L AVENIR
André ne suivit pas le conseil de Lucien di nillac. Il ne raconta point à Dornoy « ne de
violence inutile entre le vicomte et lui. Dornoja philosophe, eût excusé. Il excusait tout. Tout c< esl sincère. Il comprenait le noir ennui qui s'eropai rail d'André comme il pénétrait alors peu à peu. dans bien des âmes. L traînait. Les jours i
les nuits longues, semblaient couvrir ce grand Pafjfl comme d'un crêpe. El puis, maintenant, conti lugubre, la neige tombait el donnaità la cité gée la sensation de PensevelissemenI dans un linceul immense.
Dornoy, qui ne parlait même plus du cou, jse i eçu là-bas, dil à André, un soir :
— A propos, veux-tu savoir si tu ép toi Simone?
— Qu'est-ce que tu me racontes là? dit André. Je ne pense qu'à cet avenir-là, mais il s'éloigne... Ah ! comme il s'éloigne...
— Tout dépend de la durée du siège. Eh bien! voici ce qui se passe : ce satané Brichanteau, qui connaît tout Paris et qui inventerait des divertissements sur le radeau de la Méduse, Brichanteau a déterré une devineresse, mon cher, un médium qui prédit l'avenir comme tu récites le combat du Cid ou comme je brosse un tableau... A chacun son métier... Il nous offre, pour tuer le temps, de nous conduire chez elle, près de l'Observatoire... C'est un intermède comme un autre. Ça te va-t-il?
— L'avenir! fit André. Connaître l'avenir !
— Oh! tu sais, je n'y crois qu'à demi, moi, à la devineresse!... Une espèce de Corse, superbe, d'ailleurs, la Salomé de Regnault, tiens, quelque chose comme ça... Elle a dû vouloir faire du théâtre, je parie, et c'est comme ça que Brichanteau l'a connue... Elle a peut-être joué la Tireuse de Cartes en province... Elle continue de tenir le rôle à Paris... Il y a des gens qui certifient que son magnétisme est réellement de la prophétie. C'est peutêtre vrai.
— Xous verrons bien, dit André.
De Montmartre, où Morère avait donné rendezvous à Brichanteau et à Dornoy, jusqu'à l'avenue de l'Observatoire, les trois hommes, en leurs habits
militaires, traversèrent donc un soir, Paris, en causant, en allant vers le logis lointain où Colomba Fabiani, prévenue par le vieil acteur, les attendait.
— Colomba Fabiani, disait Dornoy. Un beau nom! Il me rappelle, à la fois, Mérin Victor Hugo. Fabiano Fabiani, vous vous rappelez, Brichanteau?
— Si je me rappelle?
Et, sous la neige, en pleine rue, le vieux comédien déclama :
— Celui qui vient après moi, couvert de ce noir, c'est très haut et très puissant seigneur biano Fabiani, comte de Clanbrassil, baron D\ monddy, baron de Darmouth en Devonshire, U va être décapité au Marché de Londres.'... Je l'ai j moi, ce Fabiano, j'ai joué aussi Gilbert, j'ai Simon Renard, j'ai tout juin' dan- Marie Tudor... Rejouerai- je jamais quelque chos
— Colomba vous le dira tout à l'hei ndil Dornoy. *