‹ Le mariage d'Agnes; histoire d'amour et de théatreChapitre 3 sur 16 · LE CONSERVATOIRE · texte numérisé non relu

LE CONSERVATOIRE

Le 5 août 1870 était un vendredi, el M. Auber, fort peu superstitieux, avait demandé que, oé jourlà, eût lieu la distribution des prix aux lauréats du Conservatoire. Grande fête joyeuse, fête d'art et de jeunesse. Dans le péristyle, au bas de rescali< devait monter le ministre avant de prendre pla<

ne, un bourdonnement de ruche, un papillonnement de toilettes claires, de chapeaux d'été, rires, des fusées de propos en l'air. Dans la salie, les loges pleines d'invités, les critiques au balcon, les parents des élèves aux stalles du rez-de-cha avec les premiers ran - aux lau*

prenant place là après avoir défiL

. sur cetl . attendant le ministre el le <li-

recteur, les autorités, les grande

table recouverte du drap vert officiel, avec un tas de larges carrés de parchemin au milieu, — les diplômes que, tout à l'heure, distribuerait le ministre en les ponctuant, parfois, d'un geste de la main tendue ou en les sucrant d'un sourire.

Puis, devant cette table immense, vide pour le moment, rangés parallèlement sur des banquettes, les lauréats, les lauréates, les jolies filles en robes blanches, quelques-unes toutes jeunes, celles des classes de violon ou de piano, — des enfants encore parfois, — d'autres, les victorieuses de l'opéra, des femmes déjà, de belles créatures superbes, découplées pour la tragédie lyrique, et les habits noirs des jeunes gens faisant contraste avec cesjupes claires, ces corsages blancs, ces nœuds de rubans dans les cheveux noirs, cesbouclesbrunes, ces nattesblondes. Toute une génération d'espoirs, de talents nés déjà. Des comédiennes, des chanteuses, des artistes. Des éclairs heureux dans ces prunelles de vingt ans, de dix-huit ans, de quinze ans. Le théâtre en fleur.

Impatient, tout ce petit monde attendait. Il attendait le ministre des Lettres, Sciences et Beaux- Arts que le directeur du Conservatoire impérial de Musique et de Déclamation guettait lui-même, sous le péristyle, au bas des marches, tout en causant avec un homme à belle tête apostolique, doux et mâle (les curieux se le montraient, prononçaient son nom, M. Ambroise Thomas), et un autre per-

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