‹ Le mariage chrétienChapitre 68 sur 101 · LOI CANONIQUE ET DISPENSES · texte numérisé non relu

LOI CANONIQUE ET DISPENSES

C'est ici qu'intervient le droit de dispenser, accordé par la Le légrisiaieur

. ecclésiastique

loi canonique au législateur. adoucit la

rigueur de la loi

11 pourrait abroo^er sa loi tout entière, pour tout le monde, en accordant des

'■ ^ ^ dispenses.

il pourrait y déroger en déclarant que tels ou tels articles ne sont plus en vigueur.

tTous les législateurs s'attribuent cette faculté. Le législateur ecclésiastique en revendique une autre : 11 entend pouvoir soustraire son sujet à l'obligation de la loi quand, après enquête, tout bien pesé et considéré, il lui semble que le moindre mal est encore de relâcher, dans le cas particulier, le lien qu'il avait noué lui-même. 11 estime qu'il pécherait contre le bien public en le sacrifiant à un individu. Mais il pense aussi qu'il n'a pas le droit de s'en tenir à un (( sic vo/o, sic jubeo, sit pro ratione volarttas » qui sacrifierait l'individu et l'intérêt public bien compris, sans aucun profit pour personne.

La théorie de la dispense est exposée et très nettement justifiée par saint Thomas '.

Suivant sa méthode, le Docteur Angélique commence par formuler les objections à sa thèse 2.

1" La loi est établie pour le bien commun, et on ne peut sacrifier le bien commun aux intérêts d'un particulier.

1 Prima seciindœ q. 97, art. 4. Utruin rectores mullitudinis possint in legibus humanis dispensare.

- Ad quartiim sic proceditur.

io Videtur quod rectores multitudinis non possint in legibns liiimanis dispensare. Lex enim statuta est pro communi utilitate, iit Isidorus dicit, (lib. 5. Etjm., cap. 21.) Sed commune bonum non débet intermitti pro ))rivato commodo alicujus personse ; quia, ut dicit Philosophas in 1 Elhic. cap. 2, bonum gentis divinius est quam bonum unius hominis. Ergo videtur quod non debeat dispensari cum aliquo, ut contra legem communem agat.

2» Praeterea, iilis qui super alios constituuntur, prœcipitur (Deuter. 1, 17 :) Ita parvum audietis ut magnum , nec accipietis cujusquam personam, quia Dei judicium est. Sed concedere alicui quod communiter denegatur omnibus, videtur esse acceptio personarum. Ergo hujusmodi dis- [)ensationes facere rectores multitudinis non possunt, cum hoc sit contra prœceptum legis divinœ.

3o Praetera, lex humana, si sit recta, oportet quod consonet legi nafurali et legi divinae ; aliter enim non congrueret religioni, nec conveniret disciplinae ; quod requiritur ad legem, ut Isidorus dicit (lib. 5 Eljm., cap. 11.) Sed in lege naturali et divina nuUus homo potest dispensare. Ergo nec etiam in lege humana.

2*" On ne doit pas faire acception des personnes.

3° La loi humaine digne de ce nom doit être conforme à la loi naturelle et à la loi divine. Dispenser de la loi positive humaine, ne serait-ce pas toucher aux deux autres qui sont intangibles ?

Voici le corps de l'article qui contient la thèse :

Dispenser c'est accommoder le bien de tous avec le bien de chacun ; celui qui gouverne une famille dispense à chacun, avec poids et mesure, sa somme de travail et ce qui est nécessaiie à la vie de chacun et, de même, dans une communauté plus vaste, dispenser c'est régler comment la loi commune doit être observée par chacun. Or, il peut advenir qu'un précepte, édicté pour le bien de tous en général, ne soit pas au point pour telle personne et pour tel cas : en appliquant alors la loi, on empêcherait quelque chose de mieux, ou même on aboutirait à un mal. 11 serait périlleux de laisser chacun juge en cette matière et c'est pourquoi celui qui a la direction de la société a levdroit de dispenser dans les cas où la loi se trouve ainsi en défaut. Mais il ne serait pas le dispensaton Jldelis et pradens de l'Ecriture s'il n'avait pas toujours devant les yeux le bien commun, ou s'il dispensait sans raison ' .

1 Sed contra est qviod dicit Aposlolus (1 ad. Cor. 9, 17) : Dispensatio milii crédita est.

Respondeo (iicendnm quod dispensatio proprie importât commensuralionem aliciijus cominunis ad singiila. Unde etiam s^ubernator familiœ dicitur dispensatoi% in quantum unicuique de familia ciim pondère et mensura distribuit et operationes et necessaria vitœ. Sic igitur et in quacumqiie multitudine ex eo dicitur aliquis dispensare, quia ordinat qualiter aliquod commune prœceptum sit a singulis adimplendum.

Gontingit autem quandoque quod aliquod prfeceptum quod est ad commodum miiltitudinis ut in phiribus, non est conveniens huic persona; vel in hoc casu, quia vel per hoc impediretur aliquid melius, vel etiam induceretur aliquod malum, sicut ex supra diclis patet, (qu. 96, art. 6.) Periculosum autem esset ut hoc judicio cujuslibet committeretnr iiisi forte propter evidens et subitum periculum, ut supra dictum est, ibid. Et ideo ille qui habet regere multitudinem, habet potestatetu dispensandi in lege humana, quae suae auctoritati innititur, ut scilicet in personis vel in casibus in quibus lex déficit, licentiam tribuatut prœceptum legis non servetur.

Si autem absque bac ratione pro sola voluntate licentiam tribuat, non erit fidelis in dispensatione, aut erit imprudens : infidelis quidem, si non habet intentionem ad bonum commune : imprudens autem, si rationem dispensandi ignoret ; propter quod Dominus dicit (Luc. 42, 42) : Quis, putas, est fidelis dispensator et prudens, quem constituit dominus super familiam suam.

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