‹ Le mariage d'orgueilChapitre 25 sur 36 · GERVAIS, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

GERVAIS, LE MARQUIS

GERVAIS

Ah çà ! à nous deux maintenant; en avant le grand remède I (S'approchant du marquis.) Ilél monsieur le marquis î

LE MARQUIS

Ah! c'est toi, Gervais? (Se levant.) Eh bien l que veux- lu?

GERVAIS

Je voulais vous dire... Tiens, à propos, si avant de commencer la besogne nous allions chez le voisin boire un coup, sans façon, selon notre habitude.

LE MARQUIS

Au cabaret? du tout, je n'ai pas soif.

Ah! à votre aise, monsieur le marquis I

LE MARQUIS

Vois-tu, nous allons trop souvent au cabaret.

GERVAIS

Dam! je tâche de vous y conduire chaque lois que vous êtes triste, et...

LE MARQUI^.

Et à ce compte-là nous n'en sortirons pas! mais j'aime mieux oublier mes chagrins autrement.

GERVAIS

Je comprends que le cabaret déplaise à monsieur le marquis; quand on a été...

LE MARQUIS

Eh ! non, non, tu sais bien que ce n'est pas par fierté... Mais causons un peu d'affaires. As-tu été plus heureux que moi dans tes courses?

GERVAIS

Non; tous mes anciens débiteurs m'ont fait mettre à la porte.

LE MARQUIS

Ça ne m'étonne pas, c'est comme ça que je faisais ; mais du moins il doit te rester l'argent de ton fonds.

GERVAIS

L'argent de mon fonds ?

Certainement, puisque tu Tas vendu.

GERVAIS, à part.

Ne Jui disons pas que ça a passé dans sa maladie.

Eh bien?

LE MARQUIS

GERVAIS

Eh bien! cet argent, je l'avais laissé chez un homme d'aflaires, et le scélérat a pris la fuite.

LE MARQUIS

Il se pourrait!

GERVAIS

Dam ! les banqueroutes , ça arrive à tout le

monde; il n'y a pas do préférence pour les savetiers.

LE MARQUIS

Ainsi tu es ruiné, complètement ruiné? Pauvre homme! et c'est pour moi... Mon parti est pris, Gervais : demain, aujourd'hui même, il faut nous séparer l

GERVAIS

Hein? quoi? comment! nous séparer?

Il le faut; c'est mal à moi de restera ta charge, et j'en suis honteujL.

GERVAIS

Mais je ne le veux pas.

LE MARQUIS

T'obliger à travailler jour et nuit, à te tuer le corps et l'ame pour me nourrir! et je ne m'apercevais pas de cela, moi ! J'étais là, seul avec ma douleur, comme un égoïste, sans songer que pour moi... Oh! mais c'est fini, nous nous quitterons!

OERVAIS.

Du tout! Eh bieni si je veux , moi, travailler jour et nuit, si ça m'amuse la fatigue, si ça me rend heureux de me tuer, ça ne regarde personne ?

LE MARQUIS

Personne, excepté moi, et je pars î

GERVAIS

Oh! non, non! Mais où irez-vousî que deviendrez-vous seul, sans amis dans le monde?

LE UARQUIS.

Je trouverai...

GERVAIS

Qui prendra soin de vous si vous êtes malade qui vous consolera si vous souffrez?

LE MARQUIS

Bah ! bah ! il y a un Dieu pour tous les malheureux, il doit y en avoir un aussi pour les pauvres marquis.

GERVAIS

Et c'est quand vous venez de m'apprendre cette démarche faite pour moi auprès de votre femme... Eh bienI tion, non, vous ne partirez pas l

LE MARQUIS

Si fait.

GERVAIS

Du tout!

LE MARQUIS

Qui m'en empêchera?

GERVAIS

Moi donc, monsieur le marquis, moi, qui ne suis plus votre ami, mais votre créancier.

LE MARQUIS

Comment?

GERVAIS

Ah ! vous aviez bien raison autrefois de m' empêcher de déchirer cette sentence qui devait me garantir de votre ingratitude. La voilà, monsieur le marquis! Oui, oui, le parlement vous a adjugé à moi, vous m'appartenez, vous me devez trois mille deux cents livres. Avez-vous trois mille deux cents livres i^ me rembourser? Non. Eh bien! tous

n'avez pas le droit de me quitter, vous n'avczpas | le droit d'être malheureux ailleurs qu'avec moi, de vous en aller mourir de faim ailleurs tant qu'il me reste un morceau de pain à partager avec vous.

LE MARQUIS

Mon ami... {Il lui saisit la mam.) Eh bien! oui, je reste.

GERVAIS

Ahl enfin...

LE MARQUIS

Mais je veux , si je le puis, me rendre utile. Il y a des outils pour deux dans l'échoppe, et...

GERVAIS

Vous, monsieur le marquis?...

LE MARQUIS

Moi-même; et...

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