GREGOIRE XVI ET PIE IX
Laissez donc faire l'Église et respectez son indépendance. Elle est là sur son domaine^ qu'elle ne vous abandonnera pas. Elle a combattu pendant des siècles pour établir dans le monde moderne la sainteté et Tinviolabilité du mariage chrétien; elle combattra encore, sans découragement et sans faiblesse ^ contre ceux qui voudraient émanciper la société chrétienne des saintes lois qui Tout faite ce qu'elle est et qui sont encore aujourd'hui sa force et sa grandeur.
Aux jurisconsultes de l'ancien régime^ gallicans ou jansénistes, ont succédé des législateurs sortis de l'école philosophique du dix-huiiième siècle avec l'idée que tout est à refaire et qu'il leur appartient d'asseoir enfin, sur les bases du pur rationalisme et en dehors de toute croyance positive, l'édifice à peine commencé de la civilisation moderne*
A de parailles prétentions TÉglise répondra par des actes courageux^ par des déclarations solennelles et éclatantes, par des refus péremptoires, au grand scan-
ET LE CODE NAPOLÉON. 18t
dale des républicains d'hier devenus les courtisans d'un soldat couronné.
Napoléon^ peu d*années après la conclusion du Con^ cordât, ayant par conséquent déjà fait Texpérience de l'inépuisable mansuétude d'un pontife animé pour lui de la plus paternelle tendresse. Napoléon, dans Tessor ascendant de sa fortune et de son génie^ ira se heurter à cet obstacle que rien ne lui avait révélé jusque-là et où il devait trouver Técueil de sa grandear^ je veux dire ce qu'on a si justement nommé la force d'un cœur sacerdotal, sacerdotalis pectoris robur.
Plus d'une fois, à Sainte-Hélène, on lui entendit ré* péter : «Pie VU est un agneau, n Oui, mais un agneau qui savait, au besoin, déployer l'indomptable vigueur du lion. Napoléon n'avait pu vaincre aucun des héroïques scrupules de ce doux pontife, et il l'avait pour la première fois trouvé plus fort que lui lorsque, parvenu au faîte de la gloire et de la puissance, voyant tout plier sous sa volonté souveraine, il s'était efforcé d'obtenir de lui Tannulation du mariage, à son gré trop peu princier, contracté à Baltimore par son frère Jérôme.
Ce mariage était valable, il n'y avait pas de doute fondé à cet égard. La multiplicité des raisons alléguées pour le faire casser, — disparité du culte, défaut de consentement des parents, rapt de séduction, clandestinité^ — prouvait à elle seule le peu de fonds qu'on faisait sur chacune d'elles. Pie VII, très-particulièrement versé dans ces matières, voulut instruire lui seul, dans le plus grand secret, une affaire si délicate, et