SCÈNE PREMIÈRE
viDgWdiz-neuf ue se font pas ainsi? On commence par épouser la femme pour la dot, puis on finit par aimer la femme pour ellemême. ••
LÉOGADIE.
Oue ne m'as-tu laissé épouser mon cousin Charles 1 II eût commencé, lui, par où tu dis qu'Adrien finira...
DO0CBt.
Tu vas me parler encore de ton cousin Charles?... Où ce mariage lauraii*il mettée? Charles n'a rien... ni fortune ni profession»
LéonADie.
Mais Adrien non plus n'a rien... ni profession ni fortune.
DOVCBT.
C'est bien différent!
LBOCAOIJS.
En quoi ?
DOUGET.
Il a un titré I Ton cousin Charles aurait-il pu te présenter et te mener à la cour, où Adrien ie conduira et où les portes s'ouvriront à deux battants pour te recevoir, lorsqu'on annoncera :
MADAME LA DUCHESSE d'erMONT?
LBOGADIB.
Mon bon père, ne te fàcbe pas de mon observation^ mais crois*tu qu'un titre ainsi transmis fasse rien oublier?
DOUGET.
Qoe veux-tu dire?
LÉOGADtE.
Je veux dire que le même laquais qui aura annoncé à la porte du salon, de sa voix la plus emphatique : madame la duchesse D*ERMOMT 1 n'aura rien de plus pressé, en revenant à l'antichambre, que de s*écrier .de sa voix la plus mordante : « Quand on
pense que sa mère a commencé par être demoiselle de magasin au Grand saint Laurent,., et que son père ii*est millionnaire que parce qu'on Ta exproprié et qu'on lui a payé cinq millions un chantier qu'il avait acheté cinquante mille francs 1... »
On entend sonner.
OOUCET.
Si les valets disent cela, raison de plus pour se hâter de le fiiire oublier en sautant à pieds joints le plus vite et le plus haut possible par-dessus une génération. C'est en alliant ainsi la fortune nouvelle à la noblesse ancienne que les plus grandes familles ont commencé par faire souche d'héritage... Va! aucune de ces . familles — c'est moi qui te l'affirme — n'est descendue en droite ligne de la cuisse de Jupiter... Ce qu'on peut dire de ta mère et de ton père est précisément la raison pour laquelle j'ai tenu à avoir le gendre que j'ai choisi. .^
LÉOGADIB.
Ce n'est pas toi qui l'as choisi^ c'est lui qui t'a pris...
DOUGET.
Qu'importe I Quand tu auras un ûls qui portera le titre de duc d'Ermont, tu reconnaîtras toi-même que ce n'est pas la vanité qui m'a fait agir... (Léocadie fait an geste d'incrédolité.) C'est la raison... {On entend sonnçr.) Quand On est riche, il faut avoir dans le monde une situation en rapport avec sa fortune. Pourquoi ai-je acheté en Touraine, moyennant douze cent mille francs, la terre et le château de Bois-le- Vent?... Était-ce pour mon plaisir? Ah 1 parbleu! non; car tous les deux seuls, nous mourions d'ennui dans ce vieux château flanqué de tourelles et entouré de fossés...
On entend sonner.
LBOGADIB.
Mais aussi quelle idée d'aller acheter un immense château, puisque nous n'avons pour le remplir ni parents ni amisl....