raison, maiâ alors c'est le pape luimême qui est dans l'erreur^ c'est la congrégation du concile de Trente, tsar elle avait été consultée^ ce sont les cardinaux chargés de transmettre cette réponse à

Tévêque de Luçon. Melchior Cano est un grand théologien^ mais il ne balance pas à mes yeux de si graves autorités.

Voyez-vous comme la théologie se développe en ces jours de trouble? A la voix du pontife romain, la lumière se fait sur ces difficiles questions, et peu à peu disparaissent les obscurités qui planaient encore sur certains points de dogme ou de discipline, même après les décrets solennels du concile de Trente. Sanchez et

\bk LE MARIAGE CHRÉTIEN

Melchior Gano sont bien distancés. En onàme temps nous comprenons mieux la sainteté du mariage ohrétien, son indissolubilité radicale, fondée sur sa nature même et sur sa divine constitution* Nous comprenons mieux pourquoi TEglise, notre mère^ se Eéaerve avec une sainte jalousie le droit exclusif de proaonœr sur la validité de ce lien sacré,, et comment elle ne peut abandonner à des mains profanes le pouvoir de le relâcher ou de le rompre.

Admirable conduite de la Providence qui proportionne les secours aux besoins des âmes, qui rovèt la vérité d'un nouvel éclat en présence d'une nouvelle erreur et qui fait mûrir en la saison propice, pour remédier aux maux de la pauvre humanité, chacun des fruits de la doctrine catholique!

L'heure était venue où de grandes nations allaient apostasier en masse et abjurer publiquoment, dans leurs institutions et dans leurs lois, douza ou quinze siècleâ de christianisme. Ce n'étjuit pas seulement tel ou tel droit de l'Église qu'on mettait eoiqiiestâon, c'était son pouvoir sur la société chréttenne^ c'était sa hiérardiie» son indépendanoe.

Les sophistes de la Révdutioa allaient môme plus loin dans leur délire, puisqu'ils méconnaissaient les droits de Dieu sur sa créaUire et sapaient par la base les lois primordiales et coastiiutives du) toute société humaine.

Il était donc biesi nécessaire que l'£gUse aj&rmât

toute vénité lorsque toute vérité fêlait mée^ qu'elle établît et sanctionnât; de nouveau tout droit lorsque tout

ET LB GODB N M>0&É01?. 155

droit était proscrit et outragé; et il est consolant pour les catholiques de Toir que, ni dans les petites ni dans les grandes choses^ elle n'a failli à cette mission qu'elle a reçue de son divin Fondateur.

Jamais les deux cités ne se sont mieux dessinées avec leurs traits fleurs caractères propres^ et jamais elles n'ont offert un contraste plus tranché. Sans sortir le moins du monde de notre sujet, en nous bornant à constater ce que la Révolution a fait du mariage^ élevé par Jésus-Christ à la dignité de sacrement et devenu le fondement de la soeiété comme de la famille dirétienne^ nous allons assister i un spectacle qui justifie amplemaoty de la part de TÉglise, des prétentions que d*honnêtes esprits seraient encoro tontes de croine excessives. C'est une grande leçon que celle-là. Puisse notre siècle «en profiter, après des expériences qui la rendent encoro plus forte et plus pressante I

Page 1