‹ Le mariage chrétien et le code NapoléonChapitre 17 sur 23 · US MARIAGE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

US MARIAGE CHRÉTIEN

lorsqu'il eut formé devant Dieu sa conviction, de sa propre main il écrivit à Tempereur : a Nous avons voulu réserver exclusivement à nous-même Teiamen de la question que vqus avez soumise à notre jugement touchant le mariage en questicNQ. Au milieu du nombre i^fini des affaires qui nous accablent, nous avons pris tous les soi^s, 9,ous O/Ous sommes doené toutes les peines, nous avoQs fait nous-même toutes les redierçbes nécessaires afin de reconnaître si notre autorité apostolique pouvait nous fournir quelque moyen de satisfaire aux désirs de Votre Majestft, et rien ne nous eût été plus agréable que d'entrer dans ses vues; mais quelle qu'ait été à cet égard notre application, et de ^iiielque mapière que nous ayons essayé de considérer ll^ (|ijiestion^ U nous a été impossible, parmi les motib qui nous ont été proposés ou eeux que nous avoos pu imaginer nous-mtoie, d'en découvrir un seul qiui nous peirmît, ainsi que Votre Majesté le souhaiterait, de déi^larer la nullité dudit mariage. » Après quoi, le pape expliquait à l'empereur Tinvaifiable discipline de TEglise et ses maximes traditionnelles en matière de nullité. Un instant il avait cru le mariage nul pour eause de clandestinité; mais cet empêchanent^ établi par le concile de Trente, ne peut être invoqué que dans les pays où le décret dudit coAeile (Sess. xxiv, cap. i, de Rêformatims matrimonii) a été publié et à Tégard des personnes pour lesquelles il a été piablié. Or il s était eon vaincu, par les plut minutieuses recherches, que jaiviais le décret ea question n'avait été publié à Baltimore. l4-4eisuB il coïK^luait en ces termes : « H est

dooe hors de noire pouvoir, dafis l'éUt actuel des choses^ de prononcer le jug^vent de nullité;... si nous usurpions nne autorité que nous u'avons pas, nous nous rendrions coupable d'un abus abominable devant le tribunal de Pieu, et Votre Majesté elle*môm6^ dans sa justice, nous blâmerait de prononcer une sentence contraire au témoignage de notre conscience et aux principes invariables de TËglise. C'est pourquoi nous espérons vivement^ » disait le Saint-^Père en terminant, (c que Votre Majesté sera bien persuadée que le désir dont nous sommes toujours animé de seconder autant qu'il dépend de nous ses desseins, particulièrement dans une affaire qui touche de si près à son auguste personne^ n'a été cette fois rendu inefficace que par Tabseuce absolue de pouvoir, et nous la supplions de vouloir bien accepter cette sincère déclaration eomme un témoignage de notre affection véritablevient paternelle (t ) • »

Nous avons fait connaître précédemment queU# avait été la conduite du pape Urbain VUl sous le règn^ de Louis XUl, Wsque ce pirince, par des raisons politiques ou personnelles, voulait à tout prix faire casser le mariage conti:acté par son frère Gaston d'OrléaQS avec MargUierite de Lc»*raine ; le Saint-Père résiata à toutes les instances et déclara valable un naariage qui n'était entaché à ses jeux d'aucune nullité. Telte est encore la conduite de son digne successeur un sîàele

(1) Lettre de Pie VII à l'empereur Napoléon, juin 1805. Voir VÉglise Romaine et le premier Empire^ par M. le comte dllaussoiiyille, t. II, p. SSetsoiv.

et demi plus tard ; à des prétentions encore plus hautaines que celles de Louis XIII, à des désirs plus impérieux, il se contente d'opposer ce Non possumus^ toujours victorieux dans la bouche des humbles. En vain tout est changé dans le monde; une révolution sans exemple s'est accomplie en France; ce n'est plus un parlement qui favorise les vœux du souverain , c'est toute une nation où abondent les esprits forts et à laquelle ne pèse guère, dans tous les cas^le joug de l'aulorité f-pirituelle. Pie VU sait tout cela, et il résiste. II sait aussi qu'on peut briser son trône comme on brise un roseau, lui même le condamner aux angoisses de la captivité et de l'exil, le traiter, en un mot, comme on a traité Pie VI. N'importe. Ce qu'on lui demande n'est pas en son pouvoir; la ligne de son devoir est nettement tracée. « Dieu aidant, il n'y faillira point. » On me permettra de citer ici Thistorien auquel je viens d'emprunter la lettre de Pie Vil et d'appuyer sur une réQexion qu'il mêle à son récit. <c Dans cette première contestation avec le Saint-Siège comme dans celles qui suivirent, » dit M. d'Haussonville^ ce le malheur nie Napoléon fut de ne pas se rendre à Tavance un compte suffisant de la nature des obstacles contre lesquels, de gaieté de cœur^ il allait ensuite violemment «e heurter^ ou plutôt, car rien n'échappait à la sagacité de ce prodigieux esprit, son mépris des hommes était devenu si général et si absolu, sa confiance croissante dans ses moyens d'action personnelle avait pris de telles proportions qu'il n'y avait plus un genre quel- <;onque d'opposition dont à la longue^ — par habileté

OU par force, -—il ne se tînt pour assuré d'avoir raison. »

Mais cette fois, nous Tavons dit, il avait trouvé plus fort que lui. Jésus-Christ a envoyé ses apôtres parmi les hommes comme des brebis au milieu des loups, et ce sont les brebis qui ont vaincu. On a même vu, suivant la réflexion de saint Jean Chrysostome, les loups se changer en agneaux. Si Pie YH n eut pas la joie d'accomplir une si admirable métamorphose, du moins il demeura jusqu'à la fin fidèle au devoir de sa chaîne et transmit intact à ses successeurs le dépôt sacré de la discipline de TÉglise.

PieYIlI et Grégoire XYl surent maintenir aussi dans toute sa pureté la sainte institution du mariage chrétien, et plus d'une fois ils rappelèrent au monde entier des maximes que les lois modernes tendaient à effacer de plus en plus de la mémoire des peuples.

Il existe du premier une encyclique {Tradili humili' tait y 24 mai 1829), où il recommande à tous les patriarches, primats, archevêques et évoques soumis à I autorité du Saint-Siège, d'instruire les fidèles à cet égard ; de leur apprendre que l'union conjugale a reçu sous la loi de grâce une dignité toute nouvelle; qu'elle a pour but moins de multiplier notre race, que d'élever des enfants pour Dieu et pour le ciel; que c'est Dieu lui-même qui en est l'auteur; qu'elle doit être la fidèle image de l'union inaltérable que Jésus-Christ a contractée avec r Église^ le signe de l'amour immortel qu'il a voué à son épouse.

Grégoire XYf renouvelle les mêmes enseignements,

d'une manière encoire plus pressante^ dans la célèbre encyclique Mirari vos (du 15 août 1832). Saint Paul, dit-il à 868 £rère8 dans T^iscopati nous ayant appris que le mariage est grand en JéensrChrist ai en son Église, tous nos soins doivent tendre à eips pêcher qu'on n'entreprenoe rien de contraire à la saiateté, à l'indi»solobilité du lien conjugal. Les recomaian dations si instantes de notre prédéeesseur Pie Vlll n'ont pa» arrêté les abus toujours croissants* Qu'on instruise donc les fidèles avec la plus grande sollicitude ; qu'ils sachent que le lien conjugal^ une fois formé,, ne peut plus être dissous que par la mort; que le mariage est une de ces choses sacrées qui sont soumises à l'autorité de rÉghse, à ses lois^ hors desquelles il n'y a pas de lien légitîiBe; et qu'une fin malheureuse est réservée aux personnes qui voudraient contracter ensemble au mépris de ces saintes lois, sans avoir mi3 Dieu dans leurs intérêts, sans tenir le moindre coo^pte de la sainteté du sacrement et des mystères dont il est la figure.

Mais bien plus solennellement encore que pas ue de ses glorieux et saints prédécesseurs, dans un langage plus ferme et plus explicite, de naanière, par conséquent^ à dissiper bien des ombres et à dove sans retour des controverses séculaires dont sont remplis les ottvrages des théelogiens et des eanonistes, Pie IX a instruit notre siècle de la sainleté du loariage ehtélieUj et il a proféré quelques-unes de ces paroles qui ne tombent pas en vain^ où les peuples trouvent la vie s'ils les accueillent avee respect et soumission^ mjuis qui,

^ LE GOOE NAPOLÉON. 187

mé{Mnftées^ ae letourQeraient contre eux et deyiendi^aient leur suprême condaoïuation.

Quelle vigueur apostolique dans ces allocutions^ dans ces encycliques, monuments impérissables de son long et glorieux pooUficat I

 vrai dire, il y a là de quoi dérouter singulière^ rement la politique humaine, de quoi jeter souvent législateurs et légistes dans d'in^tricables embarras«Le Pape rêve-t-il?Se ^roit-il aiu na^oyen âge? Voilà une pensée qui les assiège et que les plus respectueux d Mtre eux ont beaucoup de peine k repousser , tant il leur semble que le pieux pontife s'obstine à rompre en vi^*sière avec le siècle et à rendre inévitable le divorce de rÉgUse avec ce qu'ils appellent la société moderne.

La société n^oderne^ c'est celle qui est issue de la Révolution^ et ils croient à sa durée un peu plus qvi'i l'immortalité de l'Église.

Us se déeebuseront peut-*ètre un jour^ et ces antinomies s'évanouirent devant les leçons que noue réserve l'avenir. En attendant^ nous sommes bien persuadé^ peur notre compiSi que l'Église catholique trouvera toujours à s'accorder avec la vraie civilisation^ qui lui doit son origine et dont elle sera éternellement la sa«^ vegarde.

Le mariage civil -^- on a vu pour quelles raisons ^est loin d'être à nos yeux un progrès ; tel qu'il existe dans nos eodes^ il ne respecte ni la liberté, ni la dignité humaine; si on le suppose valable eomnoe contrat, le lien qui en résulte ne mérite pas le noble nom de mariage.

Et cependant il n*y a pas un peuple^ depuis notre grande révolution , qui n'ait cru s'honorer, ou du moins s'émanciper et faire preuve d'indépendance^ en adoptant cette institution qui fait tache dans notre Gode; tant notre exemple est contagieux malgré nos fautes et les cruelles déceptions dont elles ont été suivies.

La Nouvelle-Grenade — elle la payé cher depuis — eut, comme on sait^ sa révolution démocratique en 1849, celle qui porta au pouvoir le général Lopez, à la suite d'un vote enlevé par les émeutiers qui avaient envahi le parlement le poignard à la main. Ce fut un 89 au petit pied : destruction des couvents^ bannissement des religieux, constitution civile dressée et appliquée en partie sinon aux diocèses, au moins aux paroisses. Le mariage civil était indiqué par le programme; un projet de loi fut rédigé, mais il ne passa point. Pie IX, néanmoins, ne voulut pas perdre cette occasion d'instruire les peuples, petits et grands^ et de leur montrer vers quels abîmes on les entraînait sous prétexte de liberté. Son allocution Acerbissimum^ du 27 septembre 1852, contient ces paroles extrêmement remarquables et dont la portée n'a échappé à aucun théologien digne de ce nom :

« Nous ne disons rien non plus d'un autre décret par lequel, méconnaissant entièremeut' la dignité, la sainteté et le mystère du sacrement de mariage^ en bouleversant avec une extrême ignorance l'institution et la nature, au mépris de la puissance qui appartient à rÉglise sur tout sacrement, on proposait, conformément aux opinions des hérétiques déjà condamnés, et

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sans tenir compte de la doctrine de l'Église catholique, de ne plus voir dans le mariage qu'un contrat civil, et en divers cas de sanctionner le divorce proprement dit^ et enfin de soumettre toutes les causes matrimoniales à la juridiction et au jugement des tribunaux laïques. Parmi les catholiques, quelqu'un peut-il igno* rer que le mariage est véritablement et proprement un des sept sacrements de la loi évangélique institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ^ de sorte qu'il ne peut y avoir parmi les fidèles de mariage qu*il ny ait en même temps un sacrement; qu'entre chrétiens l'union de Thomme et de la femme hors du sacrement, quelles* que soient d'ailleurs les formalités civiles et légales, ne peut être autre chose que ce concubinage honteux et funeste tant de fois condamné par l'Église? D'où il suit que le sacrement ne peut se séparer du lien conjugal, et que c'est à la puissance de TÉglise qu'il appartient exclusivement de régler les choses qui touchent au mariage en quelque façon que ce soit. »

Là, Pie IX félicitait les habitants de la Nouvelle- Grenade de ce que la majorité avait été assez bien inspirée pour repousser ce projet de loi.

Mais^ en attendant^ une grande instruction était donnée aux peuples et à ceux qui les dirigent : le mariage entre fidèles est toujours un sacrement; le lien conjugal ne peut, en aucun cas, se séparer du sa« crement.

Voilà ce que n'avaient pas compris, ce que niaient formellement tous les légistes. Des théologiens, d'ailleurs parfaitement orthodoxes, voués de cœur et d'es-

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prit à la pure doctrine romaine, le niaient aussi, nondeulement en Franœ, mais hors de France; et nous trouTons dans te cours de théologie publié, sur la fin d« dernier siècle, par les profess^irs de l'université de Wurtzbourg^ membres de la Compagnk de Jésus, cette propositicm qui ne serait plus désormais admissible : Il Licet Christuê contr&etnm mmtrimonialem elevaverit éi sacrafkentum ; poiest tcmiet^ a fidelibw ctmtrahi matrimenium^ quod tialeat in rtUione contractus, quin simul 9it s€u:ramentum ( 1 ) • »

Une nouvelle tiimière esl donc ftcqaise à la théologie du mariage depuis là mémorable allocution de Pie IX, et ce n'est pas la seule, comme on va le voir^ dont nous soyons redevables à ce grand et saint poniife.

A la veille àem dévolutions dont elle a donné le signal, l'Italie aussi, ou plutôt la Sardaigne, puisque tel était alors le nom de cet État si étrangement accru à la ^ite de ses hontes et es ses défaites, la Sardaigne dôme songeait à se doter dis ttiaria^ civil, et M. le professeur N«yt2-^cia théologien d'État s'il en fat -^ enseignait à Turin les étranges propositions qu'on va Uns :

c On ao peut démontrer, par aficuM raiscHii) que lésus*Christ a élevé le mariage à la dignité de sacre^ Bien té

« Le sacrement de mariage est un pur accessoire du

(1) Les nouveaux éditeurs de la Theologia Wirceburgensis (Paris, 1854) ont eu soin de prémunir le lecteur contre cette thèse, et ils om roprodtïït en note le passage de rallocutâon Acerbissimwn.

contrat, écm% il «fit co&téqn^aimeBt séparable^ et le sacrement lûî-mème consiste dans la bénédictioa mi{h tiale senlemMt.

a Le lien matrifûonial n'est pas indissoluble de droit naturel .

« L'Église n^à pas le droit d'introdaire des empêchements dirimt^ts ; mais ce droit appartient à l'État, qui seul peut lever les empêchements existants. »

J'en passe ponr dl^réger, mais cela suffît pour juger de Tensemble. Ces quatre propositions font assez cotn*prendre ce qu'était ren8eîgi»ement du profeaseor royal de Turin. Le Pàpe^ dans «on allocution Àd aposlolicw (22 août 1851 ), déclara les doctrines en question respectivement fausses^ téméraires, tcandaleuses ^ erro^nées, hérétiques même et schismatiques^ ne laissant ainsi aucune iiliision i eeux qui les avaient prises 90tt« leur patronage. En outre, il conjura le souverain de ne rien eiiânfger 'à tme législation q^i respectait encore tes dr<yîts ée TÉglise. QMnd donc le mariage civil fut établi dan« le royaiStte d'Italie, sous une forme^ il est vrai, quelque peu mitigée, et avec des facilités poor le mariage religieux que nous n*avoQs pas en France et que nous serions presse tentés d'envier à ceux qui les possèdent, ce n^était pas Un progrès pour cette nation catholique, ei ceux qui la gouvernaient savaient tt^ès-bien qu'ils transfgrdssaient les avertissements paternels donnés par Pie IX à Victor-Emmanuel : « Que le pouvoir civil dispose des effets civils qui dérivent du mariage, mais qu'il laisse l'Église régler la validité du mariage même entre chrétiens. Que la loi civile prenne

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pour point de départ la validité ou l'invalidité du mariage comme l'Église le détermine, et, partant de ce fait, qu'elle ne peut constituer (cela est hors de sa sphère), qu'elle en règle les effets civils (1). »

Pour le coup, j'en ai grand'peur, les prétentions du Saint-Père paraîtront tout à fait exorbitantes, et l'on trouvera que sur cette base toute entente est désormais impossible.

Quoi! c'est l'Église, et l'Église seule^ qui fournira à la loi civile son point de départ^ et ce point de départ, la loi elle-même est impuissante à le fixer!

L'État n'est donc plus sut juris? Une nation chrétienne, à ce compte-là, n'est pas, à proprement parler, une société complète, se gouvernant comme elle l'entend et se suffisant à elle-même? La nation n'existe pas sans la famille dûment organisée, cela est évident; la famille est le premier élément de ce grand corps qui s'appelle une nation et qui ne se compose pas d'individus étrangers les uns aux autres, véritables atomes de l'ordre social. Or^ voilà que TÉglise se réserve à elle seule le droit de statuer en dernier ressort sur ce qu'il y a de plus fondamental, de plus essentiel dans la constitution de la famille; encore une fois, est-ce que l'État ne peut se passer de l'Église?

Dans une certaine mesure, cela est vrai; je laisse de côté les conséquences plus ou moins rigoureuses

qu'on pourrait tirer de ce principe; mais ce que je tiens à constater, en me renfermant dans mon sujet,

(1) Lettre du 19 septembre 1852.

c'est que, d'après la doctrine proclamée par Pie IX dans ces deux circonstances mémorables, et que je retrouve dans le Syllabus du 8 décembre 1864, le contrat de mariage, qui est véritablement le premier de tous les liens sociaux^ ne peut exister, entre chrétiens^ sans le sacrement sur lequel TÉglise a pleine et entière juridiction.

Donc, — et ceci est de la plus haute importance, — séculariser le mariage, c'est le détruire.

En d'autres termes, le lien indissoluble et inviolable qui unit l'homme et la femme sous la loi chrétienne, est un lien surnaturel et divin dans son origine; tout autre lien, de quelque sanction qu'il plaise aux pouvoirs humains de le revêtir, n'est pas digne du nom sacré de mariage.

Non, la nature ne suffit plus, sous la loi évangélique, pour joindre ensemble, pour cimenter divineqient, à la base de Tédifice, les premiers éléments de Tordre social. Il y faut quelque chose de glus. L'Église catholique a là dedans son rôle, qui est grand autant que salutaire, et rien ne prouve encore qu'on soit parvenu à se passer d'elle. Comme elle a présidé, dès l'origine, à la première formation de la société chrétienne, qu'elle a tirée du chaos de la barbarie et du paganisme, il lui appartient encore, par un droit qui lui est propre et dont elle ne peut à aucun prix se dessaisir, de veiller au salut et à la bonne harmonie de la cité de Dieu sur la terre.

Au reste, quoi d'étonnant que l'ordre de la nature soit, à certains égards, sous la dépendance d'un ordre

plus élevé et plus parfait, Tordre de la grâce, dont Jésus-Christ est le divin architecte? Ce n'est pas pour laisser l'humanité dans son abjection et sa déchéance que le Verbe de Dieu s'est fait chair et qu'il est venu habiter parmi nous. Il est le sauveur du monde et son pouvoir ne connaît pas de limites. Est-ce que son Père ne lui a pas dit : « Demande-moi ^ et je te donnerai les nations en héritage (1)« » Elles sont bien à lui, puisqu'il les a achetées de son sang, le sang d'un Dieu! De tous les hommes régénérés dans les eaux du baptême il a fait ses frères d'adoption et les membres de son corps mystique; ce sont en quelque sorte ses os et sa chair; il ne souffrira pas que cette chair soit profanée et tombe en proie aux abominations d'un nouveau paganisme (2). De quel droit la politique humaine lui disputerai t-elle ce qu'il réclame à pareil titre? Il a les paroles de la vie éternelle (3), et il tient en

main la clef mystérieuse de David, car il est le vrai roi

d'Israël. 11 ouvre, et personne ne ferme; il ferme, et

te

personne n'ouvre (4); ce qu'il a lié ou délié sur la terre, par le ministère de ses apôtres. Dieu le tient pour tel dans l'éternité, et ni rois ni peuples n'ont le droit de séparer ce qu'il a uni. Encore une fois^ qu'est-ce que

(1) Postula a me, etdabo tibi gentes hœreditatem tuam. Ps. ii, 8.

(2) ToUens ego membra Gbristi, faciam membra meretricis. / Cor. VI, 5.

(3) Domine, ad quem ibimus? Verba vitœ reternaB habes. Joao.,vi,

(4) Qui habet clavem David; qui aperit, et nemo claudit ; claudit, et nemo aperit. Apo»j ni, 7.

ET LE gode: NAPOLÉOII^ 195»

la politique bvisiainô prait prétendre à rencontre de ses volontés souveraines ?

Il s'est réservé l'homme comme un domaine à part qu'il défend de tout empiétement avec un soin jaloux; si Ton usurpe ce domaine, c'est notre liberté mSnie, c'est notre dignité qui périt; aussi les peuples ne cessent-ils jamais d'appartenir à Jésus-Christ sans devenir aussitôt lesi esclaves de César. — César^ c'est tout pouvoir humain/ peuple OUI roi^ il n'importe^ qiui prétend possé-der l'homme tout entier et ne veut pas même faire la. part de Dieu. Or, l'homme est chose sacrée par sa na^ lure immortelle^ et it t'est une fois de plus par la rédemption. Revendiquer tout pouvoir sur rhomme, c'est outrager Dieu dans ce qu'il a de plus eher, le blesser au cœur, si j'ose dire.

Jésus-Christ ne nous a-l>-il pas signifié cela dans )a réponse qu'il fit aux Pharisiens qui, pour le tenter, pour surprendre 8«ir ses lèvres quelque parole peu mesurée dont ils lui auraient fait db crime, étaient venus lui demander s'il était permis de payer le tribut à César : Die ergo nobis quid tibi videtur^ licet censura (lare Cœsari^ an non (5) ?

11 y a bien du mystère dans la réponse, dans l'action qui l'accompagne, dans le motif énoncé par le Sauveur, et c'est là, si je ne me trompe, qu'il nous faut ohercher la limite des droits de César, c'est-à-dire des pouvoirs humains quels qu'ils soient, le point où ils doivent s'arrêter s'ils ne veulent entreprendre sur les droits de Dieu.

(5) Matth., xxiij 17.

Jésus-Christ se fait montrer la pièce de monnaie avec laquelle on payait le tribut; on lui présente un denier.

Alors il dit : « De qui est cette image et cette inscription ? — De César. — Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

A César^ la monnaie marquée au coin de César et portant l'empreinte de ses traits. C'est chose terrestre après tout, voilà sa part et son domaine. — Mais la part de Dieu, où est-elle? — Où est l'image de Dieu? L'Écriture ne nous l'apprend-elle pas en termes fort clairs? L'homme a été fait à l'image de Dieu, à sa ressemblance. Dès lors, plus d'équivoque, nous savons ce qui est dû à chacun des deyx pouvoirs.

L'homme lui-même, avec son visage tourné vers le ciel, rhommeavec son âme immortelle capable de connaître et d'aimer un bien infini, voilà la part de Dieu. N'attendez pas que jamais Dieu s'en dessaisisse et l'abandonne à César.

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