SCENE m
Les mêmes, LE MARQUIS, arrivant par le fond, vêtu pauvrement.
LE MARQUIS
Me voilà!...
GERVAIS
Heinl... comment!... et d'où vient-il?...
LE MARQUIS
D'où je viens?... et toi même, n'es-tu pas sorti depuis cinq heures du matin?... je t'ai laissé partir d'abord, et je me suis mis en route à cinq heures et demie...
Comment!... vous avez.,.
JULIETTE
Souffrant comme vous l'êtes encore...
LE MARQUIS
Ah! bonjour, bonjour, mes enfans!... {Il leur prend les mains.) Vous vous êtes souvenus de moi, merci!... Ne veut-il pas avoir tout le mal à lui seul, tandis que je resterais là, les bras croisés!... Allons donc!... j'ai couru chez d'anciens amis... je veux dire d'anciennes connaissances... mais plus personne!... ils ont oublié mon nom... après a... ce n'est pas étonnant... mon nom... il y a des momens où je l'oublie moi-même...
RAYMOND
Et votre femme?...
LE MARQUIS
Oh! ne lui donnez jamais ce titre-là, devant moi surtout... elle a été si cruelle!...
JULIETTE
Hélas I...
LE MARQUIS
Plus que vous ne pensez... oui, mes enfans, oui, bien cruelle... vous savez que jamais je n'ai rien voulu recevoir... de... de cette pension... son argent... oh! il me ferait mourir de honte, autant vaut mourir de faim... mais ce brave et honnête homme, ce pauvre Gervais, que je voyais chaque jour plus malheureux... je voulus le sauver de la misère... Je lui ai écrit à elle... pour qu'au moins elle lui donnât un emploi... de l'ouvrage... eh bien!...
GERVAIS
Elle n'a pas répondu!... je le crois bien!... moi qui, chaque fois que je la rencontre , cours après son carrosse en criant : Ma»e U marquise, ohé I... ^
votre mari , mon ami le marquis vous fait dire bien des choses aimables...
LE MARQUIS
Tu as eu tort!...
GERVAIS
Comment?...
LE MARQUIS
Oui , tu as eu tort ; cette raillerie était presque une vengeance, ce n'est pas ainsi que je veux me venger d'elle... oh! non, non... si je lui rendais un peu de tout ce mal qu'elle m'a fait, elle croirait que nous sommes quittes... je veux régler nos comptes d'un seul coup, et pour cela je n'ai pas besoin de son aide ; tout est prêt, n'est-ce pas, monsieur Raymond?.,.
RAYMOND
Ou^. {Bas.) Et vous vous décidez donc enfin?
LE MARQUIS
Aujourd'hui peut-être.
RAYMOND
Ce sera bonne justice; elle vous a tant fait souffrir I
Oui, j'ai bien souffert; passer en un moment de tant de joie et de bonheur à la douleur, à la honte ! {S'isolant peu à peu des autres personnages.) Et tout cela par elle, par elle que j'aimais tant! Elle était si brillante, si jolie! {baissant la voix) et puis son sourire était si doux, quand le soir, à l'Opéra, ou bien... ou bien aux Feuillans... Ah! j'ai été heureux, bien heuieux ! mais un jour seulement, quelques heures, et ensuite..,.
Il tomLe atsorLe sur le banc de pierre, JULIETTE.
Pauvre oncle ! il ne nous voit plus.
GERVAIS
Oh! ce n'est rien, je suis habitué à ça à présent; laissez-moi seul avec lui, je vais lui faire de la morale", {montrant le cabaret) de la morale à ma manière.
RAYMOND
Adieu donc , mademoiselle Juliette ; cette rencontre, qui ne sortira jamais de ma mémoire, ne, sera pas la dernière, n'est-ce pas?
JULIETTE
Oh ! il me tarde trop de connaître le résultat de vos efforts; et puis...
RAYMOND
Eh bien I ici, dans deux heures, je pourrai tout vous dire.
JULIETTE
J'y serai, monsieur Raymond.
ENSEMBLE , à ■voix basse.
Air : Elle est folle.
Courage et prudence !
A la Providence Avec confiance Adresson" nos vceux.
Rajrmond et Juliette s'éloignent chacun d'un cote'.
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