‹ Le mariage chrétienChapitre 15 sur 101 · L ÉTAT DE MARIAGE · texte numérisé non relu

L ÉTAT DE MARIAGE

Article II. — Unité du Maria§^e

Le mariage n'est pas seulement indissoluble, il ne se contçoit qu'entre un seul et une seule. La polygamie et la polyandrie répugnent au droit naturel i.

Nous n'insisterons pas sur ce point de foi qui n'est d'ailleurs pas en discussion chez les peuples civilisés 2.

S'il fallait quelque argument, nous renverrions aux textes €ités à propos de l'indissolubilité. Si celui qui contracte -avec une autre femme que la sienne après l'avoir renvoyée est adultère, le sera-t-il moins s'il garde la première en même temps qu'il prend la seconde ? Dieu a fait au commencement an homme etfz^eiemme... ils deviendront les deux une seule chai]-.

L'exemple des patriarches établit seulement que l'unité îi'est pas de droit naturel primaire.

Ces deux propriétés naturelles du mariage : i n dissolubilité et j^j^^j^ gp^ciai de unité, s'imposent à un titre particulier aux chrétiens. Saint i'>ndissoiubimé Paul, pénétré de la grandeur du mariage entre les fidèles et rappelant aux époux leurs devoirs mutuels, ne trouve d'autre terme de comparaison que les relations du Christetde l'Eglise: Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur ; car le mari est le chef de la femme comme le Christ est le chef de C Eglise, son corps dont il est le Sauveur. Or, de même que V Eglise est soumise au Christ, les femmes doivent être soumises à leurs maris en toutes choses. Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé lEgUse et s^est livré pour elle... C'est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Celui qui aime- sa femme s'aime lui-même. Car jamais personne n'a haï sa propre chair, mais il la nourrit et £ entoure de soins , co?nme fait le Christ pour l'Eglise... C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attachera

1 Cf. saint Thomas. S. Th. Suppl. q. 63, art. L

i Si quis dixerit, licere Christianis plures simul habere uxores et hoc niilla lege divina esse prohibitum, anathemasit. C. de Trente, sess. xxiv. .ean. 2, de Sacramento matrimonii.

du mariage chrétieiu

LE MAUIAGE CHRETIEN

sajemme et de deux ils deviendront une seule chair . Ce mystère ^^ est grand, Je veux dire par rapport au Christ et à l'Eglise 2.

Article III. — Sainteté du Mariage

C'est ce texte de saint Paul qui a donné surtout aux chré-

Le mariage tleus la liaute Idée qu'ils ont du mariage.

étal naturel. C'est uu état naturel. La raison le découvre sans peine. Dieu, pour assurer la conservation de l'espèce, a oiganisé l'humanité en deux sexes inclinés l'un vers l'autre qui se complètent et pour la génération et pour l'éducation. Ghez^ la créature intelligente, l'instinct générateur doit être réglé parla raison, de manière à amener le but poursuivi de la façon la plus efficace. L'unité et la permanence du lien s imposent pour cela. De là l'unité et l'indissolubilité du mariage. Si la passion obscurcissait cette vérité, la loi divine serait là pour la rappeler, honnête et L'institution du mariage basée sur la raison ne peut que

respectable, lendrc honorablc l'état de ceux qui y recourent. L'Église a dû l'affirmer dès le v** siècle contre les Priscillianistes, contre Abélard au x^^ puis contre les Albigeois à deux reprises, ensuite contre les Vaudois et enfin contre les Arméniens au xiv^ siècle ^.

1 Ce mot que la Vulgate a rendu par sacrcunentiun insinue lecarncière sacramentel du mariage, disent les Pères du C. de Trente (Session xxiv, préambule).

2 Mulicres viris suis sulditœ sint, sicut Domino, quoniam vir caput est mulieris, sicut Christus caput est Ecclesiœ : ipse salvator corporis ejus. Sed sicut Ecclesia subjecta est Cbristo, ita et mulieres viris suis in omnibus. Viri diligite uxores vestras, sicut et Christus dilexit Ecclesiam et seipsum tradidit pro ea... Ita viri debent diligere uxores suas ut corpora sua. Qui suam uxorem diligit, seipsum diligit. Ncmo enim unquam carnem suam odio babuit : sed nutrit, et fovet eam, sicut et Christus Ecclesiam... Propter hoc relinquet homo patrem, etmatrem suam, et adhœrebit uxori suœ et erunt duo in carne una. Sacramentum hoc magnum est,, ego autem dico in Cbristo et in Ecclesia. Ephes, v, 22, 32.

3 Proposition priscillianiste signalée par saint Léon /er : Nuptias damnant et procrealionem nascentium perhorrescunt, et condamnée par te Conc. de Tolède de 447 : Si quis dixerit vel crediderit conjugia bominum quœ secundum legein divinam licet habere, execrabilia esse. A. S. — Parmi les quarante cinq opinions d' Abélard condamnées par le

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l'état de MAttlAGE 9

L'état des gens mariés naturel et parfaitement hono- Sainteié. rable i est de [)lus, quand ces gens mariés sont des chrétiens, un état saint. Ils y entrent par un sacrement tout comme le prêtre entre dans le sien et chaque fois que le lien matrimonial se trouve constitué entre chrétiens, apparaît dans l'Église une image nouvelle de l'union du Christ avec l'humanité sanctifiée, lÉglise 2, |

Si saint que soit Tétat de mariage, il ne constitue pas cependant objectivement 3 le chrétien dans un état de perfection.

Certes, on ne peut rien concevoir de plus détestable que le célibat choisi dans le but de fuir les charges du mariage et de satisfaire plus librement l'égoïsme et toutes les passions qui en sont la manifestation.

Mais tout autre apparaît dans la sainte Ecriture et les supènorif.:enseignements de l'Eglise le célibat librement accepté dans d« ceUbat/ un but de piété et de charité, comme première condition d'un dévouement plus complet à Dieu et au prochain.

Le monde comprend et admire ceux qui vivent dans la continence pour se sacrifier à des devoirs de famille : fille qui se consacre à ses viciux parents, veuf ou veuve qui renoncent à un nouveau mariage pour assurer le bonheur de leurs enfants.

JÉSUS, vierge et fils de la Vierge, a fait un conseil de la con-

jConc. de S 6718 de 1141. Eos autem, qui... legitimarum damnant fœdera nuptiarum lanqiiam haereticos ab Ecclesia Dei pellimus et damnamus. — Contre les Albigeois c. 9. x. V. vu et Conc. de Latran 1215 : Non solum autem virgines et continentes, verum etiam conjugati... ad aeternam merentur beatitudinem pervenire. — Profession de foi exigée des Vaudois par Innocent III : Hominem quoque cum sua conjuge salvari credimus et fatemur... — Dix-neuvième erreur des Arméniens condamnée par Benoit XII... actum matrimonialem dicunt esse peccatum et etiam matriinonium.

On trouvera les textes en entier dans /'Enchiridion de Denzinger sous^ les )ios 104, 129, 309, 339, 357, 370 et 1804.

1 Le mot est de saint Paul. Hébreux, xiii, 4.

2 EsMEiN (Le mariage en droit canonique, t. i, ch. ir, pp. 71 et 72) montre comment l'influence de ce texte fut à un certain moment prépondérante au point de servir par exemple d'argument en faveur de îindissolubilité du mariage^ les autres passages de l'Ecriture passant pour ainsi dire au second rang. Confer. S. Th. Isll*. q. 102, art. 5, ad 3""!.

^ Nous disons objectivement, parce qu'il en est, et en très grand nombre, pour qui pratiquement il est plus parfait de contracter mariage.

^inence gardée « en vue du royaume des cieux n en ajoutant: « Que celui qui peut comprendre comprenne ^ »

Le chapitre vii^ de la Première aux Corinthiens où saint Paul traite ex professo du mariage contient plusieurs passages où l'apôtre fait profession de la virginité et où il conseille aux chrétiens de l'imiter. 11 le fait avec prudence, mais, sans donner d'ordre, il indique une voie plus parfaite. « // est bon pour Vhomme de ne pas toucher de femme 2. » ... « Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi ; mais chacun reçoit son don particulier l'un d'une manière l'autre de l'autre. A ceux qui ne sont pas mariés et aux veujs, je dis qu'il leur est bon de rester comme moi-même. Meus s'ils ne peuvent se contenir qu'ils se marient 3... » « Pour ce qui est des vierges, je n'ai pas de commandement du Seigneur ; mais je donne un conseil comme aycmt reçu du Seigneur la grâce d'être fidèle ^ ... » Es-tu lié à une femme, ne cherche pas à rompre ce lien, n es-tu pas lié à une femme, ne cherche pas de femme ^. » ... a Celui qui n'est pas marié a souci des choses du Seigneur, il cherche à pkdre au Seigneur ; celui qui est marié a souci des choses du monde, il cherche à pkdre à sa femme et il est partagé. De même la femme, celle qui n'a pas de mari et la vierge, ont souci des choses du Seigneur, afin d'être saintes de corps et d'esprit ; mais celle qui est mariée a souci des choses du monde, elle cherche à pkdre à son mari 6. » ... « Ainsi celui

* Math. XIX, 10 à 13. Dicunt ei discipuli ejus : Si ita est causa hominis cum uxore, non expedit niibere. Qui dixit illis : Non omnes capiunt verbum isiud, sed quibus datum est. Sunt enim eunuchi^ qui de matris utero sic nati sunt; et sunt eunuchi, qui facli suntab homnibus; et sunt eumuchi qui seipsos castraverunt propter regnum cœlorum. Qui potest capere, capiat.

2 / Cor. VII, 1. Bonum est homini mulierem non tangere.

3 7 à 9. Volo enim omnes vos esse sicut meipsum ; sed unusquisque proprium donum habet ex Deo, alius quidem sic, alius vero sic. Dico autem non nuptis, et viduis : bonum est illis si sic permaneant, sicut et ego. Quod si non se continent nubant, melius est enim nubere quam uri

* 25. De virginibus autem prœceptum Domini non habeo : consilium autem do, tanquam misericordiam consecutus a Domino, ut sim fidelis.

5 27. Alligatus es uxori ? noli quaerere solutionem. Solutus es ab uxore ? ttoli quœrere uxorem.

^> 32-33. Qui sine uxore est^ soUicitus est quœ Domini sunt, quomodo placeat Deo, qui autem cum uxore est, sollicitus est quœ sunt mundi.

L El' AT DE MARIAGE

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■qui marie sa fille fait bien et celui qui ne la marie pas Jait mieux ^ » ... « Elle est plus heureuse... si elle demeure comme elle est : c'est mon avis ; et je crois avoir, moi aussi, l'Esprit de Dieu 2. »

De cette vérité qu'il est plus parfait et meilleur de suivre la voie de la virginité, l'Eglise a fait un dogme de foi ^.

quomodo placeat iixori, et divisus est. Et mulier innupta, et virgo 'Cogitat quae Domini sunt, ut sit sancta corpore et spiritu ; quœ autem niipta est, cogitât quœ sunt mundi, quomodo placeat viro.

1 38. Igitur et qui matrimonio jungit virginem suam, bene facit, et qui non jungit, nielius facit.

2 40. Beatior autem erit si sic manserit, secundum meum consilium ; puto autem quod et ego Spiritum Dei habeam.

3 Si quis dixerit, statum conjugalem anteponendum esse statui virginitatis vel cœlibatus, et non esse meiius ac beatius manere in virginitate aut cœlibatu, quam jungi matrinomio : A. S. — Conc. de T. St'ss. xxiv de Sacrant. Matrim. can. x.

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